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Bernard Klein. Les expressions qui ont fait l’histoire. Paris, E.J.L. 2008

Ce qu’il y a d’intéressant avec les phrases historiques, c’est que, souvent, elles n’ont pas été prononcées par les personnes à qui on en a attribué la paternité. Prenez la soutière (je sais, le mot "soutier" n’a pas de féminin, mais ça ira quand même) du capitalisme américain qui siège au gouvernement français, Christine Lagarde. Elle a effectivement, lors de la flambée du prix des carburants, conseillé au bon peuple d’utiliser le vélo plutôt que la voiture. Mais la reine Marie-Antoinette, qui a tant fait fantasmer l’historien pétainiste André Castelot, n’a jamais dit : "S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche !
Cette phrase malencontreuse traînait un peu partout depuis le XVIème siècle et exprimait les limites intellectuelles de certains aristocrates. Dans ses Confessions (1765), Jean-Jacques Rousseau se souvient : "Je me rappelai le pis-aller d’une grande princesse à qui l’on disait que les paysans n’avaient pas de pain, et qui répondit : Qu’ils mangent de la brioche".

J’ai personnellement découvert, à ma grande surprise, en lisant le petit livre de Bernard Klein, que Monsieur de La Palisse n’avait jamais prononcé la moindre lapalissade. Après la bataille de Pavie, ses soldats chantèrent sa mort en composant le couplet suivant :

Monsieur d’La Palisse est mort,
Mort devant Pavie :
Hélas, s’il n’était pas mort
Il ferait encore envie

Deux vers furent transformés de la manière suivante :

Un quart d’heure avant sa mort,
Il était encore en vie.

Le besoin des mythes, le besoin de caractériser un événement, un personnage en les simpliant, en les caricaturant au besoin sont plus forts que la vérité historique. Un lecteur du Grand Soir rappelait récemment que Moïse n’avait pas existé. Ce qui a existé, en revanche, et ce dans nombre de croyances, animistes ou non, sous bien des horizons, c’est le mythe de l’enfant sauvé des eaux, puis qui sauve à son tour.

Bref, notre langue, notre histoire sont nourries de citations apocryphes, approximatives, tordues ou complètement fausses. Le bene trovatto est plus rassurant, mais aussi plus consensuel, que le vero.

On ne saura jamais d’où vient l’expression "dans cent sept ans" : allusion à la construction de Notre Dame de Paris, à la Guerre de Cent ans plus celle de Sept ans, ou tout bêtement à une liqueur à base de zeste de citron et de coriandre ?

Galilée n’a jamais affirmé : "Et pourtant, elle tourne". Il avait eu tellement de mal, il avait mis tellement de temps à s’approprier une théorie que Copernic n’avait fait publier qu’à soixante-dix ans, peu de temps avant de mourir, qu’il avait bien fallu "sauver l’honneur scientifique du grand savant" en lui permettant cette saillie proférée tout bas, avant de se retirer chez lui, en Toscane, aveugle et malade.

C’est fort dommage, mais Louis XIV n’a jamais dit :"L’Etat, c’est moi". S’il avait dû proclamer quelque chose du même tonneau, il aurait dit : "La Nation, c’est moi", l’Etat n’étant qu’un outil de la souveraineté du monarque.

Marcel Déat à bien écrit qu’il ne fallait pas "mourir pour Dantzig", ni pour les "Poldèves". Le peuple poldève avait été inventé en 1929 par un journaliste de L’Action française. Il inspirerait en 1936 Hergé pour son album Le Lotus bleu. Déat assimilait donc des Polonais à un peuple de bande dessinée.

L’expression "Guerre froide" fut popularisée par le journaliste et essayiste états-unien Walter Lippman en 1947. Lippman l’avait empruntée à l’homme d’affaires Bernard Baruch qui l’avait lui-même découverte (certains diront que je le fait exprès) chez George Orwell. Dans un article d’octobre 1945 pour le périodique socialiste Tribune, Orwell exposait que l’existence de la bombe atomique allait enferrer l’humanité dans un état "horriblement stable" de "guerre froide permanente".

Que dire de l’expression "Le Grenelle de" (l’environnement, la vente des pantoufles, l’étalonnage des stylos à bille), si ce n’est qu’elle répond fort bien à l’air du temps avec son "dialogue social", ses "partenaires sociaux" ? Il n’y eut pas d’accords de Grenelle en mai 1968, la base ayant refusé les propositions arrachés par les dirigeants syndicaux lors d’une réunion de trente-six heures présidée par Pompidou.

Pensons aussi aux pauvres généraux français "limogés" en 1915 par le maréchal Foch, alors que la plupart d’entre eux se retrouvèrent à Brives, à Tulle ou à Périgueux ! Puisqu’on s’intéresse aux généraux, Cambronne n’a sûrement pas prononcé son fameux mot à la bataille de Waterloo. Il a, par ailleurs, de lui-même, infirmé l’assertion selon laquelle il se serait écrié "La garde meurt mais ne se rend pas" : non seulement il n’était pas mort, mais en plus il s’était rendu...

Qui savait que le fameux "rang d’oignon" venait du baron d’Oignon, chef du protocole du roi Henri II ?

Quant à Christophe Colomb, non seulement il n’a pas découvert l’Amérique, mais il n’a même pas, selon Voltaire, réussi à faire tenir un oeuf debout (oeuf précédemment attribué à l’architecte du Quattrocento Brunelleschi, rien à voir, donc) : "la plupart des bons mots sont des redites".

Le très limité Mac-Mahon, massacreur de la Commune, prononça bien "Que d’eau, que d’eau !" devant Moissac inondé en 1875. On lui conserve tout de même notre sympathie pour cette auto-analyse : "La fièvre typhoïde est une maladie terrible. Ou on en meurt, ou on en reste idiot. Et je sais de quoi je parle, je l’ai eue."

On terminera sur Yalta, qui ne prépara pas le partage du monde. Cela avait été réalisé à la Conférence de Téhéran en 1943.

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"Bon, j’imagine que vous ne pouvez tout de même pas tuer vos subordonnés"

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Cité par Serge Halimi, dans le Monde Diplomatique de février 2005, page 2


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