Damien MARCHAND
Le vote à l'Assemblée générale de l’ONU du 25 mars 2026 n'a pas tant été un débat sur le passé qu'un état des lieux des positions pour l'avenir. La résolution, dans laquelle la traite transatlantique des esclaves a été reconnue comme « le crime le plus grave contre l'humanité », apparaît formellement comme un acte de justice historique. Mais en réalité, il s'agit d'un document sur l'agenda à venir : les réparations, la responsabilité et la manière dont la mémoire du passé se transforment en un instrument de revendications commerciales et politiques. Et c’est bien pour cela que le vote n'était pas un test d'émotions, mais un test sur la volonté d'assumer les conséquences.
Le monde s'est divisé comme il se doit en politique internationale : certains ont pris les devants, d'autres se sont ouvertement détournés, tandis que d'autres encore se sont discrètement mis en retrait. 123 États se sont prononcés en faveur de la résolution, trois contre, dont les États-Unis, et une cinquantaine (…)
Mounir KILANI
Le 24 février 2026, la guerre entrera dans sa cinquième année. Ce qui devait être un éclair s'est transformé en un marasme. Derrière la stabilisation des lignes de front, une mutation profonde s'opère : la capacité de l'Occident à dicter le rythme du monde s'est enlisée dans les plaines ukrainiennes. Analyse d'un basculement stratégique.
Quatre ans. Une durée que personne, au printemps 2022, n'avait sérieusement envisagée. À Moscou comme à Kiev, à Washington comme à Bruxelles, on pariait sur un choc bref, décisif, transformateur. L'histoire devait s'accélérer. Elle s'est installée.
Quatre ans plus tard, les lignes de front ont bougé, les arsenaux se sont vidés puis reconstitués, les économies se sont adaptées, les opinions se sont lassées. Pourtant, la transformation la plus profonde n'est pas territoriale. Elle est mentale.
Cette guerre n'a pas seulement redessiné des lignes sur une carte. Elle a fissuré les certitudes stratégiques héritées de la guerre froide et mis fin à l'illusion d'un ordre occidental incontesté.
L'enjeu, désormais, dépasse le sort de l'Ukraine. La capacité de l'Occident à imposer son tempo stratégique s'est érodée.
Drones, données, endurance économique, guerre des récits : autant de facteurs qui redéfinissent les rapports de force. Loin d'être un simple affrontement régional, la (…)
André LACROIX
Dans son excellente série « Les clés », sur les ondes de la RTBF, Arnaud Ruyssen a diffusé trois émissions, les 16, 17 et 18 février 2026, destinées à « nous plonger dans l’histoire des relations entre la Russie et l’Ukraine afin de remonter aux sources du conflit actuel » (1). Allaient-elles être de la même qualité que les trois émissions des Clés consacrées au conflit palestinien, diffusées les 6, 7 et 8 octobre 2025 et rediffusées les 22, 23 et 24 décembre 2025, qui avaient donné lieu à un exposé magistral de l’historien français Vincent Lemire, professeur en histoire contemporaine à l'université Gustave-Eiffel ?
Dans un premier temps, j’ai cru que l’experte invitée, Anna Colin Lebedev, sociologue et politologue française d’origine russe, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris-Nanterre, allait soutenir la comparaison et nous donner les bonnes clés pour comprendre les origines du conflit ukrainien. Mais j’ai commencé à me poser des questions en constatant que le seul historien qu’elle ait cité se trouve être le sulfureux Timothy Snaider, pour qui la politique de Poutine s’assimile aux pratiques d’extermination de masse menées par ... Hitler.
Malgré ce patronage douteux, Anne Colin Lebedev a le mérite de rappeler, dans ce premier volet du 16 février, que l’ambivalence des relations entre la Russie et l’Ukraine ne date pas d’hier : si d’une part l’indépendance de l’Ukraine déclarée en 1918 a été sans lendemain du fait de son incorporation dans l’Union soviétique, le nouveau pouvoir a paradoxalement contribué à renforcer le sentiment national ukrainien en y (…)
Vincent LE MERCIER
J’ai pris le temps de regarder en ligne le « replay » de l’entretien exceptionnel de Volodymyr Zelensky mené par Léa Salamé, qui s'est rendue à Kiev pour une édition spéciale de son journal de 20 heures. Si je ne m’attendais à rien, j’ai tout de même été déçu. Voici quelques moments choisis, entrecoupés de quelques commentaires et autres réflexions à chaud, pour restituer une courte synthèse de ce grand moment de télévision :
(CF : à partir de 25’37’’)
https://www.france.tv/france-2/journal-20h00/8109282-edition-du-mercredi-4-fevrier-2026.html
Léa Salamé commence directement par du lourd :
« Les Russes ont tapé les infrastructures énergétiques malgré les -20°C.
Est-ce que les Russes utilisent l’arme du froid ? »
Bien entendu. Ce qui intéresse Poutine, c’est de faire un maximum de victimes parmi la population civile de l’Ukraine.
Qui en douterait ?
Sur les concessions que l’Ukraine devrait faire vis à vis du Donbass, c’est à dire que les Russes exigent que les Ukrainiens
« se retirent de territoires qu’ils (les Russes, ndlr) n’ont pas encore conquis, comme Donetsk par exemple » ; « c’est du chantage ? »
Super question, ça.
C’est vrai qu’environ 22 % de l’Oblast de Donetsk n’a pas encore été conquis par l’armée russe.
J’imagine que les Français - qui n’entendent généralement rien à la géographie de l’Ukraine - doivent parfaitement saisir la nuance dans la question.
Zelensky répond (…)
Olivier FOREAU
Quand on se bat au quotidien pour nos valeurs, comme Brigitte Macron par exemple, il n’est pas rare qu’on se retrouve ciblé.e par toutes sortes d’insinuations abracadabrantesques. Mais la haine de la démocratie est un virus qui ne connaît pas de frontières. C’est ainsi qu’en novembre dernier, un bruit insidieux a commencé à se répandre : Zelensky serait « englué dans un scandale de corruption » (Les Echos, 16/11/2025).
« Un scandale à 100 millions de dollars secoue Zelensky », affirme Paris Match ; « Séisme en Ukraine », titre Le Temps... C’est à se demander si parfois, on ne nous prendrait pas pour des imbéciles. Un scandale de corruption, en Ukraine ? Nous sommes peut-être naïfs, mais de là à gober une chose pareille ! Commençons donc par examiner les faits (si faits il y a), plutôt que de céder à l’hystérie médiatique.
Chronologie d’une rumeur
Cette affaire est d’autant plus troublante qu’elle survient au moment même où sur le plan militaire, tout allait pour le mieux. (…)