auteur Orestis NIKIFOROU

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Légitimité morale, historique et légale de l’État d’Israël : une analyse critique

Orestis NIKIFOROU

La légitimité de l’État d’Israël fait débat. Cet article interroge ses fondements à la lumière des théories politiques classiques et du droit international, tout en remettant en question l’usage du récit biblique comme justification historique et morale d’une souveraineté exclusive sur un territoire contesté.

La légitimité d’un État repose, selon la théorie politique, sur des critères qui peuvent être combinés mais ne sont jamais équivalents : légalité, efficacité, consentement, reconnaissance, symbolique. Appliquée à l’État d’Israël, cette notion soulève un débat profond : l’État est-il légitime selon ces critères fondamentaux ? Et si oui, pour qui, et au prix de quels droits niés ? Ce texte propose une évaluation critique de la légitimité d’Israël à l’aune des grands principes de la philosophie politique et du droit international, en convoquant également les voix critiques issues des mondes israélien, palestinien, universitaire – et en interrogeant les usages contemporains du récit biblique comme source de légitimation politique. 1. Les critères classiques de la légitimité Selon Max Weber, la légitimité d’un État repose sur l’acceptation sociale de son autorité – qu’elle soit traditionnelle, charismatique ou légale-rationnelle. Pour David Beetham, cette légitimité suppose trois (…)

Appel à la paix contre les logiques de guerre : la Méditerranée orientale entre militarisation, dépendance et résistances

Orestis NIKIFOROU

Alors que les tensions militaires s’intensifient en Europe et en Méditerranée orientale, l’Association Grèce France Résistance lance un appel clair : refuser l’économie de guerre, dénoncer l’assujettissement de la Grèce aux stratégies de l’OTAN et des États-Unis, et construire un front international pour la paix. Dans ce contexte d’escalade, marqué par la précarisation sociale, la dépendance militaro-industrielle et le risque nucléaire, l’appel met en lumière les responsabilités politiques et géopolitiques qui mettent en péril les peuples de la région.

Dans un appel récemment publié, l’Association Grèce France Résistance dénonce l’engrenage militariste en Europe et ses conséquences en Méditerranée orientale. Intitulé « Non à la guerre, oui à la résistance », ce communiqué met en garde contre le vaste programme de réarmement engagé par les gouvernements européens, dont le fardeau retombera sur les peuples, par l’austérité, la précarisation et le sang versé. L’ordre mondial issu de 1945 se désintègre. Tandis que l’on invoque l’« union nationale », les auteurs de l’appel dénoncent un patriotisme factice au service d’intérêts industriels et impérialistes. Ils rappellent la célèbre phrase d’Anatole France : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels », et y joignent les mots de Stratis Myrivilis (1890–1969) sur la « convulsion collective meurtrière » qu’est la guerre. La Grèce au cœur d’une stratégie qui la dépasse La Méditerranée orientale devient un théâtre de tension géopolitique majeur. Alliances (…)

De quoi la Palestine est-elle le nom ?

Orestis NIKIFOROU

Alors que l'État d'Israël mène une guerre d'extermination contre le peuple palestinien, les gouvernements occidentaux multiplient les mesures liberticides pour museler toute solidarité. Ce texte analyse le caractère global de cette offensive autoritaire, dénonce la criminalisation croissante des opinions pro-palestiniennes, et affirme l'urgence d'une riposte politique organisée et coordonnée.

La guerre génocidaire menée par l’entité sioniste contre le peuple palestinien incarne aujourd’hui la forme la plus féroce de la guerre menée par les classes dominantes internationales contre les peuples, les travailleurs et la jeunesse. Face à cette offensive mondiale, deux options s’offrent à nous : résister ou mourir à genoux. L’État d’apartheid israélien, fondé sur le déni systématique des droits humains fondamentaux et appuyé par une toute‑puissance militaire et policière, représente un modèle politique autoritaire émergent. Ce modèle vise à être reproduit partout où le rapport de force l’y autorise, comme référence pour de nouveaux régimes d’exception. Criminalisation de l’opinion politique : exemples en France et ailleurs France En octobre 2023, toutes les manifestations pro‑Palestine ont été interdites sur tout le territoire national, officiellement pour « trouble à l’ordre public ». L’activiste Elias d’Imzalène a été arrêté et condamné pour avoir simplement (…)

Le NON grec de 2015 : résistance, trahison et répercussions internationales

Orestis NIKIFOROU

Le 5 juillet 2015, le peuple grec rejeta massivement l’austérité par référendum. Cette décision, vite trahie par le gouvernement Tsipras, trouva un large écho international. Ce texte revient sur les espoirs populaires, les alternatives écartées, la solidarité mondiale, et l’impact de cette trahison sur la gauche européenne. Il souligne aussi que ce NON demeure un repère pour les combats à venir, à condition qu’ils soient préparés, ancrés dans les luttes sociales, et portés par une volonté d’aller jusqu’au bout.

Parallèle avec le NON français de 2005 La décision du peuple grec de rejeter par référendum, le 5 juillet 2015, l'accord proposé par les institutions européennes a marqué un tournant historique. Avec 61,3 % de « NON », il ne s’agissait pas d’un simple cri de détresse, mais d’un acte conscient de souveraineté populaire, dans la continuité de cinq années de luttes sociales contre l’austérité. Cette prise de position n’était pas sans rappeler le référendum français de 2005, où le peuple avait également rejeté par une majorité nette (54,7 %) le Traité établissant une Constitution pour l’Europe. Comme en France, le résultat fut ensuite contourné : en 2007, via le traité de Lisbonne voté par le Parlement, les élites politiques bafouèrent la volonté populaire, en affichant un mépris cinglant pour la démocratie. De même, quelques jours après le référendum grec, le gouvernement Tsipras signa un troisième mémorandum d’austérité, trahissant l’expression populaire et remettant le pays (…)

Zone euro : l’impasse démocratique d’une monnaie unique imposée

Orestis NIKIFOROU

Depuis son adoption, l’euro est présenté comme un symbole d’unité et de prospérité européenne. Pourtant, la monnaie unique ne profite pas à tous les États membres. Privés de souveraineté monétaire, certains pays sont enfermés dans une économie rigide, avec une croissance faible et un chômage élevé. Cet article analyse les enjeux démocratiques et économiques liés à la zone euro, remet en question le dogme « TINA » (There Is No Alternative), et explore les opportunités offertes par les monnaies numériques nationales et les initiatives monétaires innovantes.

Introduction Depuis plus de vingt ans, l’euro est présenté comme l’emblème d’une Europe unie, forte et prospère. Mais derrière ce discours consensuel se cache une réalité plus trouble : la monnaie unique est devenue un carcan pour plusieurs États membres, un outil de rigidité économique et, surtout, une atteinte à la souveraineté démocratique des peuples européens. Une monnaie unique... sans choix démocratique Les pays qui ont adopté l’euro ont en effet renoncé à contrôler leur politique monétaire. Ce transfert de souveraineté, confié à la Banque centrale européenne (BCE), a un impact direct sur la vie quotidienne : croissance atone, chômage structurel élevé, incapacité à dévaluer face aux crises. Et le plus grave, c’est que ce choix fondamental n’a jamais été soumis à un véritable débat démocratique dans tous les pays concernés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes Les pays hors zone euro, comme la Pologne, la Tchéquie ou la Suède, affichent aujourd’hui une croissance plus (…)