Amérique latine : Solidarité pour le passage de la transformation sociale à la transformation socialiste !

1 La société et l’Etat.

En Amérique latine les mouvements paysans et ouvriers ont mis au commande de certains pays (1) des équipes et des chefs d’ Etat pour changer la société. Alors qu’en Europe une partie du mouvement critique est passé de Gramsci à Négri en s’imaginant que l’on "change la société sans prendre le pouvoir", au Vénézuéla en 1998 on articule généralisation des luttes avec prise du pouvoir d’ Etat.

Grégoire Souchay en dresse un bilan (2) nécessaire. Premier point. Disposer du pouvoir d’ Etat est insupportable à toutes les droites ! Second point important : le pouvoir est ailleurs, dans la société civile, dans les banques, dans les grandes entreprises capitalistes, dans les médias.

2 Le social et l’environnemental.

Avec la Bolivie et Cuba, le Venezuela est le seul État à avoir dénoncé internationalement avec autant de fermeté la responsabilité des pays riches dans les destructions environnementales, avec cette formule qui fera date : « Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé ». Si la consommation augmente dans ces pays c’est aussi avec l’apparition de nouvelles normes environnementales qui ne sont pas imposées mais laissées à l’éducation populaire et au temps.

3 Transformation : Reste à rompre avec le capitalisme !

On parle beaucoup du socialisme du XXI ème siècle dans les pays d’Amérique latine mais aucun des trois pays (1) ayant entamé un processus conséquent de transformation sociale n’est passé à la transformation socialiste. Aucun n’a rompu avec le capitalisme. Certes la pression de l’impérialisme des USA reste très forte. L’arrivée de B Obama n’a rien changé des politiques anti-sociales et anti-nationales menées contre les pays en voie d’émancipation de la tutelle impérialiste. La Colombie sert de pointe avancée des USA contre l’émancipation au Sud. La chose est d’autant plus aisée que le niveau d’intégration continental sud-américain est faible.

Mais tout n’est pas à mettre au compte de l’impérialisme. Il faut aussi compter avec les bourgeoisies nationales qui reprennent l’offensive. Il faut enfin tenir compte de la crise économique mondiale qui a frappée durement la plupart des pays d’Amérique latine.

4 Des nationalisations au contrôle ouvrier !

Au Vénézuela, avec la chute des recettes pétrolières, la révolution est entrée dans une phase critique. Après une série de nationalisations, c’est paradoxalement le secteur privé qui connaît la plus forte croissance, passant de 64,7% du PIB, en 1998, à 70,9% en 2008. Il est temps d’ouvrir plus largement la démocratisation des entreprises. Le Vénézuela reste toujours dans un entre-deux "Entre contrôle ouvrier et bureaucratie persistante" ainsi que l’a écrit en 2007 Sébastien Brulez (2). Après les nationalisations il faut enclencher une dynamique de contrôle des travailleurs ! C’est là "la révolution dans la révolution" !

5 Étendre la révolution sur le continent !

Qu’il y ait encore un mouvement social actif ne suffira pas au succès, et à rompre véritablement avec le capitalisme pour passer au socialisme. Car les banques contrôlées par les capitalistes continuent de nuire et de nombreuses directions d’entreprise sabotent la vie économique. Le "parlementarisme social de rue" a-t-il avancé depuis 2007 ? Fort peu. Il est difficile de maintenir les coopératives, une production sociale et solidaire (ESS) digne de ce nom, une petite agriculture soutenable, dans un environnement capitaliste où les grands entrepreneurs imposent leur logique dans l’entreprise (travaillisme) et hors de l’entreprise (concurrence). D’autres nationalisations sont à prévoir mais l’essentiel pour passer au socialisme c’est surtout de poursuivre ce qui est entrepris au niveau continental avec une logique de socialisation. Chà vez a déjà créé l’ALBA, la Banque du Sud, Petrocaribe, le SUCRE, etc. Si le processus socialiste ne part pas d’emblée au niveau continental il faut remarquer aussi qu’il n’y a pas de socialisme dans un seul pays (3).

6 Solidarité internationale.

Pour mener à bien ces taches, il importe de poursuivre la solidarité des travailleurs européens avec les travailleurs sud-américains. Nous voulons aller vers le socialisme mondial !

Christian Delarue.

Intervention suite à une conférence débat (non publiée) de Pascal Franchet (GAUCHE UNITAIRE Rennes) sur la situation en Amérique latine.

1) Ces trois pays "en révolution" sont le Venezuela (Hugo Chavez), l’Équateur (Raphael Correa), et la Bolivie (Hugo Morales). Sont ici exclus le Brésil de Dilma Roussef (ex Lula Da Silva), le Nicaragua, l’Argentine,l’Urugay en position "intermédiaire" face aux pays alliés de Washington comme la Colombie, le Pérou, le Mexique, le Chili, le Honduras, Panama.

2) RISAL.info - Entre contrôle ouvrier et bureaucratie persistante

http://risal.collectifs.net/spip.php?article2323

3) Amérique latine Socialisme du XXIe siècle ? OUI !

http://jcr-red.org/spip.php?article612

COMMENTAIRES  

08/11/2010 14:00 par Anonyme

En Bolivie, "Evo" pas "Hugo" !!

12/11/2010 22:09 par CD

Evo. Evidemment. C’est par son prénom qu’on le nomme !

13/11/2010 20:22 par C Delarue

La "révolution dans la révolution" : la leçon de l’Amérique latine.

La "révolution dans la révolution" est une terminologie qui souligne plusieurs aspects très importants (quoique variables selon le pays et la situation concrète) pour parvenir au socialisme.

1) La rupture avec l’ordre ancien doit aboutir à une rupture avec le capitalisme comme mode de production et de distribution dominant.

2) Les nationalisations doivent permettre le "contrôle ouvrier" autrement dit l’autogestion dans les entreprises et une "socialisation" extérieure. C’est un point important plus difficile à obtenir que l’autogestion dans les petites entreprises de production marchande.

3) Il n’y a pas de socialisme véritable sans extension à une échelle plus vaste que la nation ou il a pris naissance ce qui implique à tout le moins sa continentalisation.

4) La nature de l’Etat doit évoluer vers un Etat prolétarien puis vers son dépérissement. Ce dépérissement n’est guère pensable sans mondialisation du socialisme. Un Etat prolétarien n’est guère concevable sans continentalisation du socialisme.

Rien d’un processus unilatéral obligé.

Les premiers pas du socialisme au-delà de la sphère nationale ne se font pas d’une façon unilatérale et globale. Des pays s’y refusent et passent dans la réaction d’autres restent dans un entre-deux d’une République sociale qui ne va pas vers le socialisme. Ce sont les mobilisations sociales qui permettent le passage de la République sociale à la République socialiste.

CD

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