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Les enseignements d’une émission détestable.

Danielle BLEITRACH



[Mais avec la concentration de la presse, le poids des grands annonceurs, le phénomène a pris une ampleur inouîe, celui d’une propagande totalitaire. Et de surcroît, il est toujours intéressant d’analyser comment et pourquoi une masse de gens est contrainte à soutenir des intérêts qui ne sont pas les siens. Pour être clair, comment et pourquoi la grande masse des journalistes, qui ne peut pas accéder à un loyer de 2500 euros par mois, se met-elle à la remorque de réseaux corrompus des directions de rédaction eux-mêmes complétement intégrés ? Certes parce que comme les autres salariés l’emploi en dépend, mais incontestablement la soumission idéologique, corporatiste, va bien au-delà.]


Lundi 20 juin 2005


Partons du petit bout de la lorgnette : hier dimanche soir, l’émission "On ne peut pas plaire à tout le monde" a une fois de plus démontré jusqu’à quel degré d’arrogance et de sadisme pouvait aller la télévision.
D’arrogance dans la manière dont a été traité, mais aussi s’est laissé traiter J.L.Melenchon. Il ne s’agissait pas de la personne, mais bien de quelqu’un qui avait osé défendre le NON. C’était le degré à peine supérieur dans la goujaterie, l’interdiction de parler, de ce qu’avait subi en cours de campagne Emmanuelli par Christine Ockrent. Caricature, interdiction de s’exprimer : "Répondez !" répétait sans arrêt l’animateur procureur.
Question : pourquoi des hommes et des femmes politiques acceptent-ils de se rendre dans de telles émissions ?
De sadisme dans le traitement réservé à Doc gyneco. Je n’ai pas une sympathie particulière pour le personnage, mais la manière dont cette tête à claque de Fogiel voulait lui faire avouer qu’il était un has been, qu’il avait grossi (signe suprême de la déchéance) était intolérable. Mais le téléspectateur ne vient-il pas jouer les voyeurs de telles "mises à mort" ? Disqualification de celui qui ne se soumet pas à "la ligne médiatique" et achévement en public des bêtes blessées en sont les deux principes clés.

Il ne s’agit que de la pointe extrême d’un système médiatique qu’il faut tenter de comprendre en profondeur si l’on veut avancer.


L’évolution sociologique :

L’émission de Fogiel présentait un autre intérêt que l’amer plaisir de vitupérer l’époque, avec la venue de Jeanne Moreau sur le plateau pour protester contre la vente à la découpe des appartements du centre de Paris (comme d’ailleurs de Lyon et Marseille), nous étions confrontés à un fait de société. Ce n’étaient plus seulement les pauvres, les chômeurs, les basanés que l’on chassait du centre ville, mais les "bobos" imprévoyants, ceux qui pouvaient encore payer plus de 2500 euros de loyer mais qui n’avaient pas le capital pour acheter "au prix du marché", les "cigales" si occupées à tenir leur rang qu’elles avaient vécu à crédit. Ceux qui n’avaient pas l’héritage de parents bourgeois ayant épargné pour fournir à temps à leurs enfants la somme nécessaire pour devenir propriétaire.
Entendre les "bobos" à 2500 euros de loyer mensuel crier "à la déportation" en banlieue est riche d’enseignement sur l’évolution de la société française.

Il y a eu en gros trois étapes. la première correspond au niveau international comme au niveau national à la période allant de la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’au début des années 80. Il y a eu une sorte de moyennisation de la société, on parlait même d’"embourgeoisement" de la classe ouvrière, le rapport capital/ travail restait relativement stable mais témoignait d’une évolution lente favorable au travail. On assisté durant cette période à une mobilité ascendante des catégories sociales, les enfants se retrouvant en général à un niveau supérieur de celui des parents. Le système scolaire a été le grand vecteur de cette mobilité. Au plan international, on a assisté à une évolution comparable et Emmanuel Todd a très justement noté que cette période est celle de l’alphabétisation, de "la transition démographique" dans de nombreux pays du tiers-monde. Il a également noté ce qu’une telle évolution devait aux pays socialistes et plus généralement à des choix nationaux de développement.

Le début des années 80 coïncide avec une série d’événéments sur un fond structurel de remontée du profit et de pression sur le travail. Nous assistons à la contre-offensive du Capital sous sa forme néo-libérale, c’est-à-dire le tout marché financiarisé des multi-nationales faisant sauter tous les instruments de régulation. Il y a la chute de l’URSS et du socialisme européen mais aussi une atonie générale des luttes revendicatives. Le rapport capital/travail se renverse et le capital ne cesse de faire pression sur le travail, emploi, salaires mais aussi services publics. Dans un premier temps, le phénomène ne semble toucher que les damnés de la terre. Dans les pays occidentaux on parle d’exclusion, et une bonne part du tiers monde s’enfonce dans le sous développement. Mais on reste dans l’idée dans les pays occidentaux de "la moyennisation" de la société et sur le fait qu’une partie importante de la société des pays occidentaux demeure protégée. Cependant la mobilité ascendante est freinée et les inégalités se creusent.

Nous sommes entrés dans une troisième période où non seulement la situation devient de plus en plus intolérable pour "les exclus", les "chômeurs", les paysans du tiers monde, mais où les salariés sont attaqués sévérement.
D’abord les bas salaires, mais pas seulement. Si la possession du diplôme demeure une garantie, celle-ci ne suffit plus et aujourd’hui en terme de pression sur le pouvoir d’achat, sur le niveau de vie, des couches assurées jusqu’ici d’une certaine stabilité entrent en crise et leurs enfants ne sont plus assurés de poursuivre cette mobilité ascendante. On assiste à la mise en concurrence mondialisée non seulement des forces de travail les moins qualifiées mais des diplômés (c’est là le choc de la circulaire Bolkenstein, les services sont atteints comme d’ailleurs il est question de faire venir massivement les diplômés du tiers-monde). Cette nouvelle pression non seulement accroit le sous-développement en privant les pays de gens formés avec de grandes difficultés mais elle touche une grande partie des diplômés (en particulier ceux du service public) des pays occidentaux.
Comme le prouvent les enquêtes sur le pouvoir d’achat, s’en sortent les professions libérales et les commerçants alors que les autres s’enfoncent.
Paris intra-muros paraît épargné mais le reste du pays qui n’est pas rural (les salariés doivent aller chercher de plus en plus loin leur logement) est profondément atteint. Le Non à la Constitution néo-libérale reflète cela.

Mais ce dont témoignait Jeanne Moreau est particulièrement intéressant. La loi du marché est en train de s’attaquer aux bobos eux-mêmes, ceux qui jusqu’ici avaient pu tenir un certain standing, avait tenu leur rang à crédit mais sans accumulation de capital. C’est le logement mais ce sont les modes de vie de la couche non capitaliste mais jusqu’ici totalement privilégiée qui est en question.Face à cette situation, le monde paillettes et strass ne voit d’issue que dans le maintien de ses privilèges et donc dans l’accentuation du mépris des pauvres, qu’il s’agisse de ceux des pays occidentaux, que de ceux du Tiers-Monde. Ils vivent dans le danger permanent des hordes barbares.


Tentative de compréhension du système :

Si l’on ne mesure pas cette évolution sociétale, on ne perçoit pas en quoi ce personnel médiatique, ce petit monde de la presse est contraint à être ce qu’il est. Au niveau le plus général, celui de la piétaille journalistique, les conditions sont comparables à celles des salariés diplômés et qualifiés avec l’extension du chômage et de la précarité. Mais si l’on veut atteindre la direction du Système, participer aux allées du pouvoir, il faut payer son écho de corruption. C’est un monde soumis à une terrible concurrence pour ne pas tomber de "la charrette".

La formation des journalistes mérite d’être étudiée, un récent article de "manière de voir", consacré à la presse par le Monde Diplomatique, montrait à quel point cette "formation" produisait une absence de curiosité intellectuelle, un conformisme. Si à partir de cette formation, on resitue la carrière du journaliste dans le contexte précédemment évoqué celui d’"élites" profondément corrompues gouvernant les "contenu", on comprend mieux le produit final et les "bides" auxquels ils aboutissent comme récemment l’annonce de l’absentéisme électoral en Iran. Sans parler de la pression médiatique en faveur du OUI, un fiasco intégral qui semble pourtant ne pas avoir semé le moindre doute dans ce petit monde auto-proclamé, auto-entretenu dans une rupture totale avec le reste de la population.

Il s’agit non pas des journalistes mais de "leur production" puisque chacun sait désormais que si 90% des produits médiatiques (émissions, articles) prenaient partie pour le OUI, la situation était différente dans les salles de rédaction. Il y a donc un système qui bien sûr revient à l’évidence déjà énoncée par Marx en son temps : dans une société les idées dominantes sont celles de la classe dominante. Mais avec la concentration de la presse, le poids des grands annonceurs, le phénomène a pris une ampleur inouîe, celui d’une propagande totalitaire. Et de surcroît, il est toujours intéressant d’analyser comment et pourquoi une masse de gens est contrainte à soutenir des intérêts qui ne sont pas les siens. Pour être clair, comment et pourquoi la grande masse des journalistes, qui ne peut pas accéder à un loyer de 2500 euros par mois, se met-elle à la remorque de réseaux corrompus des directions de rédaction eux-mêmes complétement intégrés ? Certes parce que comme les autres salariés l’emploi en dépend, mais incontestablement la soumission idéologique, corporatiste, va bien au-delà...

Elle passe ici, comme ailleurs, par la mise en coupe réglée des formes de solidarité collectives.
Au syndicalisme professionnel qui devait affronter les patrons de presse et les dirigeants de chaîne, tend à se substituer un "corporatisme" idéologique soumis aux mêmes. Un personnage comme Robert Ménard est tout à fait illustratif de cette évolution. Il est systématiquement "du côté du manche", largement financé par les annonceurs comme Publicis, mais aussi les patrons de presse, qu’il ne remet jamais en cause, pas plus d’ailleurs que les maîtres nord-américains avec qui ses liens sont manifestes. Cela relève plus de la mafia que du syndicalisme... Comment un personnage aussi totalement controversé que Robert Ménard peut-il être ainsi promu ? Si tous sont complices de cette promotion, peu sont totalement dupes, à titre d’anecdote quand il téléphone dans les journaux, tout le monde en riant dit MCM, "merde c’est ménard"... Sa défense des "journalistes" relève du Show Bizz et transforme tout en "sensationnel", tout en évacuant les questions qui fâchent et qui relèvent de la mise en cause du capital. Il faut également noter que ce type d’individu fonctionne dans des "réseaux", des "personnalités" qui en général sont les mêmes que ceux qui ont droit au pages de "libre-opinion" dans la presse nationale. Le cas type étant Bernard Henry Levy, mais il y en d’autres. Il se constitue un conglomérat de pseudo-experts, d’intellectuels dont on transforme les écrits en best-sellers.

Appartenir à cette élite médiatique est la seule garantie non seulement de jouir de publicité mais de bénéficier grâce à elle de tirages confortables et de revenus. C’est la garantie que l’on peut se maintenir dans des modes de vie de l’élite : appartements dans le centre de Paris, sorties rétribuées par Publicis, voir des moeurs encore plus coûteuses comme l’addiction à la cocaïne. C’est le dessus du panier et la grande masse des journalistes vit une toute autre existence tout en partageant des conditions de concurrence et de précarité qui les soumettent aux patrons de presse mais aussi aux directions de rédaction qui participent de ce show Bizz.

Car aux phénomènes précédemment évoqués, il faut ajouter les exigences de rentabilité et les consignes d’éviter les sujets qui fâchent (par exemple les annonceurs) qui sont l’aspect structurel du système. Les exigences de rentabilité produisent non seulement le goût du sensationnel et les attitudes type Fogiel, Ardisson et autres mais une véritable ignorance des faits. Ainsi on ne peut qu’être effrayé par l’incompétence sur les sujets internationaux, la décontextualisation systématique, les contre-vérité sur les civilisations et les peuples et l’on se demande comment, même avec les consignes politiques, on peut aboutir à un tel résultat de décervelage. Il y a, on l’a vu, la formation à la superficialité, mais il y a aussi le fait qu’avec les réductions de personnel, la suppression du dit personnel sur le terrain, reporters ou agences, la plupart des informations émanent soit de journaux étrangers que l’on recopie, soit de dépêches d’agence que l’on reproduit sans savoir trés bien de quoi il est question.

Le tout donne une tonalité générale aux salles de rédaction faite de cynisme et de mépris pour le lectorat ou pour l’auditeur. Dans ce système précarisé et concurrentiel, on joue les pseudo-solidarités corporatistes, non pour défendre réellement un collègue menacé, ou une information digne de ce nom, mais "une profession" largement fantasmée.


Que faire ?

Nul ne peut se réjouir d’une telle situation. Il en est des journalistes comme du monde politique qui est d’ailleurs largement soumis aux mêmes errances, on peut les mépriser et ils font tout pour ça, mais ce n’est pas la solution ni pour les uns, ni pour les autres. Car si l’on ne se donne pas les moyens d’aider à l’apparition d’une autre presse comme d’un autre personnel politique on aboutit au pire à une sorte de poujadisme anti-élite, un mépris total des journalistes qui n’aide pas ceux qui ont une autre conception du métier. Pire encore, l’audimat le prouve, on entretient ce qu’il y a de pire dans le système, une véritable éducation à la vulgarité, au sensationnel et à l’absence de réflexion.

Il faut au contraire se donner les moyens d’une réflexion en profondeur sur les moyens que nous avons encore à notre disposition de favoriser une autre conception de l’information, d’une culture qui ne soit pas une "exception", mais aboutisse à une démocratisation. Une telle réflexion est entamée en divers lieu, mais il faudrait envisager des États-généraux du droit à l’information, avec une remontée des discussions et échange entre journalistes et utilisateurs de la base au sommet. Il est temps de se parler.

Danielle Bleitrach, sociologue.


- De Danielle Bleitrach :

Le NON n’ est pas un vote de gauche, c’ est un vote de classe ...

Référendum : Les leçons d’un srutin.

Negroponte : un des plus grand terroriste nommé à la lutte contre le terrorisme...

Censure et Empire, Dieudonné et l’usage de l’"antisémitisme", par Diana Johnstone et réponse de Danielle Bleitrach.



URL de cet article 2432
http://www.legrandsoir.info/Les-enseignements-d-une-emission-detestable.html
 
Cuba est une île
Danielle BLEITRACH, Jacques-François BONALDI, Viktor DEDAJ
Présentation de l’éditeur " Cuba est une île. Comment l’aborder ? S’agit-il de procéder à des sondages dans ses eaux alentours de La Havane, là où gisent toujours les épaves des galions naufragés ? Ou encore, aux côtés de l’apôtre José Marti, tirerons-nous une barque sur la petite plage d’Oriente, et de là le suivrons -nous dans la guerre d’indépendance ? Alors, est-ce qu’il l’a gagnée ? C’est compliqué ! L’écriture hésite, se veut pédagogique pour exposer les conséquences de la nomenclature sucrière. L’épopée (...) Lire la suite »
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> Les enseignements d’une émission détestable, par Danielle Bleitrach.
21/06/2005 à 08:54, par Guy Decoupigny

Excellent article.

Nécessité s’ impose de lui donner une
large "publicité" . Aucune illusion,
la classe dominante le censurera.

Utilisons le réseau internet pour le
diffuser auprès de nos correspondants.

Ouvrons le débat.

#3054 
> Les enseignements d’une émission détestable, par Danielle Bleitrach.
21/06/2005 à 16:03, Gérard Jugant

Cet article est une précieuse contribution à "Que faire ?". Il va au fond et propose une démarche partout où nous trouvons de l’espace. Plein de petits réseaux, s’ils se coordonnent, peuvent faire une grande force. D’une certaine façon, ne devons nous pas les laisser aboyer et suivre notre chemin, ce qui était à peu près la devise de Marx inspirée d’un vers de la "Divine Comédie ?

#3056 
> Les enseignements d’une émission détestable, par Danielle Bleitrach.
21/06/2005 à 22:58, lingane

Je suis, comme souvent, parfaitement d’accord avec danielle bleitrach, mais une chose me gêne, et j’aimerais vraiment avoir son opinion là-dessus : de même que les bobos commencent à voter non le jour ou ils ne peuvent plus payer leur loyer, de même vous critiquez fogiel et autres lorsqu’ils traitent mal mélanchon. Mais vous n’avez rien dit lorsqu’ils agissaient -et agissent- pareillement avec Villiers ou Le Pen. Qu’en pensez-vous ?

(et non, j’ai jamais voté pour le breton, puisque c’est la répartie a laquelle j’aurais surement droit tot ou tard, et j’ajoute que ce n’est pas le sujet)
(par contre, j’ai voté Villiers, et je signale au passage aux tenants du "non de gauche" type buffet -attitude parfaitement pro-libérale in fine- que le non N’EST PAS DE GAUCHE MAIS DE CLASSE, et que sans les souverainistes, il n’y a pas, il n’y aura pas de majorité non-libérale en France. D’ailleurs souveraineté, frontières et socialisme sont, je le pense fermement, totalement symbiotiques.

#3058 
> Les enseignements d’une émission détestable, par Danielle Bleitrach.
22/06/2005 à 00:50, elie

Dieudonné aussi..

Ouvrez vos yeux Danielle.

Tout est dit.

Animateur télé est un métier.

"Il faut quelqu’un pour faire le job"
dixit :
- Le bourreau
- Le vidangeur
- Le Fogiel

#3059 
> Les enseignements d’une émission détestable, par Danielle Bleitrach.
22/06/2005 à 07:55, danielle Bleitrach

votre contribution mériterait un article de réponse, tant il soulève de questions n’appellant pas de réponses univoques. Le pen d’abord, pour faire court, je réflechirais autour du thème suivant : Le Pen joue le double rôle de repoussoir et d’éclaireur. Ce repoussoir a été créé de toute pièce par Mitterrand pour diviser la droite et donc pour maintenir "tactiquement" la gauche au pouvoir y compris quand "les alliés" communistes quitteraient le gouvernement devant l’évolution néo-libérale du gouvernement socialiste. (restructurations massives, fin de droits, etc...) Ne pas oublier sur le fond que c’est sous le gouvernement Mitterrand que s’inverse le rapport capital/travail. L’indicateur le plus simple en est l’étude de la valeur ajoutée créée par les entreprises et sa distribution, mais il y a aussi l’évolution de la Bourse.
Donc le repoussoir Le Pen joue son rôle de division de la droite, avec toute un symbolique de la haine, de la stigmatisation, de "consesnsus" social qui redouble le consensus autour du néo-libéralisme, l’absence d’alternative. Jusqu’au moment où il devient l’instrument de la victoire de Jacques Chirac. Il continue à jouer le rôle de repoussoir, mais il est déjà l’éclaireur de Sarkozy et d’une conception sécuritaire et répressive. Parce que justement la pression sur le travail s’accentue. Sous couvert de lutte pour l’emploi, on démantèle les protections sociales, le droit du travail qui serait l’obstacle à la création d’emploi, on continue les cadeaux au patronat, mais comme monte les résistances, il s’agit également de se donner les moyens d’une répression policière contre les pauvres, mais aussi les syndicalistes (voir la prise d’empreinte génétique). Sarkozy se glisse dans la peau de Le pen, tout en continuant à affirmer sa différence sous couvert d’acceptation de "la diversité" à travers un "communautarisme" proche de celui des USA, instrument d’une division de classe. J’esquisse là quelques traits et pour comprendre l’attitude des médias à l’égard de Le pen, il faudrait poursuivre l’analyse en profondeur et à partir de là, construire la forme idéologisé de la domination totalitaire qu’ils véhiculent. C’est un travail en soi. Un mensuel m’a demandé une série d’articles sur la société française, j’ai commencé à les écrire, mais plus je fouille le sujet, plus il me vient l’envie d’écrire mon prochain livre sur le sujet. Surtout que depuis une année j’ai opéré un détour par Cuba et l’Amérique latine qui m’aident à percevoir les enjeux de la mondialisation dans laquelle nous sommes tous pris.

Ceci m’amène à Villiers. je suis d’accord avec vous sur le vote de classe et sur le fait que personne ne peut s’attribuer ce vote, je l’ai écrit ici même. Toujours en accord avec vous sur la trés bonne campagne menée par Villiers, mais aussi Saint Aignan et la droite souverainetiste. ils ont su coller au vote de classe, tout en alimentant la dimension souverainiste que la gauche négligeait, en disant "Europe, Europe", en sautant comme des cabris pour reprendre le mot du général de Gaulle. Mais c’est là que s’arrête mon accord, pour deux raisons, la première est que l’aspect souverainetiste populaire demanderait à être mieux analysé. Là encore c’est un travail complexe. La seconde est que la dimension de classe est première, je dirai que c’est la contradiction principale qui mine la construction européenne telle qu’elle se met en place. La référence à la Nation est une contradiction essentielle mais qui doit être analysée de manière dépendant à la première. C’est si vrai que Villiers n’obtient pas la majorité en vendée.
De ce fait autant le triomphalisme de Buffet, Besancenot et Attac qui s’imaginent que leur groupuscules du NON, leur cartel d’organisations, est à l’origine du rejet, me parait à côté de la plaque. je les ai même traité de mouches du coche. Je crains toujours que faute d’avoir compris cela, ils ne se donnent pas les moyens de donner une expression politique à cette volonté de résistance et de "démocratie participative" qui a surgi. En tout de suite prétendant reconstituer les jeux politiciens : le PCf et la ligue se disputant le terrain, le PCF rêvant de reconstituer la "gauche plurielle", repondérée. Malheureusement c’est ce qui est en train de se passer et seules les luttes revendicatives sont susceptibles de balayer cela avec le handicap de directions syndicales encore plus politiciennes que les partis. Il n’en demeure pas moins que si on étudie la géographie des votes, non seulement celle-ci est entièrement le fruit de cette dimension de classe, mais il faut bien constater que souvent, elle reproduit jusqu’à la caricature l’influence du PCF d’il y a trente ans. Voilà encore un fait qui mérite d’être analysé. Comme je vous l’ai dit je n’attribue pas cela au PCF tel qu’il est, mais plutôt à des formes de sociabilité qui ont résisté à la mise en pièce des organisations syndicales et politiques depuis les années 80. Je pense en particulier à des collectifs informels dont la famille est l’exemple type. Cela encore mérite une analyse sur la famille. Si Paris est une ville de célibataires, le reste de la France reste structuré par la famille... Vous voyez à quel point chacun des thèmes que vous abordez est complexe et mérite d’être fouillé d’une manière qui excède le cadre d’un article et d’une réponse univoque.

Danielle Bleitrach

#3061 
> Les enseignements d’une émission détestable, par Danielle Bleitrach.
21/06/2005 à 16:12, par papamamanetlechien

Écot, et non pas écho, voire.

Je ne veux pas du tout réfuter votre analyse, mais elle participe de la vision mythique que les journalistes sont... des journalistes. Quand on voit un plombier, on imagine facilement une barbouze, mais bizarrement pas quand on voit un journaliste. C’est pourtant beaucoup plus pratique comme déguisement ! Que Deep Throat lui donne rendez-vous dans un parking de nos jours, il n’est pas sûr d’en ressortir vivant.

Sur l’autre sujet de votre texte : si les bobos sont bohèmes, c’est qu’ils n’ont pas seulement des problèmes de loyer, mais aussi pour s’habiller chez Chanel. A Strasbourg, la boutique a dû fermer, victime aussi bien sûr de l’explosion des loyers. Heureusement, la contrefaçon se porte bien, et les apparences sont sauves.

Résultat des élections : Il est fini le temps des "taisez-vous, M. Elkabbach". Christine Ockrent pour mille ans !

#3057 
> Les enseignements d’une émission détestable, par Danielle Bleitrach.
22/06/2005 à 08:36, danielle Bleitrach

Je suis tout à fait d’accord avec l’aspect barbouze et si vous lisez notre nouveau livre (avec Viktor dedaj et Maxime Vivas) à paraître en août-septembre 2005, chez Aden : De Mal Empire, vous verrez à quel point nous sommes conscients de cet aspect-là. Les sommes consacrées par la CIA à l’achat des consciences est tout à fait officiel dans le budget nord-américain. Quelqu’un comme Robert Ménard émarge sans problème. Mais il n’est pas le seul et récemment au cours du procès des écoutes téléphoniques, plusieurs témoins dont Dumas ont mis en cause Eddy Pleynel sans être le moins du monde contredit. Mais autant il est évident pour quelqu’un qui vit en Amérique latine que la CIA est toujours présente, fomente des coups d’État, déstabilise les gouvernements, organise des attentats terroristes et le fait en liaison avec "la presse", autant les Français s’imaginent à l’abri de ce genre de choses... Pourtant un travail sur les archives de la police montrent les imbrications étroites... Il y a une trentaine d’années... Le fait que la presse française soit aussi atlantiste ne tombe pas du saint esprit. Mais je préfère toujours partir de l’évidence et évacuer la dimension du complot. J’analyse l’évolution d’une société, le positionnement des "acteurs", qui sont le plus souvent des "agents" agis, mettre en évidence les "intérêts objectifs" des uns et des autres pour tenter de casser "un consensus" largement fabriqué. Je n’ai jamais dit que les bobos votaient NON. Je crois au contraire que la précarité, la mise en concurrence entre eux les conduit à une mentalité d’assiégé autour de la défense de leurs "privilèges", surtout ne pas "tomber de la charette" et cela conduit au niveau des mentalités, premièrement à adhérer à une conception du monde paranoïaque où les hordes barbares les assiègent et deuxièmement à regarder d’un oeil ruisselant de tendresse l’Empire États-Unien qui les protège des dites hordes. Et si bien sûr d’importants revenus émanent du dit Empire, cela renforce. Les revenus n’ont pas besoin d’être directs, il suffit de financer la parution d’un livre, d’une luxueuse revue (type médias de l’éternel Menard) ou tout autre.
En ce qui concerne les contre-façons vous n’avez pas tort, mais le problème est plus global. Les prix mondiaux sont en plain chaos et si dans leur masse les salariés subissent le choc. Choc masqué par le coût relativement réduit des produits venant d’Asie au niveau des statistiques globales, il y a au contraire une montée des prix d’une masse de produits et de services qui ne proviennent pas d’asie. Il y a une couche de population que j’appelle pour faire court les bobos mais dont la caractéristique essentielle est qu’elle est en situation de négocier sa force de travail vers le haut et qui bénéficie à la marge des revenus du capital (stock-options par exemple), qui bénéficie à la fois de la baisse des produits venus d’Asie, et de la pression sur les salaires de la grande masse des salariés qui les sert. La nouveauté de la période est que si pendant des années, seuls les ouvriers, les employés subissaient la dégradation, aujourd’hui ce sont de nouvelles couches, diplômées en particulier, qui subissent le choc frontal. Ce que montre l’exemple de jeanne Moreau, c’est que le phénomène du tout marché et du profit roi, est en train de les atteindre. mais ils sont loin de se prolétariser et surtout d’acquérir une conscience de classe... Ils n’en sont que plus hargneux, plus convaincus de la défense de leur privilège et de leur ego.

Danielle Bleitrach

#3063 
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