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La question de la sortie de l’euro et l’analyse du système de l’Union européenne font débat à gauche.

Lancement du Front lorrain de gauche.

Discours de Jacques Nikonoff lors du lancement du Front lorrain de gauche à Nancy le 17 décembre 2010.

Avec la participation de : Clémentine Autain (codirigeante du mensuel Regards, membre de la FASE), Ian Brossart (membre du Conseil national du PCF), Jacques Nikonoff (porte-parole national du M’PEP), Danielle Simonnet (membre du secrétariat national du PG), Francis Sitel (membre du Bureau national du GU).

Mesdames et messieurs,

Chers amis et camarades,

Le rendez-vous le plus important pour la gauche de gauche - pour la vraie gauche ! - n’est pas l’élection présidentielle de 2012.

C’est sa rencontre avec le peuple pour lui proposer un chemin crédible de sortie de l’austérité, de la crise de l’Union européenne et de l’euro. Un chemin qui montre que l’on peut supprimer le chômage et la précarité, remettre en place une protection sociale et des services publics dignes de ce nom, améliorer radicalement la qualité de la vie et de l’environnement.
L’élection du Président de la République au suffrage universel direct est une forme primitive, sommaire, puérile de la politique.

Elle fabrique souvent des individus pathétiques, des illuminés - les candidates et les candidats - qui croient être touchés par la grâce et pensent avoir été désignés pour accomplir un destin, comme si le doigt de Dieu s’était posé sur eux.

L’élection du Président de la République au suffrage universel direct pollue le débat sur les idées en lui substituant le débat sur les personnes.
Elle fait jouer un rôle trop important aux grands médias qui sont la propriété des forces de la finance et de l’armement, et aux sondages, survalorisant les modes passagères, les postures et les impostures, les « petites phrases », la théâtralisation de la vie politique, et en sous-valorisant les questions de fond.

Ce mode électoral encourage chez les électeurs les émotions, l’attrait des effets de manche et des gesticulations chez les candidates et candidats, les apparences, le verbe.

L’élection du Président de la République au suffrage universel direct alimente le culte de la personnalité, l’individualisme, la transformation des citoyens en supporteur de tel ou tel candidat, comme on est supporteur de telle ou telle équipe de football.

L’élection du Président de la République au suffrage universel direct débouche sur la bipolarisation, le bipartisme, lamine les petites formations politiques, réduit la diversité, homogénéise et anesthésie la pensée, et incite par conséquent les candidates et candidats à proposer des programmes attrape-tout pour flatter le marais dans la perspective du 2e tour.

Ce mode électoral aboutit à des institutions déséquilibrées, qui placent l’Assemblée nationale en infériorité par rapport au Président de la République.

Or, dans un régime démocratique, la souveraineté doit appartenir au peuple ou à ses représentants, c’est-à -dire les députés, et non à un monarque, même républicain. C’est bien l’élection du Président de la République au suffrage universel direct qui nous a donné un Nicolas Sarkozy, le Président qui fait honte à la France et aux Français.
C’est bien ce type d’élection qui risque de nous donner l’auteur, avec l’Union européenne, des plans d’austérité qui frappent les peuples européens.

J’ai nommé Dominique Strauss-Kahn, membre du Parti socialiste, patron du Fonds monétaire international, filiale des États-Unis, nommé à ce poste avec l’accord du président américain.

La gauche de gauche - la vraie gauche - a tout intérêt à se tenir éloignée de cette politique politicienne inhérente à ce mode électoral.

Elle a intérêt à dévaloriser l’élection présidentielle et à revaloriser la seule élection qui compte vraiment : l’élection législative.

Chers amis et camarades,

Les citoyens attendent des réponses claires, crédibles, convaincantes pour sortir de la crise.

Voilà à quoi la gauche de gauche - la vraie gauche - doit consacrer toutes ses forces.

Car les étrangleurs sont de retour.

Les étrangleurs, ce sont ceux qui bâillonnent la liberté de pensée et d’expression et qui étouffent la démocratie.

Les étrangleurs, ce sont ceux qui ont colonisé les grands médias en 1992 au moment du traité de Maastricht pour convaincre le bon peuple qu’il fallait voter « oui » à l’euro.

Heureusement, il y a eu le « non » de gauche à l’euro, et ce « non » a failli l’emporter.

Les étrangleurs, ce sont ceux qui ont colonisé les médias en 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, en essayant de convaincre qu’il fallait, une nouvelle fois, voter « oui ».
Heureusement, il y a eu la victoire du « non » au sein de laquelle le « non » de gauche a été décisif.

C’est alors que la démocratie a été étouffée : les gouvernements et l’Union européenne n’ont tenu aucun compte du résultat des urnes.
Comment s’appelle un régime politique qui bafoue la souveraineté populaire ? Cela s’appelle une tyrannie.

Une dictature.

L’Union européenne est un système tyrannique et dictatorial.
Ceux qui ont voulu bâillonner toute pensée critique en 1992 et en 2005 - les étrangleurs - sont de retour aujourd’hui.

Ils organisent une gigantesque campagne idéologique d’affolement de la population autour de la question de l’euro.

Les mêmes qui avaient défendu le « oui » aux référendums de 1992 et de 2005 restent cohérents, ils poursuivent leur basse besogne en menaçant du chaos si des pays de la zone euro abandonnaient la monnaie unique.
Mais ils utilisent les mêmes arguments qu’en 1992 et 2005 !
Ils nous disaient en 1992 que ce serait le chaos si on ne votait pas pour la monnaie unique.

Ils nous disaient en 2005 que ce serait le chaos si on ne votait pas le projet de constitution européenne.

Et aujourd’hui les mêmes nous disent - les étrangleurs - que ce serait le chaos si un ou plusieurs pays quittaient la zone euro.

A cet égard, le journal Le Monde, toujours à la pointe de l’européisme - l’européisme est à l’Europe ce que le nationalisme est à la nation - a fait deux pages entières, le 15 décembre, qui méritent qu’on s’y arrête un instant.

Le titre est « L’euro va-t-il tuer l’Europe ? ».

« Qui serait prêt à renoncer à la monnaie unique ?

Quels sont les scénarios de sa disparition ?

Quels seraient les effets d’un éclatement ? »

Dans cet article, l’incompétence, feinte ou réelle, le dispute à la mauvaise foi. Le Monde, bien sûr, s’appuie sur le dernier numéro de l’hebdomadaire britannique The Economist, icône de la pensée unique ultralibérale, qui affirme que « Démanteler l’euro n’est pas impensable, seulement très coûteux ».

Mais c’est exactement l’inverse !

C’est l’euro, aujourd’hui, qui est couteux !

Il est très coûteux pour les classes populaires et moyennes.
Car c’est bien soi-disant pour le « sauver » que l’austérité a été décrétée dans toute l’Europe !

Le Monde imagine trois scénarios :

1.- Le départ d’un pays dit « périphérique ».

2.- Le départ de l’Allemagne.

3.- L’explosion de la zone euro.

Faute de temps, je n’évoquerai que le premier point.

A partir de l’exemple de la Grèce et de l’Irlande, Le Monde explique que la sortie de ces deux pays de l’euro aurait pour but de revenir à leurs monnaies nationales et de les dévaluer.

Cela leur permettrait, selon Le Monde, de développer leurs exportations, de relancer leur croissance et de réduire leurs déficits publics.
Si tel est le cas, qu’attendent ces pays pour sortir de l’euro puisqu’ils pourraient améliorer leur situation ?

Le Monde nous explique alors que « cette stratégie comporte de graves dangers ».

Diable !

Le premier danger serait une « panique bancaire », les déposants grecs et irlandais retireraient leur argent des banques.

C’est faux !

Ce risque est loin d’être évident, rien n’indique qu’une « panique bancaire » se produirait.

D’ailleurs si les Grecs, les Irlandais ou les déposants de tout autre pays retiraient leur argent des banques, qu’en feraient-ils ?

Si vous, qui êtes là ce soir, retiriez votre argent des banques, qu’en feriez-vous ?

Le mettre sous votre matelas ?

Dans une lessiveuse ?

Dans une banque à l’étranger ?

Soyons sérieux !

Comme l’euro sera remplacé par la drachme, la livre irlandaise, le franc français, etc., ceux qui auront retiré leur argent en euros devront obligatoirement le convertir en drachmes, livres irlandaises, francs français, etc. s’ils veulent continuer à payer leurs factures.
La raison ?

La drachme, la livre irlandaise, le franc français, etc., ne seront pas convertibles avec l’euro.

Évidemment !

Non seulement le risque de « panique bancaire » n’est absolument pas certain, mais s’il se réalisait il n’aurait aucun effet.

Pour continuer à affoler la population, Le Monde imagine un second risque qui serait l’ « écrasement des ménages, des entreprises et des États grecs et irlandais » sous le poids de leurs crédits libellés en euros.

Là , c’est franchement stupide !

Car le retour aux monnaies nationales se ferait exactement dans les mêmes conditions que le passage des monnaies nationales vers l’euro en 2002, mais en sens inverse.

Ceux qui avaient alors des crédits libellés en livres irlandaises, en drachmes, en francs français, etc., ont vu ces crédits tout simplement convertis en euros.

Par un simple jeu d’écriture !

Le troisième risque que Le Monde veut mettre en avant est que les banques européennes « possédant des obligations grecques ou irlandaises enregistreraient de lourdes pertes ».

Oui, là c’est vrai !

Ouf !
Enfin un argument à peu près intelligent.

Hélas, notre joie sera de courte durée car Le Monde ne va évidemment pas au bout du raisonnement.

Je voudrai le dire clairement : c’est tant mieux si les banques qui ont spéculé sur la dette des États grecs et irlandais, mais aussi portugais et espagnols et bientôt français, réalisent de « lourdes pertes ».
Pourquoi ?

Parce que cela fera baisser le prix des actions des banques.

Les banques ne vaudront plus rien.

Ce sera alors le moment de les nationaliser - toutes - par achat de leurs actions par les États.

Comme nous sommes tous ici, je le suppose, des boursicoteurs avisés, nous savons qu’il faut acheter « à la baisse », comme on dit !
Ensuite, ce sont les banques centrales des pays concernés - évidemment pas la Banque centrale européenne - qui pourront les recapitaliser, comme le fait la banque centrale américaine, la Fed.

Mais il y a plus.

Le Monde voit un quatrième risque, il nous dit que « un pays qui sort de l’euro risque de perdre énormément en crédibilité vis-à -vis des investisseurs ».

Le malheureux journaliste qui écrit cela n’a pas compris - ou fait semblant de ne pas comprendre - qu’il faut mettre un terme au financement des États par les marchés financiers.

Il faut libérer les otages !

C’est-à -dire libérer les États qui se sont volontairement mis dans les griffes des marchés financiers.

Comment faire ?

En fermant le marché obligataire !

Les États ne se financeraient plus sur le marché obligataire qui n’existerait plus, mais de trois manières simultanées :

en faisant appel à l’épargne nationale ;

en imposant des quotas d’achat de titres d’État aux banques et compagnies d’assurance ;

en vendant des titres d’État à la banque centrale de chaque pays concerné (pas à la BCE !).

Fini le besoin de « rassurer » les marchés financiers !

Au revoir, les agences de notation, il n’y aura plus rien à noter !

Bye-bye les traders et leurs bonus, il n’y aura plus rien à trader !

Adieu les CDS (Credit Default Swaps), ces produits financiers hyper
sophistiqués qui servent à spéculer sur la faillite des États !

Cette double page du Monde résume la campagne en cours.

Quelle incompétence !
Quelle bêtise !
Quelle manipulation de la population !

Il faut faire comme pour le référendum de 2005, et retourner l’opinion publique !

Nous y sommes parvenus en 2005, nous y parviendrons en 2011 et 2012 !

Chers amis et camarades,

Dans cette tâche exaltante qui est la nôtre, celle de la gauche de gauche - de la vraie gauche - nous avons des raisons d’espérer.

En effet, une série de sondages, menés dans plusieurs pays, montrent une montée du mécontentement populaire vis-à -vis de l’euro.

En mai 2010, un sondage du Nouvel Observateur montrait que 29% des Français interrogés voulaient quitter l’euro, dont 42% des ouvriers et 38% des employés.

En juin 2010, un sondage réalisé en Europe par un institut américain (The German Marshall Fund of the United States), faisait apparaitre les réponses suivantes à la question « L’euro est-il une bonne chose
pour l’économie ? » :

France : 67% de non

Portugal : 60% de non

Espagne : 56% de non

Allemagne : 55% de non

Italie : 53% de non

En novembre 2010, un sondage en Allemagne montrait que 60% des personnes interrogées pensaient que l’Allemagne avait été perdante en adoptant l’euro, 57% pensaient qu’il aurait fallu conserver le mark.
Début décembre 2010, toujours en Allemagne, un sondage montrait que 36% des personnes interrogées souhaitaient revenir au mark.
A la même date, un sondage au Portugal montrait que 29% des personnes interrogées voulaient sortir de l’euro.

C’est excellent !
Ca monte, et ça va encore monter !

Ce sont les milieux populaires - ouvriers, employés, peu ou non diplômés - qui sont les plus nombreux à contester l’euro ou même à vouloir en sortir. C’est-à -dire l’électorat traditionnel de la gauche.

Attention à ce que la gauche ne décroche pas de son électorat et qu’elle offre ainsi un boulevard aux forces d’extrême droite, nationalistes et xénophobes, qui s’engouffrent dans la brèche !

La question de la sortie de l’euro - et plus globalement l’analyse que l’on fait du système de l’Union européenne - fait débat à gauche.
Nous ne sommes pas tous d’accord.

Il faut mener ce débat tranquillement, avec des arguments, sur la base d’une connaissance rigoureuse et solide de mécanismes pas toujours évidents à comprendre.

Nous devons tous faire un effort de formation, de compréhension de la politique monétaire et du fonctionnement des marchés financiers.
C’est la condition pour, ensuite, aider la population à s’y retrouver en lui donnant les bonnes informations et les bonnes explications.

Je vous remercie.

Jacques Niikonoff

administrateur civil à la Caisse des dépôts, professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, fondateur du mouvement « Un travail pour chacun » (UTC), membre fondateur de la Fondation Marc-Bloch et de l’association ATTAC dont il a été président est porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

EN COMPLEMENT : http://frontlorraindegauche.fr/

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