Avis de régression générale

La Conférence des Présidents du Parlement européen a décidé le 17 novembre dernier de refuser à deux commissions du dit parlement le droit d’examiner le CETA, l’accord de libre échange EU-Canada. Cette décision est sans précédent.

A chaque année qui passe les espoirs d’une « mondialisation heureuse » s’éloignent. Certes, seuls les hommes les plus naïfs et ceux qui avaient intérêt à leur faire croire à cette fable grossière usaient ces dernières années de cet adjectif collé à un processus mortifère puisque orchestré par « les nouveaux maîtres du monde » contre les « multitudes ». Partout, les possesseurs du capital exploitent de manière éhontée puis jettent sans vergogne des « flux » de main-d’œuvre qui viennent alors grossir les rangs des outsiders. Partout, une économie de dévoration ravage les écosystèmes pour nourrir en « ressources » épuisables la méga-machine dont les rejets nocifs sont, de plus, impossibles à contenir désormais. Partout, les fractures sociales et écologiques poussent des pans entiers des sociétés humaines vers le désespoir. Sur ce terreau fertile des hommes et des femmes se prétendant de bonne volonté se font élire pour diriger à leur tour le système qui les a si bien servi jusqu’alors. Ils ne feront ensuite qu’aggraver le sort des plus humbles et renforcer celui des nantis car telle est la loi du capitalisme débridé dont ils ne songeront surtout pas à inverser le sens profond.
 
La mondialisation pourrait ne pas être malheureuse. Pour ce faire il faudrait qu’elle soit conduite autrement que par la domination exorbitante des firmes transnationales dont le capital est de plus en plus concentré dans les mains de gros actionnaires toujours plus gourmands. Dans de telles conditions, prôner le libre-échange comme mode dominant de fonctionnement des marchés ne peut qu’accroître les inégalités de développement tant à l’intérieur des nations que dans la confrontation des nations entre elles. La domination du libre-échange en donnant la priorité presque absolue à la dimension économique des activités humaines ne peut que favoriser l’affaiblissement progressif des normes de protection des communautés locales ou de l’environnement en général. Ce dernier avatar est évidemment insoluble en l’absence d’un droit international digne de ce nom. Enfin, la financiarisation exacerbée de l’économie, en renforçant toujours plus la volatilité des capitaux, ne fait que favoriser le risque de déstabilisation des économies locales rarement préparées à supporter les conséquences de décisions prises par des « donneurs d’ordres » souvent très éloignés des lieux de la production des richesses matérielles et des lieux de vie des hommes. Une autre mondialisation, basée sur le partage réel des richesses et une exacte connaissance des besoins des hommes partout où ils vivent, est éminemment souhaitable. Elle ne sera possible qu’au prix de la condamnation du néolibéralisme économique que des régimes politiques, que l’on fait encore mine de croire démocratiques, soutiennent contre vents et marées. Le changement radical n’est donc hélas pas pour demain matin !
 
Car, demain matin c’est le populisme mauvaise version qui va triompher en France – entre autres exemples européens – comme c’est désormais le cas aux Etats-Unis. Nous entendons là l’accession au pouvoir suprême de candidats portés par le désarroi des « perdants » – et de ceux qui croient l’être – à qui l’on a savamment désignés les boucs-émissaires responsables de leurs difficultés et des malheur du pays. Ces vainqueurs aux petits pieds eu égard aux défis du temps ne sont en rien des hommes d’ouverture sauf dans le domaine de la circulation du capital et de la recherche du profit quoi qu’il en coûte. Ils vont un peu plus, si ce n’est totalement, fermer les frontières aux « nouveaux envahisseurs », chasser de leur pays tous ceux qu’ils décréteront indésirables avec l’assentiment des pans déculturés de la société qui du coup aura bien du mal à garder ce nom. Donald Trump n’aime pas les Musulmans, les Noirs, les Mexicains notamment parce que ces derniers sont catholiques. Il rêve d’une Amérique des origines, blanche et protestante, qui au moment de la lutte pour les Droits civiques dans les années soixante n’existait pourtant déjà plus. Sa politique de fermeture au monde couplée à l’allègement sensible des impôts frappant les plus favorisés ne pourra qu’aggraver la situation des plus déshérités dont la hargne envers les faux coupables désignés grandira encore tout comme la réponse sécuritaire qui trouvera là un alibi commode pour justifier d’autres fermetures et un durcissement de l’arsenal répressif. Il semble que l’Europe pourra, de son côté, difficilement échapper au même scénario. Ainsi, l’idéal démocratique de l’Occident s’éloignera chaque jour un peu plus.
 
L’espoir en une démocratie vivifiée s’évanouit donc lui aussi. Ainsi, la Conférence des Présidents du Parlement européen a décidé le 17 novembre dernier de refuser à deux commissions du dit parlement le droit d’examiner le CETA, l’accord de libre échange EU-Canada. Cette décision est sans précédent. Depuis des semaines, les représentants de la droite, des libéraux et des sociaux-démocrates faisaient tout leur possible pour étouffer le débat sur le CETA, manœuvre après manœuvre. Avec cette décision, la boucle est bouclée : il n’y aura pas d’espace au Parlement européen pour un débat démocratique sur le premier des traités transatlantiques. La commission Commerce international (INTA) est en charge du dossier, et fait tout son possible pour empêcher d’autres commissions de se pencher sur l’accord, et d’étudier le texte sous d’autres angles : environnement, agriculture, démocratie, consommation, etc. Lors de la même réunion de la Conférence des Présidents, il a aussi été décidé de ne pas débattre d’une motion défendue par plus de 80 députés de toutes couleurs politiques, sur la légalité des dispositions de protection des investissements du CETA. Ces scandaleuses décisions montrent à quel point les fanatiques du libre-échange, y compris sociaux-démocrates, ont une peur bleue du débat sur le contenu de ce traité. Qui a dit pourtant que la démocratie c’est le débat ? Et l’on s’étonnera que les peuples n’y croient plus !
 
Pour changer les orientations profondes de la mondialisation il faudra d’abord renvoyer les hommes qui la façonnent. Albert Einstein n’avait-il pas dit : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont généré ». Honorons enfin cette parole par des actes.

COMMENTAIRES  

26/11/2016 01:18 par SZWED Christian

CETA gerber !

26/11/2016 01:43 par SZWED Christian

Il conviendrait de faire pression sur les futurs candidats à l’élection présidentielle française de 2017 aux fins de nous livrer leur position respective sur le CETA et notamment s’ils envisagent ou non de saisir la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE), pour être plus précis sur l’ICS,( l’ICS c’est l’Investment Court System, un des points inscrits dans le CETA). Il s’agit d’un nouveau système de règlement des litiges entre investisseurs et États. Cette cour d’arbitrage publique est composée d’un tribunal de première instance et d’une cour d’appel. Le juges qui y siègent seraient nommés par les pouvoirs publics.
Il convient en effet d’envisager très sérieusement que"La France demande un avis à la Cour Européenne de Justice concernant la compatibilité de l’ICS avec les traités européens."

La possibilité de saisir la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) figure dans l’article 218§11 du traité sur le fonctionnement de l’UE : "Un État membre, le Parlement européen, le Conseil ou la Commission peut recueillir l’avis de la Cour de justice sur la compatibilité d’un accord envisagé avec les traités. En cas d’avis négatif de la Cour, l’accord envisagé ne peut entrer en vigueur, sauf modification de celui-ci ou révision des traités."

26/11/2016 14:41 par jakodey

A Yann Fievet
Votre texte est lumineux et au fond du gouffre dans lequel les oligarques néolibéraux et leurs traîtres pseudodémocratiques nous ont précipités, il est une lueur : celle de l’espoir qui subsiste toujours dans les dernières fibres de la raison humaine.
Deux précisions cependant (très humbles) :
Trump "rêve d’une Amérique des origines, blanche et protestante" ! L’Amérique des origines, ce sont les Amérindiens génocidés par les protestants blancs. Eh oui hélasssssss cette "Amérique de rêve" repose et reposera toujours sur un génocide ignoble et méthodique (comme tous les génocides).
Deuxièmement "demain matin c’est le populisme mauvaise version qui va triompher en France", quelle erreur de jugement si vous pensez au front national de la sarl le pen. Je vais écrire un scoop : la le pen NE SERA JAMAIS ÉLUE à la Présidence de ce qui reste de la République Française. Parce qu’elle fait partie du cadre, du système, roue de secours minable et féodale de l’herpès (lr-ps). Et pour reprendre votre citation du grand Albert, elle fait partie des modes de pensée qui sont à l’origine du problème.
En bref : le fn n’a rien de populaire : c’est l’éternel vainqueur du premier tour, battu à plate couture au second. C’est et ce sera ainsi jusqu’a la fin . . . DU SYSTEME.
Alors où est l’espoir ? Une personnalité nouvelle venue (entre autre !) de la vague technologique du XXIème siècle.
Je pense à l’outsider aux analyses hors du commun : le Président de l’UPR. (upr.fr). Il peut être notre Lula Da Silva.
Encore une fois : François Asselineau est tellement BARRE DES GRANDS MERDIAS, que ce peut être lui : c’est la preuve irréfutable que le système en a une peur bleue. Et contrairement à Trump, il a une totale respectabilité. Et il est RASSEMBLEUR (hors clivage gauche droite qu’il laisse pour plus tard quand nous serons sortis du trou de la mondialisation néolibérale).
Le temps de commencer à virer la clique et de retrouver notre souveraineté populaire, notre monnaie et notre indépendance vis à vis de l’otan-usa, il se démettra de lui même. Ce n’est pas l’argent et les honneurs qui l’intéressent : c’est de tirer les gens de France, le peuple quelles que soient les origines et les croyances, hors du désastre.
Encore merci pour votre article fertile.

27/11/2016 15:27 par ozerfil

C’est un déni de Démocratie de la part de l’UE mais nous commençons à ne même plus être étonnés...

Par contre, je suis étonné de n’avoir pas voir vu LGS réagir à une motion de l’UE se préparant à bloquer la diffusion des sites russes sur Internet pour cause de "propagande" - encore une furieuse atteinte à la démocratie et aux liberté de presse et d’opinion...!!

Attention, les censeurs font toujours comme ça : ils commencent par le maillon qui fera le moins de vagues parce qu’il n’est pas consensuel puis, peu à peu, ils passent aux autres et lorsque vient le tour du dernier maillon d’être éliminé - c’est souvent le plus puissant, virulent et pertinent - il n’y a plus personne que lui pour le défendre et son sort est alors scellé...

Les médias, travailleurs et peuples doivent toujours être solidaires devant des attaques de leur droits car aujourd’hui c’est un et demain ce sera l’autre !!

27/11/2016 17:59 par cunégonde godot

La mondialisation pourrait ne pas être malheureuse. Pour ce faire il faudrait qu’elle soit conduite autrement que par la domination exorbitante des firmes transnationales dont le capital est de plus en plus concentré dans les mains de gros actionnaires toujours plus gourmands. Dans de telles conditions, prôner le libre-échange comme mode dominant de fonctionnement des marchés ne peut qu’accroître les inégalités de développement tant à l’intérieur des nations que dans la confrontation des nations entre elles.

La mondialisation (globalisation) capitaliste ou non capitaliste, n’est ni "heureuse" ni "malheureuse". Parce qu’elle fait disparaître toute problématique autre que la sienne. Parce qu’elle fait disparaître l’homme-individu, ne se satisfaisant que d’un sujet anonyme (un quidam) assignable et corvéable en tout point de la planète (le migrant, l’éternel errant), à qui il est proposé les les confiseries consolatrices religieuses, ethniques, identitaires, communautaires, etc. Ex. : l’ "Europe", puissant outil de la globalisation, exploitant des esclaves sans carte d’identité fournis par la Corée du Nord.
Le libre-échange – l’exercice même de la globalisation – ne peut, jusqu’à nouvel ordre être combattu qu’avec les armes de l’Etat-nation dans lequel les sujets sont devenus des citoyens, et cela depuis la Révolution française. Que l’on sache, nous en sommes toujours à cet endroit ! On ne peut combattre la globalisation par une "autre" globalisation – une "autre" Europe (!) – parce qu’effectivement « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont généré »...

04/12/2016 09:06 par babelouest

On en revient aussi toujours à une problématique simple : c’est au peuple, lui-même, dans ses quartiers, dans ses villages, dans ses immeubles, de prendre en main son propre avenir. Les décisions doivent être locales, et SUR CONSENSUS, ce qui évite la frustration des minoritaires. Si une affaire a un sens plus large, ce sont des délégués avec un mandat unique, précis et impératif qui iront en débattre avec d’autres délégués dans une assemblée géographiquement plus vaste. Là encore, ce sera au consensus, et il n’est pas certain que ce consensus se dégage : dans ce cas les délégués viennent rendre compte à leurs mandants, qui décident d’accommodements, ou pas.

La démocratie, c’est la décision DE LA BASE. Le reste, c’est de la poudre aux yeux. La mondialisation pourrait être un élargissement toujours plus vaste des délégations dans des assemblées toujours plus lointaines, mais seule la décision de la base compte.

(on notera que je n’ai en rien parlé d’argent, qui doit rester ou redevenir un simple moyen d’échanges de biens — ou même disparaître dans une société du PARTAGE)

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