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Auteur : Aurélien BERNIER

Tourner la page du Front de gauche

Aurélien BERNIER

En janvier 2014, dans un livre intitulé La gauche radicale et ses tabous, j’avançais une explication à l’échec électoral du Front de gauche et à la montée, simultanée, du Front national. Cette explication est double : un problème stratégique, d’une part – celui du lien qui perdure entre le PCF et le Parti socialiste – et un problème programmatique – celui du manque de clarté sur les questions du libre échange, de l’Union européenne et de la souveraineté

. Les élections du printemps 2014 ont malheureusement confirmé cette analyse. Contrairement à ce que j'espérais, le Front de gauche n'a ni coupé les ponts avec les socialistes au pouvoir, ni porté le seul message qui soit audible par les classes populaires : pour pouvoir gouverner à gauche, il faut sortir du libre échange et de l'ordre juridique et monétaire européen. Comme si ce n'était pas suffisant, nous avons assisté, par médias interposés, aux batailles rangées entre partisans de Jean-Luc Mélenchon et soutiens de Pierre Laurent, aux flots d'insultes sur les réseaux sociaux ou aux règlements de comptes dans les assemblées des collectivités locales. Tout cela ne peut plus durer. À la fin de l'été, Jean-Luc Mélenchon annonçait le lancement d'une nouveau mouvement pour la Sixième République, autour d'un appel à signatures. Cette démarche a deux intérêts. Le premier est de dépasser la cadre du Front de gauche pour s'adresser directement au peuple, et de tenter ainsi de s'extraire des batailles d'appareils. (...) Lire la suite »
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La gauche radicale et ses tabous

Aurélien BERNIER
Le constat est douloureux, mais irréfutable : malgré le succès de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2012, le Front national réussit bien mieux que le Front de gauche à capter le mécontentement populaire. Comme dans la plupart des pays d'Europe, la crise du capitalisme profite moins à la gauche « radicale » qu'à une mouvance nationaliste favorable au capitalisme ! Tel est le paradoxe analysé dans ce livre. Paralysé par la peur de dire « la même chose que Le Pen », le Front de gauche s'enferme dans trois contradictions. Il veut restaurer la souveraineté populaire mais ne défend plus la Nation, seul espace possible pour une réelle démocratie. Il lutte pour une « autre Europe », sociale et solidaire, mais n'assume pas la nécessaire rupture avec l'ordre juridique et monétaire européen. Il est anticapitaliste mais renonce au protectionnisme contre le libre échange mondialisé qui brise toutes les résistances. Souveraineté nationale, désobéissance européenne et protectionnisme : tels sont les (...) Lire la suite »

Comment la mondialisation a tué l’écologie

Aurélien BERNIER
Le débat scientifique sur la réalité du changement climatique a ses imposteurs. Mais, en matière d'environnement, les plus grandes impostures se situent dans le champ politique. Lorsque l'écologie émerge dans le débat public au début des années 1970, les grandes puissances économiques comprennent qu'un danger se profile. Alors que la mondialisation du capitalisme se met en place grâce à la stratégie du libre échange, l'écologie politique pourrait remettre en cause le productivisme, l'intensification du commerce international et les délocalisations de l'industrie vers les pays à bas coût de main-d'oeuvre. Avant même que la communauté internationale ne se réunisse pour débattre des crises environnementales, les tenants de la mondialisation rédigent les conclusions : aucune mesure de protection de l'environnement ne devra entraver le commerce. Depuis quarante ans, un pacte tacite s'est instauré : au sein des gouvernements, des institutions internationales, lors des grands sommets, seules des mesures (...) Lire la suite »

Désobéissons à l’Union européenne !

Aurélien BERNIER
Délocalisations, destruction méthodique des droits sociaux, incapacité à protéger l'environnement, refus de la démocratie... Après l'adoption du traité de Lisbonne en 2008, on pouvait croire que l'Union européenne avait atteint le fond du trou libéral. Erreur ! Depuis la crise financière, elle creuse ! Même l'idéal de solidarité entre États vole aujourd'hui en éclat. Une vague d'austérité sans précédent déferle sur l'Europe, qui place elle-même ses peuples sous la tutelle des marchés financiers. Faut-il attendre que l'extrême droite tire les bénéfices de l'incompétence des « élites » européistes, converties à l'ultralibéralisme ? Certainement pas. La gauche doit assumer la désobéissance à l'ordre juridique instauré avec l'Union européenne : non pas seulement lorsqu'il s'agit de faucher des OGM ou d'accueillir des sans-papiers, mais aussi et d'abord lorsqu'il est question de sortir concrètement de l'ultralibéralisme à l'européenne. La quasi-totalité des mesures proposées par la "vraie" gauche sont incompatibles avec (...) Lire la suite »

Le miracle des emplois « verts » n’aura pas lieu

Aurélien BERNIER

Dans la rubrique « aménageons le système pour le préserver », les nouveaux emplois « verts » de la révolution écologique rivalisent avec la régulation supposée de la finance dans les discours des institutions. Les Nations Unies, le G20, le Fond Monétaire International, l’Organisation Mondiale du Commerce, le MEDEF ou son équivalent européen BusinessEurope... tous nous assurent que les énergies renouvelables, le véhicule électrique et le recyclage vont générer des centaines de milliers d’emplois de qualité, et, mieux que tout, non délocalisables. L’idée est séduisante, d’autant qu’elle est soutenue à bout de bras par une grande majorité d’écologistes. Ainsi, le programme d’Europe écologie mentionne les « gisements d’emploi massifs dans les énergies renouvelables, le bâtiment, le transport, l’agriculture, l’entretien, la maintenance, la réparation, le recyclage, le commerce de proximité, la recherche et l’innovation ou la protection des écosystèmes ». D’après ce mouvement, il faut également créer des postes « socialement utiles et non délocalisables [dans] l’économie sociale et solidaire » et réduire le temps de travail. L’objectif annoncé : créer 10 millions d’emplois en Europe en 10 ans et diviser par deux le chômage en France « en quelques années ». Qui ne souhaiterait pas partager cet optimisme ? Malheureusement, un examen rationnel de la situation nous montre tout autre chose.

Première idée reçue : les emplois « vert » sont de meilleure qualité que les autres. Faux, nous répond l'organisation américaine Good jobs first. En février 2009, elle publiait un rapport intitulé « La qualité des emplois dans la nouvelle économie verte ». On y apprenait que les salaires moyens pratiqués aux Etats-Unis dans les usines de biens d'équipement destinés aux énergies renouvelables sont inférieurs à ceux versés dans les usines d'autres biens durables. Dans certaines entreprises « vertes », le niveau des salaires est même inférieur à celui qui permet à un adulte seul avec un enfant de vivre décemment. Ce constat est d'autant plus scandaleux que ces entreprises sont soutenues dans des proportions non négligeables avec de l'argent public. Dans une des centrales photovoltaïques étudiée, le montant des aides publiques s'élève à 326 000 dollars par emploi créé ! Deuxième idée reçue : les emplois dans ce secteur ne sont pas délocalisables. Archi-faux, nous disent les statistiques. La Chine n'a pas attendu (...) Lire la suite »

Ne soyons pas des écologistes benêts

Aurélien BERNIER
Aurélien Bernier vous êtes l'auteur avec Michel Marchand de Ne soyons pas des écologistes benêts, paru aux éditions Mille et une nuits. En quoi les écologistes pourraient-ils être benêts ? Pour commencer, il ne faudrait pas dire « les écologistes », qui sont loin de former un ensemble cohérent. Certains écologistes sont par contre directement concernés par le titre du livre. Les écologistes benêts sont d'abord ceux qui ne veulent pas faire de politique, comme si tout se jouait sur le plan individuel et moral. Ce sont également des écologistes engagés dans des partis, mais qui prônent la révolution du brossage de dents. A l'image des socio-démocrates, ils veulent simplement aménager le système en jouant là encore sur les comportements individuels (fermer le robinet lorsqu'on se brosse les dents, trier ses déchets...) et en verdissant le capitalisme. On ne touche pas aux logiques d'exploitation des hommes et de la planète, on remplace juste les énergies fossiles par des renouvelables, les véhicules (...) Lire la suite »

La gauche doit assumer de désobéir à l’Union européenne

Aurélien BERNIER

Fermons les yeux et rêvons un peu. Nous sommes en 2012, au printemps. La Gauche radicale française sort enfin victorieuse des élections présidentielles et législatives. Mais passée l’immense fête populaire que mérite un tel succès et la mise en place d’un gouvernement, il se pose un problème crucial aux nouveaux dirigeants. Si cette Gauche radicale se réfère au droit communautaire qui s’impose aux états membres, elle doit renoncer à mettre en oeuvre son programme social, écologique et solidaire, qui est par nature incompatible avec les traités de l’Union européenne.

Il fut une époque où la Gauche répondait clairement à ce problème. Dans son chapitre consacré à l'Europe, le programme commun de 1972 du Parti communiste, du Parti socialiste et du Mouvement des radicaux de gauche indiquait : « Le gouvernement aura à l'égard de la Communauté économique européenne un double objectif. D'une part, participer à la construction de la CEE [...] avec la volonté d'agir en vue de la libérer de la domination du grand capital, de démocratiser ses institutions, de soutenir les revendications des travailleurs et d'orienter dans le sens de leurs intérêts les réalisations communautaires ; d'autre part de préserver au sein du marché commun sa liberté d'action pour la réalisation de son programme politique, économique et social. » Et l'Union européenne était à l'époque bien moins libérale qu'aujourd'hui ! Entre temps, Bruxelles a muré les fenêtres et verrouillé les portes qui auraient permis à des états de sortir de l'euro-libéralisme. Le Traité indique par exemple que « Toutes les (...) Lire la suite »

Sarkozy, fossoyeur de l’identité nationale

Aurélien BERNIER

Faut-il que la gauche soit au fond du gouffre idéologique pour qu’elle fuie à ce point le débat sur l’identité nationale ! Même si l’initiative du gouvernement est avant tout une grossière manoeuvre médiatique pour détourner l’attention de la crise, elle constitue une excellente opportunité de clarifier des notions clés et de faire véritablement de la politique.

Depuis des années, le Parti socialiste mène campagne en expliquant que l'Etat ne peut pas grand chose. Impossible, d'après lui, de refuser les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui imposent le productivisme, le libre-échange et la concurrence entre les peuples. Impossible d'aller contre l'Union européenne, qui pratique au quotidien un libéralisme débridé. Impossible de remettre en cause les fondements du capitalisme que sont la logique d'accumulation et la privatisation des moyens de production, de transport et de communication. Dans le même temps, Nicolas Sarkozy mène campagne en donnant l'impression que l'Etat peut. Brider les libertés individuelles, affréter des charters, développer des politiques répressives... Autant de (très) mauvaises réponses à une inquiétude légitime de la population : une régression sans précédent de l'Etat, de l'idée même de nation et un transfert accru des pouvoirs aux grandes puissances économiques masqué sous le terme avenant de « mondialisation ». Des (...) Lire la suite »

La Gauche devra désobéir à l’Union européenne

Aurélien BERNIER

Fermons les yeux et rêvons un peu. Nous sommes en 2012, au printemps. Pour la première fois, la Gauche radicale française est unie derrière un candidat aux élections présidentielles. Unie également pour mener la bataille des législatives. Et elle gagne, dans les deux cas ! Mais passée l’immense fête populaire que mérite un tel succès et la mise en place d’un gouvernement, il se pose un problème crucial à nos nouveaux dirigeants. Si cette Gauche radicale se réfère au droit communautaire qui s’impose aux états membres, elle doit en effet renoncer à mettre en oeuvre son programme social, écologique et solidaire, qui est par nature incompatible avec les traités de l’Union européenne.

Il fut une époque où la Gauche française répondait sans ambiguïté à ce problème. Dans son chapitre consacré à l'Europe, le programme commun de 1972 du Parti communiste français, du Parti socialiste et du Mouvement des radicaux de gauche indiquait : « Le gouvernement aura à l'égard de la Communauté économique européenne un double objectif. D'une part, participer à la construction de la CEE, à ses institutions, à ses politiques communes avec la volonté d'agir en vue de la libérer de la domination du grand capital, de démocratiser ses institutions, de soutenir les revendications des travailleurs et d'orienter dans le sens de leurs intérêts les réalisations communautaires ; d'autre part de préserver au sein du marché commun sa liberté d'action pour la réalisation de son programme politique, économique et social. » Et l'Union européenne était à l'époque bien moins libérale qu'aujourd'hui ! Entre temps, Bruxelles a muré les fenêtres et verrouillé les portes qui auraient permis à des états de sortir de (...) Lire la suite »
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L’écologie républicaine, pour tordre le cou au capitalisme « vert »

Aurélien BERNIER, Corinne MOREL DARLEUX

Nous le pressentions, mais les débats récents sur la taxe carbone le confirment : nous sommes confrontés à l’émergence dans la sphère politique d’une vision libérale de l’écologie dont nous aurions tort de sous-estimer la capacité de nuisance. Dans les mains de l’actuel gouvernement, la crise environnementale devient une nouvelle source de profits, habilement maquillée sous le terme de « capitalisme vert », et constitue un alibi supplémentaire pour mettre en oeuvre des mesures antisociales. Comme le rappelle Nicolas Sarkozy au congrès de Versailles, pour lui, la seule voie pour sortir de la crise est de « produire plus pour consommer plus » (sic). Dès lors, tous les moyens sont bons : des superbonus pour l’achat de voitures électriques, la relance du nucléaire et des agrocarburants, la promotion d’énergies « décarbonées » détenues par Areva, les autoroutes écologiques de Vinci, le marché du carbone et ses projets de « développement propre »... De vieilles recettes productivistes remises au goût du jour, une couche de finance, et le tour est joué. Rien qui ne vienne perturber le refrain « croissance-production-consommation » ravalant le citoyen au rang de consommateur. Pas la moindre mesure qui permettrait une redistribution des richesses, bien au contraire. Pour ceux qui n’avaient pas encore compris ce qui se tramait lors du Grenelle, les choses s’éclaircissent : grâce à l’alibi écologique, le capitalisme se prépare une deuxième jeunesse.

Malheureusement, une partie de la gauche de l'échiquier politique reste aphone, empêtrée dans une approche purement environnementaliste de l'écologie. Ainsi, le discours porté par Europe Écologie durant la campagne des européennes multipliait les incohérences. En se plaçant au-delà du clivage gauche-droite, en acceptant l'ultra-libéral Traité de Lisbonne qui interdit toute politique progressiste, en laissant croire finalement qu'on peut faire l'économie d'une critique radicale du système, des Verts entrainés par Daniel Cohn Bendit ont facilité la récupération marchande et libérale de l'écologie. Certains d'entre eux assument avec de moins en moins de complexes la défense d'une écologie d'accompagnement et d'une fiscalité « verte » qui pénalise pourtant les plus pauvres, la perspective d'alliances avec le centre-droit ou encore la collaboration avec de grandes multinationales transformées en pionniers de l'écologie par la voix de leurs chargés de communication. Pour eux, l'avenir, c'est le capitalisme plus (...) Lire la suite »
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