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La crise infligée par les Sionistes à Gaza (Dissident Voice)

L’anarchiste étasunien Noam Chomsky et le communiste israélien Ilan Pappé, qui sont tous deux d’influents critiques juifs de l’état d’Israël et de sa brutale oppression des Palestiniens, ont réalisé ensemble une vaste compilation de leurs travaux sur l’impérialisme contemporain intitulée "Gaza en crise : Réflexions sur la guerre d’Israël contre les Palestiniens" ; le volume a été édité par le militant Frank Barat et publié fin 2010. Bien que "Gaza en crise" traite largement de la politique d’Israël vis à vis de la bande de Gaza contrôlée par le Hamas et en particulier de l’attaque meurtrière de l’état hébreu de l’hiver 2008-2009 contre ce territoire, cet ouvrage constitue en fait une exploration dialectique globale de la domination et de la négation d’autrui qui sont à l’oeuvre non seulement en Palestine historique mais aussi plus généralement par le biais du système qui commande la dépossession et la colonisation des Palestiniens. Dans ce sens, "Gaza en crise" propose une approche critique de ce que le regretté Edward W. Said appelait la question palestinienne aussi bien que du monde en général ; étant donné le déni qui domine ces deux sphères, une réflexion sur la réflexion de ces penseurs pourrait se révéler d’importance capitale.

La profondeur du calvaire de la Palestine contemporaine devrait être une évidence pour tous. Citant le travail de Richard Falk, Chomsky affirme que "la main mise" d’Israël sur Gaza s’est considérablement durcie, suite aux élections de 2006 que le Hamas a gagnées haut la main, au point de pouvoir être qualifiée de "prélude au génocide" ; Pappé de son côté, considère que le comportement d’Israël pendant l’opération "Plomb durci" constituait déjà un génocide. Selon lui, la réalité actuelle, qui est celle d’une "catastrophe humanitaire d’envergure inimaginable", exigerait qu’Israël soit relégué au statut d’état paria. Au lieu de cela, le Comité des affaires publiques américain israélien (AIPAC) se sert de son influence pour pousser les USA à bombarder l’Iran pendant que l’administration Obama continue de financer Israël et de protéger sa politique de colonisation.

Selon Chomsky, la brutalité qu’Israël a démontrée pendant l’opération Plomb Durci est une preuve de son "indifférence pervertie" pour la vie humaine ; Comme le rapport Goldstone, Chomsky considère que l’attaque de Gaza est une manifestation indiscutable de terrorisme d’état, qui s’apparente en fait aux crimes de l’état russe en Tchétchénie. Il affirme que Plomb fondu s’enracine dans la préoccupation consciente d’Israël et des USA d’écraser le modèle de résistance représenté par le Hamas à Gaza et qui s’opposait à la collaboration prônée par l’Autorité Palestinienne, une organisation que Chomsky suggère d’abolir - et ceci est un interview qui remonte à des années avant la publication par Al Jazeera et le Guardian des Documents Palestiniens. Ce qui lui fait dire cela, c’est la certitude que la doctrine qui sous-tend la politique des USA est une doctrine maffieuse selon laquelle les alternatives aux desseins géopolitiques des élites dirigeantes, quelles soient islamistes ou humanistes, doivent être réprimées même et surtout par l’usage excessif de la force. Le soutien apporté par les officiels étasuniens à Plomb fondu en particulier et à la destruction de la Palestine en général est évident et ne requiert pas de démonstration ni d’exégèse. Pour l’establishment israélien et étasunien, en vérité, les intérêts des Palestiniens de Gaza sont au mieux automatiquement suspects, au pire complètement ignorés - ce ne sont "pas des personnes", comme le dit l’historien Mark Curtis : ce sont des moscas (mouches) ou nadies (personnes), ainsi qu’il est écrit à Acteal, au Mexique, à l’emplacement d’un massacre commis par les paramilitaires affiliés au gouvernement en décembre 1997. En tant que victimes de pouvoirs constitués, les Gazaouis ressemblent sans nul doute beaucoup aux Iraquiens, aux Haïtiens, aux Congolais, aux Mexicains et à beaucoup d’autres. Ce n’est toutefois pas anodin que Hosni Moubarak, l’homme qui a rencontré Tsipi Livni quelques jours avant le lancement de Plomb fondu et qui a maintenu la frontière de Rafah fermée pendant que les Gazaouis étaient sauvagement bombardés par l’armée israélienne lors des attaques qui ont suivi, ait été renversé par le soulèvement des Egyptiens de la rue. Même si la souffrance actuelle des Gazaouis, des Egyptiens, des Libyens et de beaucoup d’autres peuples de ce monde, interdit de prononcer des discours qui célèbreraient l’avènement d’un progrès historique, il faut se réjouir, à la fois en Palestine et ailleurs, de la radicalité du soulèvement des masses égyptiennes contre Mubarak - soulèvement qui est d’ailleurs un écho d’intifadas antérieures, que ce soit en Palestine en 1987, à Paris en 1789 ou à Chiapas en 1994. On peut dire que l’exemple incarné par ce soulèvement a aujourd’hui quelque chose d’universel.

Il est capital de se demander, dans l’optique d’un progrès en Palestine, comment il se fait que ce qui se produit, puisse se produire. Chomsky a certainement raison de souligner que ce qui permet en premier lieu d’expliquer Plomb fondu c’est la situation actuelle de l’ancienne Palestine : à savoir que la population native de Palestine n’a pas d’état et est soumise à la domination israélo-étasunienne -un diagnostic qui ne nie absolument pas la qualité de sujets de Palestiniens chosifiés et opprimés. Ni Chomsky ni Pappé ne semblent considérer comme vraiment convaincantes les thèses de John Mearsheimer et Stephen Walt sur le Lobby israélien ; tous les deux pensent que la politique des USA en ce qui concerne la Palestine est l’oeuvre du Pentagone et de l’industrie de l’armement au moins autant que de l’AIPAC, et Pappé introduit même les chrétiens sionistes fondamentaux dans la description qu’il fait de la trajectoire historique d’Israël dans le système politique officiel des USA. Il montre même que l’appareil politique officiel des USA n’a pas toujours soutenu inconditionnellement le projet sioniste en Palestine historique en examinant la tradition des "spécialistes des arabes" du département d’état étasunien qui, semble-t-il, avaient moins de mépris pour les intérêts des populations de la région que le Sionisme à ce jour. Parmi ces officiels arabisants, il y avait Henry King et Charles Crane qui ont participé à une commission d’enquête envoyée en Orient par la Conférence de Versailles après la première guerre mondiale pour y étudier les aspirations des habitants de la région suite à la défaite de leurs suzerains impériaux, les Ottomans. King et Crane ont découvert que la plupart des arabes qu’ils avaient interrogés désiraient être incorporés à un état arabo-syrien, une éventualité historique qui comme beaucoup d’autres, a été niée dans les faits. Pappé dit que les arabisants ont dominé le département d’état jusqu’à l’administration d’Eisenhower pendant laquelle l’AIPAC a été fondé ; il mentionne aussi la tiède critique d’Israël de l’administration de Bush père. A travers son examen des événements historiques il montre qu’une alternative a existé à la présente situation - ce qui indique que les choses peuvent être différentes de ce qu’elles ont été et de ce qu’elles sont.

Al-Nakba (la catastrophe) subie par les Palestiniens pendant la création de l’état d’Israël constitue un élément capital dans cet ouvrage comme dans d’autres de Pappé. Il considère que ce funeste développement, dont s’est rendu coupable le Sionisme à la naissance de son état, pourrait tout particulièrement soulever la question de la légitimité de cette idéologie et de ses pratiques -un thème de réflexion qui est largement occulté par les formes traditionnelles de recherche en Israël comme dans la plus grande partie du monde, selon Pappé. L’historien de plus souligne que al-Nakba ne devrait pas être considéré comme une simple réalité historique, si on prend en compte l’importance de la capacité de destruction d’Israël à la fois dans l’histoire et de nos jours. Ce que Pappé appelle le courant sioniste "dominant" ou "pragmatique" -un projet qui a pour but l’hégémonie d’Israël sur toute la surface que les impérialistes nomment "Eretz Israel"- est fortement ancré en Israël ; comme dans l’entité impérialiste qui est sa marraine, la classe officielle politique israélienne est en elle-même une catastrophe. En plus d’avoir massacré la population sans défense de Gaza pendant l’opération Plomb fondu, les hégémonistes israéliens menacent de commettre d’autres actes qui rappellent ceux qui ont été perpétrés pendant al-Nakba à la naissance d’Israël, selon Pappé. L’historien-émigré voit peu de raisons d’espérer le développement d’une alternative humaine à l’actuelle dévastation de la Palestine qui émergerait de l’intérieur de la société israélienne ; bien que des forces d’opposition non négligeables existent en Israël -les Anarchistes contre le mur par exemple, ou les jeunes manifestants critiques de Tel Aviv et d’ailleurs, et peut-être Hadash- Pappé pense qu’elles sont trop marginales pour avoir une réelle influence sur l’opinion publique israélienne qui, il faut bien le dire, semble collaborer avec enthousiasme à la dépossession des Palestiniens. Qu’on puisse ou non aboutir à cette conclusion définitive, Pappé a sûrement raison de dire que c’est l’attitude israélienne qui constitue le "principal obstacle" à une "réconciliation pacifique" entre les deux actuels résidents de la Palestine occupée. En terminant d’exprimer son souhait qu’un tel changement se produise dans l’opinion publique israélienne, Pappé énonce son soutien au mouvement contre l’état israélien "Boycott, Désinvestissement et Sanctions" (BDS).

Chomsky quant à lui pense que le boycott d’Israël n’est pas la solution si on n’appelle pas en même temps au boycott des USA, l’Empire qui soutient l’état sioniste. Il explique que personne n’envisage une telle option à cause du fait que les USA sont considérés comme "vraiment trop puissants" et c’est pourquoi, dit-il, les mouvements pour une justice globale doivent se développer - une évidence qui ne paraît pas cependant constituer un argument contre le boycott d’Israël. Comme dans ses autres écrits, Chomsky, dans "Gaza en crise" souligne la nécessité absolue que l’administration des affaires politiques dépende d’initiatives à l’échelle mondiale.

Tout en notant que le scénario du conflit en Palestine historique qui a le plus de chance de se réaliser sera la destruction même de la Palestine, il dit que les affaires humaines dépendent trop "de désirs et de choix" anarchiques pour affirmer que cela se produira inévitablement. En suivant l’exemple récent des peuples tunisiens et égyptiens entre autres, les étasuniens pourraient par exemple intervenir radicalement dans les affaires de l’état et faire émerger une approche plus humaine et plus rationnelle des problèmes que pose le Sionisme, parmi d’autre problèmes. Dans une approche proche de celle des Marxistes indépendants - et beaucoup plus profonde que celle que défend dans ce livre Pappé qui se contente le plus souvent de se faire l’avocat de stratégies de "changement" des "orientations des élites politiques"- Chomsky prévient ses lecteurs que le "meurtre d’une nation" par Israël est aussi commis "de nos mains". Car la responsabilité du meurtre de masse et de la destruction d’une société, que ce soit à Gaza, en Iraq, en Afghanistan, en Libye ou n’importe où dans le monde, repose sur les dirigeants du système au pouvoir mais tout autant sur ceux qui collaborent avec lui.

Javier Sethness est une socialiste libertaire et un avocat des droits de l’homme.

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2011/03/imposing-crisis-in-gaza/

Traduction : D. Muselet

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