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Capitalisme et productivisme, ou l’incompatibilité avérée avec l’écologie !

Lors du premier Grenelle de l’environnement nous fûmes un certain nombre à considérer cette initiative comme une mascarade, une sorte de cache misère n’abordant pas le fond du problème ; c’est-à -dire qu’il n’y aura pas d’écologie véritable sans une remise en cause politique et par conséquence une autre optique sociétale que le productivisme capitaliste.

Déjà le débat avait été tronqué en l’absence de concertation sur le nucléaire, ce fut même une fin de non recevoir, puis en parallèle avait été votée une loi qui pour l’avenir sera la porte ouverte à la prolifération des OGM. Quand il s’agit de défendre les grands lobbies industriels on a passé outre le Grenelle qui, en fait, a servi de fourre-tout à quelques « mesurettes » que l’on a proclamées haut et fort, en oubliant d’ailleurs qu’elles ont été limitées dans leur efficacité par quelques amendements comme celui de Ollier, le rabotage à la baisse des normes thermiques pour l’habitat -mais il y avait eu en réalité environ six points importants que les amendements ont minimisés, dont les exceptions aberrantes limitant la portée de la taxe poids lourds pour ne citer que cette iniquité. De la poudre aux yeux !

Mais écoutons se qu’en pensait à l’époque (en octobre 2008 à l’assemblée) André Chassaigne ayant porté à dérision ce foutoir :

« En définitive, c’est une écologie « Canada dry » que l’on nous propose d’adopter aujourd’hui. Nous nous retrouvons pour débattre d’un texte boiteux, qui a la couleur supposée de l’écologie, le goût de l’écologie, mais qui est bien loin de répondre aux véritables enjeux écologiques. »

Néanmoins, l’effet médiatique encensé par la suractivité présidentielle, appuyée par un Borloo pas encore totalement imprégné et convaincant avait séduit quelques prétendus écolos, laissé sceptiques d’autres, voire dubitatifs certains, mais surtout, laissé un goût amer face à l’imposture que quelques conscients percevaient…

Il ne s’agissait pourtant pas d’un quelconque moment d’humeur puisqu’au fil du temps cela s’est confirmé lorsque l’on s’est aperçu que ce fatras prétendu écologique n’avançait pas, abandon et remise en question de projets, des propos fort éloignés de l’écologie proférés au salon de l’agriculture par le Chef de l’état, le 3éme EPR, etc. et la liste est longue tant l’opération fut un apparat. A tel point d’ailleurs que l’un des promoteurs du pacte écologique ayant favorisé la mise en place du Grenelle, Nicolas Hulot, a suspendu sa participation en accord avec sa fondation.

Si ce fut l’abandon de la néanmoins contestable taxe carbone qui sera la goutte d’eau faisant déborder le vase, on peut s’apercevoir aussi qu’Hulot jette maintenant un regard plus critique à l’encontre du productivisme capitaliste. Ce qui doit le mettre dans une situation paradoxale quand on sait que c’est ce système qui lui a permis de paraître comme un ardeur défenseur de la survie de la planète. Si l’on est optimiste on peut considérer cela comme une prise de conscience, relative certes. Ce qui n’est pas le cas de son alter-ego « l’hélicolo » tartufe Yann Arthus-Bertrant, moins gêné aux entournures, qui dénonce les dégâts de la suractivité humaine en consommant allègrement quelques milliers de litres de carburant, issu du pétrole, et gracieusement payés par les 10 à 12 millions d’euros apportés par un François-Henri Pinault, voulant par le fric s’acheter une conscience écologique. Car, qu’on le veuille ou non, le productivisme même atténué par une peinture verte, que ce soit dans le bâtiment ou autre, engendre toujours des détériorations de la planète. La main mise des multinationales sur les forêts gabonaises, de l’Amazone pour fournir la construction, ou pour la transformation, reste dommageable et créer par la même occasion une nouvelle forme d’exploitation colonialiste de la part du capital. Donc, dénoncer c’est bien, mais il faut aussi dire les raisons profondes de la surexploitation, à l’évidence c’est difficile quand le sponsor est un super capitaliste.

Alors ça continue, la mascarade médiatique se perpétue et l’on nous présente la suite avec le grenelle 2. Bon, cette fois, le nombre des sceptiques a augmenté singulièrement au regard de l’incompétence avérée de ce gouvernement. Incompétence, volontaire ou pas, envers le bien-être du peuple afin de ménager l’hégémonie des spéculateurs et des banquiers, par conséquence aussi pour le capital, qui voit d’un mauvais oeil l’écologie mettre souvent un frein au productivisme source de profit boursier. Si, pour faire bonne figure, on a inventé la croissance verte, conforter une sorte de mode consumériste, c’est-à -dire qu’avec une bombe aérosol contenant un vert douteux on a passé un coup de peinture attractive sur certains produits pour pouvoir les appeler : « bio ». Car même si l’on a diminué leur nocivité polluante grâce à divers stratagèmes, une production expansive amènera le même résultat avec le nombre. C’est le cas de la bagnole, on diminue la consommation et par contre on augmente leur nombre, donc aucun changement.

On a donc stigmatisé la responsabilité individuelle envers l’écologie, la démarche n’est pas à rejeter, au contraire, la conscience écologique personnelle ne peut être que constructive en étant toutefois particulièrement insuffisante, car n’oublions pas que 93% des émissions de gaz à effet de serre sont dues aux industriels, et le véritable danger est là . Eh oui, on a tendance à minimiser la laideur industrielle, pourtant, en étant la résultante de la croissance, elle est par conséquence la principale source de la destruction progressive de la planète.

Comme il y a des gens sensés pour dénoncer les tartuferies, sans prendre tout le réquisitoire de Martine Billard lors de la discussion générale sur le Grenelle, pour la 2éme séance du 4 mai 2010, nous donnerons à lire un des passages le plus significatif de son intervention.

« Il faut sortir la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la lutte contre le changement climatique des logiques capitalistes du marché carbone, des impasses et des fuites en avant technologiques qui nous ont conduits dans le mur.

A cet égard, je tiens à évoquer la voiture électrique à propos de laquelle l’un de nos collègues nous a expliqué que nous devions construire notre indépendance à l’égard des pays producteurs de pétrole et que cela passait par la voiture électrique. Je rappelle cependant que les voitures électriques requièrent des batteries, qui sont fabriquées avec du lithium, et que le lithium n’est produit ni en France ni dans aucun territoire qui dépendrait de la République. Il faut aller le chercher ailleurs. Les batteries ne sont donc pas plus le gage de notre indépendance que le pétrole, à moins que vous ne considériez qu’il est plus facile d’aller piller des pays comme la Bolivie et le Népal que les pays producteurs de pétrole.

Malheureusement pour vous, si la Bolivie s’est historiquement fait piller son plomb ou d’autres minéraux, le gouvernement bolivien n’est actuellement pas disposé à se laisser piller son lithium. De toute façon, la planète ne compte pas suffisamment de lithium pour remplacer tous les véhicules circulant et tous les véhicules à venir. Rappelons que le parc automobile de la Chine croît constamment, et pourquoi refuser aux Chinois d’avoir autant d’automobiles que les Français ?

La voiture électrique n’est donc pas la solution, même s’il peut être intéressant de développer les flottes captives électriques plutôt que les flottes captives à moteur à explosion. Arrêtons donc de fantasmer, comme nous le faisons un peu trop en France, sur « la Solution », avec un « S » majuscule. Cela se termine généralement assez mal. Je me rappelle notamment l’affaire des avions renifleurs et d’autres. Ne cherchons pas la solution miracle qui serait la seule solution : il faut des panels de solutions.

Il faut tenir compte des pays producteurs, et nous n’irons piller ni la Bolivie ni le Népal.

Arrêtons donc de rêver avec cela !

Le stockage du CO2 est un autre éléphant blanc. Aujourd’hui, nous ne savons pas stocker le CO2 et rien ne démontre que nous y parviendrons un jour. »

Ce résumé relate bien une erreur commise de plus en plus souvent, qui est celle de la techno-science au service d’une croissance tous azimuts. Une croissance incontrôlée pour le seul avantage des intérêts du capital et ceci, de surcroit, au détriment des travailleurs qui en sont devenus la variable d’ajustement. Par conséquence, son intervention laisse transparaitre que l’on ne peut pas faire d’écologie véritable si on laisse les lobbies industriels capitalistes mener l’économie mondiale. Le profit passant toujours avant le bien-être.

Il s’agit de bien-être qui est un concept plus large que le mieux-être que l’on doit aux sociétés modernisées, l’Ipod par exemple s’inscrivant peut-être dans le mieux-être, ce qui d’ailleurs est suggestif, mais il n’est pas du tout sûr qu’il soit un élément déterminant pour le bien-être. C’est sans doute à travers ce travail de réflexion qu’il faudra aller chercher les contours d’une société totalement différente ; car ne l’oublions pas, la terre est un produit fini dont les limites ne sont pas extensibles et la science, plus exactement la techno-science, quoiqu’en disent certains apprentis sorciers ne résoudra pas tout.

Il faut d’abord mettre un frein au productivisme exponentiel, cela passe nécessairement par la disparition du principe capitaliste qui en est le principal demandeur puisque son leitmotiv existentiel est celui du profit coûte que coûte. Les partis de la droite traditionnelle sont à leurs places dans ce système puisqu’ils incarnent la continuité des régimes monarchiques ou toute l’énergie était inconsciemment tournée vers l’hégémonie monétaire, par contre on aurait pu espérer que des partis dits socialistes se seraient opposés au productivisme dévastateur, il n’en est rien.

Au contraire, pour la France, depuis 1983 les socialistes et leurs associés : communistes, et verts, radicaux de gauche, ont donné la part belle aux marchés. La gauche plurielle, malgré des voix discordantes et favorables au « non » lors du référendum sur le TCE -déjà des communistes contre Maastricht-, a cependant amené à ce que l’Europe devienne l’un des éléments moteur de la mondialisation capitaliste. Certes la droite a repris le relai depuis que la prétendue gauche n’est plus au pouvoir, mais il n’empêche que l’on doit le traité de Lisbonne à l’attitude faux-culs des socialistes, sans oublier l’européanisme primaire d’Europe écologie. Donc, se sont là deux défenseurs de la concurrence libre et non faussée avec pour élément porteur une croissance capitaliste dévastatrice, nous devons nous opposer par tous les moyens à ses inféodés au capital, car ils sont beaucoup plus trompeurs avec leur aspect faux-jetons que la droite dont on connaît le penchant pour l’idéologie ultralibérale, et qui ne s’en cache pas.

Pourtant il parait de plus en plus évident que l’on ne pourra faire véritablement de l’écologie qu’en prenant d’autres options que le productivisme et son corolaire le consumérisme inconsidéré, s’impose donc comme priorité de sortir du capitalisme, la sobriété étant une antinomie du profit.

C’est seulement à partir de ce moment que l’écologie deviendra un réflexe, produire à tout prix n’étant plus une obsession, ce sera alors l’ère de l’écologie réflexive…

Michel MENGNEAU

http://le-ragondin-furieux.blog4ever.com

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