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Que fait l’armée française en Afrique ?

Préface d’Odile Tobner-Biyidi

Que fait l’armée française en Afrique ? Et de quel droit s’y trouve-t-elle encore aujourd’hui ? Si l’on en croit les discours officiels, elle n’y aurait plus depuis longtemps que des missions humanitaires et de maintien de la paix. La page du néocolonialisme et de la Françafrique aurait été tournée en même temps que finissait la guerre froide.

Ce « Dossier noir » examine, à travers de nombreux exemples concrets, la réalité de cette présence depuis deux décennies. Après un retour sur le dispositif néocolonial mis en place au lendemain des indépendances, il analyse - notamment à travers les conflits en Côte d’Ivoire ou au Tchad - les interventions militaires censées illustrer la « nouvelle » politique africaine de la France.

Entre héritage colonial et stratégies pour s’adapter à l’évolution des rapports de force internationaux, cette politique n’a jamais cessé d’être criminelle.

Militant de l’association Survie, Raphaël Granvaud est également l’un des rédacteurs de Billets d’Afrique, bulletin mensuel d’information alternative sur les avatars de la politique africaine de la France.

La portée du soutien stratégique français au Tchad ne doit pas être sous-estimée. Des dizaines de milliers d’habitants terrorisés ont dû fuir N’Djamena et, sitôt les rebelles mis en échec, Idriss Déby en a profité pour tenter de liquider son opposition démocratique, avec la complicité des autorités françaises. Tandis que l’armée semait la terreur parmi la population, ceux des opposants ou des défenseurs des droits humains qui n’ont pas été arrêtés ont été contraints à la clandestinité. Les arrestations auraient été décidées après que l’armée française ait fourni au dictateur des informations selon lesquelles il y aurait eu des contacts entre les rebelles et les opposants.

Alors que Déby décrétait le couvre-feu, Amnesty international dénonçait des tueries extra-judiciaires, parfois sur des bases ethniques, ainsi que les arrestations de militants et de journalistes. Mais Bernard Kouchner ne voyait aucun inconvénient à tenir une conférence de presse commune avec les ministres tchadiens en visite en Europe. Puis Nicolas Sarkozy s’est rendu au Tchad, où il appelle l’« opposition tchadienne à prendre ses responsabilités »… Enfin, Bernard Kouchner s’est contenté de déclarer : « Entre le président de la République Idriss Déby Itno et la France et entre moi-même et le chef de l’État Déby, les choses sont simples. » Simples, mais pas rassurantes…

http://atheles.org/agone/dossiersnoirs/quefaitlarmeefrancaiseenafrique/


Sur l’échiquier continental

Est-elle si loin, l’époque de Kolwezi, quand la France parachutait la Légion sur le sud du Zaïre pour sauver un despote aux abois et affirmer la primauté de ses armes en Afrique francophone ?

C’était il y a 31 ans, et c’était la Guerre froide.

Aujourd’hui que l’URSS ne menace plus son « pré carré », que fait l’armée française en Afrique ? C’est le thème - et le titre - du livre de Raphaël Granvaud.

De l’armée coloniale à l’armée néo-coloniale, il étudie l’évolution du dispositif militaire français en Afrique, et le discours qui l’accompagne. L’avenir, c’est la sous-traitance, avec la formation d’armées supplétives. Quand ça ne marche pas, il reste toujours les bons vieux corps expéditionnaires (au Tchad ou en Centrafrique). Aucune puissance étrangère ne dispose d’autant de troupes prépositionnées sur le continent.

Un des chapitres est consacré à la montée de l’influence chinoise et états-unienne sur le continent, qui perturbe le jeu habituel de la Françafrique. Les Chinois restent pour l’instant prudents. On apprend même que depuis l’an dernier Pékin et Washington négocient un deal pour éviter que le continent devienne un « front de conflit » entre eux. Un deal dont les États-Unis testent la résistance, en revanche, c’est celui passé avec la France. Même si les deux États restent fondamentalement alliés, c’est l’équilibre de l’alliance qui est sujet à un permanent rapport de forces. Ainsi Washington n’hésite plus à nouer directement des partenariats militaires avec des pays du « champ » français. Paris doit défendre son influence pied à pied, quitte à téléguider certains putschs. En août 2005 encore, Paris n’était pas mécontent de voir le dictateur mauritanien Ould Taya, trop proche de Washington, destitué au profit d’une junte militaire qui lui a aussitôt donné des gages de fidélités On ne plaisante pas avec la Françafrique…

Guillaume Davranche

Alternative Libertaire n°188, octobre 2009

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