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Le Monde Diplomatique, mai 2017

En ce joli mois de mai 2017, Serge Halimi n’est guère rassuré par le bellicisme de Trump : « Quand un président erratique et peu soucieux d’apprendre tout ce qu’il ignore commande la plus puissante armée du monde, mieux vaut que les garde-fous soient nombreux. Or, lorsque M. Donald Trump a ordonné à ses généraux de bombarder la Syrie et d’engager des manœuvres navales en Asie, il a été ovationné par les parlementaires américains, républicains et démocrates, ainsi que par la quasi-totalité des médias, y compris en Europe. Un quotidien national français a même jugé que « les frappes sur la Syrie » avaient eu « quelque chose de libérateur ». Cinquante-neuf missiles tirés contre une base aérienne au Proche-Orient auraient donc presque métamorphosé un président empêtré dans l’impopularité, l’amateurisme et le népotisme en homme déterminé, sensible, incapable de contenir son humanité devant des photographies de « beaux bébés cruellement assassinés lors d’une attaque très barbare ». Un tel concert de louanges inquiète d’autant plus dans le climat international actuel, lourd de tensions, que M. Trump adore être adulé. »

Michael Klare lui emboîte le pas en constatant que Donald Trump s’épanouit en chef de guerre : « Comme il l’a souvent répété, M. Donald Trump entend mener une politique étrangère « imprévisible », et le bombardement d’une base du régime syrien a en effet beaucoup surpris les chancelleries. Cette attaque répond pourtant à une certaine logique : celle d’un président qui, depuis janvier, semble converti à l’usage de la force. »

Renaud Lambert dénonce la Duplicité économique du Front national : « Afin de résumer les termes de son duel avec M. Emmanuel Macron, incarnation selon elle de l’« argent roi », Mme Marine Le Pen a célébré la France « qui protège nos emplois, notre pouvoir d’achat ». En matière économique, le Front national se situe volontiers sur un terrain jadis occupé par la gauche. Mais le libéralisme ne lui pose aucun problème dès lors qu’il reste hexagonal. »

Anne-Cécile Robert dénonce ceux pour qui c’est la faute au juge ! : « Des tensions inédites, et particulièrement vives, entre les juges et les responsables politiques auront marqué la campagne présidentielle française. Au-delà des événements particuliers de la compétition électorale, magistrats et élus rejouent ici une pièce ancienne mais actualisée par la montée en puissance, via la construction européenne, d’une notion ambiguë : l’État de droit. »

Loïc Ramirez explique que le Donbass apprend à vivre sans Kiev : « Trois ans après le début du conflit entre Kiev et la région séparatiste du Donbass, aucune solution ne semble se dégager. Le président ukrainien Piotr Porochenko souffle le chaud et le froid, hésitant entre l’instauration d’un blocus ferme et le rétablissement de liens économiques contrôlés. Du côté de Donetsk, la population s’organise, dans l’attente d’une hypothétique intervention militaire. »

Pour Rémi Carayol, le spectre d’un djihad peul se précise en Afrique : « À cause du réchauffement climatique et des politiques économiques suivies, la situation des éleveurs nomades du Sahel, traditionnellement difficile, se dégrade. Au point que de nombreux Peuls prennent désormais les armes pour faire entendre leurs revendications. Majoritairement musulmans, ils fournissent de plus en plus de troupes aux mouvements djihadistes qui déstabilisent la région. »

Agnès Sinaï met à nu le talon d’Achille du nucléaire français : « Pendant le prochain quinquennat, 53 des 58 réacteurs du parc atomique français dépasseront les quarante années de fonctionnement. Faudra-t-il prolonger leur exploitation au-delà de la durée prévue lors de leur conception, remplacer ces centrales par une nouvelle génération ou sortir progressivement du nucléaire ? L’histoire édifiante d’une pièce essentielle du dispositif de sûreté interroge les choix à venir.

On le sait, mais il faut quand même y revenir, Macron est le candidat des médias (Marie Bénilde) : « Le succès d’un candidat inconnu du public il y a trois ans ne s’explique pas seulement par la décomposition du système politique français. Inventeur d’une nouvelle manière de promouvoir les vieilles idées sociales-libérales qui ont valu au président François Hollande des records d’impopularité, M. Emmanuel Macron a trouvé dans les médias un solide point d’appui. Son histoire ressemble à un rêve d’éditorialiste. »

Une étude très intéressante sur la métamorphoses des classes populaires (Cédric Hugrée, Etienne Pénissat et Alexis Spire) : « Soudeur, auxiliaire de vie, guichetière, chauffeur… En Europe, les classes populaires ont connu d’importants bouleversements. De Londres à Bucarest, elles sont les grandes perdantes de la crise. En France, la vie des salariés modestes reste peu connue des professionnels de la politique, qui les tiennent souvent pour une masse grise dont il faut plaindre le sort pour gagner les suffrages. »

Étude corroborée par Pierre Rimbert (Dans les cuisines du marché électoral) : « Ce sont moins les électeurs qui choisissent leurs représentants que les formations politiques qui sélectionnent leur électorat. Censée « rassembler » une majorité de « citoyens » autour de grands thèmes fédérateurs, l’élection consiste surtout pour les partis à additionner des parts du marché démocratique — employés, fonctionnaires, cadres, etc. — en quantité suffisante pour conquérir ou conserver le pouvoir. Bref, à constituer une coalition politiquement majoritaire. Comment les états-majors découpent-ils ces portions et par quels moyens s’emploient-ils à les mobiliser ? En un mot, comment fabriquent-ils un électorat à partir d’une population ? »

Un éclairage original d’Elven Sicard sur ce qu’il s’est récemment passé en Guyane (Sous les pavés la Bible) : « En vingt-cinq ans, la Guyane a vu sa population doubler, pour atteindre 250 000 habitants. Délaissée par la métropole, dont elle dépend pour presque tout, elle reste coupée économiquement de ses voisins. La porosité de sa frontière la rend toutefois perméable aux trafics d’or comme au prosélytisme évangélique. En première ligne, les Amérindiens jouent leur avenir en tant que peuple. »

Á lire un lourd dossier sur le monde des camps, plus exactement « Un monde de camps » : « La planète compte aujourd’hui soixante-cinq millions de réfugiés et de déplacés. Faute de politiques d’accueil, un grand nombre d’entre eux sont contraints de vivre dans des camps, sortes de prisons à ciel ouvert dont les résidents sont privés de droits fondamentaux Longtemps confinées aux pays du Sud, ces structures prolifèrent et se banalisent en Europe depuis quelques années, s’ajoutant aux centaines de centres de rétention administrative qui servaient déjà à enfermer les migrants clandestins. Par leur nombre et leur pérennité – le temps de séjour moyen dans un centre du Haut-Commissariat pour les réfugiés est de dix-sept ans, les camps ont fini par représenter un marché que se disputent âprement organisations non gouvernementales et multinationales.

Quelques savoureuses brèves, pas si fictives que cela d’Eduardo Galeano (Les mineurs, la mer et autres histoires) : « Célèbre auteur uruguayen, figure de la gauche latino-américaine et collaborateur de longue date du Monde diplomatique, Eduardo Galeano est décédé en 2015, à l’âge de 74 ans. Son dernier ouvrage (un recueil d’histoires et de contes parfois presque aussi brefs que des haïkus) paraît pour la première fois en français. Nous en publions, en exclusivité, quelques extraits. »

Pour François-Xavier Bonnet, les Philippines oscillent entre crimes et réformes : « L’année 2016 a été marquée par l’élection aux Philippines du président Rodrigo Duterte. Son programme de lutte contre les stupéfiants et la criminalité a capté l’attention des médias internationaux en raison des milliers de morts qu’il provoque. Mais, paradoxalement, le nouvel homme fort de Manille veut aussi mettre en œuvre de nombreuses réformes sociales, économiques et politiques. »

Pour Philippe Pons , la Corée du Nord est condamnée à posséder l’armement nucléaire pour survivre : « Les menaces et l’embargo américains répondent aux provocations et essais militaires nord-coréens. Après avoir envoyé un porte-avions en mer du Japon, le président des États-Unis réclame un engagement plus ferme de la Chine. Si Pékin a durci les sanctions contre Pyongyang, il est peu probable que les dirigeants nord-coréens renoncent au nucléaire, devenu leur assurance-vie. »

Deux articles importants sur la Tunisie : Grand déballage historique en Tunisie (Thierry Brésillon) et Le triple déni des cadres déchus (Jérôme Heurtaux) : « Entamé en novembre dernier, le processus de justice transitionnelle donne la parole à des victimes du régime de M. Zine El-Abidine Ben Ali mais aussi du « père de l’indépendance », Habib Bourguiba. Ce retour en force d’un passé occulté divise autant qu’il émeut la société tunisienne. Dans un contexte politique tendu, nombreux sont les anciens dirigeants qui refusent d’admettre leur responsabilité.

Que disent, après coup, les anciennes figures du régime de M. Zine El-Abidine Ben Ali des violations des droits humains commises alors ? Dans le cadre d’une recherche que nous menons depuis 2011 sur les recompositions des élites en Tunisie, nous avons conduit des entretiens biographiques approfondis avec une cinquantaine de cadres du régime déchu : anciens premiers ministres, ministres, députés, gouverneurs, ambassadeurs, conseillers présidentiels, etc. Ces rencontres montrent que, à l’opposé des réactions célébrant le caractère historique du processus de justice transitionnelle mené par l’Instance vérité et dignité (IVD), il en existe d’autres qui présentent une lecture très négative des auditions. Un député de l’ancien régime nous les décrit avec ironie comme « les journées théâtrales de Sidi Bou Saïd », en référence à la petite ville de la banlieue nord de Tunis où les premières d’entre elles ont lieu. »

Laurent Bonelli plaide pour une décroissance sécuritaire : « La politique offre parfois un spectacle amusant. Lorsque M. François Fillon (Les Républicains), mis en examen par trois juges pour complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de bien sociaux, puis pour faux et usage de faux et escroquerie aggravée, en appelle à « une détermination sans faille, des principes simples : tolérance zéro, impunité zéro ». Ou lorsque Mme Marine Le Pen (Front national), qui souhaite « appliquer la tolérance zéro et en finir avec le laxisme judiciaire », refuse de se rendre avant fin juin aux convocations de la police dans l’affaire de recel d’abus de confiance qui touche ses proches assistants, en se drapant dans son immunité de parlementaire européenne. »

Á lire un Supplément du Secours populaire français sur les réfugiés en Europe : « Les conflits qui ravagent le Proche-Orient, singulièrement la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan, ont jeté des centaines de milliers de personnes (hommes, femmes et enfants) sur les routes de l’exil. Si les pays frontaliers, comme le Liban, assurent le gros de l’effort d’accueil, les États de l’Union européenne sont également sollicités au nom du droit d’asile. Mais leur réponse varie selon les capitales et est souvent parcimonieuse. À Bruxelles, la Commission a tenté en vain d’organiser une réponse coordonnée des Vingt-Huit. Sur le terrain, les associations se mobilisent pour prodiguer aux réfugiés les premiers soins, leur fournir gîte et nourriture : un devoir de solidarité, comme le rappelle M. Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français. En Grèce, l’afflux inattendu de dizaines de milliers de migrants met à rude épreuve toute la société. Le bilan de la crise révèle le non-respect de la convention internationale relative au statut des réfugiés et un certain oubli des leçons de l’histoire ».

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