RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Avec les compliments du Cac40, de l’OTAN et de la Françafrique

Sauf pour ceux qui croient encore aux vertus de la démocratie bourgeoise, la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle ne fut pas une surprise. Car le dandy de la finance n’a pas seulement été coopté par l’oligarchie. Le chantre de l’ubérisation de la société n’a pas seulement été choyé par des médias aux mains d’une poignée de milliardaires. Comme si cela ne suffisait pas, on a assisté, dans la dernière ligne droite, à une campagne marketing impressionnante. Lancé sur le marché comme une savonnette, le godelureau du Cac40 a effectué une véritable OPA sur l’Elysée.

Victime de ses casseroles, l’ambition présidentielle de M. Fillon a explosé en plein vol. Cette éviction du candidat de droite eut deux conséquences. Elle a ouvert un espace politique au social-libéralisme de M. Macron, et elle a offert la deuxième place à Marine Le Pen. Au deuxième tour, comme prévu, le repoussoir lepéniste a joué son rôle à la perfection. Elaborée par François Mitterrand dans les années 80, la stratégie de l’épouvantail d’extrême-droite a une vertu irremplaçable. Face à la bête immonde, elle transforme n’importe qui en héros national.

Emmanuel Macron en a pleinement bénéficié, et le freluquet qui s’époumonait en meeting sous les applaudissements télécommandés de groupies impubères est devenu le sauveur de la démocratie. L’invocation anachronique du péril fasciste, la séquence médiatique Oradour-sur-Glane et la culpabilisation de l’électorat de gauche ont fait merveille. En jouant sur la peur qu’inspire le FN, M. Macron a obtenu haut la main les deux tiers des suffrages. Les bonnes consciences de la gauche boboïsée, au moins, n’auront pas brandi en vain l’épouvantail lepéniste.

Défiant les lois de l’arithmétique, ces bonnes âmes expliquaient que Mme Le Pen risquait d’être élue, que le spectre de 1933 n’était pas loin et que les abstentionnistes étaient des irresponsables. Le seul résultat de ce bourrage de crânes, ce fut dix millions de voix d’avance pour le candidat de la finance. Dotée de moyens colossaux, l’opération marketing fut couronnée de succès. D’une élection difficile, elle fit un plébiscite, et d’un banquier d’affaires un président de la République. L’essentiel était sauf. Le fascisme vaincu, on a enfin pu ranger le trouillomètre.

La première allocution du nouveau président fut à l’image de cette élection-bidon. Du bla-bla de publicitaire, une ritournelle insipide aux allures d’auberge espagnole, un filet d’eau tiède qui consiste à dire à chacun ce qu’il veut entendre. Mais avec la nomination du gouvernement, les choses sérieuses commencèrent. Choisi parmi les jeunes loups de la droite néolibérale, le nouveau premier ministre, à lui seul, est tout un symbole. Composé de juteux allers-retours entre le public et le privé, son Curriculum Vitae scintille d’un véritable joyau. Après le Don Juan du Cac40, voici le lobbyiste radio-actif.

De 2007 à 2010, Edouard Philippe, en effet, exerça les fonctions de directeur de la communication et des affaires publiques d’Areva. En clair, sa mission était de faire du lobbying, notamment auprès des parlementaires acquis à la cause atomique. Selon l’Observatoire du nucléaire, c’est précisément pendant cette période, le 13 janvier 2008, qu’un accord est signé entre Areva et le gouvernement du Niger pour l’exploitation de l’uranium. Or cet accord est contesté par le mouvement touareg, en rébellion contre le pouvoir central de Niamey.

Le précieux minerai est vendu à vil prix par le Niger, et les maigres revenus qu’il procure ne bénéficient pas à la population. Les gisements se trouvant dans les zones de vie traditionnelles des Touaregs, ces derniers se sentent floués. Les troubles qui agitent la région sahélienne sont donc liés à la politique d’une multinationale dont M. Philippe fut le VRP. C’est l’alliance nouée entre certains Touaregs et les djihadistes qui servit de prétexte, en 2013, à l’intervention militaire française. Et ce n’est pas un hasard si la première visite africaine de M. Macron fut destinée à cette région.

A défaut de susciter l’enthousiasme, la séquence politique qui vient de se dérouler est riche d’enseignements. L’élection au forceps d’un télévangéliste formé chez Rothschild était déjà un signe des temps. La nomination à Matignon d’un VRP de l’industrie nucléaire au patrimoine douteux en est un autre. La volatilité des étiquettes politiques et la prolifération des retournements de veste, sur fond de bouillabaisse politicienne à l’approche des législatives, font aussi partie du paysage macronien.

En régime capitaliste, disait Marx, le gouvernement est le « conseil d’administration des affaires de la bourgeoisie ». En faisant main basse sur l’Elysée, le jeune banquier opère la synthèse entre différentes fractions de l’oligarchie. Dès l’été 2017, cette union sacrée de la classe dominante sera scellée sur le dos des travailleurs. Ex-DRH de Dassault-Systèmes, la nouvelle ministre du Travail vient de recruter comme chef de cabinet l’ex-directeur adjoint du MEDEF. Si elle obtient une majorité parlementaire, cette équipe mettra en pièces le code du travail.

Les détenteurs de capitaux, eux, n’auront pas à se plaindre du nouveau gouvernement. Un exemple ? Paris vient de demander l’annulation d’une réunion consacrée à la Taxe européenne sur les transactions financières. Selon Oxfam-France, un accord sur la TTF européenne était à portée de main, et la France avait une occasion d’agir dans l’intérêt général. Mais l’audace de M. Macron s’évanouit dès qu’il s’agit de mettre un frein à la spéculation financière et de rogner les privilèges des riches.

En politique étrangère, le nouveau président a donné le ton. En s’invitant au Sahel, il s’est coulé dans le moule de la Françafrique. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, le pillage néo-colonial du continent africain va continuer de plus belle. Le godelureau de l’Elysée joue au dur en serrant la pogne du milliardaire new-yorkais, mais la réalité de la politique élyséenne parle d’elle-même. N’en déplaise aux flagorneurs de la presse française, l’indépendance qu’il revendique n’est que poudre aux yeux.

Affrontant une menace imaginaire, les troupes françaises participent aux manœuvres de l’OTAN dans les pays baltes. Lors de sa rencontre avec le président russe, le freluquet de l’Elysée a ressassé le “fake” habituel sur l’arme chimique, puis il a reçu l’opposition syrienne “off shore”, faux-nez de ces terroristes modérés dont raffole l’intelligentsia parisienne. La présidence de François Hollande a battu le record des compromissions avec les marchands d’armes, les monarchies corrompues, les “rebelles modérés” et les néocons de Washington. Tel le Phénix, elle va renaître sous la présidence Macron.

Bruno GUIGUE

(Afrique-Asie, juin 2017)

URL de cet article 31939
  

Les Cinq Cubains (éditions Pathfinder)
Une sélection d’articles de l’hebdomadaire The Militant depuis 13 ans sur le combat pour libérer Gerardo Hernández, Ramón Labañino, Antonio Guerrero, Fernando González et René González. Les Cinq Cubains, connus sous ce nom à travers le monde, ont été condamnés par le gouvernement U.S. sur des chefs d’accusation de « complot » fabriqués de toutes pièces et ont reçu des sentences draconiennes. Ils sont emprisonnés depuis leur arrestation après les rafles du FBI en 1998. Leur « crime » ? Avoir surveillé les (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Je crois vraiment que là où il y a le choix entre la couardise et la violence, je conseillerais la violence.

MAHATMA GANDHI

Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’Occident
Il y a des sujets qui sont aux journalistes ce que les récifs sont aux marins : à éviter. Une fois repérés et cartographiés, les routes de l’information les contourneront systématiquement et sans se poser de questions. Et si d’aventure un voyageur imprudent se décidait à entrer dans une de ces zones en ignorant les panneaux avec des têtes de mort, et en revenait indemne, on dira qu’il a simplement eu de la chance ou qu’il est fou - ou les deux à la fois. Pour ce voyageur-là, il n’y aura pas de défilé (...)
43 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.