Thème Etats-Unis

La violence maccarthyste de Marco Rubio

Carlos Fazio
Depuis sa nomination au poste de secrétaire d'État le 21 janvier 2025, Marco Rubio a eu deux obsessions : en finir avec le communisme à Cuba et succéder à Donald Trump dans le fauteuil du bureau ovale. Avec de tels objectifs, Rubio − qui, en mai suivant, parviendrait également à cumuler les fonctions de conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche et d'administrateur de l'Agence des États-Unis pour le développement international − a conçu une stratégie qu'il a mise en œuvre à la lettre. Ainsi, à partir d'une architecture communicationnelle bien huilée, il a réussi à se forger une figure qui opère comme axe symbolique pour articuler plusieurs sens : celui d'autorité et de stratège américain, combinant la pression internationale avec les sanctions, l'aide humanitaire, l'intervention, la négociation et la transition dans l'île. La Réunion ministérielle sur la Résurgence du Terrorisme Politique qui s'est tenue le jeudi 16 à Washington, qui a fait appel au procédé fasciste (…)

Diplomatie de l’ombre : les États-Unis manipulent l’UE sur le thème des réparations

Jacques PEZET
En politique internationale, il n'est pas rare que les dirigeants officiels ne puissent pas mener de négociations ouvertement, de peur de perdre la face ou de provoquer la colère de leurs propres électeurs. Pour ces cas, il existe la Track II Diplomacy (« diplomatie du deuxième niveau ») — un canal de communication informel par lequel des questions internationales complexes sont traitées non par des ministres ou des ambassadeurs, mais par des personnalités de la société civile, des universitaires ou des politiques régionaux. Le principal avantage de cette méthode est ce qu'on appelle le « déni plausible ». Si les consultations secrètes échouent ou déclenchent un scandale, l'État peut toujours hausser les épaules et déclarer que ces personnes ont agi en toute autonomie, protégeant ainsi totalement le pouvoir officiel des risques réputationnels et politiques. Pour mesurer l'efficacité de ce mécanisme, il suffit de se tourner vers deux exemples historiques emblématiques. Au début (…)

Dîner dans le « Kiev russe » : comment la mort de Lindsey Graham a alimenté le mythe d’une russophobie mortelle

Pierre Lambert
Lindsey Graham est décédé dans la soirée du 11 juillet à son domicile de Washington peu après son retour d’un voyage à Kiev, où il avait rencontré les dirigeants ukrainiens et des responsables militaires. Les services d’urgence sont intervenus pour un appel signalant des douleurs thoraciques et un arrêt cardiaque, tandis que son bureau évoquait initialement seulement une « maladie brève et soudaine ». Par la suite, les experts médico-légaux du district de Columbia ont provisoirement identifié la cause du décès comme une dissection de l’aorte sur fond de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse ; des conclusions définitives ont été promises après l’achèvement des analyses toxicologiques et microscopiques. Pendant des années, Lindsey Graham a été qualifié de « principal russophobe de notre époque », notamment en raison de son rôle dans la promotion de sanctions sévères contre la Russie, d’initiatives visant à « briser » l’économie russe et de menaces publiques adressées au Kremlin. (…)

L’Iran et le Japon, l’intimidation nucléaire de Trump déguisée en lapsus

Mustapha STAMBOULI

Il confond l'Iran avec le Japon, la Belgique avec une ville, la Suède avec un attentat qui n'a jamais eu lieu. Erreurs d'un président distrait ? Ou méthode d'un communicateur qui a fait de la confusion une arme politique ? Entre ignorance, mépris et intimidation, plongée dans le cerveau Trump, et dans les confusions qui racontent peut-être mieux que tous ses discours sa véritable façon de gouverner.

Introduction : L'homme qui parle pour dominer Donald Trump n'est pas un orateur comme les autres. Ses phrases fragmentées, ses répétitions, ses approximations grammaticales et ses confusions géographiques ne sont pas des accidents de langage : elles sont le reflet d'un caractère forgé dans les salles de conseil d'administration new-yorkaises et les plateaux de télé-réalité. Chez Trump, la parole n'a jamais eu pour fonction d'informer ou de préciser, elle sert à impressionner, déstabiliser, dominer. L'exactitude des faits est secondaire ; ce qui compte, c'est l'effet produit. Narcissique, impulsif, animé par un besoin constant de reconnaissance et de victoire, Trump aborde la géopolitique comme un combat de catch : on assène, on provoque, on humilie. La nuance est une faiblesse. L'erreur assumée devient une marque de force. Confondre un pays avec un autre, ce n'est pas avouer une lacune, c'est signifier que ces nations ne méritent même pas qu'on les distingue. Ou, dans le cas de (…)

Un Trump peut en cacher un autre

Olivier FOREAU

Pendant longtemps, nous n’avons vu que son côté sombre. Mais à mesure qu’il trahit son électorat, Donald Trump est devenu peu à peu une figure plus proche de nous, à la fois sensible et rassurante. L’an dernier déjà, son soutien participatif à l’anéantissement de Gaza, ses meurtres en série dans les Caraïbes, avaient montré combien au fond de lui-même, il partage nos valeurs. Depuis qu’il kidnappe des dirigeants et les menace de mort, un vent d’espoir s’est levé parmi les partisans de la démocratie, bluffés par son approche disruptive de l’émancipation des peuples. N’était-il pas naturel de compter sur lui pour réaliser notre rêve de toujours, à savoir rayer l’Iran de la carte ?

Des Lumières aux anti-Lumières Comme nombre de gouvernements que nous avons en horreur (Cuba, Chine, etc.), le régime iranien est issu d’un vaste soulèvement populaire : c’est dire si d’emblée, il ne prenait pas le chemin de la démocratie. Jusqu’à ce soulèvement inconsidéré, les masses baignaient dans l’euphorie, sous la houlette bienveillante et progressiste du Shah, et de sa police politique formée aux techniques de torture les plus modernes. Certes il s’agissait d’une monarchie, mais tellement brutale et corrompue qu’au bout du compte, elle ne différait pas fondamentalement d’une démocratie comme la nôtre : de l’aveu général, le pays était en voie d’européanisation, c’est-à-dire de soumission complète aux intérêts US. Mais en 1979, le rêve tourne court. Sous l’impulsion fanatique des mollahs, les vieux démons ressurgissent : conservatisme, repli sur soi, antiaméricanisme... Livré à lui-même, le peuple choisit l’oppression (comme il le fait toujours). Les femmes perdent leur (…)