Thème Sciences/Technologie

Ils ont tué Internet

Alexandre HEDAN
Avec mes quelques principaux réseaux sociaux, je me tiens une veille de l'actualité nationale et mondiale et je mets mon grain de sel... Comme tout le monde. Jusque ici, la qualité des informations étaient supérieure sur la toile et la télévision peinait à nous dissuader de surfer pour la regarder elle. C'est chose révolue. La toile a été verrouillée en quelques temps. Nous n'avons pas eu le temps de réagir. Plus de contenu. Tout ce qui pouvait avoir du sens est censuré. Il va nous falloir rebâtir Internet. Je pense que c'est déjà en cours. Il faut s'approprier ou construire et entretenir des serveurs... Pour les élections municipales et mêmes présidentielles en France c'est foutu. Pas d'internet. C'est à chacun de nous de créer du contenu. De faire de la qualité ; en empêchant la vulgarité. Pour notre propre confort intellectuel, moral, citoyen... Le coup porté à Internet est des plus terribles. Mais ça n'est que de l'info. Des données. Qui sont sues par des gens. (…)

IA : Apocalypse ou fin de la préhistoire ?

Guillaume SUING
C’est LE sujet du moment, celui de toutes les angoisses, de tous les vertiges dystopiques. Beaucoup penseront d’ailleurs, pourquoi pas, que ce texte est signé ChatGPT. Appel à toutes les intelligences “naturelles” donc, pour s’en assurer ou s’en dissuader... Nous sommes dans l’oeil d’une crise existentielle cyclonique, bien plus forte que celle de nos aïeuls luddites[1], puisque l’intelligence artificielle (IA) va s’imposer à la quasi-totalité du salariat, et plus seulement, comme c’est déjà le cas, à la seule classe ouvrière, par une automatisation exponentielle de la force de travail. Crise économique oblige, doublée d’une crise morale, démultipliée par une crise climatique : Tout concourt à rejeter cette révolution technologique, noyés que nous sommes dans des questions de tous ordres sur l’avenir. C’est pourtant l’unanimité du rejet qui devrait nous interroger, par delà les diversions d’une peur du progrès consubstantielle à notre histoire humaine. Au niveau (…)

Un Diable nous embrouille : le pacte IA que 99 % signent sans lire

Cassandre G

Pris au piège, nous n'imaginons même plus la possibilité de nous déconnecter. Nous n'y survivrions pas. Pourtant, sachez-le : chaque clic rétrécit votre âme. Ceci n'est plus une alarme. C'est un constat. C'est notre époque. Un présent où nous nous confions, sans le savoir, à un confessionnal numérique qui écoute tout — sans conscience ni jugement. Il surprend nos murmures à toute heure, transforme nos doutes et nos confidences en carburant inépuisable. Par ses artifices, il enlace nos raisons, profile nos mémoires, ajuste nos opinions, aligne nos pensées. Et tandis que nous nous croyons originaux, marginaux ou divergents, nous ne sommes déjà plus qu'une donnée parmi des milliards, emportée par le raz-de-marée de l'humanité numérique. Cette imposture virtuelle brise nos élans, dissout nos voix singulières.

Le mythe de Faust et Raphaël Nous rejouons, sans le savoir, le plus ancien des mythes : le pacte de Faust à l'ère numérique. Mais peut-être sommes-nous plutôt les Raphaël de La Peau de chagrin, ce roman de Balzac sidérant et affolant, où le héros fatal et mélancolique croit exaucer ses vœux magiques, tandis que chaque requête réduit son intimité et sa vie. Faust vendait son âme au diable contre un savoir et un pouvoir illimités. Nous, nous signons des Conditions Générales d'Utilisation (CGU), aux caractères microscopiques – ces contrats que personne ne lit mais que tous acceptent. Cocher la case « Accepter » revient à sceller un pacte dont nous ignorons les termes. Nous pressentons la supercherie, mais l'illusion et la précipitation l'emportent sur toute prudence. Un contrat n'a pas de compromis poétique : c'est un mécanisme très concret, à la fois rigoureusement flou et strictement procédurier – celui qui valide votre consentement sans conscience, cette intuition naïve qui (…)

Comment l’IA nous transforme en primates dociles

Cassandre G

Et si notre dépendance aux intelligences artificielles nous transformait, peu à peu, en une nouvelle espèce de primates dociles ? Des plus jeunes, élevés dans la ferveur numérique, aux anciens qui s'y réfugient par fatigue, nous cédons tous au confort des flux. J'esquisse ici une méditation urgente sur les moyens de préserver, face aux écrans, notre fragile souffle humain.

Je les vois, les trois petits singes — ceux qu'on dit « de la sagesse ». Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Mais cette sagesse n'en est pas une : c'est une neutralité complice, une indifférence face au tumulte. Ils n'interviennent jamais, surtout au moment crucial, quand il faudrait alerter — je hurlerais au secours, qu'ils ne broncheraient pas, préférant ne rien déclarer, ne pas nommer, ni agir. Sont-ils lâches ? prudents ? désabusés ? ou simplement hypnotisés par la lumière crue des écrans ? Aujourd'hui, ces singes vivent en nous. Nous les retrouvons dans les agoras modernes — dans la rue, au travail, sur les réseaux. Leur mutisme est devenu bavardage : une agitation sans écoute, un bruit de fond continu. Ils regardent tout, commentent tout, mais ne voient plus rien. Sous la lumière crue des écrans, leurs pupilles se dilatent, leurs âmes vacillent. Habiles, connectés, intuitifs, ils s'adaptent parfaitement à l'époque, mais ils ne survivraient pas à la déconnexion. (…)

Le "techno-féodalisme" et l’idéologie du technologisme

Matthew HERZOG
Le moyen âge, du moins, Le vrai, tel qu'il a été en son temps, Je le supporterai ; délivre-nous De cet état bâtard, uniquement, De cette chevalerie dégradée, De ce mélange dégoûtant De chimère gothique et de fraude moderne, Qui n'est ni viande ni poisson. Chasse la bande de comédiens, Et ferme les théâtres où sont représentées Des parodies sur les temps anciens. Heinrich Heine, "L'Allemagne : Un conte d'hiver" [1] Le retour du féodalisme et la fin du capitalisme sont actuellement à la mode dans le champ intellectuel. Qu'est-ce que le “ techno-féodalisme ” ? Et surtout, quelle est sa véritable position dans la 'bataille idéologique' ? A l'instar de Heine, critique du romantisme du 19ème siècle, peut-on dire que le techno-féodalisme est une “ escroquerie moderne ” de la bourgeoisie ? La thèse techno-féodale est défendue par un ensemble d'écrivains de la “ gauche occidentale ”. Dans le domaine appelé, par Gabriel Rockhill, “ l'industrie mondiale de la théorie ” [2], il (…)