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La victoire sera plus certaine et durable si vous prenez la mesure du temps long

Connaissez-vous Pepe Mujica ? Comment est il arrivé au pouvoir ? Voici un petit récit qui pourrais vous aider en ce moment complexe de joie et désenchantement.

L’Uruguay est un petit pays, mais qui a des des similitudes à la France : Un État très fort et organisé, des acquis sociaux importants, un niveau de vie plus haut que nos voisins, etc.

Malheureusement on n’a pas d’indiens, et les noirs sont moins de 10% plutôt bien intégrés.

Comme notre niveau de vie est plutôt bon par rapport à l’Amérique Latine, on est en train de recevoir beaucoup d’immigration andine et centro-américaine, mais l’énorme majorité de la population sont des petits fils d’européens. Il fait chaud en été et très froid en hiver.

Le néolibéralisme a commencé aux environs de 1970, les énormes protestations empêchaient le pouvoir de mettre en œuvre son projet. Les "Tupamaros" (du nom de Tupac Amaru, le mythique chef Inca qui se rebella en 1780 face aux colons espagnols, au Pérou) sont nés dans cette circonstance, une guérilla urbaine sans vraiment trop de support populaire. Nous sommes un peuple pacifique.

En 1971 est né le "Frente Amplio", un truc bizarre qui était à la fois une coalition de partis de gauche et un mouvement.

En 1971 on a perdu les élections. Mais la protestation continuait. Une dictature militaire a été la seule façon de nous imposer le néolibéralisme à cette époque, et les états-unis d’Amérique ont soutenu le pouvoir local pour ensemble réussir le coup. Comme quoi le fascisme et le néolibéralisme vont toujours ensemble.

La dictature a proscrit les partis politiques et emprisonné ou tué leurs leaders. La longue nuit durera jusqu’à 1984 quand le néolibéralisme était déjà bien enraciné.

Première élection après la dictature, le "Frente Amplio" était toujours la. On avait survécu, mais les gens avaient peur et ont voté à droite pensant qu’un changement moins radical serait plus calme. On a aussi 2 partis de droite, l’un plus ancré dans les villes l’autre a la campagne, mais tous les deux néo-libéraux. Après l’expérience dictatoriale les secteurs fascistes dans ces partis ont disparu.

Donc, la première élection on a montré qu’on existait.

Cinq ans après, on a réussi à gagner Montevideo, la capitale et quelques autres villes dans le pays, mais pas la présidence.

Les deux partis de droite se partageaient le pouvoir au gouvernement, mais nous étions en train de gagner petit à petit la bataille culturelle.

Par exemple, ils ont voulu privatiser presque tout. Nous avons organisé un référendum pour révoquer la loi de privatisation, avons collecté 25% des signatures des citoyens et de ce fait on a pu faire le référendum qu’on a gagné.

Cela a été notre première grande victoire. L’électricité, la téléphonie, l’eau, le pétrole (que nous achetons parce que pas de pétrole chez nous), tout est resté dans les mains de l’État.

On avait un espoir fou pour les élections qui suivaient, mais non, on est resté presque a égalité entre les 3 partis, (exactement comme vous maintenant entre quatre partis), l’écart entre le premier et le troisième était de 3 points. La droite a fait cause commune au second tour et ils ont gagné a nouveau. Désespoir complet.

Cinq ans plus tard on a gagné dès le premier tour. C’était Tabaré Vazquez notre candidat.

Cinq ans plus tard on a gagné a nouveau c’était Pepe Mujica (les "tupamaros" après la dictature ont abandonné les armes et sont rentrées au "Frente Amplio").

Cinq ans plus tard, on vient de gagner avec Vazquez à nouveau (je ne l’aime pas trop, mais c’est un autre sujet)

Depuis 1984 on a perdu 3 fois, mais après la première victoire, on n’a pas encore perdu, on fera 15 ans de gouvernement "Frente Amplio" et on a des bonnes perspectives pour gagner notre quatrième mandat.

Entre temps, l’un des partis de droite a disparu. Le pouvoir a du se concentrer en un seul parti pour pouvoir s’imposer et ils ont toujours la propriété des médias.

En Argentine et Brésil, nos énormes voisins, vous savez que c’est la pagaille maintenant, alors je voudrais vous raconter pourquoi ça ne se passe comme ça ici et comment on a fait pour arriver au pouvoir et le garder.

Pour qu’un changement dure il ne faut pas qu’il soit vertigineux, il faut qu’il soit profond, et la profondeur prend un peu plus de temps.

Le secret c’est
1. L’éducation politique populaire.
2. Le militantisme permanent, pas que dans les épisodes électoraux et
3. L´existence du mouvement (à la fois une coalition des partis de gauche et un mouvement indépendant de ces partis)

On a crée des organes de presse indépendant, pas d’internet a l’époque (un journal et une radio). Ils étaient si bien faits que les grand public les achetaient et les écoutaient. Un jour par mois chacun d’entre nous allait aux marchés avec une petite table et du matériel pour parler de politique avec les gens (on était 3 ou 4 ensemble). D’autres allaient faire de même mais dans les petites villes rurales. Comme nous étions des milliers, on pouvait assurer notre présence dans un endroit une fois pas semaine, pas toujours les mêmes bien sur. Une fois par mois ce n’est pas trop pour chacun.

L’éducation politique va de paire avec le militantisme permanent. Ce ne sera pas la télé qui éduquera le peuple mais bien nous.

On a ouvert dans chaque quartier un petit endroit ou nous allons nous retrouver une fois par semaine. Nous les appelons "comité de base", la même chose que vos groupes d’appui, sauf que nos comités étaient ouverts au public, visibles dans la rue. Là bas on était tous du "Frente Amplio", sans étiquette de partis, même s’il y avait des communistes des socialistes, etc, mais cela ne comptait pas. On parlait de politique et on prenait des décisions sur la position du "Frente Amplio" devant une situation et aussi on imaginait des trucs locaux pour nous rapprocher des gens.

Je vous la fais courte, mais on a gagné comme ça.

Un long travail de fourmis, beaucoup de présence sur le terrain, des quartiers aux petites villes, en éduquant le peuple, et en étant visibles tout le temps.

Un mouvement puissant et profond.

En termes militaires, pendant les élections on faisait une guerre éclair, fulgurante, et on gagnait des positions, ensuite on continuait notre avancée dans une sorte de guerre de baisse intensité, et à l’élection suivante, à nouveau le mouvement fut vertigineux et c’est comme cela qu’à la troisième fois on a gagné.

Donc, s’il vous plait, ne vous plaignez pas. Vous avez fait la campagne la plus fulgurante de tous les temps, vous avez gagné d’un seul coup presque le double des voix que Mélenchon a eu en 2012. On n’a jamais autant progressé entre deux élections !

Si vous continuez comme ça vous gagnerez peut être même avant 5 ans (cela dépendra des législatives si Macron tiendra ou pas tout son mandat).

Votre victoire sera plus certaine, plus sure, et le changement plus réussi et plus durable si vous prenez la mesure du temps long, parce qu’on n’éduque pas un peuple en 3 mois, on ne change pas le paradigme de pensée en 3 mois, on ne dégage pas la peur au ventre des gens en 3 mois. Cela prend du temps et beaucoup d’implication militante.

Mais militer c’est déjà en soi une joie : être avec des copains, partager le bonheur de faire un monde meilleur, (la moitié d’entre nous a fondé son couple au comité de base) et surtout se préparer à gouverner, parce que il n’y a aucun changement qui tienne si nos gouvernement n’ont pas le peuple derrière, et pas que dans des manifs, mais un peuple vraiment organisé. Tisser des liens forts entre notre mouvement et le peuple c’est la clé de la victoire, et cela prend du temps, comme toute construction.

Cinq ans ce n’est rien du tout dans la vie politique d’un pays. Mélenchon sera en 2022 plus jeune que Mujica l’était quand il a été élu, aussi plus jeune que Sanders lorsqu’il était candidat, il aura l’âge qu’a Juppé maintenant. Gardez bien soin de lui. Parce qu’en fait, on a besoin aussi des leaders, des catalyseurs. Vous avez une chance énorme d’avoir un homme comme lui qui soit à la fois le penseur et le bâtisseur, le stratège et le leader charismatique. Je suis certaine qu’il est appelé pour l’histoire à jouer un rôle décisif dans la destinée du monde.

Une vague puissante de changement parcourt le monde, Mélenchon, Iglesias, Corbyn, Sanders (strict ordre de parution) catalysent ce mouvement. On n’a gagné nulle part du premier coup, mais on s’est suffisamment rapproché du pouvoir pour faire trembler tout le système. On continue parce que la planète toute entière nous crie à l’aide !

Depuis mon petit coin perdu du monde, ici à Montevideo, je crois que notre chéri Pepe a joué aussi son rôle lorsqu’il a eu l’opportunité de parler au monde, comme une minuscule avant-garde du changement que se dessine.

Je vous aime. La bataille ne fait que commencer et elle est joyeuse. La victoire nous attend.

Gabriela BALKEY

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