auteur Mustapha STAMBOULI

Entre dogme et géopolitique : ce que révèle la fatwa saoudienne sur « l’Ibrahimisme »

Mustapha STAMBOULI

Entre la realpolitik des chancelleries et le dogme des minbars, le Moyen-Orient se fracture sur la question du sacré. Alors que le concept d’« Ibrahimisme » et ses projets de fusion interreligieuse sont promus par certains États comme l'arme diplomatique ultime pour la paix, la Commission permanente de l'Arabie Saoudite y a opposé un veto théologique absolu à travers sa fatwa n° 19402. En qualifiant cette unité des religions d'apostasie, l'orthodoxie cléricale rappelle au pouvoir politique une frontière invisible : on peut signer des traités de paix, mais on ne peut pas réécrire le dogme. Analyse d’un texte charnière qui redessine les limites du dialogue au XXIe siècle.

Introduction Le Moyen-Orient est le théâtre d'une double dynamique fascinante : d'un côté, une accélération des alliances diplomatiques et de l'autre, une résistance farouche des gardiens du dogme religieux. Au cœur de cette tension se trouve l'idée de « l'Ibrahimisme » ou de l'unité des religions, un concept moderne qui cherche à jeter des ponts spirituels entre l'Islam, le Judaïsme et le Christianisme. Alors que cette vision est promue dans plusieurs cercles politiques comme le ciment d'une paix durable, la réponse théologique la plus tranchante est venue d'une institution clé : la Commission permanente pour la recherche scientifique et l'Ifta' en Arabie Saoudite, à travers sa célèbre fatwa numéro 19402. Ce texte juridique met en lumière la frontière invisible, mais jusqu'ici infranchissable, entre la realpolitik des États et l’orthodoxie religieuse traditionnelle. La genèse de l’Ibrahimisme : une utopie diplomatique Pour comprendre la portée de la réaction saoudienne, il (…)

Edgar Morin (1921-2026), L’héritage de la pensée complexe

Mustapha STAMBOULI

Edgar Morin s'est éteint à l'âge de 104 ans. Avec lui disparaît l'un des derniers grands témoins du XXe siècle, un homme qui avait traversé les tragédies, les espoirs et les métamorphoses de son temps sans jamais renoncer à sa liberté de penser.

Edgar Morin s'est éteint à l'âge de 104 ans. Avec lui disparaît l'un des derniers grands témoins du XXe siècle, un homme qui avait traversé les tragédies, les espoirs et les métamorphoses de son temps sans jamais renoncer à sa liberté de penser. Sociologue, philosophe, humaniste et résistant, il fut avant tout un passeur. Un passeur entre les disciplines, entre les cultures, entre les générations. Dans un monde toujours plus fragmenté, il n'a cessé de rappeler la nécessité de relier ce que l'habitude, l'idéologie ou la spécialisation excessive séparent. Nous voilà aujourd'hui orphelins d'une voix singulière. Mais l'orphelin n'est pas seulement celui qui perd un guide ; c'est aussi celui qui reçoit une responsabilité. Car Edgar Morin nous laisse un héritage immense : une méthode de pensée destinée à affronter la complexité du réel sans céder ni au simplisme ou au désespoir. La pensée complexe n'est pas un dogme. Elle est une invitation permanente à comprendre que les (…)
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L’Ombre de Thucydide : Quand le XXIe Siècle rejoue la Guerre du Péloponnèse

Mustapha STAMBOULI

Derrière la théâtralité des sommets bilatéraux et l’écume des guerres commerciales, l’affrontement entre Washington et Pékin obéit à une mécanique structurelle immuable. Popularisé par le politologue Graham Allison, le « Piège de Thucydide » rappelle que la transition de pouvoir entre une hégémonie établie et une puissance montante se solde historiquement, le plus souvent, par la guerre. En analysant les rares exceptions à cette fatalité statistique, cet article décrypte les scénarios prospectifs d’un ordre mondial au bord de la rupture.

« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans des conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. » Karl Marx, Le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte (1852) Introduction : Le Spectre des Sommets Le huis clos des sommets sino-américains offre toujours le même spectacle codifié. Sous les dorures des palais d’État ou dans le secret des résidences diplomatiques, les présidents américains et chinois affichent une cordialité de façade, dictée par l’étiquette. Pourtant, derrière les sourires protocolaires, les communiqués ciselés et les querelles de tarifs douaniers, se tapit un spectre vieux de deux mille cinq cents ans. Un mécanisme invisible, structurel et implacable, pousse inexorablement deux géants l’un contre l’autre : le Piège de Thucydide. Ce concept n’est plus une simple abstraction académique. Il est devenu la grammaire secrète de la haute diplomatie mondiale, la grille de lecture (…)

Jusqu’à quand la barbarie ? L’acharnement américain contre Cuba, ou la honte d’une puissance sans vergogne

Mustapha STAMBOULI

Le blocus américain contre Cuba n'est pas un simple embargo, c’est une guerre lente qui tue à petit feu. Malgré la condamnation quasi unanime de l'ONU (187 voix contre 2), Washington persiste dans son acharnement, d'une administration à l'autre. Entre l'extraterritorialité illégale des lois américaines et l'inertie complice de l'Union européenne, je livre ici un réquisitoire contre une "infamie" qui dure depuis six décennies et appelle à une véritable résistance diplomatique et financière du Sud Global.

« Le blocus est une guerre. Pas une guerre conventionnelle, mais une guerre lente qui tue à petit feu, par manque de médicaments, par pénurie, par désespoir. » C'est une question qui brûle les lèvres de quiconque a encore un brin de conscience historique : jusqu'à quand les États-Unis maintiendront-ils des mesures qui asphyxient méthodiquement le peuple cubain ? Le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba depuis plus de six décennies, et que Washington, dans un euphémisme digne des plus grandes manipulations linguistiques, persiste à appeler « embargo », constitue sans l'ombre d'un doute le système de sanctions le plus long, le plus complet et le plus cruel jamais infligé à une nation souveraine dans l'histoire moderne. Mais posons d'emblée les choses avec la clarté qu'elles méritent : ce blocus est un acte de guerre. Pas une guerre « conventionnelle », avec des chars et des bombardements que les caméras du monde entier pourraient filmer, mais une guerre lente, (…)

L’Afrique du nord : le front de débordement de l’échec américain au Levant

Mustapha STAMBOULI

Alors que l’hégémonie américaine vacille sous les coups de boutoir de l’axe Iran-Chine-Russie au Levant, Washington opère une manœuvre de la dernière chance : le transfert du chaos moyen-oriental vers l’Afrique du Nord. En mettant la main sur le Maroc pour en faire son ultime verrou atlantique, l’empire américain tente d’endiguer l’expansion économique chinoise sur le continent. Mais cette stratégie du pire, portée par un unilatéralisme radical, pourrait bien être le chant du cygne d’une doctrine Trumpiste à bout de souffle, marquant la fin d’une ère de diktats géopolitiques.

Introduction Alors que les regards sont braqués sur les décombres des stratégies occidentales au Proche-Orient, une manœuvre de grande envergure se dessine : le transfert de la conflictualité vers l’Afrique du Nord. Face à l’émergence d'un axe Iran-Chine-Russie désormais indéboulonnable, les États-Unis tentent une "revanche stratégique" au Maghreb, au risque de transformer la région en un brasier géopolitique. I. Le Syndrome du Levant : L’Aveu d’Impuissance L’histoire retiendra que les États-Unis et leur allié israélien ont échoué à briser la résilience de l’Iran. Téhéran, loin d’être isolé, est devenu le pivot d’une intégration eurasiatique profonde. En bénéficiant du parapluie technologique de la Russie et du poumon financier de la Chine, l’Iran a neutralisé les velléités de changement de régime et imposé une nouvelle réalité sur le terrain. Cet échec humiliant au Moyen-Orient crée un vide que Washington tente désespérément de combler ailleurs. L’Afrique du Nord est (…)