Voici notre texte de soutien à Roland Gatti
Soutien à Roland Gatti
Solidaires Unitaires Démocratiques Intérieur
Union Syndicale Solidaires
80-82 rue de Montreuil
06 76 08 78 04
26 septembre 2005
Roland Gatti, fonctionnaire à la Police aux Frontières (PAF) de Metz et représentant mosellan du SGP - FO, a, dans le cadre de son mandat départemental, exprimé à Jacky Durand de Libération une réalité aussi dure, implacable que malheureusement exacte de la situation faite par la France et ses institutions à certains étrangers reconduits à la Frontière.
Lors de cet entretien, Roland Gatti avait notamment déclaré :
On expulse à tour de bras, on fait les fonds de tiroir (...) On va chercher tout ce qui peut traîner comme étranger en situation irrégulière. On « fait » beaucoup de familles. Une famille, ça peut faire six personnes. Souvent, ce sont des gens qui sont là depuis plusieurs années. Même les collègues les plus durs chez nous ne comprennent pas
Les centres de rétention sont pleins à craquer. Faute de place, on est obligé d’emmener des gens de Metz à Toulouse, à Bordeaux, à Lille et de faire ainsi des milliers de kilomètres
Jouer avec des familles pour faire du chiffre, c’est inadmissible
La direction du SGP-FO s’étant curieusement désolidarisée de notre collègue Roland, celui-ci risque une sanction disciplinaire par nature aussi scandaleuse, incongrue qu’anti-républicaine.
Considérant que le Policier Roland Gatti a dénoncé des états de faits vérifiés et continus pour lesquels la France (violant son propre socle constitutionnel et les textes internationaux desquels elle est signataire) mériterait mille fois d’être condamnée, SUD Intérieur lui apporte son total soutien et rappelle :
- qu’effectivement, aujourd’hui, dans notre pays, des dizaines de couples sont mensuellement séparés par le renvoi d’un des conjoints "au pays" (et ce, contrairement à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme)
- que, malgré les assurances de Nicolas Sarkozy lors de son premier passage à Beauvau, la situation des enfants scolarisés n’est souvent même pas critère de régularisation
- qu’alors que des centaines de milliers d’Humains, des dizaines de milliers de couples et de familles vivent dans la crainte, le désespoir et la non-protection sociale, ni certains employeurs (puisant au vu et au su de beaucoup dans cet infini vivier une force de travail bon marché, peu revendicative, et aux horaires souvent extensifs), ni les marchands de sommeil, ni les racketteurs ne sont priviligièrement ciblés par l’Administration
- que de récents "grands chantiers" (Travaux mitterrandiens, Stade de France... ) n’ont pu être "livrés dans les temps" que grâce à l’existence d’une vaste sous-traitance usant et abusant de ces travailleurs niés (mais tant utiles à la gloire nationale)
- que les "secteurs" de la restauration, du BTP, de la confection de masse ou de luxe, de l’agriculture seraient sinistrés hors la quotidienne contribution de ces hommes et de ces femmes rabaissés
- que lors de leurs interpellations, séjours dans les locaux de police et de justice ou raccompagnements les "expulsables" n’ont pas toujours face à eux des fonctionnaires compréhensifs et "non violents", que d’aucuns se plaignent que certains droits (assistance d’un traducteur, avocat, soins... ) leur soient parfois refusés
- que la prétendue répression tous-azimuts de "l’immigration irrégulière" n’est qu’un leurre facile servant les aspirations politiques de quelques-uns
SUD Intérieur qui considère que le rôle d’un syndicat n’est évidemment pas de se battre pour quelques "bidons et gamelles", la collusion systématique avec le(s) pouvoir(s) ou bien la promotion de ses seuls élus ou affidés, mais plutôt de lutter pour l’émancipation complète des travailleurs et la fin de toute forme d’aliénation, exige :
- la régularisation de tous les Sans - papiers
- la poursuite effective de tout exploiteur d’Humain(e)
- le reversement de centaines de fonctionnaires de la PAF, de dizaines de policiers de la 12ème section des RGPP à la lutte contre la criminalité financière, les esclavagistes de femmes prostituées, les massacreurs environnementaux ou les gourous de sectes ...
- l’abondement budgétaire, dans ces mêmes champs, du ministère de la Justice
- la cessation immédiate de toute expulsion, à l’atteinte de leur majorité, d’élèves jusqu’à là régulièrement scolarisés
- l’arrêt des "rafles" contre les Sans-papiers organisées pluri-hebdomadairement depuis l’été par le gouvernement et les directions de la police nationale
- la fermeture des centres de rétention pour étrangers
- la lutte réelle contre la misère et la précarité
16/10/2005 15:56 par un flic bruxellois
Etant moi-même policier, mais à Bruxelles, je suis également confronté à la problématique des expulsions, même si en tant qu’agent de quartier (police de proximité) je ne suis pas celui qui expulse physiquement les personnes, je suis notamment chargé par l’"Office des étrangers" de signifier les "ordres de quitter le territoire" aux personnes n’étant pas ou plus en règle de séjour.
Malgré le discours officiel sur la répression des marchands de sommeil et des autres vampires qui exploitent ces personnes (e.a. certains avocats, voire pseudo-avocats, qui leur promettent monts et merveilles à condition de leur verser une avance minimum de 1.000 euro), les services policiers ou assimilés qui s’occupent d’une manière ou d’une autre des déboutés du droit d’asile et du rapatriement des illégaux, y compris des familles dont les enfants sont scolarisés, mettent la priorité sur "le chiffre", parce qu’un procès-verbal complet contre un marchand de sommeil, un escroc ayant promis la régularisation ou un esclavagiste utilisant des illégaux sur ses chantiers, ça prend du temps à rédiger, il faut respecter certaines règles de droit, auditionner toutes les personnes avec des traducteurs jurés, remplir divers documents administratifs.
Bref, il est plus simple de rafler une dizaine de personnes en séjour illégal, de rédiger un "procès-verbal simplifié" (sans aucune suite judiciaire) et de conduire à l’aéroport le lendemain matin tous ceux pour lesquels l’Office des étrangers a décidé l’expulsion. Et d’en informer la presse pour qu’elle puisse publier que "Ce lundi des policiers de la zone de police X ont effectué une opération dans le quartier de X et ont procédé à l’interpellation de 2 Nigérians, 3 Roumains, 1 Irakien, 4 Equatoriens et 10 Bulgares. Sur les 20 étrangers en séjour illégal, 17 ont immédiatement été conduits à l’aéroport de Zaventem et expulsés du territoire."
Comme en France, le droit à l’expression publique des policiers belges est très limité, ils n’ont même plus le droit, depuis quelques années, de se présenter à une élection politique alors que précédemment l’interdiction se limitait à siéger.
La Réforme des polices belges (fusion polices communales + police judiciaire + gendarmerie) de 1998-2002 a abouti à une gendarmisation des policiers locaux, avec la menace permanente de sanctions en cas d’expression publique, même sans rapport direct avec leur fonction, et même quand cette expression ne se fait qu’en réseau interne (mailings internes).