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Après le premier tour des législatives : réflexion critique sur la stratégie du Front de gauche

Europe écologie 2,21% à la présidentielle aura certainement plus de députés (grâce à son accord avec le PS) que le Front de gauche qui a fait 11%. Le PS (dont c’était l’un des objectifs ) a réussi à faire tomber plusieurs bastions communistes. Symbole de ce hold-up : la 10ème circonscription du Val de Marne communiste depuis..1920, la Seine Saint-Denis (malgré la sauvegarde quasi-assurée de 2 élus) ou encore la Seine-Maritime (dont le Havre, longtemps symbole du communisme municipal). Et bien sûr il y a la défaite de Jean-Luc Mélenchon dans le Pas-De-Calais. Certes la dynamique de l’élection de François Hollande et l’appel au vote utile a beaucoup joué, tout comme les nombreuses alliances PS/EELV contre des sortants Front de gauche. De plus, parmi les perdants sortants du FG, se trouvent quelques personnalités quelque peu contestables (notamment dans la gestion passée de leurs mairies).

Néanmoins un certain nombre d’échecs, dont celui de Jean-Luc Mélenchon repose évidemment sur bien d’autres facteurs. Si la gauche radicale critique en permanence (et à raison) le dogmatisme idéologique de la droite, il est en revanche peu souvent enclin à faire sa propre autocritique. Malgré le bon score de Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle et même lors de cette élection législative, le Front de gauche peine à reconquérir les classes populaires. Et c’est précisément là -dessus qu’une immense réflexion doit être ouverte au sein du Front de gauche, tant au niveau de ses dirigeants que de ses militants. Plusieurs questions doivent êtres posées tant au niveau de la stratégie que du fond. La focalisation sur Marine Le Pen a démontré tout son échec ce dimanche. A ce propos il est intéressant d’écouter l’analyse de celui qui va être le seul député PG à l’assemblée Marc Dolez (Député du Nord) dans un journal de sa région avant l’élection : "Je souhaite que Jean-Luc Mélenchon gagne. Mais je ne voudrais pas que le vacarme médiatique occulte le message du Front de Gauche à l’occasion de ces élections législatives : nous voulons réussir le changement, que nos propositions soient prises en compte. Nous ne devons pas être seulement le parti anti Front national. Le vote FN est un vote de colère, de souffrance sociale, d’exaspération : c’est à ces préoccupations qu’il faut apporter des réponses concrètes. Le problème majeur ce n’est pas le FN, mais savoir quelle politique va être menée pour réussir le changement."

Marc Dolez met le doigt sur quelque chose d’important : est-il plus utile de défendre les véritables propositions de la gauche radicale ? Ou de pointer le doigt sur le Front national et ses électeurs ?

Quelle est la réelle pertinence d’une manifestation antifasciste à Hénin-Beaumont ? Ou de traiter les électeurs du FN de fachos (même si une bonne partie est portée par des idées xénophobes) ?

Au cours de l’élection présidentielle, au moment ou il se trouvait au plus de sa popularité, Jean-Luc Mélenchon s’est focalisé sur Marine Le Pen, un pari qu’il a perdu le soir du premier tour.

Il a ensuite décidé de remettre le couvert pour les législatives en décidant d’affronter Marine Le Pen dans son "laboratoire" d’ Hénin-Beaumont, terre ouvrière minée par la misère.

Dès lors il était certain que les médias se focaliseraient non pas sur les propositions des candidats mais bien sur leur seul affrontement. Si le coprésident du Front de gauche n’est pas passé loin de l’exploit, son échec (quoi qu’il en dise) met toutefois en lumière un écart ou une incompréhension entre la gauche radicale et la classe ouvrière. Et en particulier sur le point programmatique.

Si une série du programme du FG fait mouche auprès de l’électorat populaire (qu’il soit de tendance communiste, socialiste ou électeur occasionnel de l’extrême droite), la gauche radicale refuse d’accepter que certains des combats mis en avant par leurs soins n’est absolument pas acceptée par cet électorat.

Il en est ainsi de la régularisation massive des sans-papiers défendue par Mélenchon et le Front de gauche. Un ouvrier, un salarié, un chômeur, un petit artisan opposé à une régularisation massive des sans-papiers est-il automatiquement un fasciste mariniste ? Une partie significative des militants de la gauche radicale semblent le penser. C’est là un débat délicat et interdit à ouvrir au Front de gauche.

Le sujet pourrait être d’avantage débattu ici mais ce n’est pas l’objet de ce texte.

Nous pourrions ajouter à cela le rejet traditionnel de la nation et du drapeau tricolore au sein de la gauche radicale (même si le Front de gauche chante fièrement à la fois l’Internationale et La Marseillaise).

Pas seulement sur ces points, mais plus largement, il existe donc malheureusement un certain fossé entre la gauche radicale et les classes populaires. Le cas de la focalisation sur le FN et la "lutte antifasciste" en est l’un des symboles. Car si le militant de gauche classe la lutte contre le fascisme au centre, l’ouvrier ou l’habitant des quartiers populaires lui y met la problématique sociale. C’est certes le message qu’a voulu faire passer le Front de gauche, mais de très mauvaise façon. Et beaucoup de militants semblent oublier que ce sont les multiples trahisons du Parti socialiste (dont étaient membres la plupart des dirigeants du PG ainsi qu’une partie de ses militants) et les manipulations désastreuses de Sos Racisme dans les banlieues qui ont aussi favorisé le vote en faveur de l’extrême droite.

Il est urgent que le Front de gauche retrouve une dynamique et une stratégie d’offensive sociale et de réimplantation des classes populaires comme l’a fait le Parti communiste français en son temps (et certes en d’autres temps et contextes). Au moment ou les partis sociaux-démocrates maquillent leur orientation libérale par des propositions sociétales (auxquelles es classes ouvrières sont peu réceptives sans y êtres forcément opposés) le Front de gauche se doit d’assumer ses différents héritages historiques (le socialisme Républicain, le communisme français) et porter le fer au niveau économique et social avec le pragmatisme qu’impose la stratégie politique, sans renier ses valeurs humanistes. Mais la France actuelle (tertiarisée) n’étant pas l’Amérique latine ou la Grèce, il faudra certainement attendre une aggravation de la crise et une -plus- haute trahison des socialistes pour espérer un scénario à la Syriza.

Frédéric André

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