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Le sort du journalisme et Julian Assange (Defend Wikileaks)

C’est un grand plaisir pour moi d’être avec vous au National Press Club d’Australie sur une terre Ngunnawal. Je rends hommage aux aînés Ngunnawal passés, présents et futurs.

J’ai parcouru un long chemin, loin de l’obscurité hivernale de l’Islande, pour être ici, dans la patrie de Julian Assange, à l’occasion de l’anniversaire de l’Eureka Stockade [Ndt : rébellion en 1854 des mineurs d’or qui se sont révoltés contre l’autorité coloniale du Royaume-Uni]. Aujourd’hui, Julian est à peu près aussi loin du soleil et de la beauté de cet endroit qu’il est possible de l’être. J’aurais aimé ne pas avoir à vous dire ce qu’est la prison de Belmarsh. C’est un enfer de privations sensorielles. Ce n’est pas un endroit pour un journaliste ou un éditeur, et ce n’est pas un endroit pour un Australien qui vient de cet endroit lumineux et chaleureux. Après seulement quelques heures de visite à Julian dans cet endroit, je me retrouve très en colère et presque sans espoir.

Julian est là depuis 6 mois maintenant, la plupart du temps seul dans une cellule pendant plus de 20 heures par jour - pratiquement à l’isolement. Je ne sais pas combien de temps encore il peut tenir. C’est un homme résistant et fort - je suis bien placé pour le savoir, j’ai travaille avec lui depuis 10 ans - mais ce n’est plus l’homme que j’ai rencontré à l’époque. Il a tout sacrifié pour publier ce que les lanceurs d’alerte ont confié à WikiLeaks. Et chaque publication provient de fuites - WikiLeaks ne pirate pas, il publie ce que les lanceurs d’alerte lui donnent. Et nous continuons à le faire parce que les lanceurs d’alerte continuent à faire confiance à WikiLeaks.

Récemment, des lanceurs d’alerte ont confié à WikiLeaks des documents sur les pots de vins, le blanchiment d’argent et la corruption - les FishRot Files. Deux ministres namibiens viennent d’être contraints de démissionner parce qu’ils se sont révélés corrompus et acceptaient des pots-de-vin.

Un autre lanceur d’alerte a récemment envoyé un courriel au chef de cabinet de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques de l’époque, Bob Fairweather. Le courriel provenait d’un membre de l’équipe d’inspection qui s’est rendue sur les lieux d’une présumée attaque à l’arme chimique à Douma, en Syrie, en avril 2018. N’oubliez pas qu’il s’agit de l’attaque présumée aux armes chimiques qui a valu à la Syrie d’être bombardée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. Le courriel accuse carrément les dirigeants d’omettre des renseignements et de déformer les faits. Les courriels montrent également à quel point les États-Unis exerçaient des pressions sur une organisation qui est censée être indépendante et impartiale.

Julian a tout sacrifié pour que les lanceurs d’alerte puissent faire la lumière sur ce genre d’actes répréhensibles graves, pour que le public puisse comprendre la vérité sur notre monde et pour les principes de la liberté de la presse. Il ne devrait pas mourir pour ces principes. Il ne devrait pas être torturé, comme le dit l’expert de l’ONU sur la torture. Il ne devrait pas être extradé pour avoir publié. Il ne devrait pas risquer 175 ans de prison aux États-Unis pour avoir publié des informations sur les guerres en Afghanistan, en Irak et les activités à Guantanamo Bay, ce sur quoi les accusations portent. Il ne devrait pas risquer la prison pour avoir informé les Australiens, et le reste du monde, de la véritable nature des guerres dans lesquelles nous sommes engagés. Il est temps de ramener ce citoyen australien chez lui.

Ce dont je veux discuter avec vous aujourd’hui, c’est du sort du journalisme et de Julian - et j’attends avec impatience vos questions et vos réflexions. Mais avant de parler de qui est ou de ce qu’est un journaliste, de quand le secret d’État est légitime ou pas, permettez-moi de dire quelques remerciements.

Je tiens à remercier Kerry O’Brien, l’un de vos meilleurs journalistes, pour ce qu’il a dit la semaine dernière aux Walkleys. Il a fait un discours important sur le sort du journalisme. Pour ceux d’entre vous qui n’étaient pas là, voici ce qu’il a dit : « Julian Assange est en train de moisir dans une prison britannique en attente d’extradition vers les États-Unis où il pourrait payer pour leur embarras grave par une vie en prison. Encore une fois, ce gouvernement pourrait démontrer son engagement envers la liberté de la presse en usant de son influence considérable auprès de son plus proche allié pour obtenir son retour en Australie. » Je tiens à remercier tous ceux qui ont applaudi lorsqu’il a dit cela, et c’était presque tous les journalistes australiens présents.

Je suis également d’accord avec le dirigeant du MEAA - le syndicat des journalistes de ce pays - dont Julian est membre depuis 2007. Merci Paul Murphy, directeur général du MEAA, d’avoir dit aux Walkleys : « Julian Assange pourrait être extradé vers les États-Unis et risque de passer le reste de sa vie en prison. Parmi les accusations il y a la publication de matériel qui pourrait nuire à la sécurité nationale des États-Unis. La portée de ces mots devrait alarmer tous les journalistes. »

Là aussi il y a eu un tonnerre d’applaudissements lorsqu’il a dit ça. Parce que les journalistes australiens ont compris ce qui est en jeu, en particulier après les raids sur ABC [Ndt - référence aux descentes de police récentes dans les bureaux de la télévision australienne] et sur le domicile d’un journaliste dans cette ville, et certains l’ont compris depuis le début. Je veux parler ici de journalistes et d’écrivains comme Phillip Adams, Fran Kelly, Andrew Fowler, Bernard Keane et Guy Rundle. Ces journalistes se sont constamment efforcés de comprendre les complexités de l’affaire Julian pour voir les vérités simples en jeu, principalement celles qui concernent la liberté de la presse.

Je tiens à remercier Scott Ludlam, qui est ici aujourd’hui. Pendant de nombreuses années, on aurait pu penser qu’un seul parlementaire australien avait compris le danger découlant de tant de lois sur la sécurité nationale et l’importance de la persécution d’un éditeur pour ses publications. Mais maintenant, je peux également remercier Andrew Wilkie, député fédéral, et George Christensen, député fédéral, qui coprésident le groupe parlementaire Bring Julian Assange Home. Ce groupe est un mélange éclectique de gens de tous les horizons politiques qui peuvent tous convenir qu’il est temps de voir Julian Assange revenir en Australie en homme libre. Merci donc d’avoir compris, Barnaby Joyce, Rebekha Sharkie, Rex Patrick, Julian Hill, Steve Georganas, Richard di Natale, Adam Bandt, Peter Whish-Wilson et Zali Steggal.

Je tiens également à remercier quelqu’un qui est ici aujourd’hui et qui comparaîtra demain devant le tribunal - pour avoir manifesté pacifiquement en montant sur votre parlement avec une banderole qui disait : « Libérez Julian Assange : Pas d’extradition vers les Etats-Unis ». J’espère que le juge auquel vous avez affaire est similaire au magistrat auquel un autre manifestant a été confronté à Melbourne la semaine dernière pour avoir manifesté pacifiquement devant le consulat du Royaume-Uni. Ce magistrat a déclaré que certains féliciteraient la personne pour avoir occupé le consulat du Royaume-Uni et n’a pas imposé une condamnation mais une amende de $400.

Je tiens à remercier les médecins qui ont signé une déclaration pour exprimer leur inquiétude au sujet de la santé de Julian, dont l’un est ici aujourd’hui. Merci, Dr Sue Wareham.

Comment ne pas reconnaître et remercier les parents de Julian, dont il est difficile d’imaginer l’agonie. Christine, la mère de Julian, a dit un jour qu’en tant que mère, elle aurait aimé que Julian n’ait jamais commencé WikiLeaks, mais en tant que citoyenne, elle était fière de son fils et a soutenu WikiLeaks et ses objectifs. C’est le genre de personne qui a élevé Julian, une personne de principe qui pense comme un citoyen. Il devient clair en connaissant ses parents comment Julian en est venu à être Julian. Je suis un parent, et en tant que parent, je ne sais vraiment pas comment ils ont enduré 10 ans de calomnies impitoyables contre leur fils tout en observant sa détérioration, sa souffrance et son isolement.

Pour quoi ? Pour avoir publié des documents qui, comme l’a dit Kerry O’Brien, ont embarrassé les États-Unis. Mais WikiLeaks n’était pas seul, et très souvent n’était pas le premier à publier des documents sur Guantanamo, l’Irak et Cablegate en 2009 et 2010. Nous avons établi des partenariats avec certains médias de ce pays, ainsi qu’avec Der Speigel en Allemagne, le Guardian au Royaume-Uni, le New York Times aux États-Unis et bien d’autres. Cela mérite aussi des remerciements - le pouvoir de ce que nous avons collectivement mis à la disposition du public, sur les guerres et les crimes de guerre en Afghanistan et en Irak, sur les crimes contre l’humanité à Guantanamo Bay - cela en valait la peine et cela a changé les choses, pas suffisamment, mais parfois, pour le mieux. À l’époque, beaucoup ont accepté et accueilli WikiLeaks, qui s’est vu décerner le prix Walkley pour sa contribution exceptionnelle au journalisme en 2011. Il y a des douzaines d’autres prix : Julian a reçu 3 prix de journalisme cette année seulement. Je continue à croire que WikiLeaks et de très nombreux médias ont eu raison d’exposer ce qui se passait en nos noms.

Les États-Unis tentent de poursuivre un citoyen australien, qui n’était même pas aux États-Unis, mais en Europe, ce qui constitue une atteinte flagrante au territoire souverain d’autres pays et un dangereux précédent. Quel précédent cela crée-t-il ? Il s’agit d’une nouvelle forme de restitution forcée. Sauf que cette fois-ci, ce n’est pas avec un sac sur la tête et une combinaison orange, mais avec l’autorisation du système juridique britannique et avec le soutien apparent du gouvernement australien. Si la Russie et la Chine faisaient cela à un journaliste australien, nous en entendrions beaucoup plus parler, et nous l’entendrons si ce précédent est établi.

Je crois fermement que le règlement de cette question a d’importantes répercussions internationales. Sa prolongation crée un environnement propice à la détérioration des normes de liberté de la presse à l’échelle mondiale. Partout dans le monde, les organisations de médias, les personnalités de premier plan et les efforts de campagne se multiplient pour exprimer leurs préoccupations, en faisant pression et en menant des actions de protestation. Le New York Times, le Washington Post, le Wall Street Journal et le Guardian se sont dits très préoccupés par les accusations portées contre lui.

L’envoyé spécial du Royaume-Uni pour la liberté des médias, Amal Clooney, a déclaré lors de la Conférence mondiale de juin sur la liberté des médias que les accusations « criminalisent les pratiques courantes du journalisme », qui, selon la mise en garde de l’American Civil Liberties Union, « créent un dangereux précédent qui peut être utilisé pour cibler toutes les organisations de presse qui tiennent le gouvernement responsable en publiant ses secrets ». En fin de compte, le sort de Julian et du journalisme dans le monde entier sont étroitement liés.

Permettez-moi d’aborder la question de savoir si Julian est journaliste. La question est plutôt insultante, pour être honnête. Moi je suis reconnu comme journaliste, mais je n’avais pas besoin de prix pour savoir que ce que je faisais était du journalisme pendant 20 ans avant de rejoindre WikiLeaks et pendant les 10 ans qui ont suivi. La Haute Cour du Royaume-Uni est claire sur cette question. Elle a décrit Julian Assange comme « ...un journaliste, bien connu pour son organisation WikiLeaks » dans la première ligne de sa décision du 2 novembre 2011. Le Centre de contre-espionnage de l’armée américaine est tout aussi clair. Il a décrit WikiLeaks comme une " organisation de presse " et Assange comme un " écrivain " et un " journaliste " qui avait "fait preuve de responsabilité journalistique quant à la valeur médiatique ou l’utilisation raisonnable de documents classifiés". Les deux organismes professionnels concernés en Australie ne se sont pas trompés non plus. Le MEAA l’a clairement indiqué en 2007 - et le conseil d’administration de Walkley en 2011 lorsque Julian a reçu le prestigieux prix - et la FIJ, la Fédération internationale des journalistes qui lui a remis sa carte de journaliste internationale.

Les actes d’accusation américains contre Julian décrivent des pratiques journalistiques courantes. La première concerne la prise de mesures visant à protéger l’identité d’une source et les 17 autres accusations concernent la réception et la publication d’informations. La poursuite est intentée en vertu de la Loi sur l’espionnage, la première utilisation contre un éditeur dans l’histoire des États-Unis. Il s’agit d’une poursuite pour laquelle il n’y a pas de défense dans l’intérêt public. [Ndt – en vertu de la Loi sur l’espionnage, l’accusé n’a pas le droit d’invoquer la motivation de ses actes]

Alan Rusbridger, ancien rédacteur en chef du Guardian (qui reconnaît Julian comme journaliste et qui est sûrement qualifié pour le faire) a décrit les activités journalistiques dans les accusations comme "le genre d’activités que les honorables journalistes font tout le temps". WikiLeaks a expérimenté et remis en question certaines pratiques journalistiques, et comme le disent Hart Cohen et Antonio Castillo dans le Global Media Journal, cela a également changé notre façon de voir les "règles". Comment ?

Ce que WikiLeaks a fait lorsqu’il a été créé en 2006, c’est offrir l’anonymat technologique et l’impossibilité d’identifier les lanceurs d’alerte et les sources. C’est un peu comme ce que ABC a installé la semaine dernière, SecureDrop [Ndt - logiciel qui a inspiré Wikileaks - ou a été inspiré par ? - et qui permet de soumettre des documents de façon anonyme], et que le Guardian et le New York Times ont installé il y a quelques années. WikiLeaks était à la pointe pour comprendre les implications d’Internet pour le journalisme, ses promesses et son potentiel de protection des sources, pour réaliser de nouvelles façons dont un "quatrième pouvoir en réseau" pourrait fournir des informations au public, et d’autres médias appliquent maintenant ces enseignements.

WikiLeaks se spécialise dans l’analyse et la publication d’importants volumes de données et de documents officiels censurés ou restreints concernant les relations internationales, la guerre, l’espionnage et la corruption. Lorsqu’il pouvait encore parler en son nom, Julian faisait souvent référence à la façon dont tout un lot de documents, plutôt que quelques documents choisis, pouvait faire la lumière sur la façon dont les institutions humaines se comportent réellement, comment elles évoluent, comment le pouvoir est exercé. C’est l’archive rendue publique, et non quelques documents choisis, qui a l’impact nécessaire pour traiter les problèmes d’une institution corrompue.

Y a-t-il un moment et un lieu pour le secret ? Bien sûr qu’il y en a - WikiLeaks l’utilise largement, tout comme les gouvernements, et c’est légitime quand il y a des engagements diplomatiques délicats en cours, quand il s’agit de sujets dangereux, pour toutes sortes de raisons. Mais ce que nous avons vu si souvent, et ce que nous avons révélé, c’est à quel point le secret est devenu endémique et comment la corruption prospère et devient épidémique sous couvert de secret. Nous avons également révélé la surclassification déraisonnable des documents, alors que les gouvernements ne devraient pas cacher toutes leurs actions derrière le secret officiel tout en cherchant à en savoir de plus en plus sur chacun d’entre nous. Nous opposer un équilibre entre le secret gouvernemental et le droit du public de savoir, c’est ne pas reconnaître à quel point ces choses sont devenues déséquilibrées.

C’est la responsabilité d’un journaliste de publier et d’informer le public et de lever le secret inutile. Tout comme nous, les journalistes, devons garder nos sources secrètes. Il n’est pas de notre responsabilité de protéger les services de renseignement ou la police s’ils agissent de façon incompétente ou illégale, ou lorsqu’un lanceur d’alerte a tout risqué parce que quelque chose ne va pas et que le seul moyen de mettre fin à un acte répréhensible est de le révéler.

Comme l’a fait remarquer Andrew Fowler, un autre grand journaliste australien, WikiLeaks est une conception démodée du journalisme qui revient à l’ère d’Internet.

Julian Assange a-t-il lui-même cherché à expurger les journaux de guerre et les câbles ? [Ndt – pour protéger les personnes mentionnées] Oui, comme Mark Davis l’a récemment attesté lors d’un événement "Politics in the Pub" à Sydney, il a vu Julian rester debout nuit après nuit pour faire exactement cela. [Ndt - Mark Davis a même attesté qu’à l’époque où certains grands médias collaboraient avec Wikileaks, la seule personne qui semblait préoccupé par la protection des noms était Julian Assange]

Le professeur Yochai Benkler, de Harvard, qui a témoigné au procès Manning, a rédigé un excellent article sur l’importance d’une presse libre et irresponsable. Par irresponsable, il voulait dire qui n’était pas responsable devant un groupe ou un autre. Il voulait dire qu’il est de la responsabilité de la presse de rester libre et de publier ce que les puissants préféreraient garder secret.

Lorsque ABC a lancé SecureDrop la semaine dernière, le commentaire suivant a été fait : "Que SecureDrop soit nécessaire en dit long sur notre époque : nous espérons qu’un jour ce ne sera plus le cas". De même, que WikiLeaks soit nécessaire en dit long sur notre époque : nous espérons qu’un jour ce ne sera plus le cas. En attendant, les lanceurs d’alerte continuent de nous faire confiance en matière d’information. Et nous continuerons à publier.

Le traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis stipule que si une infraction est politique, l’extradition du Royaume-Uni ne doit pas avoir lieu. Eh bien, l’extradition de Julian vers les États-Unis ne doit pas avoir lieu. Les accusations portées contre Julian sont politiques et sont utilisées d’une manière politique pour décourager le journalisme et l’édition.

Les autorités américaines l’espionnent depuis des années, notamment en retransmettant en direct sur le web ses réunions avec des avocats et des collègues, y compris depuis les toilettes de l’ambassade. On a tenté de faire chanter WikiLeaks - pour me soutirer 3 millions d’euros en fait - en échange de ce matériel de surveillance collecté par la société espagnole Under Cover Global. L’affaire est maintenant devant les tribunaux espagnols, mais elle donne une bonne idée jusqu’où la superpuissance est prête à aller. Le radiodiffuseur national allemand a déposé une plainte pénale contre cette entreprise qui a espionné ses journalistes en visite à l’ambassade.

J’ai parcouru 10 fuseaux horaires pour être ici aujourd’hui parce qu’il y a des choses que vous pouvez faire pour défendre votre collègue et votre profession que nous ne pouvons pas faire depuis Londres ou Reykjavík.

Vous êtes en mesure de vous assurer que des informations précises et opportunes sur l’importance de cette affaire parviennent à un large public australien. Vous pouvez désarmer et rejeter la campagne de désinformation impitoyable selon laquelle il s’agit en quelque sorte de la Suède, du traitement de son chat ou de la corruption au sein du parti démocratique américain. En gardant l’accent sur les actes d’accusation pour avoir publié, vous gardez l’accent sur la vérité.

Vous êtes dans la position d’affronter le premier ministre et ses collègues jour après jour, parfois les yeux dans les yeux. Vous pouvez lui demander : qu’a-t-il fait pour ramener Julian à la maison ? Comment s’est-il porté à la défense de ses concitoyens ? Votre gouvernement a pris des mesures pour garantir la liberté de James Ricketson, de Melinda Taylor et de Peter Greste. S’il vous plaît, soyez direct. S’il vous plaît, insistez. Demandez plus de détails. Pas des platitudes. S’il vous plaît, soyez implacables et prêts à vous soutenir mutuellement lorsque les inévitables diversions se produiront. Qui est mieux placé que vous pour faire la distinction entre la publication et l’espionnage, une distinction que le gouvernement américain et ses alliés semblent vouloir effacer. Et vous savez aussi bien que moi que s’ils y parviennent, Julian Assange ne sera pas le dernier de nos collègues à voir sa vie détruite pour avoir fait son métier.

Regardez autour de vous aujourd’hui. Chacun de vous a un rôle à jouer dans l’écosystème politique qui contribue à assurer la sécurité de tous les autres. Je sais que vous subissez beaucoup de pression, mais c’est là que nous devons fixer la limite. Comme le disent nos amis du mouvement syndical, "un coup porté à l’un d’entre nous est un coup porté à nous tous". Aidez-nous à ramener notre collègue et notre ami sain et sauf à la maison.

L’Australie est actuellement engagée dans un débat sur le secret, la dénonciation et le journalisme, en particulier en matière de sécurité nationale. Il s’agit d’un débat très ancien, parce que le journalisme sera toujours centré sur le pouvoir - sur le fait de soumettre les puissants et la façon dont ils utilisent le pouvoir à un examen minutieux, de vaincre leur résistance et de soutenir ceux qui veulent les tenir pour responsables. Ce qui a changé, c’est qu’Internet a donné aux journalistes et aux lanceurs d’alerte plus d’outils pour entreprendre ce processus - mais aussi plus d’outils puissants pour résister et attaquer ceux qui tentent de les soumettre à un examen minutieux.

Il s’agit donc d’un vieux conflit qui se déroule sur de nouveaux champs de bataille, dans de nouveaux médias, sur de nouveaux appareils et plates-formes. Mais les enjeux sont peut-être plus importants que jamais.

Je vous remercie et je serai heureux de répondre à vos questions et commentaires.

Kristinn Hrafnsson
rédacteur en chef de WikiLeaks
Australian National Press Club, 3 décembre 2019

Traduction "quand on voit le mal qu’ils ont à comprendre des choses simples, on se demande ce qu’ils comprennent lorsque ça devient compliqué" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://defend.wikileaks.org/2019/12/03/the-fate-of-journalism-and-jul...
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