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L’échec de l’Observatoire des Droits de l’Homme au Venezuela et en Haïti

Le rapport mondial de 2008 de l’Observatoire des Droits de l’Homme (Human Rights Watch, HRW) contient la supposition sous-jacente que les Etats-unis et ses alliés ont le droit de renverser des gouvernements démocratiques.[1]

La partie du rapport sur le Venezuela ne mentionne rien sur les tentatives continuelles des Etats-unis pour renverser le gouvernement Chavez. Il est de notoriété publique que les Etats-unis ont financé des groupes impliqués dans le coup d’état de 2002 et ont continué de le faire ensuite.[2]

Plutôt que de dénoncer ou même reconnaître les efforts de déstabilisation américains au Venezuela, HRW continue de ressasser sur le non-renouvellement de la licence de diffusion hertzienne à RCTV (Radio Caracas Télévision). RCTV était l’un des grands réseaux de télévision qui aida et encouragea le coup d’état. HWR objecte que l’implication de RCTV "n’a pas été prouvée selon une procédure qui aurait permis a RCTV de se défendre". Il est impossible d’imaginer une procédure qui ne soit pas grotesque et puisse conclure autrement étant donné que les auteurs du coup ont remercié les médias privés, dont RCTV était l’un des plus importants, pour leur aide. Avant l’échec du coup, le Vice Amiral Ramirez Perez a dit à un journaliste vénézuelien :
"Nous avions une arme mortelle : les médias. Et laissez-moi vous féliciter maintenant que j’en ai l’occasion".

Au vu de ses rapports, HRW se désintéresse totalement de savoir si l’opérateur qui remplace RCTV sur les ondes publiques, TVes (Televisora Venezolana Social), offre aux spectateurs une diversité de vue plus large ou une responsabilité plus grande. "La liberté des barons de la presse" de perpétuer des coups d’état semble être la préoccupation de HWR, pas la liberté d’expression.[3]

HWR se sert aussi de son rapport de 2008 pour critiquer, une fois de plus, une loi de réforme judiciaire promulguée par l’administration Chavez en 2004. Au contraire, le résumé de HWR sur Haïti ne dit rien du coup d’état qui renversa le gouvernement démocratique de Jean Bertrand Aristide en 2004 ; rien sur les meurtres subséquents de milliers de gens qui soutenaient le mouvement Lavalas d’Aristide (le mot Lavalas n’apparaît même pas dans le résumé) ; rien pour dénoncer les accointances de la police et du pouvoir judiciaire d’Haïti avec la dictature de 2004 à 2006 ; rien sur le Père Gérard Jean-Juste, le prisonnier politique le plus important de cette période, qui continue à être harcelé par le système légal d’Haïti.[4]

Même si la critique de HRW sur la réforme judiciaire de 2004 au Venezuela était fondée (et elle ne l’est pas), elle ne pourrait mériter plus d’attention que le coup d’état qui a eut lieu en Haïti et qui mena à une catastrophe des Droits de l’Homme.[5]

Dans une note positive, la section sur Haïti du rapport 2008 de HWR porte une attention tardive à la disparition de Lovinsky Pierre-Antoine, un Haïtien militant très connu des Droits de l’Homme, et un opposant au coup de 2004 :

"En août 2007, un avocat renommé des Droits de l’Homme, Lovinsky Pierre-Antoine, a été enlevé. Au moment où ce rapport est écrit, on ignore ce qu’il est devenu".

Ici encore, l’absence du mot "Lavalas" est significative. Pierre-Antoine a disparu le jour suivant l’annonce qu’il serait candidat du Parti Fanmi Lavalas au Sénat d’Haïti. Le coup de 2004, et la répression massive qui suivit, avaient pour but d’éliminer le mouvement Lavalas - le même objectif avec essentiellement les mêmes exécutants que pendant la période 19914-1994 sur laquelle HRW a fait des rapports extensifs.[6]

Au premier regard, le rapport 2008 de l’Observatoire des Droits de l’Homme semble fournir une critique courageuse et absolument nécessaire des pays puissants comme les Etats-Unis. HRW montre sa volonté de contredire l’administration Bush. Par exemple, dans une conférence de presse sur le rapport mondial 2008, Ken Roth le directeur de HWR refusa de considérer le Venezuela comme un "pays fermé" (closed-country). Cependant, il continua en disant qu’en ce qui concerne les Droits de l’Homme "la tendance était négative au Venezuela". Une telle conclusion est justifiée si l’on considère que le soutien à des coups d’état et autres actes de sabotage contre un gouvernement démocratique ne doivent avoir aucune répercussion légale. Pendant ce temps, en Haïti, quand les Droits de l’Homme sont bafoués par un coup d’état soutenu par les Etats-Unis, la France et le Canada, HWR fait preuve d’un étonnant manque d’intérêt.[7]

L’impérialisme américain ne peut être victorieux qu’avec les seuls Néocons. L’appui d’autres pays lui est nécessaire. Il a besoin de la légitimation d’organisations transnationales et non gouvernementales comme l’Observatoire des Droits de l’Homme.[8] C’est une leçon importante à retenir des coups d’état qui eurent lieu en Haïti et au Venezuela.

Joe Emersberger - Haiti Analysis

Traduction par Laurent pour le Grand Soir

»» http://haitianalysis.com/2008/2/23/the-failure-of-human-rights-watch-i...

NOTES

[1] Voir : « Human Rights Watch. World Report. 2008 » http://hrw.org/wr2k8/pdfs/wr2k8_web.pdf

[2] Voir : Eva Gollinger « le Code Chavez » pour des détails sur les financements américains des groupes qui ont participé au coup d’état. La réponse de HRW au coup d’état de 2002 était terrible. Al Girodino de Narco New le résume bien dans un échange qu’il eut avec un employé de HRW : "Ils ont reconnu une ’autorité’ illégitime comme légitime. Ils n’ont pas appelé au retrait de ce régime dictatorial, ils n’ont pas appelé les autres nations, ni l’Organisation des Etats Américains (OEA), à refuser de le reconnaître. Ils n’ont pas invoqué la Chartre Démocratique de l’OEA alors que cet événement même est de ceux qu’elle est chargée de prévenir. Et après que la poussière fut retombée et que le peuple eut restauré son président élu, HRW et Vivanco ont voulu nous enfumer en parlant des manifestations et des coups de feu d’avant le coup d’état, plutôt que de l’urgence d’amener les comploteurs devant la justice". HRW réagit de la même manière après le coup en Haïti en 2004. Voir la note 6.

[3] Il y a de bonnes raisons de penser que la liberté d’expression sur les ondes publiques s’est améliorée en remplaçant RCTV par TVes, note James Jordan : "la nouvelle licence de diffusion a été donnée à une station publique, TVes-Télévision Sociale du Venezuela, qui montrera principalement des émissions produites par des partenaires indépendants. La station ne sera pas contrôlée par le gouvernement mais par un ensemble de représentants de la communauté, avec un siège réservé à un délégué du Gouvernement."

http://www.venezuelanalysis.com/analysis/2416.

Pour des informations plus spécifiques sur l’implication de RCTV dans le coup d’état, voir
http://www.globalexchange.org/countries/americas/venezuela/2974.html

[4] Pour plus d’informations sur le coup en Haïti et ses conséquences, voir Kolbe & Hudson. Lancet Study. 2006.

http://www.ijdh.org/pdf/Lancet%20Article%208-06.pdf http://www.haitianalysis.com/2007/7/31/interview-with-athena-kolbe-co-...

[5] La loi de réforme judiciaire brise la mainmise de l’élite du Venezuela sur le pouvoir judiciaire. Pour plus de discussion sur cette loi et les objections de HRW, voir le vif échange d’Al Giordano avec HRW sur leur critique de la loi de réforme judiciaire.

http://narcosphere.narconews.com/story/2004/6/17/15422/6410

[6] Pour plus de discussion sur la façon dont HWR a répondu au coup d’état en Haïti ; http://www.zmag.org/content/showarticle.cfm?ItemID=10011

[7] Voir
http://www.miamiherald.com/news/breaking_dade/story/401747.html

’’Nous n’avons pas inclus le Venezuela à la liste des pays fermés parce qu’il ne l’est pas", a dit Kenneth Roth l’administrateur de Human Rights Watch, en révélant le rapport mondial 2008 de l’organisation, qui pointe du doigt les dirigeants qui se targuent d’être démocratiques mais prennent des mesures autocratiques. Roth a reconnu que "la tendance était négative au Venezuela", disant que Chavez avait la main mise sur la cour suprême et refusait le droit de diffusion à une station d’opposition, parmi d’autres excès.

[8] Les priorités mises en avant dans les rapports de HRW sont tout à fait alignées avec celles des impérialistes libéraux comme Lloyd Axworthy, un ancien ministre canadien aux Affaires extérieures qui siège au conseil de HWR. Voir
http://www.hrw.org/about/info/board.html

Pour plus sur l’impérialisme libéral d’Axworthy’s voir ;
http://www.killingtrain.com/node/397

NDT ; au sujet de la légitimation des positions impérialistes par des ONG voir aussi les articles du Grand Soir consacrés à Reporters Sans Frontières (RSF) qui dénoncent sa partialité, son soutien aux politiques libérales occidentales et son financement par la National Endowment for Democracy, une officine du pouvoir américain.

http://www.legrandsoir.info/spip.php?mot17


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paru dans l’International Herald Tribune, 26 juin 2000.


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