auteur Paul ELUARD
14 juillet 2015
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Ce que l’Amérique doit entendre ( extraits )
Paul ELUARD
Jean Ortiz cite approximativement cette phrase de Paul Éluard : « ... un cœur n'est juste que s'il bat au rythme des autres cœurs... » * J'ai eu la curiosité d'aller la rechercher dans le texte « Ce que l'Amérique doit entendre ». Ce qui me permet d'extraire quelques passages de cette intervention à New-York, qui fut publiée dans « Les Lettres françaises » en 1949, parce qu'ils ne sont pas sans rapport avec ce qu'écrit Jean Ortiz. Mauris Dwaabala
... Je viens de France et pour moi le mot France a un éclat universel. Je viens d'un vieux pays humain, sensible, intelligent et bon. Il ne vous est pas inconnu, c'est un pays où les honnêtes gens ont cru devoir faire en eux la paix, paix avec leur conscience et paix envers tous les hommes. C'est un pays où les hommes les plus grands, les meilleurs êtres de raison ont démasqué en eux-mêmes la passion qui nourrit les guerres, la bêtise et les paroles de mort. C'est le pays de la révolte contre l'orgueil infâme, c'est le pays des révolutions, et qui ne sépare pas le progrès moral du progrès matériel.
Un vieux pays, mais la Grèce aussi est un vieux pays, mais qui de vous ne vit encore de sa logique, de sa lumière ? Et pourtant, la France comme la Grèce sont la proie aujourd'hui d'une pensée indécise, obscure et vile, qui tend à transformer tout or en plomb, tout soleil et toute eau pure en nuit et en boue.
Nous nous mêlons de ce qui nous regarde, car ce qui nous regarde est le (…)
11 juin 2015
Bonne justice
Paul ELUARD
Quand je confiai mon enthousiasme pour Paul Éluard au poète B. N*, il me répondit : Ah ! oui, adepte de l'échangisme.
J'ignorais alors ce détail biographique, mais étant donné ce qu'était alors ma propre vie il n'y avait là rien pour le dévaluer à mes yeux.
Si bien que lorsque j'argumentai ensuite sur ses qualités, en demeurant discret sur les miennes, mon interlocuteur épistolaire dut ravaler une pointe de jalousie pour les concéder.
Bref, voici un poème court que j'apprenais pour mon anthologie mentale personnelle. (Mauris Dwaabala)
Bonne justice
C'est la douce loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes
C'est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort
C'est la chaude loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères
Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du cœur de l'enfant
Jusqu'à (…)
Le Château des pauvres
Paul ELUARD
Venant de très bas, de très loin,
nous arrivons au-delà .
Une longue chaîne d'amants
Sortit de la prison dont on prend l'habitude
Sur leur amour ils avaient tous juré
D'aller ensemble en se tenant la main
Ils étaient décidés à ne jamais céder
Un seul maillon de leur fraternité
La misère rampait encore sur les murs
La mort osait encore se montrer
Il n'y avait encore aucune loi parfaite
Aucun lien admirable
S'aimer était profane
S'unir était suspect
Ils voulaient s'enivrer d'eux-mêmes
Leurs yeux voulaient faire le miel
Leur coeur voulait couver le ciel
Ils aimaient l'eau par les chaleurs
Ils étaient nés pour adorer le feu l'hiver
Ils avaient trop longtemps vécu contradictoires
Dans le chaos de l'esclavage
Rongeant leur frein lourds de fatigue et de méfaits
Ils se heurtaient entre eux étouffant les plus faibles
Quand ils criaient au secours
Ils se croyaient punissables ou fous
Leur drame était le repoussoir
De la félicité des maîtres
Que des baisers (…)

