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Emancipation : Le dévoilement des dominations globales

Dans le maêlstom des dominations multiples écrasants la majorité des humains il importe de pointer les dominations globales des dominations sectorielles. Ces dernières ne sont pas qualitativement négligeables ou secondaires. Simplement elles frappent pas les mêmes individus. Il s’agit du sexisme, du racisme, du classisme, de l’emprise excessive du religieux sur l’Etat et la société, des résidus de relations coloniales (postcolonialisme),etc.

S’agissant des dominations globales deux ordres de dévoilement critiques apparaissent : les dispositifs abstraits (Jean-Marie VINCENT) et derrière eux la classe dominante (Monique et Michel PINCON-CHARLOT). Ce dévoilement se poursuit de façon complémentaire avec la notion de peuple-classe (Christian DELARUE). Dernière question : La fonction critique et rassembleuse de la notion de peuple-classe peut-elle en outre nommer le sujet porteur du projet altermondialiste ?

1 - Dévoilement vers le haut.

* Les dispositifs abstraits sont de nature technico-juridiques . Ils sont une rationalisation et une instrumentalisation du savoir scientifique et technique érigé en dispositif normatif "d’en-haut". L’instrumentalisation se dédouble en un montré et un caché . Ce qui est valorisé donc montré relève de la rentabilité, du résultat de la performance et ce qui est caché dans la machine (le plus souvent) c’est le contrôle unilatéral des "faisant fonction" des dominants sur les dominés. Ces dispositifs ont pour particularité de surplomber les humains dans une relation fétichiste : élévation du non-humain et rabaissement de l’humain . La marchandisation accroit ce phénomène . Le marché des biens et services ou celui de la force de travail vient renforcer ce fétichisme devant lequel une fraction des humains doit s’agenouiller comme devant un Dieu.

* La bourgeoisie est la classe dominante sous le capitalisme. C’est d’abord une classe sociale au sens ou elle est classe en soi et classe pour soi . En ce sens on peut dire qu’elle est la seule classe sociale organisée dans la défense unie de ses intérêts et notamment le maintien et l’accroissement de son capital économique (richesse financière) et de ses autres pouvoirs sociaux, relationnels, symboliques (prestige). Elle réunie de façon très forte, très soudée des industriels, des hommes d’affaires, des banquiers, de vieille souche ou de récente extraction, des grands exploitants agricoles, des hauts fonctionnaires, des membres de l’Institut, des généraux… Monique Pinçon-Charlot affirme qu’elle est collective et même collectiviste à son profit.

* Sous ces deux aspects, la domination capitaliste porte sur la nature et sur le peuple-classe. Les vecteurs de la domination capitaliste au profit de la classe dominante forme système . Il s’agit de la régression démocratique accélérée, les privatisations en chaine, le dépérissement des services publics, et en contrepoints la marchandisation généralisée, le libre-échange. L’appropriation privée des moyens de production orientée vers l’obtention infinie du profit ne cesse de promouvoir ce qui relève de la valeur d’échange contre la valeur d’usage, etc. Le système capitaliste peut se transformer mais son but reste de ne jamais cesser de produire de la plus-value. En somme changer constamment pour rester à l’identique sur sa logique.

2 - Dévoilement vers le bas.

Parler du peuple-classe. Le peuple-classe n’est pas vraiment une classe sociale proprement dite . Il rassemble par opposition à la classe dominante la diversité des dominés. La notion de peuple-classe a été mobilisée en rapport distinctif avec le peuple-nation mais dans une double fonction de dévoilement. Son rôle a été de montrer vers le haut une classe dominante bourgeoisie maintenant mais aussi couche bureaucratique jadis. En ce sens, le peuple-classe n’est jamais que le peuple diminuée de la classe dominante. Le second dévoilement porte sur l’oubli des résidents étrangers n’ayant pas de droit de vote.

Le peuple-classe est plus large que le prolétariat avec sa définition complète qui porte sur l’épuisement du salaire mensuel en fin de mois (1 ). Le peuple-classe rassemble la quasi totalité du salariat, une large fraction des indépendants (payants, artisans, petits commerçants) mais aussi le petit-patronat. On comprends que le peuple-classe est une notion qui rassemble des couches sociales qui peuvent avoir des intérêts divergents surtout si l’on y intègre le patronat des petites entreprises qui exploite parfois aussi férocement que le grand la force de travail salariée. Cet ensemble large de peuple-classe a une frontière mobile mais qui ont pour caractéristique de ne pas être riche.

3 - Le peuple-classe peut-il devenir le sujet de l’altermondialisme ?

Ceux-d’en bas n’ont pas d’existence car pas de nom (sauf celui de multitude dont l’emploi est très lié à la thèse d’Empire d’A Négri et M Hardt ). Parler de peuple-classe revient à nommer les non-riches par rapport aux très très riches, donc à donner nom à ceux d’en-bas. Ce n’est pas négligeable . La question suivante est : peut-il être le nom du nouveau sujet porteur de l’autre monde possible et nécessaire ? Certainement pas en mode exclusif, en mode dominant et excluant des autres problématiques. C’est une leçon des nombreux débats menés dans ATTAC ou dans les Forum altermondialistes.

Eu égard à la prise en charge de la diversité des dominés la notion ne peut intervenir que dans un discours ou un projet qui articule de façon dialectique l’unité et la diversité. On peut penser l’alternative comme la convergence des alternatives. On peut espérer que les émancipations se combinent et se déploient parallèlement. Mais l’histoire réelle montre plutôt des décalages temporels.

Il y a aussi des luttes de classes sans classe. Pendant plusieurs années les fonctionnaires de base ont menés des luttes qui concernaient tout autant leur statut que le service public. D’autres couches sociales, tel les paysans ont mené des luttes contre l’agriculture productiviste.

Il y a aussi des luttes dont la portée émancipatrice n’est pas évidente. On peut dire que chaque lutte a son ambivalence, car elle est travaillée pour être maintenue dans le cadre de l’existant à savoir la recherche de la production pour le profit mais aussi tendue pour sortir du cadre existant.

Pour autant on ne saurait oublier de noter que le peuple-classe est une notion universalisable valable en Europe, en Amérique latine comme en Chine ou en Corée. Même là ou l’on évoque des peuples au sens ethnique il est toujours possible d’évoquer un peuple-classe. Reste que la notion s’adapte difficilement dans certaines situations. Dans quelle mesure peut-on parler de peuple-classe palestinien, dans la mesure ou celui-ci est un peuple qui aspire en quelque sorte à devenir peuple-nation ?

Christian DELARUE

1) En défense des prolétaires à 3000 euros par mois et moins ! http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article789

Les frontières du peuple-classe
http://www.france.attac.org/spip.php?article9596

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