Thème Politique/Idéologie

Le pouvoir social se construit avant de se voir

Vijay PRASHAD
Chers amis Je vous adresse mes salutations depuis les locaux de l’Institut Tricontinental de Recherches sociales. De la famine du Bengale de 1943 à l’élection du gouvernement du Front de gauche en 1977, le mouvement communiste du Bengale occidental, en Inde, a patiemment renforcé son influence auprès des ouvriers, des paysans, des réfugiés, des étudiants et des acteurs culturels. À travers les campagnes pour le pain et la terre, le renforcement du pouvoir syndical, la mobilisation des réfugiés et la résistance à la répression d’État, la gauche a obtenu bien plus que la simple satisfaction de revendications immédiates. Elle a créé des instruments de combat durables, formé des générations d’organisateurs et développé une culture politique commune inscrivant les revendications des différentes couches de la population dans une lutte commune. La victoire dans les urnes en 1977 n’a pas soudainement produit un pouvoir social ; elle a plutôt révélé le pouvoir social qui s’était (…)

La violence maccarthyste de Marco Rubio

Carlos Fazio
Depuis sa nomination au poste de secrétaire d'État le 21 janvier 2025, Marco Rubio a eu deux obsessions : en finir avec le communisme à Cuba et succéder à Donald Trump dans le fauteuil du bureau ovale. Avec de tels objectifs, Rubio − qui, en mai suivant, parviendrait également à cumuler les fonctions de conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche et d'administrateur de l'Agence des États-Unis pour le développement international − a conçu une stratégie qu'il a mise en œuvre à la lettre. Ainsi, à partir d'une architecture communicationnelle bien huilée, il a réussi à se forger une figure qui opère comme axe symbolique pour articuler plusieurs sens : celui d'autorité et de stratège américain, combinant la pression internationale avec les sanctions, l'aide humanitaire, l'intervention, la négociation et la transition dans l'île. La Réunion ministérielle sur la Résurgence du Terrorisme Politique qui s'est tenue le jeudi 16 à Washington, qui a fait appel au procédé fasciste (…)

La droite atroce de l’écran

Jorge Elbaum

Le vote pour les droites n'était pas un vote idéologique en Amérique latine. C'était une expression de punition et de frustration. C'est précisément pour cela qu'il peut être inversé.

De 2023 à mi-2026, quatorze élections présidentielles ont eu lieu en Amérique latine et dans les Caraïbes. Sur ces élections, onze ont été remportées par l'une ou l'autre des deux formes qu'emprunte la droite réactionnaire régionale depuis la deuxième décennie du siècle actuel. Seuls dans trois pays des mandataires progressistes ont été élus : Claudia Sheinbaum au Mexique, Bernardo Arévalo au Guatemala et Yamandú Orsi en Uruguay. Mais seuls dans deux cas on a observé des continuités politiques : l'Équateur et le Mexique. Pour le reste, les électorats ont sanctionné les candidats des partis au pouvoir. Le « vote sanction » s'est imposé, au cours de la dernière décennie, comme une habitude dans les processus électoraux latino-américains et caribéens. Une typologie des deux droites qui se rattachent aux vents trumpistes inclut les sécuritaires, dont le plus grand représentant est le Salvadorien Nayib Bukele – une matrice que l'on retrouve également chez la Costaricienne Laura (…)

Gouverner sans permanence

Giovanni Libreros
« ...si nous avons été vaincus, nous ne pouvons rien faire d’autre que recommencer depuis le début » F. Engels Le rideau est tombé et, avec lui, se clôt la scène inaugurale du premier gouvernement progressiste en Colombie. Comme prévu, les analyses prolifèrent et la majorité insiste sur la notion de « polarisation » pour expliquer l’évident « match nul électoral ». Nous, en revanche, préférons recourir à l’expression gramscienne d’« équilibre des forces de perspective catastrophique » pour nommer une situation de déséquilibre où — cette parité —, avant d’annoncer une stabilisation, une légitimation et une régulation, opère comme un symptôme anticipé d’une crise qui demeure à l’état latent. Par conséquent, le propos de cet écrit consiste à réfléchir sur la question de savoir si le revers électoral exprime l’achèvement d’une forme « provisoire » de gouvernement ou si, au contraire, il ouvre un nouveau moment pour conquérir d’autres équilibres de forces ; non seulement dans le but (…)

Après son 54e Congrès, où en est la CGT ?

Jean-Pierre PAGE

Où en est la CGT après son 54e congrès, réponse à un syndiqué qui souhaite maintenir et défendre une CGT de lutte de classes. Il se fait, il y a quelques jours j'ai participé à une réunion de militants CGT, j'y ai fait les remarques suivantes

• Le 54e congrès a été organisé comme un show permettant d'assurer la promotion de S.Binet. Les médias et les politiciens y ont contribué. Le congrès a été cadenassé et derrière les flonflons, la démocratie, les libres débats des délégués des syndicats ont été ramené à "cause toujours, tu m'intéresses". C'est à dire à leur plus simple expression. Malgré cela un nombre significatif de ceux qui étaient présents ont remis en cause les orientations que la direction voulait imposer. Sur plusieurs votes d’amendements, celle-ci a été sanctionnée par 30 à 50 % des votants y compris à plus sur une modification des statuts. Cela signifie, que nous avons besoin de lucidité et disons le de courage pour prendre correctement la mesure des choses, faire face à une situation qui est exigeante. C'est-à- dire, refuser de prendre le risque de voir s'effacer et s'éteindre le syndicalisme de lutte de classes dans notre pays qui a été incarné par la CGT à travers toute son histoire. • Il va donc (…)