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Auteur : Maurice LEMOINE

Le pouvoir par tous les moyens

Maurice LEMOINE

Loin de l’image de jeunes pacifistes réprimés, le Venezuela affronte un mouvement organisé et violent de déstabilisation, témoigne notre reporter. La réplique de l’État peine à ramener la concorde, tandis que la Colombie voisine joue désormais le même rôle que la Turquie dans le conflit syrien : francs-tireurs et paramilitaires colombiens (mais aussi vénézuéliens) servent de bras armé à la restauration néolibérale.

Ce 13 mai, tandis que des pneus crament sur la chaussée, une foule d’opposants au président Nicolás Maduro stationne sur la place Francia du quartier bourgeois d’Altamira (est de Caracas). « J’ai 57 ans, j’ai connu diverses présidences et, bien qu’il y ait toujours eu de la pauvreté et de l’insécurité, il y avait une bonne qualité de vie, nous explique une femme élégante. Hélas, depuis [Hugo] Chávez, la situation a bien changé... » Perplexe, elle fixe l’épais nuage de fumée qui s’élève à proximité : « Des jeunes ont monté une barricade, la Garde nationale est arrivée et il y a eu une grande confusion. Un autobus a été incendié, mais cela n’a pas été provoqué par les manifestants, il a brûlé (elle cherche ses mots)... spontanément. » Autour d’elle, la paranoïa rôde, instillée depuis des lustres par les médias : « Ce sont des colectivos infiltrés qui ont fait ça. » Les supposés paramilitaires du « régime », systématiquement accusés de tous les maux. Notre interlocutrice, elle, nous fixe avec gentillesse : « Vous êtes seul ? (...) Lire la suite »
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L’enfumage sur l’Amérique latine à la rescousse contre un candidat français à la présidentielle et aux législatives

Guerre sournoise en Equateur, guerre totale au Venezuela

Maurice LEMOINE

La place prise dans nos médias par les événements en Amérique latine, et notamment au Venezuela ne témoignent pas d’un intérêt soudain pour l’information (ils mentent, déforment, tronquent), mais de la forte présence de Jean-Luc Mélenchon au premier tour des élections présidentielles, puis du rôle qu’il entend jouer dans les élections législatives où il compte faire fructifier les voix obtenues le 23 avril, jusqu’à se faire élire lui-même député.
Comprenez ce qu’on nous prie de comprendre : Mélenchon= Chavez=Maduro= chaos, violence et désastre économique.

Il nous a donc semblé utile de publier (plus bas) l’article de Bernard Tornare : « Venezuela : ce que l’on ne vous dit pas sur les manifestations » et d’y ajouter celui-ci, écrit par un grand connaisseur du Venezuela (où il se trouve d’ailleurs en ce moment).
LGS.

Equateur, 2 avril 2017 : au second tour de l’élection présidentielle, le candidat de la « révolution citoyenne » Lenín Moreno (Alliance Pays ; AP) affronte l’ex-ministre de l’économie (1999) et banquier multimillionnaire Guillermo Lasso (Créons des Opportunités ; CREO) qu’il a devancé au premier tour (39,36 % des voix contre 28,11 %). Rafael Correa qui, depuis 2007, a rendu sa stabilité au pays grâce à d’incontestables avancées sociales, ne se représentait pas [1]. Il n’est pas encore 17 heures et les bureaux de vote ne sont pas fermés quand Rafael Cuesta, ancien député social-chrétien (PSC, droite) devenu « vice-président de l’information » de la chaîne de télévision Canal Uno, annonce à l’écran, avec une évidente satisfaction : « Nous avons un président de la République et c’est Guillermo Lasso. » A 18 h 30, sur la base du même sondage « sortie des urnes » effectué par l’Institut Cedatos, étroitement lié à la Banque de Guayaquil (dont le principal actionnaire s’appelle… Guillermo Lasso), le journaliste vedette (...) Lire la suite »

Coup dur pour la « fin de cycle » en Equateur

Maurice LEMOINE

Dimanche 2 avril, les près de 13 millions d’électeurs du pays andin devaient décider qui, du candidat de gauche Lenín Moreno (en illustration) ou du néolibéral Guillermo Lasso, succédera à Rafael Correa, représentant du « socialisme du XXIe siècle » au pouvoir depuis 2007. En élisant le candidat d’Alianza País, le parti du président sortant, avec 51,16 % des voix, dans un contexte économique particulièrement difficile, les Equatoriens ont exprimé le souhait de poursuivre la « révolution citoyenne ».

Chronique d’une campagne dont le résultat a une énorme signification tant pour l’Equateur que pour l’ensemble de l’Amérique latine.

Le 3 janvier 2017, depuis Miami où il réside, le cubano-américain Carlos Alberto Montaner, journaliste d’extrême droite président de l’Interamerican Institute for Democracy (IID), « alertait » les citoyens équatoriens, au nom de son organisation, sur l’erreur que constituerait le fait de voter, lors des élections du 19 février 2017, pour Alianza País (Alliance pays, AP), parti (du président Rafael Correa) « qui a soutenu les pires tyrannies de notre continent (…) en alliance avec les gouvernements néopopulistes du Socialisme du XXIe siècle [1] ». Peu de temps auparavant, le 5 décembre 2016, l’« analyste politique » français Marc Saint-Upéry faisait de son côté circuler sur les réseaux sociaux, au nom d’un positionnement « de gauche » autoproclamé, l’un des articles dans lesquels, d’une façon obsessionnelle pour ne pas dire pathologique, il dénonce « la soi-disant “Révolution citoyenne” » instaurée depuis 2007 – de victoire électorale en victoire électorale, tout de même ! – par Correa : « A l’exception du parti au (...) Lire la suite »

Au Salvador, 25e anniversaire des Accords de paix

Maurice LEMOINE
Le 16 janvier 1992, dans le château de Chapultepec (Mexique), au terme de plus de vingt-huit mois de difficiles négociations, le gouvernement salvadorien du président Alfredo Cristiani et l’opposition armée du Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN) signaient des accords de paix. Gros de 95 pages et de 27 pages d’annexes, ce texte mettait fin à une sanglante guerre civile née à la fin des années 1970 – quand, les fraudes électorales devenant chaque fois plus insupportables, les luttes populaires se développaient – entre un régime autoritaire et une guérilla révolutionnaire stimulée qui plus est, en 1979, par la victoire des sandinistes sur le dictateur Anastasio « Tachito » Somoza au Nicaragua. En pleine confrontation est-ouest, cette même année 1979 fut également marquée par l’élection à la Maison-Blanche de Ronald Reagan, républicain qu’appuyaient les milieux d’affaires, le Pentagone et le lobby de l’industrie de la Défense. Entre cette année phare et, douze années plus tard, la fin de (...) Lire la suite »

Au médiateur de Radio France, suite au traitement de la crise vénézuélienne dans la matinale (16/11) de France Culture

Maurice LEMOINE
Au nom de la droite et de l'extrême droite vénézuéliennes, merci à M. Guillaume Erner pour son traitement de la crise vénézuélienne, à travers une seule intervenante, représentante (assez caricaturale, je vous l'accorde, mais universitaire, vous avez eu raison de le souligner) de l'opposition. Merci d'avoir caché les responsabilités bien réelles de cette opposition dans la crise – en particulier dans le report (et non l'interdiction) du Référendum révocatoire. Merci d'avoir occulté que se déroule actuellement un "dialogue", sous les auspices d'individus extrêmement douteux – M. Ernesto Samper, secrétaire général de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) ; les ex-présidents panaméen et dominicain Martin Torrijos et Leonel Fernandez ; l'ex-chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero ; le représentant du Pape, Mgr Emil Paul –, dialogue auquel s'oppose la partie la plus "droitière" de l'opposition, représentée ce matin sur votre plateau. Merci d'avoir innocemment introduit une petite séquence (...) Lire la suite »
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Nathalie, "la Francesa" des FARC

Maurice LEMOINE, Pierre CARLES
Le 26 septembre 2016, après quatre années de négociations menées à La Havane, le président Juan Manuel Santos et le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Rodrigo Londoño Echeverri, alias « Timochenko », signaient à Cartagena, en présence de nombreux chefs d’Etat latino-américains et du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, un « accord final d’achèvement du conflit et de construction d’une paix stable et durable » destiné à mettre fin à la tragédie qui, depuis plus d’un demi-siècle, pour des raisons sociales, ensanglante le pays. Provoquant un immense espoir, cet accord, pour être mis en œuvre, devait être ratifié par référendum le dimanche 2 octobre. Contre toute attente, dans ce pays profondément divisé, le « non » l’a emporté avec 50,21 % des suffrages devant le « oui » (49,78 %) – une différence de 59 000 voix –, la participation n’atteignant que 37,28 % du corps électoral. Un séisme pour les partisans du silence des armes et d’une vie démocratique enfin normalisée. « Je ne me rendrai pas et (...) Lire la suite »
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« Veillée de paix » pour les guérilleros des FARC

Maurice LEMOINE
Poisseuse capitale régionale du Département du Choco, au bord de l’Atrato, un fleuve puissant aux flots boueux, aux méandres infinis, Quibdo hésite entre le gris de ses épais nuages et le noir sinistre du bitume plaqué sur les murs des quelques immeubles délabrés ou en construction pour les protéger des ravages de la pluie. Des hordes de motos vrombissent dans les rues défoncées. Au-delà du débarcadère, les grouillants quartiers populaires encombrés de détritus et d’ordures végétales en décomposition, dans la puanteur des eaux usées, agitent leur inhumanité. Depuis cette ville en déshérence, pour se déplacer dans un département totalement abandonné par l’Etat, pour transporter humains, marchandises et bestiaux, il n’existe aucune route, aucun chemin, aucun pont. Une seule voie possible : l’eau. Plissant de courtes vagues luisantes, des bateaux ventrus glissent mollement à sa surface ; les champas des pêcheurs solitaires longent les rives touffues ; à pleins gaz, une myriade de pangas transportant dix à vingt (...) Lire la suite »

François Lenglet, ou la corruption du débat

Maurice LEMOINE
Incident, ce 26 mai 2016, sur le plateau du magazine « Des paroles et des actes », animé par David Pujadas, avec comme invité Jean-Luc Mélenchon, sur France 2. Entendant démontrer au candidat présidentiel de « La France insoumise » que tous ceux qu’il a « pris en exemple » ont échoué, le « spécialiste économique » François Lenglet évoque, entre autres, le président bolivien Evo Morales qu’il traite publiquement de « corrompu ». S’entendant répondre « Tenez vos mots M. Lenglet, vous êtes sans doute plus corrompu que ne le sera jamais M. Morales, pesez vos mots ! », l’éditocrate vedette enfonce le clou : « La petite amie de M. Morales, qui est la mère de son fils, a bénéficié de 500 millions de dollars de commandes publiques. Alors, allez m’expliquer que tout ça est normal… » Ce qui n’est sans doute pas « normal », c’est qu’on puisse, devant 2 471 000 téléspectateurs (11,5% de part d’audience), « corrompre » à ce point le débat public et l’information, sans qu’aucun média, le lendemain, plutôt que de gloser sur l’« (...) Lire la suite »
HONDURAS, PARAGUAY, BRÉSIL…

Se rallier pour mieux conspirer

Maurice LEMOINE
Il est très étrange et révélateur de voir un vice-président en exercice conspirer ouvertement contre une présidente », s’insurge, le 18 avril, la présidente brésilienne Dilma Rousseff, mettant en cause le « numéro deux » du pouvoir, M. Michel Temer, et dénonçant une tentative de « coup d’Etat » [1]. Accusée de « crime de responsabilité » pour « pédalage budgétaire » – une astuce comptable ayant permis de minimiser le déficit public de 2014 (année au cours de laquelle, le 26 octobre, elle fut réélue) –, soumise à une procédure de destitution, Mme Rousseff se défend becs et ongles. Ce qu’on lui reproche, une manœuvre certes contestable, a été pratiqué depuis 1985 par tous ses prédécesseurs ainsi que par les édiles des niveaux municipal et fédéral sans que la « justice » n’y prête attention. Sous ce prétexte spécieux se cache en réalité une tentative de « corriger » le résultat de l’élection présidentielle de 2014, qui a plongé la droite en général et le candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) battu, M. (...) Lire la suite »

Bonnes et mauvaises victimes au Venezuela

Maurice LEMOINE
Ce que la droite et l’extrême-droite vénézuéliennes n’obtiennent pas par les urnes, elles tentent, depuis 2002 et le coup d’Etat avorté contre Hugo Chávez, de l’obtenir par la force. Ainsi, quand, le 13 avril 2013, le « Bolivarien » Nicolás Maduro est élu président de la République, son adversaire malheureux, Henrique Capriles Radonski, appelle les partisans de sa coalition, la Table de l’unité démocratique (MUD), à exprimer leur arrechera (rage, haine, violence) dans la rue. Ce nihilisme radical provoquera la mort de neuf « chavistes » et fera des dizaines de blessés. Nouvelle désillusion, fin 2013, pour l’opposition : elle perd les élections régionales et municipales, dont elle avait voulu faire un plébiscite contre le président Maduro. Le 23 janvier 2014 – date symbolique et en rien anodine, car celle du renversement, en 1958, du dictateur Pérez Jiménez –, Leopoldo López, l’un des dirigeants « ultras » de la MUD (avec Antonio Ledezma et María Corina Machado), convoque ses militants et sympathisants à (...) Lire la suite »
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