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mardi 07 avril 2026 à 18h00
PARIS : De quelques éléments essentiels de la théorie psychologique de Léontiev, psychologue soviétique marxiste

Nous sommes heureux d’inviter dans notre atelier de Dialectique Pratique, Denis Lemercier-Kühn, Maître de conférences HDR honoraire de psychologie.

 Instituteur, puis Conseiller d’Orientation scolaire et professionnelle, chercheur au Laboratoire de Psychologie différentielle de l’EPHE, et enfin enseignant-chercheur à l’UFR Staps de l’Université de Caen.

De quelques éléments essentiels de la théorie psychologique de Léontiev

 Alexis Léontiev (1903-1979) est un psychologue soviétique de renommée internationale. Il fut notamment professeur à l’Université de Moscou à partir de 1941. Il y créa la faculté de psychologie qu’il dirigea jusqu’à sa mort. Par ailleurs, il reçut le titre de docteur honoris causa de l’Université de Paris.

 Le nom d’Alexis Léontiev est souvent associé à ceux de Lev Vygotski et d’Alexandre Luria. Ces trois psychologues sont parmi les fondateurs les plus importants de la psychologie soviétique. De Lev Vygotski plusieurs ouvrages ont été édités en France ; le plus connu d’entre eux est certainement : « Pensée et langage ».

 Les PUF ont édité en 1978 un ouvrage de Luria : « Les fonctions corticales supérieures de l’homme », ouvrage de neuropsychologie dont Luria est un des fondateurs mondiaux. Cet ouvrage – véritable manuel – est maintenant daté, mais les éléments épistémologiques qu’il contient dans ses 50 premières pages sont toujours d’une grande validité. Luria fut également le président de la société psychanalytique de Kazan en 1922, société qui rejoignit l’Institut de psychanalyse de Moscou dont il fut également un des dirigeants.

 Deux ouvrages essentiels de Léontiev ont été récemment réédités par les Editions Delga : « Le développement du psychisme », en 2024, qui a reçu le prix Lénine en 1963, et « Activité, conscience, personnalité » en 2021, qui contient des travaux plus récents et allait devenir en quelque sorte le testament scientifique de Léontiev.

 La cohérence de l’œuvre de Léontiev tient à plusieurs éléments. Sa théorie psychologique de l’activité en est un des principaux.

 Il en existe un autre qui relève de la théorie du reflet, élément essentiel de la théorie marxiste de la connaissance. Théorie du reflet qu’a surtout développée Engels, qui existe chez Marx puisqu’il établit que « ce sont les déterminations abstraites qui mènent à la reproduction du concret au cours du cheminement de la pensée », et que Lénine a enrichi en valorisant le caractère actif du reflet.

 Un élément, fondamental, concerne la prise en compte du fait que le psychisme humain est soumis aux lois du développement socio-historique alors que dans le monde animal les lois du développement psychique sont celles de l’évolution biologique.

 Il faut souligner que Léontiev n’oublie pas d’inclure dans les lois du développement socio-historique l’existence des classes sociales et de leur antagonisme dans la société capitaliste. Ce qui est une profonde originalité par rapport à la psychologie dominante dans notre pays : l’aliénation de l’activité, de la conscience et du sujet, de sa personnalité, qui en résulte, n’apparaissant pas comme un objet d’étude relevant de la psychologie.

 La psychologie marxiste telle que la développe Léontiev n’est pas, dit-il, « une tendance particulière, ni une école, mais une nouvelle étape historique » de la psychologie.

 Léontiev a élaboré un système psychologique cohérent de grande ampleur, largement ouvert, qui concerne aussi bien la formation et les transformations du psychisme à l’échelle du monde vivant qu’à celle de l’espèce humaine ou à celle de l’individu. L’énumération de ces différentes niveaux ne fait que reprendre ce que Wallon appliqua à l’objet de la psychologie génétique, qui concerne aussi bien l’objet de la psychologie générale.

 Alexis Léontiev présente sa conception générale du psychisme, depuis l’apparition de l’irritabilité à l’égard des agents extérieurs jusqu’au développement de la conscience humaine. Il examine celle-ci depuis les prémices de l’humanité jusqu’au développement de sa structure interne, limitée et contradictoire, que détermine la division sociale du travail ; il évoque même le temps des rapports nouveaux qui engendrent une nouvelle conscience de l’homme.

 Léontiev se montre tout autant capable de l’expérimentation la plus fine que de la théorisation la plus élaborée.

 Ses montages expérimentaux, très astucieux, lui viennent sans doute de sa fascination enfantine pour la modélisation aéronautique et de sa vocation d’ingénieur, qu’il a abandonnée pour la psychologie. Ses recherches se sont rapidement appuyées sur le marxisme qu’il a enrichi par ses propres travaux psychologiques mais aussi pédagogiques, et qui, plus largement, embrassent toute l’amplitude de la culture, c’est-à-dire l’ensemble des acquis socio-historiques de l’humanité.

 Léontiev étudie un certain nombre de processus qu’il a conceptualisés sous une forme originale.

 Le premier de ces processus est le processus d’appropriation. Processus d’appropriation qui n’appartient qu’au genre humain et qui le distingue du genre animal dont l’activité est déterminée par le processus d’adaptation.

 Le terme d’adaptation fait partie de ces concepts qui sont d’un usage courant en psychologie. Mais le terme d’adaptation, appliqué à l’homme, est pour le moins très ambigu. Le processus d’adaptation renvoie à la problématique générale de l’étude des rapports d’un organisme avec son milieu. Quel est contenu essentiel de ces rapports quand il ne s’agit non plus du rapport des animaux avec un milieu naturel mais quand il s’agit par conséquent du rapport homme-société ?

 Comme le montre bien Léontiev, la différence fondamentale entre le processus d’adaptation, au sens propre, et celui d’appropriation consiste en ce que le processus d’adaptation biologique transforme les facultés propres de l’organisme ainsi que son comportement d’espèce. Le processus d’appropriation est tout autre : son résultat est la reproduction par l’individu des capacités et fonctions humaines (de l’espèce) historiquement formées.

 Le travail tient une grande place dans les élaborations théoriques de Léontiev. Chez l’homme comme chez l’animal la satisfaction des besoins dépend du rapport entretenu avec la nature. Ce rapport à une forme spécifiquement humaine : le travail, qui permet à l’homme, fait historiquement nouveau, de produire ses moyens d’existence.

 Le travail présente deux autres caractéristiques interdépendantes. L’une d’elle est l’usage et la fabrication d’outils. L’autre caractéristique réside dans le fait que le travail s’effectue dans des conditions d’activités communes collectives qui apparaissent même, à l’époque actuelle, d’ordre planétaire.

 Le concept d’activité est le concept central de la théorie psychologique de Léontiev. Chaque activité répond à un besoin du sujet, tend vers l’objet de ce besoin. Autrement dit, l’objet de l’activité est son motif réel ; objet qui peut être aussi bien matériel qu’idéel. Le concept d’activité est donc nécessairement lié au concept de motif : il n’y a pas d’activité sans motif.

 Dans les conditions de la production sociale par les hommes des objets qui leur permettent de satisfaire leurs besoins, bien plutôt qu’une donnée naturelle, les besoins proprement humains sont des produits historiques, des résultats de l’activité antérieure.

 L’activité et l’action représentent des réalités qui ne coïncident pas entre elles : une seule et même action peut réaliser divers activités, inversement une même activité peut être réalisée par des actions différentes.

 L’objet de l’action, le but, n’a qu’un rôle d’orientation : le motif trouve à s’y réaliser, celui-ci est le seul à porter la fonction de stimulation, d’impulsion, outre sa fonction d’orientation.

 Il est à noter que le but de l’action est toujours conscient. Le motif, lui, peut être conscient ou non. Les opérations répondent aux conditions d’effectuation de l’action et la réalisent, les opérations peuvent avoir été acquises consciemment ou non.

 Léontiev a fait faire des pas de géant à la connaissance de la forme spécifiquement humaine du psychisme : la conscience. Du point de vue psychologique « le mouvement de la conscience (constitue) un processus de passages réciproques entre les contenus immédiatement sensibles et les significations revêtant tel ou tel sens en fonction des motifs de l’activité ». La source de la conscience réside donc dans les sensations, les « contenus immédiatement sensibles ». C’est la forme sous laquelle se reflète le plus « immédiatement » le rapport que l’individu entretient avec le monde.

 Si la source de la conscience réside dans les sensations, elle ne doit son contenu qu’à l’existence des significations (sociales) cristallisées dans les mots, et qui peuvent prendre notamment la forme de connaissances. Mais ces significations, ces connaissances, revêtent tel ou tel sens (personnel) en fonction des motifs de l’activité : sens qui est reflété dans la conscience et que la psychologie dominante, et particulièrement la psychologie cognitive, ne prend que très peu en compte ; cette dernière considère implicitement la conscience en tant que connaissance. Elle ne la considère pas, comme le fait Léontiev, dans l’unité de ses composantes objective et subjective, cognitive et affective, et dans l’unité de ses composantes sociale et personnelle, dans l’unité des significations sociales déterminées par la pratique socio-historique d’une part, et des sens personnels déterminés par la logique même de l’activité du sujet, d’autre part.

 Le développement du psychisme animal passe par les stades du psychisme sensoriel élémentaire, du psychisme perceptif et du stade de l’intellect. Léontiev établit, chez les animaux, la loi de non correspondance directe entre la structure de l’activité et la forme du reflet psychique, la correspondance ne pouvant exister que comme moment signifiant le passage au degré supérieur de développement, par exemple du psychisme sensoriel au psychisme perceptif.

 Un saut qualitatif se réalise avec l’apparition de la conscience humaine et son développement historique jusque dans la société de classe, et son aliénation notamment.

 « Puis arrive un temps nouveau, je cite Léontiev, le temps des rapports nouveaux, qui engendre une nouvelle conscience de l’homme ; il nous est encore difficile d’imaginer les immenses perspectives de son épanouissement futur »… « Cette conception historique du développement psychique peut faire de la psychologie une science qui… aide à construire une vie nouvelle, celle d’un homme libéré, allant au développement complet et harmonieux de toutes ses aptitudes et propriétés. »
L’atelier se déroule au centre Georges Politzer, CPMS de la Fondation Elan Retrouvé, 19 rue Le Peletier 75009 

Entrée libre conditionnée par le nombre de places limitées   

Inscription nécessaire à apps.secretariat@gmail.com     
réunion Zoom programmée.

Sujet : Ma réunion
Heure : 7 avr. 2026 06:00 PM Paris
Participer à la réunion Zoom
https://us06web.zoom.us/j/89142781294?pwd=aX16a286bcZ6AbD7BlfTwSlk6kao7c.1

ID de réunion : 891 4278 1294
Code secret : 294852

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ORGANISATEUR(S) / à l'appel de :
APPS ANALYSE PRATIQUE PSYCHO-SOCIALE PARIS 75009

ADRESSE

19 rue Le Peletier 75009