Thème Italie

L’Italie accueille Tebboune : Quand Rome demeure Rome, Bruxelles n’a jamais été rien d’autre que rien.

Jazair HOPE
L’Europe est née à Rome, pas à Bruxelles Lorsque Abdelmadjid Tebboune foule le sol italien ce 22 juillet 2025, ce n’est pas simplement une visite d’État : c’est une déclaration de trajectoire. Alors que Bruxelles vient de déclencher une procédure d’arbitrage contre l’Algérie, dans une tentative de coercition commerciale, Alger répond non pas par une posture défensive, mais par un mouvement latéral — vers Rome. Il faut dire que ce déplacement présidentiel intervient dans un climat particulier : l’Union européenne, sous impulsion franco-bruxelloise, accuse l’Algérie de bloquer certains investissements et échanges, notamment l’importation de marbre. Mais derrière les clauses juridiques, il y a un message politique que l’Algérie a parfaitement saisi. Et auquel elle choisit de répondre à sa manière, en renforçant ses liens avec un partenaire méditerranéen fiable, stable, et surtout : respectueux. Bruxelles l’administrative, Rome la civilisation Il est tentant de croire que (…)
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Sur le fascisme et ses métamorphoses

Alberto BURGIO

Aujourd'hui, je voudrais revenir à la question du fascisme - de sa connotation essentielle, et donc de sa relation avec la modernité, le capitalisme, le régime bourgeois, l'État de droit, la démocratie. Je n'hésiterai pas à me pencher sur le problème du racisme dans une intervention ultérieure, en accordant une attention particulière à la tragédie spécifiquement moderne et spécifiquement européenne de l'antisémitisme, qui a resurgi avec une actualité tragique dans le cadre du nouveau chapitre de l'interminable guerre israélo-palestinienne

Deux questions Dans le dernier article publié dans Scatola Nera, j'ai écrit qu'après les 30 à 40 années de réaction aux conquêtes réalisées par le mouvement ouvrier au cours des 30 années d'après-guerre, nous nous trouvons dans une phase de "néofascisation" de la plupart des pays occidentaux ; et j'ai suggéré que la phase actuelle est probablement la "vérité" de la phase précédente : il ne s'agit pas d'un simple accident transitoire, bien entendu. En ce sens, la régression vers des régimes autoritaires, “ populistes ” (je mets des guillemets en raison de l'ambiguïté du terme), essentiellement post ou néo-fascistes dans certaines parties de l'Europe ne devrait pas être comprise de manière optimiste comme un faux pas plus ou moins accidentel et épisodique, mais comme un accomplissement, comme l'établissement d'un ordre stable destiné à se consolider dans un avenir proche. D'autant qu'aux pays que j'ai cités dans l'article s'ajoutent de nombreux autres (Autriche, Belgique, (…)

Entre Tim et la Cassa Depositi e Prestiti, les mains de Petraeus et de l’ex-CIA sur les actifs stratégiques de l’Italie

Giuseppe GAGLIANO

[TIM est l'opérateur historique de réseaux de télécommunications en Italie. Comme France Télécom, il a été privatisé dans les années 1990 et est aujourd'hui une société cotée en bourse dans laquelle l'État italien détient une participation. Cassa depositi e prestiti est le correspondant italien de la Caisse des dépôts et consignations.] L'acquisition du réseau de télécommunications italien de TIM par le fonds étasunien KKR et le fait de confier les activités d'intelligence économique de la Cassa Depositi e Prestiti à Globintech, une société de cybersécurité dirigée par d'anciens cadres de la CIA, soulèvent des questions préoccupantes quant à la souveraineté technologique et à la sécurité nationale de l'Italie. Ces deux événements mettent en lumière une tendance inquiétante : l'influence croissante d'entités étrangères, liées aux services de renseignement et militaires étasuniens, sur les secteurs stratégiques italiens.

L'affaire TIM L'acquisition du réseau TIM, qui passera par FiberCop puis par Optics BidCo contrôlé par KKR, représente une étape cruciale. Le groupe de réflexion qui soutient KKR dans l'analyse des scénarios géopolitiques et mondiaux, le KKR Global Institute, est dirigé par David H. Petraeus, ancien directeur de la CIA et général ayant fait une longue carrière dans les forces armées des EU. Petraeus n'est pas seulement un homme d'affaires, sa présence symbolise un lien direct avec les structures de pouvoir et de renseignement des États-Unis. Le réseau de télécommunications est l'une des infrastructures les plus critiques pour une nation, et son contrôle par une entité étrangère, surtout avec de telles connexions, met en péril la sécurité des communications et l'autonomie décisionnelle du pays. Globintech et l'intelligence économique Parallèlement, la Cassa Depositi e Prestiti a passé un contrat avec Globintech pour la fourniture de services de renseignement en matière de (…)
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Lettre de Rome d’un E-C

Kaddour NAÏMI

Chers parents, je vous écris de Rome, un jour comme les autres, Rome, la capitale des riches, des Occidentaux, des Chrétiens, avec un Pape E-C, c’est-à-dire Extra-Communautaire : il vient d’Argentine. Les Italiens appellent ainsi les Étrangers provenant des pays pauvres, pauvres parce que, dans le passé, les Européens, militairement plus forts, les avaient agressés et pillés.

À Rome, les immigrés vont et viennent depuis que les Romains, voilà deux mille ans, envahissaient les pays étrangers et amenaient à Rome des esclaves : noirs, blancs, bruns, juifs et tant d’autres. Au point qu’aujourd’hui, à la vue d’un citoyen romain, « de plus de sept générations », comme ils disent ici, on ne peut pas affirmer l’identité de ses ancêtres, avec tout le minestrone constitué entre les peuples pendant l’empire romain, et sa production d’enfants légitimes, enfants naturels, enfants de citoyens libres, enfants d’esclaves et enfants de personne. Pourtant, un général italien affirma dernièrement : l’italianité se prouve par la blancheur de la peau. Connaît-il vraiment l’histoire de l’Italie ? Possède-il une bonne vision oculaire ? Une fois, un garçon m’amusa jusqu’au rire. Il leva le bras pour le salut fasciste et cria : « Vive la race blanche ! ». Pourtant, ses cheveux noirs et sa peau foncée ressemblaient aux miens. Je sourirais si quelque descendant d’esclaves, pas (…)

Les globalistes contre les souverainistes

Stefano AZZARA

Un conflit entièrement interne aux classes dirigeantes.

Puisque vous êtes marxiste, je commencerai par la critique. L'un des paradigmes interprétatifs qui s'affirme clairement, non seulement parmi les représentants de l'establishment (le directeur du Wall Street Journal, Gerard Baker, l'a déclaré il y a quelques semaines dans une interview au Corriere della Sera) mais aussi parmi de nombreux camarades, concernant la réaction qui monte en Occident contre ceux qui ont gouverné la mondialisation au cours des 20 dernières années, est celui selon lequel l'affrontement fondamental n'est plus entre la droite et la gauche, mais entre les populistes et les mondialistes. Ici, par rapport à cela, quelle est votre analyse ? Je considère que cette approche, qui semble nouvelle mais qui, en réalité, est apparue sur la scène politique et culturelle à de nombreuses reprises, non seulement au XXe siècle mais déjà au XIXe siècle, est profondément erronée, pour ne pas dire qu'elle présente un grand danger. La véritable différence avec le passé est que, (…)