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Chef d’accusation : Arabe (Haaretz)

Photo : Ethan Bronner, New York Times

C’est peut-être vrai que les Arabes Israéliens ont plus de droits que les Arabes du monde entier, mais ils en ont moins que les Juifs du monde entier.

Non, je ne viens pas défendre le Docteur Omar Sayid ni Ameer Makhoul qui ont été arrêtés au milieu de la nuit. d’ailleurs personne ne sait de quoi ils sont accusés ni ce qu’ils ont fait. Peut-être la montagne sécuritaire du Shin Bet accouchera-t-elle d’un monticule de taupe ou peut-être pas, mais vu cette nouvelle vague d’attaques sordides et unanimes qui se déchaîne contre les Arabes d’Israël, il est temps de se livrer à une autre forme de mise en examen : Qu’attendons-nous de nos citoyens arabes ?

La vérité est que d’abord et avant tout, nous voudrions qu’ils disparaissent, mais pas leurs restaurants de hummus. Notre second choix serait qu’on les entasse tous dans leurs villages, pour ne pas dire ghettos. Ils seraient vite forcés de monter les uns sur les autres, ces parias dont beaucoup sont au chômage pour cause de discrimination. Ils hisseraient le drapeau israélien et même deux drapeaux et chanteraient l’Hymne National qui dépeint les aspirations de l’âme juive. Moins que cela serait considéré comme une faute.

Nous voudrions que leurs MK (Membres de la Knesset, le parlement israélien NdT), si nous leur permettions toujours d’en avoir, visitent les communautés juives des USA, se prosternent sur la tombe de Rabbi Nachman de Braslav et participent à la Marche des Vivants d’Auschwitz. Tout sauf rendre visite à leurs propres frères de race dans les pays arabes. Qu’ils se mettent au garde à vous pendant que les sirènes retentissent le Jour du Souvenir des soldats qui ont combattu leur peuple. Qu’ils applaudissent les soldats des forces armées israéliennes qui les dévorent dans les territoires occupés. Que les jeunes arabes expriment leur reconnaissance pour les généreuses et larges opportunités d’emploi (1,3 pour cent du personnel dans les services du Premier Ministre, 6 employés à la Knesset sur 469, 2 pour cent des employés des ministères du Transport et de la Communication, un total de 6 pour cent dans le service public).

Qu’ils se soumettent au test de loyauté prescrit par le Ministre des Affaires Etrangères Avigdor Lieberman. Qu’ils respectent la Loi de la Citoyenneté et n’épousent pas des membres de leur peuple habitant dans les territoires occupés. Qu’ils respectent la douteuse Loi de la Nakba et ne s’avisent jamais de mentionner les événements de1948, même tout bas. Qu’ils ne s’avisent pas non plus d’acheter un des appartement du Haut Nazareth ou de Carmiel, que nous avons construits sur leurs terres, ni de louer un appartement à Tel Aviv. Qu’ils n’essaient pas de venir se distraire dans un de nos clubs, où d’ailleurs aucun agent de sécurité ne les laissera entrer. Qu’ils adoptent l’accent israélien et de préférence ashkénaze, s’ils ne veulent pas que les agents de sécurité de l’aéroport international de Ben Gourion les arrêtent. Qu’ils continuent à accepter -sans se plaindre- d’arriver à l’aéroport quatre heures avent le départ parce qu’ils sont arabes.

Que leurs poètes continuent de devoir s’adresser à la Cour Suprême pour pouvoir recevoir leurs prix littéraires. Qu’ils aient moins d’enfants car ils "se reproduisent trop vite" et deviennent un "problème démographique". Qu’ils ne parlent pas trop fort en présence de Juifs car nous n’aimons pas entendre parler Arabique. Et bien sur qu’ils ne s’avisent pas de rencontrer "des agents étrangers", la quasi totalité des ces agents n’étant en fait que les habitants des pays voisins.

Si vraiment les "minorités" ou les "Arabes israéliens" (comme nous les appelons sans leur consentement, pourquoi devrions-nous les appeler Palestiniens ?) se pliaient à toutes ces conditions, alors peut-être les accepterions-nous. Alors, tout en continuant à nous goinfrer gratuitement de pita et de humus, de café et de baklava, nous les laisserions construire nos maisons à conditions qu’ils n’écoutent pas la radio arabe en travaillant.

La commission d’enquête dirigée par le MK Ahmed Tibi qui a pour but d’employer plus d’Arabes dans le service public a rendu un rapport provisoire au début de l’année. Ce rapport impressionnant qui aurait dû être faire l’effet d’un coup de semonce à la société israélienne a été accueilli dans l’indifférence. Il révèle pourtant un niveau inquiétant de discrimination. Mais le rapport n’est qu’une partie de problème. L’autre partie du problème est politique et nationaliste : on ne peut refuser de voir que le débat sur "l’état juif" exclut automatiquement les Arabes Israéliens, les acculant dans une impasse sans issue.

Peut-être ont-ils vraiment plus de droits en Israël que dans la plupart des pays arabes du monde, mais cela n’est pas le problème. Car nous sommes une démocratie, n’est-ce pas ? Et les Arabes y sont traités plus mal que la plupart des juifs de la planète. Etant donné que la solution de deux états devient de plus en plus improbable et que celle d’un seul état devient la seule possible, l’épreuve de vérité, pour le régime qui sera en vigueur dans ce pays qui est déjà presque binational, sera la manière dont les Arabes seront traités.

En attendant il faut le reconnaître, même s’il s’avère que les soupçons qui pèsent sur Sayid et Makhoul sont fondés, les Arabes israéliens font preuve d’infiniment plus de loyauté envers l’état que l’état envers eux.

Gideon Levy

Haaretz 13 mai 2010

Pour consulter l’original
http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/the-charge-arabs-1.290083

Traduction D. Muselet

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