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Libye : c’est maintenant qu’ils le disent (Consortium News)

Le Washington Post reconnaît maintenant que le rôle clé des islamistes dans le soulèvement en Libye «  est passé largement inaperçu » avant le renversement de Kadhafi le mois dernier. Mais Robert Parry demande aussi à qui la faute, puisque les grands médias se sont comportés plus comme des propagandistes pour un «  changement de régime » qu’en fournisseurs d’information.

Au cours des six mois de soulèvement contre Kadhafi, les grands médias US ont sans cesse répété que le dictateur Libyen était derrière l’attentat en 1988 de l’avion de la Pan Am au-dessus de Lockerbie, en Ecosse, et ont ignoré les mises en garde que le noyau de l’armée rebelle était composé de militants islamistes.

Il est vrai que pour obtenir des informations alternatives sur ces sujets, il fallait les chercher sur Internet, sur des sites tels que Consortiumnews.com, qui ont eu le courage de ne pas emboîter le pas aux autres médias occidentaux. Ce n’est qu’en dehors des grands médias qu’on pouvait trouver des questions posées sur la culpabilité de la Libye pour l’attentat contre l’avion de la Pan Am et sur la composition des rebelles.

A présent, et après le «  changement de régime » en Libye orchestré par les Etats-Unis et l’OTAN - sous prétexte de «  sauver des civils » - ces deux questions commencent à attirer l’attention.

Le New York Times et le Washington Post ont finalement reconnu jeudi que des islamistes radicaux, dont certains ont des liens avec Al Qaeda, sont en train de consolider leur pouvoir au sein du nouveau régime à Tripoli.

Et, dans la catégorie des silences assourdissants, alors que les dossiers des services secrets Libyens ont été montrés aux journalistes occidentaux - figure l’absence de toute preuve concernant le rôle de la Libye dans l’attentat de Lockerbie. Des interrogatoires de l’ancien chef des services de renseignement libyens, Moussa Koussa, par les autorités écossaises n’ont apparemment rien donné et il a été autorisé à quitter Londres pour le Qatar.

Depuis la chute de Kadhafi, des médias ont rapporté que l’agent des services secrets libyens, Ali al-Megrahi, condamné pour l’attentat de Lockerbie par un tribunal écossais et libéré plus tard pour raisons humanitaires suite à un cancer de la prostate, est effectivement gravement malade, cloué au lit et apparemment au seuil de la mort.

Le procès de Megrahi en 2001 devant une commission de juges écossais relevait plus de la mascarade que d’un réel effort pour trouver un coupable - à tel point que la Cour d’Appel d’Ecosse a exprimé sa préoccupation devant une grave injustice - mais la presse occidentale continue de qualifier Megrahi, sans aucune justification, de «  terroriste de Lockerbie ».

De même, il était courant dans les médias occidentaux de ricaner sur la maladie de Megrahi parce que ce dernier n’était pas mort dans le délai pronostiqué par certains médecins. Après la chute du régime de Kadhafi, la famille de Megrahi a invité la BBC et d’autres médias à visiter Megrahi sur son lit de mort.

Son fils, Khaled al-Megrahi, persiste à dire que son père est innocent. «  Il croit et nous savons que tout le monde comprendra la vérité, » a-t-il déclaré à la BBC. «  Je sais que mon père est innocent et un jour son innocence sera reconnue ».

Questionné sur les victimes de l’attentat, son fils a dit «  Nous éprouvons de la peine pour tous ces morts. Nous voulons connaître le coupable. Nous aussi nous voulons connaître la vérité. »

Coupable ou Bouc-émissaire ?

Au fur et à mesure que de nouvelles informations surgissent en Libye, on saura peut-être finalement si le gouvernement de Kadhafi a joué un rôle ou non dans l’attentat de Lockerbie. Cependant, à ce jour, tout semble indiquer que Megrahi a été le bouc-émissaire des juges écossais qui avaient déjà innocenté un autre accusé libyen et qui étaient sous une pression politique pour désigner un coupable.

Après la curieuse condamnation de Megrahi, l’Occident a imposé de sévères sanctions économiques contre la Libye, et n’a accepté de les lever qu’à la condition que la Libye endosse la «  responsabilité » de l’attentat et versait des indemnités aux familles des 270 victimes. Pour lever les sanctions, la Libye a accepté de négocier bien que ses officiels aient insisté que la Libye n’avait rien à voir dans l’attentat.

Néanmoins, dans la foulée de la campagne de propagande en faveur des rebelles libyens, rien de tout cela ne fut mentionné par le New York Times, le Washington Post ou d’autres grands médias. La culpabilité de Kadhafi pour Lockerbie est simplement présentée comme un fait établi, à la manière des armes de destruction massive avant l’invasion de l’Irak en 2003.

De même, peu d’attention fut accordée aux indications que l’est de la Libye, berceau de la rébellion anti-Kadhafi, était un foyer de militantisme islamiste qui fournissait le plus grand nombre de militants par habitant pour combattre les troupes US en Irak, souvent sous la bannière d’Al Qaeda.

Au contraire, les déclarations de Kadhafi qui affirmait avoir affaire à des terroristes islamistes dans la région de Bengahzi étaient largement raillées ou ignorées en Occident. Même un rapport de Joseph Felter et Brian Fishman du Center de Lutte contre le terrorisme de West Point est passé pratiquement inaperçu.

Dans leur rapport intitulé Al-Qaeda’s Foreign Fighters in Iraq (les combattants étrangers d’Al Qaeda en Irak), Felter et Fishman ont analysé des documents d’Al Qaeda saisis en 2007 qui fournissaient des données sur les militants étrangers venus combattre en Irak. Les documents montraient que l’est de la Libye fournissait un nombre étonnant de kamikazes qui se rendaient en Irak pour tuer des soldats US.

Felter et Fishman ont écrit que ces «  dossiers de Sinjar » révélaient que si les combattants étrangers les plus nombreux en Irak étaient les Saoudiens, c’était les Libyens qui constituaient de loin le groupe le plus nombreux par rapport à la population du pays. Ces Libyens étaient très majoritairement originaires des villes de l’est. «  La vaste majorité des combattants Libyens qui ont indiqué leur ville d’origine dans les dossiers de Sinjar venaient du nord est, particulièrement des villes côtières de Darnah 60,2 % (53) et Benghazi 23,9% (21) » ont-ils écrit.

Ils ont rajouté qu’Abu Layth al" Libi, émir du Groupe de Combat Islamique en Libye, «  a renforcé l’importance de Benghazi et Darnah chez les djihadistes en annonçant que la GCIL avait rejoint Al-Qaeda ».

Terroristes Libyens de haut-rang

On pense que certains dirigeants importants d’Al-Qaeda actifs dans les zones tribales du Pakistan sont originaires de la Libye. Par exemple, «  Atiyah », qui dirigeait la stratégie anti-US en Irak, connu en Libye sous le nom d’Atiyah Abd al-Rahman.

C’est Atiyah qui a suggéré la création d’un bourbier pour les forces US en Irak pour gagner du temps et permettre au QG d’Al-Qaeda de récupérer et se réorganiser au Pakistan. «  Prolonger la guerre (en Irak) est dans notre intérêt », a écrit Atiyah dans un lettre de réprimande adressée au terroriste jordanien Abu Musab al-Zarqawi pour ses actions bâclées et imprudentes en Irak.

Après l’exécution du fondateur d’Al Qaeda, Oussama Ben Laden, le 2 mai au Pakistan, Atiyah est devenu le numéro 2, avant d’être lui-même tué par un tir de drone US en août.

Mais la majorité des Américains qui comptent sur les grands médias pour s’informer n’en savent pratiquement rien, chose que le Washington Post lui-même a reconnu jeudi dernier. Dans un article sur la montée des islamistes au sein du nouveau pouvoir en Libye, le Post a écrit : «  Bien que la chose soit passée largement inaperçue lors du renversement de Kadhafi le mois dernier, les Islamistes étaient au coeur du combat, beaucoup en tant que commandants des rebelles. A présent certains s’affrontent aux laïques au sein du Conseil National de Transition, et les libéraux sont préoccupés que les Islamistes - qui contrôlent toujours la majorité des combattants et des armes - profitent de leur pouvoir pour resserrer leur contrôle. »

Le New York Times a publié jeudi un article similaire en première page qui commençait ainsi : «  Dans la Libye de l’après-Kadhafi, le politicien le plus influent est peut-être Ali Sallabi, qui n’a pas de titre formel mais qui est largement respecté en tant qu’universitaire islamique et orateur populiste qui a joué un rôle clé dans le soulèvement. Le dirigeant militaire le plus puissant est actuellement Abdel Hakim Belhaj, ancien dirigeant d’un groupe radical allié à Al-Qaeda. »

Belhaj était l’ancien commandant du Groupe de Combat Islamique en Libye, qui était associé à Al-Qaeda et qui avait des camps d’entraînement en Afghanistan avant les attentats du 11/9 et qui figurait dans la liste des organisations terroristes dressée par le Département d’Etat des Etats-Unis.

Bien que Belhaj et le GCIL nient toute allégeance à Al-Qaeda, Belhaj fut capturé au cours de la «  guerre contre le terrorisme » de George W. Bush et brutalement interrogé par la CIA dans un «  site noir », une prison en Thaïlande, avant d’être remis au gouvernement de Kadhafi qui, selon Belhaj, l’a torturé.

Le Times écrit que «  Belhaj est tellement bien intégré qu’il a tenté de détrôner Mahmoud Jibril, l’économiste formé aux Etats-Unis et qui est le premier ministre en titre du gouvernement d’intérim, après que ce dernier ait indirectement critiqué les Islamistes. »

L’article du Times a mentionné aussi d’autres éléments relatifs à l’influence croissante des islamistes dans le mouvement rebelle libyen : « des milices islamistes en Libye reçoivent des armes et de l’argent directement de leurs bienfaiteurs, tels le Qatar ; un dirigeant des Frères Musulmans, Abel al-Rajazk Abu Hajar, est à la tête du Conseil Municipal de Tripoli, où les islamistes sont majoritaires ; dans l’est du pays, aucun progrès n’a été accompli dans l’enquête sur l’assassinat en juillet du dirigeant de l’armée rebelle, le Général Abdul Fattah Younes, que certains imputent aux islamistes. »

Il est peut-être louable que le Post et le Times se penchent enfin sur les conséquences involontaires du «  changement de régime » en Libye soutenu par l’OTAN, mais à voir comment les deux journaux américains les plus importants ont ignoré la question islamiste ainsi que les doutes sur la culpabilité de la Libye pour l’attentat de Lockerbie - alors que le gouvernement des Etats-Unis rameutait le soutien public pour une nouvelle guerre contre un pays musulman - on peut se demander si des leçons de l’Irak ont été apprises.

Est-ce que ces journaux prestigieux considèrent que leur rôle dans de tels cas se borne à rallier la population à la dernière guerre en cours contre un «  méchant » du Moyen orient ou prendront-ils un jour au sérieux leur devoir d’informer le public le mieux possible ?

Robert Parry

http://consortiumnews.com/2011/09/15/on-libya-now-they-tell-us/

Traduction «  heureusement que les médias en France n’ont rien à voir... nan, j’déconne » par Viktor Dedaj pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles

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