Jean-Pierre PAGE
« Il faut que tout change pour que rien ne change ! »
Giuseppe Tomasi de Lampedusa ;
Récemment, la presse internationale s’est faite largement l’écho de l’élection présidentielle au Sri Lanka. De manière assez stupéfiante et presque unanimement on a dans les médias mainstream, sur les réseaux sociaux ou à travers les déclarations péremptoires de politiciens de droite comme de gauche, signalé ou salué l’arrivée au pouvoir d’un président « marxiste », voir « marxiste-léniniste », mieux encore « communiste ». De tels commentaires ont suscité à Colombo une hilarité générale ! On en plaisante encore.
« Il faut que tout change pour que rien ne change ! »
Giuseppe Tomasi de Lampedusa
Récemment, la presse internationale s’est faite largement l’écho de l’élection présidentielle au Sri Lanka. De manière assez stupéfiante et presque unanimement on a dans les médias mainstream, sur les réseaux sociaux ou à travers les déclarations péremptoires de politiciens de droite comme de gauche, signalé ou salué l’arrivée au pouvoir d’un président « marxiste », voir « marxiste-léniniste », mieux encore « communiste ».[1] De tels commentaires ont suscité à Colombo une hilarité générale ! On en plaisante encore.[2]
Bizarrement, personne ne s’est posé la question de savoir pourquoi au même moment les dirigeants américains, ceux de l’Union Européenne, le FMI étaient eux aussi visiblement séduits par la nouvelle, applaudissant à ce qui était un évènement, pourtant prévisible. La bourse de Colombo est repartie nettement à la hausse et la roupie a gagné quelques points. Le monde des affaires (…)
Jean-Pierre PAGE
Pour avoir vécu une quinzaine d'années au Sri Lanka, je pense connaître un peu ce pays dont Octave Mirbeau disait "qu'il était le paradis sur terre". Une chose est certaine, la violence à Colombo est loin de correspondre à la philosophie du Bouddha, même si l’ile aux épices et aux saphirs demeure belle, riche de par ses nombreux atouts, ses ressources naturelles et son peuple dépositaire d’une culture millénaire.
L’enjeu stratégique Sri Lankais.
Sans doute ce constat n’est pas sans expliquer pourquoi “la perle de l'Océan Indien" est un endroit qui de par sa position géographique et ses richesses a suscité et suscite toujours fascination et convoitises, depuis des temps immémoriaux. En fait, depuis les Grecs anciens ! Ceylan de par son nom d’origine a connu 450 années de colonisation hollandaise, portugaise, britannique. Napoléon qui avait un sens aigü des enjeux géopolitiques affirmait : " celui qui contrôlera cette ile contrôlera l'Océan Indien". Il installa au moment du 1er Empire un avant poste d’observation sur la côte est, avant d’en être chassé par l’Angleterre, son ennemi irréductible.
Le Sri Lanka est en effet un carrefour et une plaque tournante des corridors maritimes de l'Asie et donc de la Chine avec ses routes de la soie vers l'Afrique, le Proche et le Moyen Orient, l'Europe et au delà. 50% du trafic pétrolier et 75% du trafic international des containers passent près de (…)
Darini RAJASINGHAM-SENANAYAKE
Crise économique, manifestations, remaniements ministériels… Ça chauffe au Sri Lanka et, fait plutôt étonnant, les soubresauts de l’île asiatique défraient la chronique de nos médias occidentaux. Tous les pays du Sud ne sont pas logés à la même enseigne. Mais il faut souligner que dans la région de l’Océan indien, le Sri Lanka occupe une position stratégique. Un élément qui manque souvent dans les analyses et que la Dr Darini Rajasingham-Senanayake a le mérite de mettre en lumière .
C’est dans un contexte de guerres énergétiques et de lents déplacements tectoniques du pouvoir et des richesses vers l’Asie et la région de l’Océan indien que le « printemps arabe » de l’Asie du Sud a déboulé. Les choses se sont précipitées avec la nouvelle guerre froide qui se déroule par procuration en Ukraine, les sanctions imposées par les États-Unis à une Russie riche en énergie ainsi que la crise des réfugiés en Europe.
En l’espace d’un mois, deux opérations de changement de régime se sont déroulées au Pakistan et au Sri Lanka, au milieu de manifestations mises en scène. Le Premier ministre pakistanais Imran Khan, connu pour son courage sur et en dehors des terrains de cricket, a été renversé le 9 avril. Il a accusé Washington d’avoir orchestré son éviction juste après sa visite à Moscou.
Exactement un mois plus tard, le lundi 9 mai, au Sri Lanka, alors que la Banque centrale entamait des pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un « renflouement (…)
Jean-Pierre PAGE
« Aucune cause ne justifie la mort de l’innocent ! » La chute, Albert Camus, 1956
La nouvelle est tombée le jour de Pâques : un carnage a eu lieu à Colombo, un autre « massacre des innocents », une tragédie, une épreuve. Il peut être difficile vu de Paris, de Londres, de New York de mesurer l’état de choc qu’il provoque dans toute une population. Pourtant il se passe quelque chose d’indéfinissable, de tangible, de palpable et d’oppressant difficile à décrire. On a connu ça ailleurs.
La comptabilité macabre des victimes est provisoire ! Près de 300 morts dont 45 étrangers, plus de 600 blessés, sans doute plus compte tenu du nombre de disparus et des victimes que l’on ne peut identifier. Des églises sont fracassées, des hôtels dévastés, la peur, partout le sentiment qu’on n’est pas au bout de ce calvaire. N’a t’on pas trouver dimanche soir une bombe à proximité du terminal de l’aéroport international Bandanaraïke, puis lundi matin 87 détonateurs à la gare routière de Colombo, et (…)
Jean-Pierre PAGE
« Ce sont les masses qui font l’histoire »
Karl Marx
« Rien n’est absolu, tout est changement, tout est mouvement, tout est révolution, tout s’envole et s’en va ! »
Frida Kahlo [20]
En dépit de toutes les manœuvres, des menaces, des pressions, des mensonges, il aura fallu très exactement deux semaines pour que s’impose un changement d’orientation politique au Sri Lanka ! Le Parlement est dissous, il y aura des élections générales, c’est ce que revendiquait le peuple et pour lui c’est une première victoire.
Dans l’état actuel des choses, c’est un échec pour les recettes néo-libérales du gouvernement de droite, pour leurs politiciens. Dans cette région du monde si stratégique, située au milieu de l’Océan Indien sur les routes d’approvisionnement entre le Moyen-Orient et l’Asie orientale [21], c’est aussi le cas pour les objectifs géo politiques des Etats Unis et leurs alliés. Ce dernier aspect n’étant pas le moins important !
Avec cette situation inédite et (…)