12 

De grâce, camarades, corrigez le tir !

(Anti-totalitarisme ou anti-impérialisme ?)

Lors de son passionnant entretien avec Jean-Luc Mélenchon, Frédéric Lordon a dit beaucoup de choses intéressantes, beaucoup de choses justes, et qui méritent considération. Mais il se trouve qu’il a aussi formulé une proposition éminemment discutable : “Le stade suprême du capitalisme n’est pas l’impérialisme, c’est le totalitarisme”. Je pense que l’usage de ce terme n’est pas sans poser un problème théorique dont les conséquences pratiques, si on ne corrige pas le tir, seront dommageables. Que le capitalisme ait désormais atteint son “stade suprême” dans la figure d’un régime totalitaire et non dans la figure de son stade impérialiste, en effet, n’est pas une thèse anodine que l’on brandit innocemment, comme ça, en passant.

Ce signifiant “totalitarisme” a connu une histoire singulière, et le moins qu’on puisse dire est qu’elle est toxique. On ne retracera pas en détail cette aventure conceptuelle, mais rappelons simplement qu’après avoir été revendiqué par le régime fasciste italien lui-même, le vocable “totalitaire” a ensuite servi de notion instrumentale permettant d’identifier, dans les régimes dits “totalitaires”, un certain nombre de caractéristiques communes. Signifiant commode, d’une élasticité à toute épreuve, le mot “totalitarisme” a ainsi justifié un rapprochement douteux entre les régimes fasciste, nazi et stalinien qui écrasait toute perspective historique, faisait fi de toute contextualisation, et abolissait d’un trait de plume les oppositions majeures entre le le régime nazi-fasciste et le régime communiste.

Cette notion passablement fumeuse a ainsi été élevée au rang de mantra idéologique permettant, dans l’atmosphère de la Guerre froide, de vouer aux gémonies le principal adversaire des États-Unis dans la compétition mondiale, à savoir l’Union soviétique, et l’on sait quelle caution intellectuelle Hannah Arendt a malencontreusement apportée à cette entreprise. Utiliser aujourd’hui ce terme si galvaudé, si chargé de connotations ambiguës, si sujet à la formulation de contre-vérités, n’est donc pas sans créer une difficulté majeure. A la décharge de Frédéric Lordon, on supposera donc qu’en utilisant cette notion, il a entendu désigner tout autre chose que ces fantômes du passé. Lorsqu’il affirme que le capitalisme a atteint aujourd’hui “son stade totalitaire” ou qu’il est “sur une pente totalitaire” (il emploie les deux formules, bien qu’elles ne soient pas équivalentes), tenons pour acquis qu’il a entendu désigner cette “subsomption totale” de toutes les activités humaines par le mode de production capitaliste, et telle est la formule, en effet, que Lordon reprend de Marx lui-même.

Il s’agit bien, par conséquent, du capitalisme comme matrice d’un totalitarisme qui n’est peut-être pas totalement étranger au “totalitarisme” du passé (à supposer que cette notion ait un sens), mais qui en dessine une configuration inédite. Or cette théorie fait irrésistiblement penser à celle de Herbert Marcuse, qui fut parmi les premiers à avoir systématisé une approche du capitalisme moderne comme nouvelle forme de totalitarisme. Figure éminente de l’École de Francfort et philosophe-fétiche de la mouvance soixante-huitarde, il soutenait la thèse selon laquelle le capitalisme bureaucratisé d’Occident était le frère jumeau du pseudo-socialisme hiérarchisé des régimes de l’Est. Peu importe la forme du régime politique, nous serions selon Marcuse en présence de sociétés technocratiques dont la caractéristique commune est d’avoir établi une domination totale au nom de la science.

Dans cette perspective, le totalitarisme était dans le capitalisme comme le poussin dans l’œuf. Non seulement le totalitarisme et le capitalisme ne sont pas des termes contradictoires, mais le capitalisme contemporain porte à leur degré suprême de développement les potentialités du système totalitaire : le capitalisme réglant désormais la totalité des relations sociales, il ne pouvait manquer de fonder une domination correspondant à sa visée ultime. Est-ce bien cette théorie, datant des années 1960, qui refait surface dans la bouche de Frédéric Lordon ? Ce retour de flamme aurait pourtant quelque chose d’inattendu, car Frédéric Lordon s’est employé dernièrement à critiquer la focalisation sur les formes technologiquement les plus sophistiquées de la domination capitaliste et a souligné que le capitalisme a beau changer de forme, il n’en demeure pas moins fondé sur l’exploitation des salariés et l’extorsion de la plus-value. Et c’est la raison pour laquelle, dans son échange avec Jean-Luc Mélenchon, il souligne que socialiser les réseaux ne suffit pas et qu’il faut socialiser les principaux moyens de production. Il a parfaitement raison, en ce sens, de revendiquer un “anticapitalisme principiel” en lieu et place d’un “anticapitalisme sectoriel” qui ne s’en prendrait qu’à une fraction du capital dominant.

En adoptant une thématique de type marcusien, on peut donc se demander si Lordon ne donne pas un violent coup de braquet dans son exploration, habituellement plus exigeante, du capitalisme et de ses méfaits. Dire que le mode de production capitaliste a atteint le stade totalitaire, est-ce que cela signifie que tout un chacun, indifféremment à son appartenance de classe, subit une oppression insupportable ? Car la spécificité du vocable “totalitarisme”, c’est qu’il dilue la question des antagonismes de classes dans la représentation vague d’une domination sans partage, diffuse et indiscernable. Il ne s’agit plus d’une oligarchie bourgeoise qui monopolise les moyens de production, mais d’une domination indifférenciée qui soumet l’ensemble des individus composant le corps social à la loi implacable de l’oppression totalitaire. Que l’on soit ouvrier, étudiant, cadre ou actionnaire, et cela quelle que soit son origine, tout le monde subirait la férule des data ! En délaissant de la sorte Marx pour Marcuse, il n’est donc pas certain qu’on y gagne au change du point de vue de la pertinence analytique et, par conséquent, de la définition des angles d’attaque à partir desquels la résistance à la "subsomption totale" pourrait s’organiser.

Mais il y a plus. Cette non-nouveauté de l’analyse qui rabat le capitalisme en phase terminale sur le totalitarisme technologique est d’autant plus contestable qu’elle s’accompagne d’une négation explicite de la thèse, classique depuis Lénine, selon laquelle le capitalisme aurait atteint son stade impérialiste, exaspérant les contradictions qui le traversent et menant à la guerre permanente par épuisement des potentialités expansionnistes d’un monde fini. Cet abandon de la thèse léniniste, alors même que fait rage la guerre déclenchée par l’agression impérialiste contre la République islamique d’Iran, me paraît constituer une erreur théorique lourde d’implications politiques. Repousser la notion d’impérialisme aux marges de l’analyse politique de la situation présente est incompréhensible du point de vue de la lutte des peuples du monde pour leur souveraineté et leur développement, mais aussi du point de vue de cette lutte anti-impérialiste qui constitue aujourd’hui l’impératif majeur des forces progressistes.

Car la contradiction entre l’impérialisme et l’anti-impérialisme constitue à l’évidence la contradiction principale de notre temps, et il n’y a aucun espoir d’un redressement de la gauche dans le monde occidental sans la prise de conscience des enjeux cruciaux qu’elle représente. Non seulement parce que l’hyper-impérialisme forcené de Trump et le jusqu’au-boutisme suprémaciste de Netanyahou mettent le monde au bord de l’abîme, mais parce que la résolution par le haut de cette contradiction entre impérialisme et anti-impérialisme est la condition de possibilité d’une politique progressiste, en France comme ailleurs. Si la défense de la souveraineté des peuples est le combat primordial, c’est parce que sa réussite conditionne la réussite de tous les autres combats. En larguant Lénine pour Marcuse, en minorant le combat anti-impérialiste, je crains que Frederic Lordon ne se soit lourdement trompé, et j’ai la certitude que LFI, avec l’ensemble de la gauche radicale, ferait fausse route. De grâce, camarades, corrigez le tir !

COMMENTAIRES  

10/04/2026 00:45 par robess73

entieremenr d accord avec bruno. j ai bondi en entendant lordon. ne serait ce pas que lordon comme jlm d ailleurs sont issus du trotskysme ???

10/04/2026 13:15 par Vincent

"la thèse selon laquelle le capitalisme bureaucratisé d’Occident était le frère jumeau du pseudo-socialisme hiérarchisé des régimes de l’Est. Peu importe la forme du régime politique, nous serions selon Marcuse en présence de sociétés technocratiques dont la caractéristique commune est d’avoir établi une domination totale au nom de la science."

Si je m’en réfère à ce qui s’est produit durant la pseudo-pandémie « Covid », cette thèse s’est trouvée être parfaitement étayée et réalisée. À méditer sérieusement. Ou comment le scientisme (corrompu) vient parachever le totalitarisme technocratique dont l’UE (cousine germaine du nazisme, et je pèse bien mes mots) est au demeurant si friande.

"une domination indifférenciée qui soumet l’ensemble des individus composant le corps social à la loi implacable de l’oppression totalitaire. Que l’on soit ouvrier, étudiant, cadre ou actionnaire, et cela quelle que soit son origine, tout le monde subirait la férule des data ! "

L’identité numérique va exactement dans ce sens, oui. La monnaie numérique en sera l’aboutissement logique, et parachèvera le totalitarisme absolu vers lequel nous sommes conduits tel un troupeau.
Pour l’anecdote, Google est par exemple - et en outre - capable depuis des années de prédire, en analysant ses sujets d’intérêt sur internet, qu’un individu va divorcer avant même que l’individu ne se soit posé la question de son éventuel divorce !
Et c’était déjà possible lorsque les algorithmes n’étaient pas encore augmentés des capacités de traitement de données de l’IA.
Est-ce que ça permet seulement de mieux lui vendre ce dont il ne savait pas encore qu’il en avait envie ? Pas sûr.

Plus sérieusement, lorsqu’un individu du statut et de la qualité de Jacques Baud se trouve « sous sanctions » de l’UE au motif qu’il « colporte la propagande du Kremlin » (avec ses livres dont 100 % des sources sont « occidentales »), qui interroge le droit ? Et celui que s’octroie l’institution de s’imposer comme une force coercitive ?
Et surtout : Pourquoi personne ne s’oppose sérieusement à des telles décisions totalitaires et contraires à tous les traités, et au droit ?!
Est-ce qu’on s’habituerait donc à l’inique, à l’illicite, à l’illégal ? Pourquoi ? Est-ce que si, en Europe, on montre son opposition au totalitarisme on risquerait quelque chose ? Tiens donc.

Et d’ailleurs, en tant que Gilet Jaune, je pourrais facilement m étendre assez longuement sur ce que risque le « citoyen » (l’électeur-consommateur) lorsqu’il revendique des moyens légaux pour exercer sa souveraineté… Qu’est-ce qui nous a été opposé, sinon le totalitarisme le plus violent, dont le fascisme tient simplement la matraque ou appuie sur la gâchette du LBD à bout portant…
Le délit d’opinion n’est-il pas la marque d’un régime totalitaire ?

"une négation explicite de la thèse, classique depuis Lénine, selon laquelle le capitalisme aurait atteint son stade impérialiste, exaspérant les contradictions qui le traversent et menant à la guerre permanente par épuisement des potentialités expansionnistes d’un monde fini."

Ce qui me semble évident et manquer à l’analyse, c’est que le stade impérialiste a été dépassé. Il n’est pas terminé, mais il n’est pas non plus une fin en soi.
En somme, tout a déjà été pillé. Les ressources décroissent, et de grands blocs se sont reconstitués, qui exploitent essentiellement pour eux-mêmes (ou dans un entre-soi) ces ressources, sans qu’il soit possible ou envisageable pour le bloc impérialiste concurrent de chercher à se les approprier.
L’Iran et la Russie me semblent en être de bons exemples :
L’empire atlantiste aurait bien voulu détruire et démanteler ces entités, pour s’approprier l’immensité de leurs ressources, qui font défaut à l’exercice de son imperium absolu.

Bref
L’empire ne pouvant plus - en synthèse - répandre sa puissance au détriment du reste du monde (toutes considérations pour Cuba ou le Venezuela mises à part, par exemple), il assoit désormais sa domination sur ses propres populations.
C’est ça le totalitarisme tel que nous le vivons, et – je pense – tel que M. Lordon l’évoque :
L’État et les institutions ont été infiltrés et travaillent pour le seul intérêt de quelques ploutocrates incapables de se considérer comme parties d’une société.
L’intérêt général a fait long feu dans nos sociétés où s’applique le totalitarisme techno-fasciste, dont le seul but est de fabriquer du dividende, y compris en détruisant tout ce qui relève du Public, voire même du régalien. Le tout, bien entendu, en fabricant toujours plus de pseudo-lois toujours plus coercitives et liberticides.
C’est, de mon point de vue, l’essence même de l’UE : Une institution qui sert à légaliser le fascisme financier, et qui s’appuie sur le totalitarisme pour rendre le pillage non seulement possible mais (pseudo) légal.
Donc l’État et les institutions pillent et oppriment le peuple lui-même. (puisqu’il ne s’y oppose pas, tout bien conditionné qu’il est par l’impuissance apprise qu’imprime le mantra de la « non-violence » comme horizon indépassable de la (soi-disant) lutte !…)

"Si la défense de la souveraineté des peuples est le combat primordial, c’est parce que sa réussite conditionne la réussite de tous les autres combats."
Rien à ajouter à cela, sinon que j’invite à bien méditer le sens de cette proposition.
Quelles sont les conditions qui ont permis au peuple de s’affirmer « souverain » ?
Le sommes-nous ? Le prétendons-nous seulement ? Ou bien le totalitarisme conditionne-t-il aussi la propension des individus, que l’individualisme rend impuissants, à ne même plus se poser la question, et à obéir le plus naturellement du monde aux injonctions y compris les plus totalitaires ?
Exemple :
Vous présenterez bien encore docilement votre « pass » qui atteste que vous avez accepté de devenir cobaye malgré-vous, pour avoir le droit de monter dans ce train, ou de boire un café, n’est-ce pas ?
...

11/04/2026 00:18 par robess 73

vincent prenez le temps de lire l article de cematin sur gabriel rockill. vous comprendrez mieux certaines choses sur le marxisme occidental et marcuse.

11/04/2026 13:08 par Vincent

"prenez le temps de lire l article de cematin sur gabriel rockill. vous comprendrez mieux certaines choses sur le marxisme occidental et marcuse."

Oui c’était vraiment très intéressant, merci. J’y ai appris bien des choses que j’ignorais totalement.
(Notons au moins que je n’ignore pas que j’ignore beaucoup de choses.)
J’y ai aussi lu :
"des figures comme Adorno, Horkheimer et Marcuse ne sont pas dignes de confiance, et on peut généralement en dire autant de l’intelligentsia de gauche compatible. Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’ils avaient tort sur tout ou que l’on doive simplement ignorer l’ensemble de leur travail."

Au vu de la valeur du travail de M. Lordon, j’estime qu’on ne peut pas rejeter ce qu’il dit du totalitarisme (dont l’étau se resserre de manière très sensible pour ceux qui sont sensibles, ou juste un peu attentifs) au seul motif que cela ferait référence au détestable agent Marcuse, dont au demeurant j’ignore tout.
Je me fous en l’occurrence bien plus du respect de la pureté des principes marxistes, que des effets très concrets du totalitarisme bien réel qui s’exerce sur nos vies dans la plus grande impunité.

Au moins des types tels Marcuse ne m’ont pas fait renoncer à être plus sérieusement indigné que bien des prétendus marxistes orthodoxes, qui n’auront jamais mis leurs corps en danger pour tenter d’éviter qu’on en arrive là où nous en sommes ; c’est à dire un monde où 1984 n’anticipait pas les effets du totalitarisme façon "bouuuuh le vilain communiste Staline", mais devenait littéralement un manuel à l’usage des technocrates et autres idéologues fascistes du totalitarisme néolibéral/turbo-capitaliste à la sauce bruxelloise cuisinée à l’anglo-saxonne, tous au service de la seule cupidité (dites "Profit"), qui est le seul projet collectif qui nous soit imposé de force.

Donc Marcuse agent de la CIA c’est une chose.
Une institution supranationale fasciste (fondée par des agents de la CIA) qui préside au destin d’un demi-milliards d’individus en légalisant le totalitarisme par petites lois coercitives successives, c’est un autre sujet, et il m’intéresse de beaucoup plus près et bien plus concrètement que n’importe quelle théorie politique.

11/04/2026 17:34 par Vincent

Je voulais juste faciliter le lien :
La vidéo de Hors-Série de l’entretien entre J.L Mélenchon et F. Lordon
dont découle ce billet de B. Guigue, est vraiment d’une qualité très rare, et passionnante à plus d’un titre.
Vivement recommandée !

13/04/2026 18:16 par barbe

Bonjour
Pouvez vous mettre le lien vers l article de ce rockhill sur marcuse ?
Merci

14/04/2026 14:40 par robess 73

bonjour barbe .il est sur le grand soir (partie haute) du 10 avril .de marxlelin perez valdes ..." je soutien cuba...." en photo des jeunes filles cubaines .
cet article a fort contrarié l ami vincent (admirateur de marcuse !) .
pour plus de connaissances .acheter et lire le livre de frances sounders : qui mene la danse .reedité par les editions delga .
(avec conference d annie lacroix riz fin avril a paris sur ce sujet ) .bonne journée

14/04/2026 18:55 par barbe

Merci
Et aussi à Vincent
Et bruno. Oui il convient de discuter arendt, qui a dû sans doute montrer patte blanche pour faire carrière aux states.
Losurdo l a un peu dit.

15/04/2026 08:32 par kabouli

le totalitarisme est une organisation de la société qui ne supporte pas d’autres idées que les siennes et en poursuit avec acharnement les auteurs exemple le christianisme dont on ne connaît pas qu’il a supporté d’autres idées ou religion que la sienne (à part les idées juives )l’impérialisme ne s’adresse pas aux idées mais vise les territoires et la domination mondiale de ceux-ci. L’impérialisme est le stade suprême du commerce abusivement appelé "économie" le capitaliste n’est que le nom de la domination des commerçants sur le monde. On sait que le commerce en Chine fut longtemps maîtrisé par les lettrés et qu’il fallut l’occupation impériale occidentale pour qu’il y domine avant de s’effondrer et d’être maîtriser à son tour..

16/04/2026 14:50 par diogène

Analyse brillante, comme d’habitude.

En effet, la notion (qui n’est même pas un concept) de "totalitarisme" et aussi creuse que celle de "populisme", c’est un fourre-tout, un épouvantail qu’on brandit quand on n’a pas d’autre argument. C’est la propagande américaine qui l’a popularisé pendant le guerre froide, car il permettait d’assimiler le nazisme et le communisme comme deux extrêmes également abjects, situés respectivement à la droite et à la gauche de la "démocratie" que les États-Unis étaient censés incarner.

Pour ce faire, ils ont habilement utilisé les théories d’Hannah Arendt ( https://www.les-philosophes.fr/arendt.html ) , et ce n’est pas un hasard : elle opposait deux révolutions, l’américaine, d’un côté, qui aurait réussi à fonder une authentique liberté politique, de l’autre, la française, qui se serait laissée envahir par la question sociale, les réponses à apporter à la pauvreté et à la misère de masse, et qui, gagnée par la pitié et la compassion, aurait conduite à la Terreur, «  Un désastre  » (sic). Elle considérait que la politique ne devrait pas se mêler des questions économiques et sociales !!!

Elle était très active au sein du CCF (Congress for Cultural Freedom), dirigé de 1950 à 1967 par Michael Josselson, un agent de la CIA. Les gens de la CIA ne sont pas tous des gros bourrins ; certains savent utiliser la virtuosité intellectuelle pour réécrire l’histoire dans le sens qui leur convient.

Voilà comment la tarte à la crème du "totalitarisme" a été cuisinée. On voit aujourd’hui ce qu’il en est de cette "démocratie" !

16/04/2026 20:31 par sylvain

toutes les nations du monde étant dirigées par des oligarchies, la notion de "souveraineté des peuples" me semble plus que discutable. C’est qui le peuple ? les milliardaires ? un mélange de politiciens, d’éditocrates et de capitalistes ? le parti ? parce que mis a part ces exemples, dans les grandes nations industrielles je ne vois pas d’exemples de "souveraineté populaires" en dehors de ça.

17/04/2026 12:35 par GC45

" le capitalisme en phase terminale "
Les marxistes (et bien d’autres) passent leur temps à rabâcher que le capitalisme est en phase terminale.
Cela entre dans le moule du déterminisme linéaire et permet d’éviter de considérer, puisque tout dans l’univers est cyclique, qu’il faudrait peut-être revoir les bases philosophiques de l’édifice théorique, bases qui elles-mêmes reposent sur une description obsolète de l’univers.

En ce qui me concerne, je trouve que le capitalisme se porte à merveille, bien qu’il tue de plus en plus - contrairement au dioxide de carbone (dont la légère augmentation du taux dans l’air a permis à notre planète de reverdir) - et je soupçonne le débat d’être sérieusement pollué par le malthusianisme intrinsèque de la thèse de la finitude des ressources (qui remonte à Giovanni Botero, 1544—1617) chère à Lénine (" épuisement des potentialités expansionnistes d’un monde fini. ").

On essaye de nous foutre la trouille en posant les pénuries comme inévitables, comme jadis Paul R. Ehrlich, qui a perdu le pari proposé par le cornucopien Julian Lincoln Simon, successeur d’Ibn Khaldoun (1332-1406).
Cf. https://corbettreport.com/the-most-important-bet-youve-never-heard-of
Episode 496 – The Most Important Bet You’ve Never Heard Of by Corbett | Mar 31, 2026
Voir le https://fr.wikipedia.org/wiki/Pari_Ehrlich-Simon

Le capitalisme a prouvé qu’il trouve toujours quelque chose à exploiter, quitte à créer une nouvelle source de profit ou à en susciter la création. Il n’y a qu’à voir l’explosion de la vente d’eau en bouteille là où l’eau du robinet est de meilleure qualité.
Sans même parler de la vieille ficelle qu’est la provocation de guerres dévastatrices.
Rien ne vaut un tapis de bombes militairement totalement inutile comme stimulant du BTP et de l’activité économique en général... à défaut d’un baron Haussmann ou de ses avatars suédois des années soixante.

(Commentaires désactivés)