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Auteur : Christophe TRONTIN

Des cochons, Monsieur Poutine ?

Christophe TRONTIN

Vladimir Poutine s’est plié à l’exercice de l’adresse annuelle, son « état de la Fédération », pour la quinzième fois déjà en tant que président. Comme d’habitude, c’est le silence radio chez nous, ou alors les cris d’orfraie. Pourtant, comparé à l’état de l’Union de Trump, ce discours d’une heure et demie a été bien plus construit et riche d’enseignements. Puisque la presse française refuse de s’y coller, passons-la en revue. En direct de Moscou.

L’année dernière à la même époque, on lui avait reproché, surtout en Russie, de trop parler international, crises géopolitiques et armements, et pas assez des « problèmes des vraies gens ». Cette année, il réservera moins d’un quart d’heure à son sujet de prédilection, à la fin de son intervention, sans d’ailleurs mentionner la Syrie ni même l’Ukraine. L’année presque écoulée depuis sa réélection ayant été consacrée à une réforme des retraites plutôt mal accueillie, il s’est attaché à se montrer sous son jour le plus social, mêlant dans un demi-satisfecit un peu osé constatations indiscutables, promesses datées et annonces douteuses. Du moins a-t-il passé en revue, sans se dérober, tous les points où le bât blesse ses compatriotes, et exigé de son cabinet « des résultats rapides, sensibles, durables ». La constatation indiscutable, c’est le problème démographique. La Russie a la démographie malmenée : entre la guerre mondiale, les purges staliniennes, l’émigration et la surmortalité des années 90 et la dénatalité (...) Lire la suite »

La vie comme une partie de Monopoly

Christophe TRONTIN

En lisant l’excellent Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty, on ne peut pas s’empêcher de voir l’état de notre économie comme la fin d’une partie de Monopoly. Au fil des tableaux analytiques de la répartition des patrimoines et des inégalités croissantes de revenus, explication après explication sur le caractère de moins en moins redistributif de l’impôt, on comprend mieux les raisons du malaise général qu’expriment les gilets jaunes.

La révolte sourdait déjà, ces dernières décennies, sans trouver à s’exprimer. Le déclinisme envahissait les librairies et des dizaines d’auteurs français en faisaient leurs choux gras. L'inexplicable "déprime française" intriguait les journalistes, surtout étrangers, qui n'arrivaient pas à en formuler les causes. Piketty a réalisé là un coup de maître. Dans son pavé de huit cents pages, pas une phrase obscure, pas une phrase en trop, pas un mot plus haut que l’autre. Il constate, mesure, explique, met en perspective. A chaque page, on apprend quelque chose de net et de précis. Des choses simples, mais pour une fois démontrées avec brio. La France n’est pas endettée au-delà du raisonnable, comme on nous le répète : son patrimoine reste de très loin supérieur. L’impôt, même assez fortement progressif, fait très mal son travail redistributif ; en réalité, les « riches auxquels l’Etat prend tout » s’enrichissent, tandis que les « pauvres qui saignent l’Etat avec leurs exigences démesurées » s’appauvrissent. La (...) Lire la suite »

Syrie : ce que l’on sait... et ce que l’on tait

Christophe TRONTIN

Depuis la soi-disant attaque chimique du 7 avril, le festival de mensonges sur la crise syrienne atteint une sorte de paroxysme. « Ce que l’on sait des frappes américaines, françaises et britanniques » titre le Monde... Apparemment, le Monde ne sait pas grand-chose. De leur côté, les médias russes fournissent quelques précisions qui ont malheureusement échappé au quotidien du soir. Et qui remettent en perspective la victoire rapide, facile et incontestable que l’on veut nous vendre. Qui ment ? Qui dit la vérité ? Pour vous faire une opinion plus équilibrée, je vous propose de prendre connaissance de ce qu'on entend ici (en Russie - NdR).

Une fois retombée la poussière et la fureur on apprend... que la majorité des missiles lancés sur la Syrie ont été abattus par la défense anti-aérienne syrienne ! Laquelle se compose de vieux systèmes S120 et S200 remontant à l’époque soviétique... Rien à voir avec le bilan calamiteux des Patriots ultramodernes dont on entendit monts et merveilles dans les années 90 et qui ne réussirent à intercepter qu’un Scud sur la quarantaine de missiles obsolètes et trafiqués par les Irakiens, qui avaient une fâcheuse tendance à se disloquer en vol... Cette fois les conditions sont inversées : ce sont des systèmes antimissiles obsolètes qui font face à des "missiles beaux, neufs et intelligents" qu’annonçait le président Trump. Résultat : 71 interceptés sur 103 lancés selon les données russes qui constatent qu’aucun aérodrome syrien n’a été touché et que les seules victimes ont été 6 malheureux civils qui se trouvèrent à proximité d’un aérodrome visé par les forces de la coalition. Le plus surprenant dans cette histoire est (...) Lire la suite »

Affaire Skripal : un poison d’avril ?

Christophe TRONTIN

Le scénario était trop parfait : un ex-espion russe passé à l’Ouest, qui avait donné au Royaume-Uni les noms de ses collègues en poste en Europe, réfugié en Angleterre, empoisonné le 4 mars. Renseignements pris, on apprend que dans sa nouvelle vie, il donnait des cours... au MI6 ! Sur les méthodes d’entraînement et de sélection des services russes ! Qui pouvait bien lui vouloir du mal, sinon l’ex-chef du KGB, le sinistre Vladimir Poutine, et sa bande de barbouzes ?

« Highly likely » : deux mots d’anglais qui ont fait ces jours-ci le tour des plateaux télé avant de passer dans le langage courant des Russes, même non anglophones, qui se les lancent à la figure lorsqu’ils veulent dénoncer la vacuité d’un argument. A défaut du moindre commencement de preuve, c’est en effet « highly likely » qui sert d’argument aux autorités britanniques pour entraîner à leur suite leurs alliés européens et américain dans une escalade de sanctions visant à isoler diplomatiquement la Russie. « Highly likely », c’est tout ce qui ressort du rapport de 6 pages fourni par la Grande Bretagne à ses alliés pour les convaincre de la culpabilité de la Russie. Pas un mot concernant l’affaire en cours : simplement une suite d’affaires plus ou moins anciennes, plus ou moins éclaircies, plus ou moins graves, où la Russie se serait rendue coupable d’opérations illégales à l’étranger. On y énumère pêle-mêle le conflit en Géorgie, le décès par pendaison de Boris Berezovski, l’annexion de la Crimée et quelques (...) Lire la suite »

Élection présidentielle en Russie : des débats tantôt arides, tantôt humides

Christophe TRONTIN

L’élection présidentielle russe est pratiquement passée sous silence par la presse mondiale. D’une part en raison de sa russophobie qui ne veut en aucun cas reconnaître la très forte popularité d’un personnage qu’elle fait profession de diaboliser. Cette élection est en réalité une sorte de plébiscite sur le bilan du président sortant, et celui-ci a toutes les chances de le gagner, avec ou sans trucage. D’autre part parce que peu de journalistes occidentaux, y compris parmi les correspondants sur place, maîtrisent le russe suffisamment pour réellement suivre et comprendre les discussions, les talk-shows, les interviews et les commentaires qui envahissent depuis le début de l’année la télé et l’internet russes. La plupart du temps, ils doivent se contenter de reprendre ce qu’y ont vu les spécialistes de CNN ou d’autres médias anglophones, eux aussi violemment anti-russes. Aux lecteurs du Grand Soir, je propose ce petit panorama en direct de Moscou.

Jusqu’à trois jours du premier tour, les débats se sont succédé sur les principales chaînes du pays : ORT, Rossia24, Rossia1, Première chaîne, TV Centre. Un soin scrupuleux est mis à observer à la seconde près l’égalité des temps de parole suivant les directives extrêmement précises du Tsik (la commission électorale centrale) qui ignore bien entendu jusqu’à l’existence d’internet où les meilleurs (et les pires) moments de ces débats sont repris et partagés par les observateurs, les commentateurs et les usagers. Les modérateurs sont chargés de l’encadrement des débats, et il leur faut parfois jouer du micro et des ciseaux du monteur pour couper court aux invectives, aux interruptions, aux cris et aux disputes qui éclatent sur le plateau, même si heureusement personne n’en est venu aux mains. Comme toujours, la Russie singe facilement les aspects les plus sombres de l’Occident mais peine à en imiter les côtés raffinés. On a le cirque télévisé, les professions de foi ennuyeuses des candidats vétérans, les rêves (...) Lire la suite »

Ce que les candidats nous révèlent de la société russe

Christophe TRONTIN

L’élection présidentielle russe est pratiquement passée sous silence par la presse mondiale. D’une part en raison de sa russophobie qui ne veut en aucun cas reconnaître la très forte popularité d’un personnage qu’elle fait profession de diaboliser. Cette élection est en réalité une sorte de plébiscite sur le bilan du président sortant, et celui-ci a toutes les chances de le gagner, avec ou sans trucage. D’autre part parce que peu de journalistes occidentaux, y compris parmi les correspondants sur place, maîtrisent le russe suffisamment pour réellement suivre et comprendre les discussions, les talk-shows, les interviews et les commentaires qui envahissent depuis le début de l’année la télé et l’internet russes. La plupart du temps, ils doivent se contenter de reprendre ce qu’y ont vu les spécialistes de CNN ou d’autres médias anglophones, eux aussi violemment anti-russes. Aux lecteurs du Grand Soir, je propose ce petit panorama en direct de Moscou.

On dit que si le russe est la langue qui propose le plus de variantes pour s’adresser à son interlocuteur, c’est à cause de l’histoire mouvementée de la Russie. Chacun des candidats, en fonction de ses sensibilités politiques, appelle les gens de façon différente : « chers amis » pour la démocrate Sobtchak, « citoyens » ou « électeurs » pour Jirinovski l’inusable député nationaliste. Les candidats de gauche se font appeler « camarades », tandis que les tenants de la droite préfèrent l’appellation de « seigneur » d’avant la révolution. Huit candidats, huit sensibilités, huit facettes de la société russe. Les anciens, les modernes. La femme jeune, les sept hommes anciens. Le passé, l’avenir. Les rêveurs, les pragmatiques. L’élection n’est pas vraiment démocratique, les dés sont pipés, et pourtant les débats entre candidats, l’exposé de leurs programmes, la passion qu’ils mettent à pointer tel ou tel problème social, géopolitique ou culturel, nous révèlent des choses sur l’état de la société russe. Leur vision respective (...) Lire la suite »
Commentateurs d’un match inégal (de Moscou pour LGS)

Elections présidentielles russes en mars 2018

Christophe TRONTIN

L’élection présidentielle russe est pratiquement passée sous silence par la presse mondiale. D’une part en raison de sa russophobie qui ne veut en aucun cas reconnaître la très forte popularité d’un personnage qu’elle fait profession de diaboliser. Cette élection est en réalité une sorte de plébiscite sur le bilan du président sortant, et celui-ci a toutes les chances de le gagner, avec ou sans trucage. D’autre part parce que peu de journalistes occidentaux, y compris parmi les correspondants sur place, maîtrisent le russe suffisamment pour réellement suivre et comprendre les discussions, les talk-shows, les interviews et les commentaires qui envahissent depuis le début de l’année la télé et l’internet russes. La plupart du temps, ils doivent se contenter de reprendre ce qu’y ont vu les spécialistes de CNN ou d’autres médias anglophones, eux aussi violemment anti-russes. Aux lecteurs du Grand Soir, je propose ce petit panorama en direct de Moscou.
Christophe TRONTIN

En gros, la télévision est pro-Poutine, l’Internet est contre lui. Sur la Première et Russia 1 (équivalents russes de TF1 et BFM-TV), ce ne sont que news, talk-shows et discussions politiques sévèrement encadrées. L’une des émissions emblématiques, c’est « 60 минут » (60 minutes), avec les modérateurs Olga Skabeeva et Evgueny Popov (mari et femme à la ville, mais ils ne l’affichent pas à l’antenne où ils se vouvoient). Les discussions sont intéressantes, elles sont animées, mais les modérateurs sont là, ainsi que le montage, pour calmer les ardeurs anti-poutiniennes et les mettre un frein aux tirades patriotiquement incorrectes. L’émission affiche un pluralisme de façade, invitant systématiquement un représentant de l’Ukraine pro-Porochenko ou un dignitaire de l’Otan : on apprend ainsi, à petites doses prudentes, à connaître les thèses adverses... mais ces intervenants servent de sparring-partners aux représentants de la pensée majoritaire et sont généralement renvoyés à leurs chères études par les tenants du (...) Lire la suite »

Le terrorisme expliqué à Tahar Ben Jelloun

Christophe TRONTIN
J’ai quelques remarques à faire sur ce livre [1] du philosophe Tahar Ben Jelloun. Alors que je le lisais en me déplaçant en métro dans une ville étrangère, j’ai commencé à me sentir mal à l’aise. De curieux regards appuyés se posaient sur moi... Suivant ces regards, j’ai compris que sa couverture provoquait l’inquiétude : des silhouettes d’armes, dont une Kalachnikov, une cagoule, des bombes et des détonateurs, un avion, un téléphone portable, sur fond blanc, ainsi que le mot « terrorisme » qui est suffisamment international pour être reconnu dans n’importe quel pays. La situation s’est corsée lorsqu’un de mes voisins de wagon se décida à me demander de traduire le titre de l’ouvrage : « Le terrorisme pour les enfants ? Un manuel de terrorisme pour enfants ? » La rumeur s’est rapidement propagée parmi les voyageurs et j’ai eu toutes les peines du monde à expliquer mon cas sans l’aggraver. « L’intention de ce philosophe est de rassurer les enfants » bafouillai-je sans convaincre les passagers qui refluaient vers (...) Lire la suite »
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Les États-Unis dangereux comme un fauve blessé

Christophe TRONTIN
Depuis le 11 septembre 2001, l’Amérique n’est plus l’Amérique. Avec l’élection de Donald Trump, elle poursuit sa descente aux enfers. Elle qu’on a connue triomphante, impériale, dominatrice, parfois magnanime, est méconnaissable. Voyez les débats sur Youtube, les talk-shows sur FoxNews, sur CBS, sur HBO... La paranoïa retrouve outre-Atlantique des niveaux inconnus depuis l’époque du Maccarthysme. Le monde à l’envers : traversant le miroir des doubles standards, les bourreaux s’érigent en victimes. Hackant depuis des décennies serveurs et routeurs du monde entier, entreprises et États, alliés ou ennemis, ils pleurnichent sur les « cyber-attaques russes et chinoises » ; sponsors de centaines de groupes terroristes et d’ONG subversives, ils redoutent les attentats d’Al-Qaeda et de Daech ; champions de la manipulation d’élections étrangères, ils fulminent que Poutine leur aurait gâché la leur. Rumeurs, affirmations, rapports interprétés et réinterprétés jusqu’à la nausée... le complotisme se généralise comme un (...) Lire la suite »
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Le fiasco démocratique et la fin du sacré

Christophe TRONTIN
La campagne électorale qui se termine aux États-Unis dessillera-t-elle enfin les derniers idolâtres de la démocratie, ce « pire des systèmes à l’exception de tous les autres » ? C’est donc pour cela que se sont battus nos ancêtres ? Le droit de voter pour un vieux porc raciste et misogyne ou une vieille carne dévorée par l’ambition ? Le meilleur des systèmes, vraiment ? Ne s’agirait-il pas plutôt une sorte de religion, d’un moyen archaïque et violent de dominer le peuple, de lui faire avaler des couleuvres, de le flatter pour mieux le berner ? On évoque sans cesse les merveilleuses vertus du suffrage universel, mais qu’avons nous vu au final ? Comme d’habitude il y a eu les primaires. Un système fait pour désigner des candidats sur leur personnalité cathodique, au mépris absolu de toute discussion sur les programmes. Shows médiatiques, coups fourrés, petites phrases, un programme digne de Koh-Lanta au terme duquel, avec larmes et trémolos, les uns et les autres ont dû tirer leur révérence au profit des (...) Lire la suite »