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Bras de fer social sur les retraites : les points de vue croisés de Stéphane Sirot, Jean-Pierre Page et Benoît Foucambert

Jean Pierre Page, Stéphane Sirot, Benoit Foucambert

C’est un mouvement social historique, d’une puissance et d’une endurance record – dépassant désormais celle de décembre 1995 – qui s’est levé pour défendre les retraites des travailleurs face à la contre réforme lancée avec brutalité par un régime Macron aux ordres de l’Union Européenne et du MEDEF. Ancien responsable du département international et membre de la commission exécutive confédérale de la CGT et ancien responsable syndical du Val-de-Marne, Jean-Pierre Page a récemment signé chez Delga une analyse retentissante des évolutions de cette confédération : CGT, pour que les choses soient dites. Militant de terrain, responsable FSU dans le Tarn et en Occitanie, Benoît Foucambert est très impliqué dans la grève inter-pro en cours et dans la construction de l’unité d’action intersyndicale pour le retrait du projet Macron. Stéphane Sirot est un historien et un spécialiste de premier plan du syndicalisme et du mouvement social. Alors que la grève « tient » dans le transport ferroviaire et que le blocage des raffineries prend corps, Initiative communiste leur a demandé de répondre aux questions posées par notre journal. Voici le résultat de leur réflexion, dont nous les remercions chaleureusement. Georges Gastaud, directeur politique d’I.C.

Quels sont selon vous les points prometteurs du mouvement actuel et aussi ses points faibles qu’il faut travailler pour gagner cette bataille et les suivantes ?

Jean-Pierre Page : Les travailleurs en lutte depuis le 5 décembre et ceux qui les soutiennent, c’est à dire la large majorité de notre peuple ont compris une chose simple : ils vont devoir travailler plus longtemps et pour des pensions réduites. Ce constat que chacun peut faire, heurte l’esprit même de notre modèle social, héritage de nombreuses luttes sociales et politiques, du programme du CNR et des avancées progressistes de la Libération fondé sur la solidarité interprofessionnelle et intergénérationnelle. En fait, avec leur prétendue « réforme » le gouvernement, Macron et la commission de Bruxelles défendent un autre choix de société en livrant les milliards de nos caisses de retraite à la rapacité des assurances et des fonds de pensions notamment étasuniens. Cette réforme considérée par Macron comme « la mère des batailles » est le principal pilier de sa contre révolution libérale. Par conséquent, aujourd’hui agir pour sa retraite c’est lutter tous ensemble pour des valeurs et des principes, pour vivre dignement, et pour faire le choix d’une société qui ne sera pas fondé sur l’enrichissement de quelques entreprises financières et des oligarques privilégiés qui les dirigent.

Ce sentiment d’injustice que cette « réforme » inspire n’est pas indifférent à la détermination et à la combativité qui caractérise cette lutte dans laquelle se retrouve dans une grande diversité beaucoup de jeunes y compris étudiants et lycéens mais aussi par exemple des avocats ou le ballet de l’Opera de Paris. Ce qui est très positif c’est que l’action collective retrouve du sens, contribue à unifier à partir d’une conviction forte : nous sommes tous concernés, il faut retirer ce projet malfaisant ! Ceci constitue une dimension inédite, qui tourne le dos aux corporatismes. Comme on ne l’avait pas vu depuis longtemps, le secteur privé se retrouve aux côtés du secteur public. S’il est fait principalement état du mouvement gréviste chez les cheminots, à la RATP ou dans le secteur de l’énergie, ou encore chez les hospitaliers ou les enseignants, beaucoup d’autres entreprises sont engagées dans la grève avec l’objectif de se faire entendre en bloquant l’économie et en frappant le Capital là ou ça fait mal. C’est le cas par exemple dans les raffineries comme celles de Lavera ou de Grandspuits, les ports pétroliers comme celui de Fos. Nous sommes entrés dans une nouvelle période de l’affrontement de classes et de la contradiction Capital/Travail.

On est face à la logique d’un capitalisme qui est la cause. Cette prise de conscience peut progresser très vite, si bien sûr une importante bataille de convictions est menée sur ce point et pas seulement sur les conséquences. Nous n’en sommes pas tout à fait là mais le processus ouvert depuis quelques années et singulièrement depuis plus d’un an avec la bataille des gilets jaunes a créé des conditions plus favorables. Cela peut permettre une avancée significative dans le rapport des forces entre le Capital et le monde du travail. Résister, se rebeller demeurent donc des idées bien vivantes. L’ampleur de l’action collective montre que l’initiative peut changer de camp. Elle peut permettre un recul de la résignation et de la fatalité. Évidemment la grève constitue un sacrifice très dur pour un grand nombre de travailleurs et de familles modestes a fortiori dans des périodes comme celles que nous vivons , ce qui appelle à des efforts importants pour contribuer à tenir et donc pour la solidarité qu’elle soit matérielle ou politique.

Il faut noter aussi l’importance du soutien international. La France certes, n’est pas le seul pays où les peuples disent non au néolibéralisme, l’exemple de l’Amérique Latine le prouve.

Mais qu’un important pays capitaliste voie le peuple mobilisé est lourd de signification.C’est sans doute pourquoi il y a la crainte chez l’adversaire que cela devienne contagieux, d’où l’usage massif qui est fait de la répression. La France, disait Marx, est le pays où les luttes de classes se mènent jusqu’au bout. C’est à l’évidence, une source d’inspiration pour beaucoup de travailleurs dans le monde. Dans ce cadre, l’importante mobilisation internationale de la FSM, tranche singulièrement avec le positionnement d’organisations comme la CES qui découvre la grève le seul jour ou la CFDT y participe en lui apportant un soutien exclusif et tout en ignorant délibérément CGT et FO.

Il y a une grande combativité qui bouscule certaines idées reçues, des habitudes et met tout le monde au pied du mur, syndicats compris. Les exigences sont fortes, il faut les prendre en compte. Cela oblige ou devrait obliger à bien des remises en cause quant a des stratégies syndicales à l’efficacité discutable. Dans de nombreux cas des syndicats et des travailleurs se prennent en charge et s’assument indépendamment de certaines orientations confédérales voire ils les désavouent comme on l’a vu vis-à-vis de la CFDT et l’UNSA, et c’est tant mieux.

Je pense qu’il y a le risque chez certains dirigeants syndicaux à prétendre jouer la locomotive d’un mouvement, à encourager les corporatismes ou à vouloir incarner seuls une action de cette ampleur en faisant preuve d’un radicalisme jusqu’au-boutiste qui ne correspond pas à l’état d’esprit réel des travailleurs. L’excès est souvent la preuve de faiblesses, il est préférable de s’en libérer.

L’important me semble-t-il, c’est que cette mobilisation a un besoin urgent de trouver un débouché politique. C’est là un obstacle majeur qui gêne toutes recherches d’alternatives et de perspectives. Il y a bien des années le patronat avait l’habitude de dire qu’on ne fait pas la même politique dans un pays avec une influence communiste à plus de 20% et une CGT activement présente dans les entreprises. Il est un fait que l’acceptation peu ou prou de l’ordre néolibéral, ou celui des institutions européennes considéré comme un horizon indépassable par de nombreuses organisations syndicales et politiques ne sont pas sans contribuer aux fantasmes d’une Europe qui pourrait être sociale. L’illusion aussi que des propositions pourraient à elles seules permettre de se faire mieux entendre en justifiant le choix d’un partenariat social dégagé de contradictions de classes est tout aussi dangereux. Tout cela a un effet pédagogique désastreux.

Ce qui est positif c’est que le mouvement actuel n’est pas sans avoir commencé à s’émanciper de ces comportements qui depuis plus de 25 ans ont conduit aux défaites et aux impasses. Ainsi je constate qu’en se dégageant de la stratégie de grèves saute-mouton et d’un syndicalisme rassemblé, la clarté se fait peu à peu. Il n’est plus tabou de parler de grève générale, de blocage de l’économie. C’est encourageant, à condition bien sûr d’en tirer les conséquences.

Stéphane Sirot : Le mouvement social entamé le 5 décembre présente de nombreux atouts. Il apporte tout d’abord, s’il en était besoin, la démonstration de l’existence d’un socle de critique sociale et de combativité de très haut niveau. A cet égard, il semble intéressant de replacer l’actuelle mobilisation dans une chronologie plus large. En effet, depuis la contestation de la loi dite El Khomri en 2016, la France traverse une période d’ébullition sociale quasi-permanente. A la fin du quinquennat Hollande, l’opposition à cette loi « Travail » suscite un nombre record de journées d’action, de mars à juillet 2016, tandis que se déploie parallèlement le mouvement « Nuit debout ». Au passage, le coup de grâce est alors donné à la candidature du président social-libéral en vue d’un second quinquennat. Puis Emmanuel Macron élu par défaut en mai 2017, l’une de ses premières initiatives consiste à détricoter encore un peu plus le code du travail, avec les ordonnances portant son nom, qui génèrent plusieurs journées de mobilisation ponctuelles rencontrant une nouvelle fois l’échec. Mais de la fin de l’année 2017 à l’été 2018, une vague de conflits sociaux ininterrompue secoue de nouveau le pays, des gardiens de prison aux cheminots, en passant par le personnel des EHPAD, de santé, les fonctionnaires ou encore les étudiants. Après la parenthèse estivale, commence à l’automne 2018 et pour plusieurs mois le mouvement des Gilets jaunes. Une nouvelle pause estivale plus tard, le 13 septembre 2019, la grève de masse des agents de la RATP augure de l’ampleur présente des grèves et des manifestations, dont nul ne peut prédire ni l’issue ni la durée. Autrement dit, le mouvement social d’aujourd’hui est le maillon d’une chaîne contestataire d’une extension chronologique largement inédite.

Un autre point intéressant porte sur les pratiques déployées. Si les journées d’action continuent de ponctuer le déroulement de la protestation contre la contre-réforme des retraites, elles ne sont plus l’unique forme de mobilisation dont usent les syndicats. Une résurgence des grèves reconductibles, accompagnées de leurs traditionnelles assemblées générales quotidiennes, est à l’œuvre. Sans doute le retour d’expérience des échecs du passé récent participe-t-il de cette réappropriation d’une méthode pourtant historiquement classique, mais largement abandonnée lors des mouvements sociaux d’ampleur nationale. De la mobilisation de 2003 contre l’allongement de la durée de cotisation des fonctionnaires pour leur retraite jusqu’à celui de 2016 contre la loi El Khomri, en passant par celui de 2010 contre la réforme Sarkozy repoussant de deux ans l’âge légal de départ à la retraite, tous ont connu l’échec, à partir de pratiques tendant à privilégier la manifestation sur la grève. Dans les chemins de fer, au printemps 2018, la tentative d’innover en appelant à la grève deux jours sur cinq, tout en annonçant le calendrier des arrêts de travail plusieurs semaines à l’avance, s’est révélée infructueuse. Le bilan globalement négatif de ces contestations, en termes de capacité à faire plier les pouvoirs politiques, est sans doute suffisamment récurrent pour interroger sur les méthodes susceptibles de faire triompher les revendications. S’ajoute à cela l’une des démonstrations faites par le mouvement des Gilets jaunes : seules des approches transgressives de la lutte sociale sont plus que jamais propices à faire trembler l’ordre dominant et à le contraindre à s’orienter vers des concessions. Or, là aussi, il est possible d’observer une réappropriation de méthodes transgressives (blocages, coupures de courant, manifestations inopinées, etc.) dans le champ syndical, qui avaient volontiers été mises entre parenthèses, au nom d’une unité des syndicats alignée sur le plus petit dénominateur commun, ou de la « bataille de l’opinion », parfois envisagée comme une fin et non comme un moyen à l’intérieur d’un rapport de forces plus général.

Cela dit, y compris vis-à-vis de l’opinion publique, la lutte pour le retrait de cette contre-réforme dispose d’atouts majeurs : son universalité d’une part, chacun se sentant ainsi concerné ; l’image du « président des riches » et de son gouvernement d’autre part qui, quoi qu’il advienne, ne sont pas crédibles lorsque leur socle argumentaire est fondé sur la rhétorique du « progrès social », leur politique étant jugée structurellement inégalitaire par les trois quarts des Français.

Bref, ce mouvement social présente une somme d’atouts non négligeable. S’il fallait lui trouver un point faible, il me semble résider avant tout et une nouvelle fois dans son manque de relais et de débouchés politiques. L’état et l’émiettement des forces naturellement susceptibles de les lui fournir est un handicap, dans la perspective d’une métamorphose de la capacité de résistance dont fait preuve le monde du travail d’une dimension défensive vers une perspective offensive qui, seule, peut permettre de reconquérir ce que les politiques libérales ont ôté au peuple depuis bientôt quarante ans. Et de sortir ainsi du seul schéma réactif à l’œuvre dans le cadre des mobilisations sociales nationales depuis, somme toute, mai-juin 68 !

Benoit Foucambert : Le point fort du mouvement actuel tient beaucoup au stade de développement de nos sociétés et des contradictions qui les traversent. En gros, le pouvoir est détenu par les représentants directs des très grandes entreprises, ce qu’on appelait autrefois le grand capital monopoliste, dont les « gens » peuplent les ministères, la haute administration, contrôlent les grands médias... Cette fraction dominante de la classe dominante s’appuie sur des couches formellement salariées hautement privilégiées et directement intéressées au pouvoir du capital : (universitaires médiatiques, juristes de connivences, publicitaires, éditorialistes cumulards,...) et sur un appareil répressif renforcé.

Cette caste impose à tout le reste de la population sa politique de régression sociale au profit des seuls intérêts du grand capital, heurtant non seulement certaines couches salariées dites moyennes et en voie de prolétarisation (les enseignants par exemple), mais aussi les couches non monopolistes étranglées elles-aussi par les grands groupes financiers ou les grandes entreprises donneuses d’ordres.

Si bien que nous observons depuis des décennies un vaste affrontement de classes tantôt silencieux tantôt ouvert entre les intérêts du capital monopoliste et ceux du reste de la population, dessinant la possibilité d’un rassemblement populaire majoritaire contenant l’écrasante majorité du salariat mais aussi des couches non monopolistes : artisans, petits producteurs, certains professions libérales, petits et moyens paysans, sans parler de certains prolétaires relevant en apparence du petit patronat (auto-entrepreneurs, « ubers », etc.)...

1995, 2003, 2005, 2010 et aujourd’hui décembre 2019 sont chacun à leur manière des moments de cristallisation de cette lutte avec des mouvements sociaux très forts, très puissants soutenus par la majorité de la population.

La question des retraites, centrale dans la lutte actuelle mais pas seule tant celle-ci concentre les colères accumulées depuis des années, permet de fédérer cette alliance de divers groupes sociaux partageant le même intérêt et explique la puissance du mouvement actuel, même s’il ne faut pas oublier le mouvement des gilets jaunes qui a rallumé le feu de la révolte populaire chez beaucoup. En tout cas, le « tous ensemble en même temps » qui s’exprime avec force dans les cortèges et les AG a une base matérielle réelle qui lui donne sa force et qui fait peur au pouvoir, lequel sait que nous ne sommes pas très loin du seuil critique où peut s’allumer la grève générale.

Ce dernier peut néanmoins s’appuyer sur un certain nombre de tendances qu’il a lui-même favorisées. Ainsi l’éclatement des secteurs industriels et des concentrations ouvrières a affaibli le syndicalisme dans les entreprises privées et l’emploi massif d’intérimaires, d’auto-entrepreneurs ultraprécarisés pèse sur l’organisation collective de la classe et sur les capacités de mobilisation. Même si l’on constate de nombreux arrêts de travail dans le privé, le mouvement actuel est encore tiré massivement par les travailleurs de la FP ou des services publics ainsi que par les secteurs du privé où existent encore des « bastions syndicaux » rouges comme dans la chimie ou les ports. Ces derniers, comme les cheminots, les électriciens-gaziers ou les travailleurs de la RATP mènent un magnifique combat de classe. Les autres secteurs comme l’enseignement répondent massivement aux appels nationaux, mènent des actions reconductibles et les AG inter-pro qui se développent à la base sont porteuses d’espoir car elles construisent le tous ensemble dans l’action continue.

Mais on doit constater la difficulté initiale à coordonner les secteurs entre eux et à fixer une stratégie commune. Si le but est d’amener le gouvernement à entendre les revendications, les manifestations réussies peuvent suffire ; s’il s’agit de le contraindre à écouter, autrement dit de le faire reculer sur ses projets, il faut construire un rapport de forces de grande ampleur et cela doit se préparer, s’annoncer, se construire avant même le déclenchement du conflit. Dire « on s’engage et on verra bien », ne peut suffire.

Ce qui manque encore, c’est l’affirmation explicite par les organisations syndicales nationales que face à la guerre sociale que mène ce pouvoir, il nous faut construire le blocage des profits capitalistes. Or, un tel blocage ne s’improvise pas, cela se prépare minutieusement et c’est sûrement cet aspect qui pêche encore quelque peu, au-delà de la magnifique combativité des travailleurs en lutte.

Ce qui manque enfin, mais ça ne date pas d’aujourd’hui, c’est une perspective politique de changement de pouvoir et de société dynamisant les luttes et s’appuyant sur elles. Cela passe bien sûr par la mise en cause radicale du système dans lequel nous vivons ainsi que des institutions nationales et supranationales qui en sont issus. Le socle sociologique objectif d’une telle perspective existe comme on vient de le voir.

Et comme la lutte actuelle est un formidable accélérateur de l’histoire et que les consciences avancent très vite, nous pouvons avoir bon espoir qu’elle puisse gagner ou au pire créer les conditions subjectives d’une victoire proche.

Faut-il se réjouir de l’”opposition” de la CFDT à un aspect de la contre-réforme, ou ne faut-il pas, expérience faite des trahisons de cette centrale, concevoir l’unité des forces syndicales sans l’”apport” de Laurent Berger ?

Benoit Foucambert : Vous savez, le poids réel de la CFDT dans les luttes est très faible. Quand celle-ci a appelé à manifester le 17 décembre dernier, le cortège de la CFDT représentait par exemple à Albi 50 personnes sur les 15000 de la manifestation. Il semble que la CFDT et Laurent Berger qui la dirige sont et seront utilisés par le pouvoir et les médias pour tenter de diviser le mouvement.

Pour autant, on peut observer avec intérêt que certaines bases CFDT qui restent ont désavoué Laurent Berger, par exemple la CFDT cheminots qui n’a pas voulu le suivre dans sa volonté affirmée avec Macron d’une trêve de Noël.

Plus généralement, pointer le seul âge pivot et soutenir la retraite par points comme le fait la CFDT n’a aucun sens et la seule intersyndicale qui fait sens est celle portée depuis le début par la CGT, FO, FSU et Solidaires sur la base très explicite du retrait de la contre-réforme dans son entier et pas seulement sur tel ou tel aspect ou pour telle ou telle corporation. C’est ce qui ressort massivement de tous les cortèges et de toutes les AG.

D’ailleurs, le dispositif macronien est tel que, même si le pouvoir retirait la mention officielle des 64 ans, la combinaison des critères imposés aux « partenaires sociaux » pour gérer les retraites à points (plafonnement à 14% du PIB, exigence toute maastrichtienne de l’équilibre comptable à tout moment alors que l’on tarit les cotisations par le vol du salaire différé ou socialisé, croissance du nombre de retraités...) conduirait lesdits « partenaires », savoir le MEDEF et la CFDT, à augmenter d’eux-mêmes progressivement l’âge de départ, comme ils font déjà pour les complémentaires AGIRC/ARCO. Mais c’est sans doute cela que la CFDT appelait jadis l’ « autogestion », et qu’elle nomme aujourd’hui, à l’allemande, la cogestion : la gestion par les travailleurs eux-mêmes de la régression sociale travestie en « négociation ».

Jean-Pierre Page : Il va de soi qu’il ne faut pas entretenir d’illusions sur la CFDT, il ne s’agit pas d’un ralliement tardif à la lutte. Évidemment son attitude n’est pas indifférente à la détermination du mouvement revendicatif. Toutefois, je pense qu’on ne saurait réduire le rôle de la CFDT à des trahisons mêmes si dans les faits cela peut apparaître souvent comme tel. La CFDT est typiquement un syndicat de collaboration de classes, son antériorité confessionnelle n’y est est sans doute pas étrangère. Elle développe avec Macron et son gouvernement un partenariat complice qu’illustrent maintes déclarations des représentants du gouvernement, du parti au pouvoir, du patronat abondamment relayé par les médias aux ordres de l’Elysée.

Cela dit, la CFDT et Laurent Berger dont on oublie souvent qu’il est le président de la Confédération européenne des syndicats (CES) sont cohérents avec eux-mêmes. Berger est pour la réforme du système de retraites à points voulu par Macron et Bruxelles, il ne s’oppose que sur un sujet, celui de l’âge-pivot à 64 ans.

Pour ma part je pense qu’il y a dans l’apparent revirement de la CFDT, un scénario de sauvetage en faveur de Macron et sa « réforme ». On va probablement mettre en scène un recul du gouvernement sur l’âge-pivot et sur quelques petites améliorations. Cela sera mis au crédit de la CFDT, ce qui permettra de revaloriser son image et celle du syndicalisme réformiste, raisonnable, de propositions et de négociations. Ce sera aussi la preuve de la capacité d’écoute du gouvernement, permettra de sauver le soldat Macron et la politique européenne en matière de retraites des conséquences politiques de ce mouvement de grèves sans précédent dont les gilets jaunes ont été les précurseurs, d’isoler la fraction la plus combative des travailleurs en lutte et des secteurs de la CGT qui défendent des positions de classe.

Cela souligne combien il importe de faire la clarté en permanence sur le rôle des uns et de autres, dans et hors la CGT. La poursuite et le succès de l’action en dépendent. Comme disait Sun Tzu dans L’art de la guerre, « si tu connais ton ennemi et si tu te connais toi même tu ne dois pas craindre le résultat de 100 batailles ». Cela est d’autant plus indispensable que certains dirigeants syndicaux se sont félicités de la décision de la CFDT pour le 17 décembre voyant là sans doute une nouvelle justification de la stratégie de syndicalisme rassemblé. Il faut donc rappeler que la participation de la CFDT fut parallèle et sous une autre forme qu’un appel à manifester aux côtés de la CGT, FO, FSU, UNSA. Son appel à la trêve pour les fêtes de fin d’année même, s’il fut un échec, participe à l’intense propagande médiatique visant à discréditer la grève .Mais par-dessus tout, ce qu’il faut retenir de la décision de la CFDT en faveur du 17 décembre, c’est qu’elle fût sur des objectifs radicalement différents que le retrait pur et simple de la réforme.

Stéphane Sirot : L’opposition de la CFDT à l’« âge pivot » a sans doute eu sur le moment un effet positif vis-à-vis de l’opinion publique : elle a pu convaincre les moins politisés et les plus hésitants de la nature néfaste de cette contre-réforme.

En revanche, elle n’a pas contribué à renforcer la mobilisation sur le terrain : les cheminots CFDT, en décalage avec leur confédération, étaient déjà dans la lutte, tandis que l’appel confédéral à manifester le 17 décembre n’a guère grossi les rangs des cortèges, ni ceux des grévistes. De plus, le positionnement de Laurent Berger, abondamment relayé par les médias dominants, a focalisé une bonne part des débats sur la question de l’« âge pivot », le principe de la retraite par points étant dès lors présenté à l’envi comme une thématique subsidiaire, sinon définitivement actée.

Le syndicalisme de « partenariat social » ou de lobbying défendu par la centrale dite réformiste (ou devrait-on plutôt dire contre-réformiste !) a paru par ailleurs menaçant pour la dynamique de mobilisation dans la mesure où, de toute évidence, ses dirigeants ont tenté, par rencontres et discussions téléphoniques interposées, d’élaborer une échappatoire pour eux-mêmes et le gouvernement. Elle aurait consisté à voir ce dernier lâcher sur l’« âge pivot », de manière à permettre à la CFDT de se désengager tout en faisant valoir un « succès » et en ouvrant pour le pouvoir la perspective d’un affaissement de la grève dans les transports et, donc, d’une mort lente du mouvement social.

Le jusqu’au-boutisme gouvernemental n’a pas pour l’instant permis à ce scénario de se déployer, mais rien ne dit qu’il n’en sera pas ainsi début janvier, avec la reprise des « concertations ».

Autrement dit, l’issue positive d’un mouvement social tel que celui que nous connaissons dépend avant tout de la légitimité des revendications portées et des décisions prises par les assemblées générales de grève, et non de l’unité des confédérations. D’autant plus lorsqu’une partie de ces dernières, à l’instar de la CFDT, mais aussi au plan national de l’UNSA et de la CFTC, ne pensent qu’à contourner les rapports de forces et à échafauder des compromis systématiquement à perte avec des interlocuteurs institutionnels dont, au fond, les exigences sont jugées plus légitimes que celles portées par les salariés en mouvement, soutenus par la majorité des Français.

De surcroît, ce champ syndical contre-réformiste se trouve en grande difficulté. D’une part, il est parfaitement stérile lorsque le « partenaire » gouvernemental ou patronal refuse la main qu’il lui tend. D’autre part, il a vu le syndicalisme cadre se détacher de lui : la CFE-CGC, fait inédit, s’est placée au côté de la contestation et, contrairement à ses habitudes, a appelé à mobiliser et à manifester. Cela contribue à modifier utilement le rapport de forces au sein du champ syndical.

Les tracts syndicaux ne disent rien de la “recommandation” européenne qui somme la France d’instaurer un “régime unique de retraite” pour “faire plusieurs milliards d’économies”. N’est-il pas dommageable à la lutte de faire silence sur la nature de la construction européenne ?

Stéphane Sirot : L’Union européenne ultralibérale est en effet un angle mort du mouvement social. Cela alors même que la contre-réforme des retraites fait partie de la panoplie d’injonctions déployée par les institutions communautaires pour poursuivre le pillage du travail au profit du capital. Il n’est d’ailleurs pas un hasard si l’UE et l’OCDE s’affichent parmi les plus ferventes partisanes de la retraite par points et, in fine, par capitalisation. Il y a là un énorme marché potentiel et un gigantesque gisement de profits.

Ce silence peut s’expliquer par une conjonction de raisons et d’hypothèses. Tout d’abord, il est vrai que les grands mouvements sociaux se développent historiquement dans un cadre national et interpellent directement les décisions de l’Etat, perçu comme le principal responsable et l’interlocuteur directement saisissable. Pour franchir un palier et mettre les choses en perspective, une formalisation du contexte global par les responsables syndicaux, appuyés par des relais politiques, paraît indispensable.

Or, du côté syndical, la mise en cause de la construction européenne n’est plus guère à l’ordre du jour au niveau confédéral. Elle ne l’est pas du tout du côté du champ contre-réformiste ; elle ne l’est que très marginalement et avec moult précautions du côté du syndicalisme de « transformation sociale ». Les uns et les autres étant inclus dans la Confédération européenne des syndicats, ancrée dans une démarche d’accompagnement de la construction libérale de l’Europe, pour au mieux en amortir les chocs, mais sans jamais la remettre structurellement en question. N’est-il d’ailleurs pas significatif de constater que la CES a attendu la journée d’action du 17 décembre pour publier un communiqué de soutien aux syndicats français, c’est-à-dire au moment où la CFDT a appelé à manifester. En revanche, cette même CES a fait silence sur les précédentes journées, dont celle du 5 décembre. En somme, tant que le principal syndicat contre-réformiste n’a pas appelé à rejoindre les cortèges, la CES est demeurée muette. Comme si, au fond, la seule revendication légitime était celle de l’aménagement de la contre-réforme des retraites, et non son abandon.

Du côté politique, plus particulièrement des forces de gauche voire d’extrême-gauche, la critique de la construction européenne manque également très souvent de force et de clarté, quand elle n’est pas strictement identifiée à une forme de nationalisme. Ce qui, au passage, contribue à faire le jeu de l’actuel ordre dominant, qui cherche à organiser l’espace politique, tant au niveau national qu’européen, autour d’un clivage « progressisme » contre « nationalisme ».

Outre l’infirmité critique à laquelle cette situation renvoie, elle est dommageable pour le monde du travail et ses mouvements sociaux. Elle contribue, au fond, à les placer systématiquement sur la défensive, en réaction à de nouvelles et constantes offensives de l’extrême-libéralisme au pouvoir, tout en nourrissant la position d’attente d’une extrême-droite trop contente d’apparaître en alternative majeure à cet extrême-libéralisme. Ce qui rend d’autant plus urgente une sortie de ce schéma mortifère.

Benoit Foucambert : C’est un fait général qui rejoint ce qu’on disait plus tôt. Le capital monopoliste organisé au niveau continental a donné naissance et contrôle l’Union Européenne sur la base de traités qui gravent dans le marbre sa domination. Directives, recommandations et autres règlements européens vont tous dans le même sens, celui des intérêts du grand capital. C’est vrai dans l’énergie (privatisation d’EDF), les transports (privatisation de la SNCF), dans l’Éducation (réformes Blanquer)... mais aussi pour le droit du travail comme pour les retraites. Les lois « travail » El-Khomri-Macron répondaient ainsi aux recommandations européennes, de la même manière qu’aujourd’hui la retraite par points répond aux recommandations de Bruxelles en même temps qu’à celle du MEDEF, les premières étant des « copié-collé » des secondes.

Alors oui, la question européenne doit être intégrée à la réflexion et à l’action syndicales et ne doit en aucun cas constituer un tabou ou un fétiche. Aujourd’hui, ce n’est pas seulement Macron qui attaque les travailleurs, c’est l’ensemble des forces dominantes organisées au niveau national et supranational.

Au lieu d’entretenir je ne sais quel mythe autour d’une Europe sociale introuvable, il aurait par exemple été ô combien utile d’utiliser l’exemple de la lutte victorieuse des travailleurs belges contre la retraite à points il y a deux ans pour se préparer au conflit en France. Tant il est vrai que le souci de la souveraineté des peuples européens, dont le nôtre, ne contredit pas mais complète le souci de déployer la seule Europe qui vaille, celle des luttes.

Si l’on veut gagner sur le fond, il nous faut battre le pouvoir qui nous étrangle. Celui étant organisé au niveau national, mais aussi dans l’UE, nous n’avons pas le choix de lutter ou pas contre cette construction européenne comme l’a d’ailleurs longtemps fait la CGT. Sans oublier bien sûr de développer des liens de luttes avec les travailleurs des autres pays de l’UE qui subissent la même politique de casse sociale généralisée.

Jean-Pierre Page : Il est évident que le silence syndical sur les directives européennes en matière de retraite constitue une faille dans la bataille et par un autre côté un aveu embarrassant, qu’exploitent Macron et son gouvernement. La déclaration de la CES en appui flagrant à la CFDT est significatif. En Belgique la mobilisation sociale et politique a fait échec à la retraite par points, on ne peut donc que s’étonner de voir les confédérations dans la plupart des pays européens n’en tirer aucune conséquence. L’Union européenne veut en fait mettre en place une tombola. Partout où ce système a été imposé, les montants des retraites ont diminué, l’âge-pivot a reculé. En Allemagne le niveau des retraites a baissé de 10% par rapport aux salaires. Le nombre d’Allemands qui vivent en dessous du seuil de pauvreté a été multiplié par deux depuis 1990, de plus en plus de pauvres fréquentent les banques alimentaires, près de trois millions des plus de 65 ans vivent sous le seuil de pauvreté. En Suède souvent citée en exemple, on doit travailler jusqu’à 68,5 ans pour toucher le montant que l’on avait avant la réforme, à 65 ans.

Cette situation catastrophique est connue mais elle n’inquiète pas ce rouage des institutions européennes qu’est la CES, tout simplement parce qu’elle adhère sans restrictions aux finalités de la construction européenne qu’elle se garde bien de critiquer, d’autant qu’elle en dépend financièrement. On n’entend pas plus les directions des confédérations syndicales en Europe, y compris la CGT, s’exprimer sur la nocivité de cette politique qui vise à l’alignement par le bas en développant une précarité à outrance et en cassant les systèmes sociaux.

Il est quand même incroyable que Thierry Breton à peine nommé nouveau commissaire européen interpelle fermement le gouvernement français sur l’absolue mise en œuvre d’un système de retraites à points. Silence dans les rangs syndicaux !

Ainsi, le Programme national de réforme (PNR) qui résume les engagements annuels de Paris vis-à-vis de l’Union européenne, et dont la dernière copie fut remise à Bruxelles en avril 2019, stipule notamment : « l’accès à l’emploi et la revalorisation du travail constituent une priorité, en réformant le marché du travail et en réduisant les charges, en revalorisant les revenus d’activité, et en modernisant les systèmes d’assurance chômage et de retraite ».

On attend encore la réaction des syndicats. Il est vrai, que le récent congrès de la CES a, lui, cru bon de souligner le caractère positif de l’action de la commission de Bruxelles en félicitant Jean-Claude Junker « d’avoir sauvé l’Europe sociale ».

Comment accepter lorsque l’on est syndicaliste CGT de se retrouver sous la coupe de la CES qui est désormais dirigée par le chef de la principale organisation syndicale qui soutient avec la CES la retraite à points ? Sans parler du soutien de Laurent Berger nouveau président de la CES a apporté à l’idée même « d’union sacrée » voulu par Macron et son entourage directement associé à la haute finance des fonds de pensions et assurances privées comme l’a illustré Jean-Paul Delevoye.

Le moment est venu de tirer les conclusions de toutes ces compromissions qui desservent la crédibilité du syndicalisme et de l’action collective. La force du mouvement revendicatif actuel offre une opportunité pour contribuer à « régler le solde de tout compte ».

 https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/bras-de-fer-social-sur-les-retraites-les-points-de-vue-croises-de-s

COMMENTAIRES  

01/01/2020 11:36 par benzekri

Seules des coordinations durables à la base peuvent mettre un terme aux compromissions
Le contexte actuel est favorable aux résistants et à toutes celles et ceux qui se tiennent debout
Ne lâchons rien, Macron et sa clique vont craquer...

Voici une contribution au débat :

Nous...
Le Nous solidaire en langage de cygne face au nous des loups solitaires
Nous les « maîtres » du monde,
• Pillards des richesses des peuples et exploiteurs d’une main d’œuvre bon marché d’hommes, de femmes et d’enfants.
• Fauteurs de guerres, de troubles et propagateurs de la terreur et du terrorisme pour tétaniser les gens et tenir les peuples par la peur
• Inventeurs d’une « dette » artificielle pour racketter les peuples afin de les empêcher de réaliser des projets en faveur de l’humain, du respect de la nature et de tout ce qui vit et fait la vie (Santé, Education, Energie, Transport, Arts et Loisirs, Sport...)
• Profiteurs des marchés « légaux » et illégaux comme les trafics de drogues, la prostitution, les réseaux de pédophilie, de la contrebande et fomenteurs de crises économiques et financières pour mettre la main sur les économies des classes moyenne et modeste.
• Corrompus et corrupteurs des consciences faibles -les chiens de garde- pour organiser la répression contre les rebelles et une propagande pour manipuler sans modération pour en faire toujours plus des cerveaux disponibles.
• Faiseurs et défaiseurs des états faibles et de leur fausse opposition pour pouvoir naviguer entre blanc-bonnet et bonnet-blanc en promettant à chaque fois le changement pour demain ; demain qui reste sans lendemain.
• Organisateurs de coups d’Etat pour mettre en place des régimes corrompus et réactionnaires afin de nous permettre de continuer à faire fructifier nos affaires...
Reconnaissons cependant avoir commis une faute grave pour avoir misé sur une majorité minoritaire ; sur un petit Pétain entouré d’un ramassis d’opportunistes et de crétins...
A cause de ses excès nous avons eu plus d’une année de souffrance avec ces Gilets Jaunes qui ont réussi à faire la jonction avec les rebelles de France...
Au-delà de la retraite nous comptions imposer un esclavage moderne avec l’aval de certains dirigeants syndicaux jaunes du début à la fin de vie et nous voici à présent bien servis : la classe ouvrière est aujourd’hui libérée et debout et les artistes de l’Opéra nous résistent avec la grâce et délicatesse du cygne : rossignols (*) dans l’âme, ils rejettent nos faveurs avec cette clause du grand-père et exigent le respect de leur statut et pas seulement pour eux.
Les Etoiles de l’Opéra ont opposé un NOUS solidaire face au nous solitaire ! A nouveau les étoiles brillent dans les yeux des enfants qui se nourrissent des Beaux-Arts.
Respect à cette France qui ose dire haut et fort NON à la survie et OUI à la Vie ! HB
(*) Le rossignol refuse de bâtir son nid dans une cage pour ne pas léguer l’esclavage en héritage à ses petits.

01/01/2020 12:23 par Chris

Même si le constat fait par Sirot, Foucambert et Page ne représente pas un regard nouveau, cela fait du bien de comprendre que le mouvement social ne doit plus se tromper sur les causes et les tenants de l’ordre libéral qui sévissent sur lui.
Travaillant dans le privé, je suis syndiqué à la CGT depuis de nombreuses années où j’y ai quelques responsabilités. J’adhère aux valeurs et à la finalité de l’action syndicale prônées par l’OS, pour autant l’appartenance à la CES hérissent et ébranlent mes convictions, mêmes les plus profondes...

02/01/2020 12:07 par RV

Pour ma part, je m’inscrit en faux quand à l’absence de solution/proposition politique.
Je considère que le programme de la FI répond à la plupart des revendications défendues et par les Gilets Jaunes et par le mouvement pour le retrait de la contre-réforme des retraites.
Les résultats électoraux des européennes ne me font pas changer d’avis.
En France ils sont le plus souvent assez différents de ceux des élections nationales.
Le pilonnage médiatique contre la FI m’apparait comme un marqueur de sa dangerosité pour le système.

03/01/2020 10:45 par Jean Louis

Et je rajouterai au commentaire précédent sur la FI avec lequel je suis en phase que s’il y a bien quelqu’un qui systématiquement dans ses discours fait référence à l’UE et aux exigences de la commission c’est bien JL Mélenchon que le "système " passe son temps à caricaturer sous n’importe quel prétexte pour le détruire.

03/01/2020 12:30 par Toff de Aix

"Comment accepter lorsque l’on est syndicaliste CGT de se retrouver sous la coupe de la CES qui est désormais dirigée par le chef de la principale organisation syndicale qui soutient avec la CES la retraite à points ?"

C’est simple, on le refuse.
Il me vient à la mémoire un congrès de la fédération des organismes sociaux à laquelle j’appartiens, ou nous avons vertement interpellé le moustachu, en refusant à une écrasante majorité l’adhésion de notre fédé à la ces(il était venu pour ça le bougre !) , et en lui disant que nous n’allions pas lâcher 17 000 euros par an (le coût de l’adhésion) à un "syndicat" qui prônait ouvertement dans ses statuts la privatisation de nos organismes de sécurité sociale.

Je me rappelle, il l’a tres mal pris, jusqu’à ce qu’une camarade prenne la parole à la tribune pour enfoncer le clou... "vous n’avez pas à me faire de leçons de syndicalisme !" tu lui as alors rétorqué. Tu l’avais mal pris... Pauvre petit !

Ben si, camarade. On te fait des leçons, parce que tu déconnes. Et en plus, on brandit des drapeaux de la FSM dans notre UD. C’est dire !
Et EN PLUS, on va y adhérer bientôt, à la FSM ! Souviens toi du dernier Congrès, ta réélection était la plus médiocre de toute l’histoire la cgt camarade. Tu es toujours sur un siège éjectable, et c’est toujours LA BASE QUI DÉCIDE.

Et la base est de plus en plus conscientisée, n’en doutez pas une seule seconde !

03/01/2020 16:13 par benzekri

D’accord avec RV cependant donnons une possibilité à chaque formation et ou personne de se retrouver dans un projet ouvert et établi loin de tout esprit partisan...

J’ai une sensibilité politique mais je n’appartiens à aucune formation ; seul l’intérêt général me guide.

Gilets jaunes, résistants, le moment est venu pour nous de concrétiser ...

Mettre un terme à ce monde immonde -au-delà des retraites- et bâtir un monde humain...
Nos enfants nous disent avec des yeux qui brillent, nous disent en silence : « Pourrions-nous compter sur vous, maman, papa, pour ne pas nous léguer l’esclavage comme héritage ? »
Ami(e)s gilets jaunes et résistants de toutes les sensibilités, si le projet qui suit répond à vos souhaits, pourquoi ne pas le soumettre à l’adhésion de celles et ceux qui se déclarent contre les injustices et pour un changement radical et les inviter à se mobiliser pour le mettre en place ?
Bâtissons une démocratie véritable...
• La France mérite mieux que cette précarité qui s’aggrave et se généralise ; les citoyens de France ont besoin d’un monde humain pour vivre et réaliser des projets qui améliorent qualitativement leur vie tout au long de la vie.
• Une démocratie qui laissera au peuple le pouvoir de choisir et, s’il le faut, démettre ses représentants dès qu’ils s’avèrent défaillants ou malhonnêtes...RIC.
• Le problème ne réside pas dans le choix des femmes et hommes qui vont exercer la gestion du pouvoir mais dans celui de savoir pour quel projet de société et dans l’intérêt de qui. Des barrières réelles et/ou psychologiques ont empêché les formations, les gens de se rassembler et si les GJ qui se sont déclaré Trans partisans joue le rôle de trait-d’union avec ce projet ouvert aux formations et aux individus qui se sentent proches de ces idées.
Pour que le projet soit juste, démocratique et viable, la condition sine qua non pour un réel changement est que celles et ceux qui sont intéressés par l’exercice du pouvoir soient convaincus de la nécessité de rompre avec le système capitaliste ou libéral comme on dit, où l’individualisme et le chacun pour soi dominent, système qui mène le monde vers sa perte.
Cette transition passe par :
1. La mise en place d’une Assemblée Constituante composée de constitutionnalistes et de personnes de la société civile engagées mais non intéressés elles-mêmes par l’exercice du pouvoir.
2. La mise en place d’un système -bancaire et d’assurance- public pour drainer des fonds qui seront utilisés dans l’intérêt général et capable de freiner les folies spéculatives et la recherche de toujours plus de profits qui caractérise le privé. Folies qui mènent souvent aux dérives dites crises qui coûtent cher aux citoyens et épargnent les fauteurs de troubles et de désordres.
3. La mise en place d’un mode d’encadrement des prix des produits et services de première nécessité sans léser les petits producteurs et propriétaires.
4. La mise en place d’un encadrement des salaires et revenus avec l’instauration d’un salaire/revenu minimum 2000 euros et d’un salaire/revenu maximum 10.000 euros/mois (une échelle de 1 à 5) dans la fonction publique et autres services de l’Etat. Un Revenu d’Existence Modulable -pour les sans revenu- doit être assuré à chacun(e) de sa naissance à la fin de sa vie. Il va de soi que chacun doit apporter sa contribution à la collectivité selon ses capacités et compétences.
5. La mise en place d’une fiscalité -impôts et taxes- différenciée et réparatrice selon que l’on opère dans le public ou le privé ou que l’on agit dans l’intérêt général ou pour des intérêts particuliers. Les défenseurs du privé doivent comprendre que le luxe de quelques-uns doit passer après la satisfaction des besoins de première nécessité de tous : santé, culture, logement, énergie, transport, loisirs… De même, ils doivent sortir de cette incohérence : tirer profit des investissements, de la formation…du service public et se comporter de manière égoïste et cupide face à la fiscalité et à l’aspiration à la justice sociale.
6. La mise en place d’une loi interdisant à toute entreprise ou société faisant des bénéfices de licencier.
7. La mise en place d’une autorité indépendante assurant l’accès aux médias en respectant la liberté d’opinion et la diversité.
8. La mise en place d’une coordination syndicale, associative et citoyenne pour appuyer les avancées sociales et démocratiques en cas d’oppositions idéologiques ou émanant de lobbies comme c’est le cas aujourd’hui dans les domaines de l’énergie, de l’industrie pharmaceutique et de l’armement...
9. Le respect de la parité doublée d’une compétence femme/homme et d’une représentativité tenant compte de la diversité sociale.
10. La mise en place et le respect d’une véritable laïcité afin de permettre à chacun(e) de vivre pleinement sa vie et/ou sa foi sans crainte aucune ni interdiction sous quelque prétexte que ce soit. Aucun frein à l’exercice pacifique de la citoyenneté ne pourra être justifié.
11. L’Europe doit être un plus dans l’intérêt des peuples. L’harmonisation économique, sociale et fiscale doit tirer vers le haut le niveau de vie des citoyens européens en laissant à chaque peuple/pays la liberté d’avancer à son rythme. A la place d’une monnaie unique, l’Euro doit devenir une monnaie commune pour laisser une souplesse d’action et une garantie d’indépendance et d’efficacité d’intervention que permet une monnaie nationale à côté de l’Euro, si besoin. Cette Europe mafieuse qui appauvrit les peuples, c’est NON !
12. Mettre fin aux privilèges des notables, à l’immunité, aux secrets d’Etat et/ou défense qui sont souvent des caches crimes politiques. Toute brutalité de la part des personnes chargées du maintien de l’ordre doit être immédiatement sanctionnée.
13. L’armée et son budget doivent être orientés vers des projets de vie et de constructions. Son budget et ses Hommes doivent servir à bâtir des écoles, des hôpitaux, des logements, des routes…et contribuer à réparer les dégâts commis vis-à-vis des peuples pendant longtemps asservis et les pays détruits. La défense contre les agressions extérieures doit revenir à une mobilisation citoyenne encadrée. Les peuples sont invincibles pas les armées…
14. La mise en place d’une authentique séparation des pouvoirs avec une réelle indépendance des magistrats qui ne doivent garder aucun lien de désignation ou de subordination avec l’exécutif.
15. Penser demain et cela se bâtit avec la jeunesse d’aujourd’hui. Jeunesse qu’il faudrait instruire, éduquer et impliquer pour lui donner l’envie de croire et de s’investir en toute conscience, confiance et liberté dans les projets politiques de la société. Faire de la Politique au sens noble du terme. Penser demain ne doit pas nous faire oublier la reconnaissance que nous devons à nos anciens !
16. La mise en place d’une commission indépendante pour vérifier, en toute transparence, la nature de la dite dette pour envisager sa liquidation. Cette liquidation ne doit se faire en aucun cas sur le dos des jeunes qui n’ont rien décidé et qu’on oblige à payer. On nous rabâche que « les décideurs doivent être les payeurs » et on constate que ceux qui usurpent le pouvoir et décident seuls se contentent de déclarer tous : « j’assume » mais c’est le peuple qui paye !
17. La Démocratie ne se limite pas à aller voter ; encore faut-il que les citoyens soient réellement libres, que leurs votes et la diversité soient respectés et les choix non limités. Le choix actuel entre bonnet blanc et blanc bonnet n’est pas un choix. De même que cette démocratie prisonnière des puissants n’est pas la Démocratie.
Forces politiques, syndicales, du mouvement associatif, de la société civile, soldats, agriculteurs, fonctionnaires, femmes et hommes nés libres de France, le moment est venu pour nous de barrer la route à ces partis de l’alternance -droite, fausse gauche- prisonniers de ce dogme libéral qui consiste à comprimer toujours plus les salaires et à prolonger les années de travail au profit du capital.
Mettons-nous d’accord sur une équipe représentative composée de GJ, insoumis, écolos, NPA, communistes, LO, Anars, syndicalistes... associatifs pour conduire de manière unitaire ce projet. HB

04/01/2020 15:00 par Assimbonanga

Blacks rock : en avoir le cœur net ! Deux vidéos à faire circuler généreusement.

- Entretien avec Aurore Gorius, à propos de la nébuleuse de conseillers issus des grandes écoles et des grands corps de l’État. Un État qu’ils semblent avoir infiltré pour le compte des multinationales de la finance. Dont… BlackRock. https://www.youtube.com/watch?v=siV9SS5y9_w 42 mn d’arguments très sérieux.

- Bulletin de Ruffin #66, Bonne année... sans BlackRock ! https://www.youtube.com/watch?v=8CjYyFjtCM4, 21 mn, plus souriant mais sérieux malgré tout.

04/01/2020 21:16 par Hubert

Le documentaire ARTE sur BlackRock n’est plus disponible sur ARTE mais il peut être vu ici :
https://www.youtube.com/watch?v=fWu-NOMw_m8

05/01/2020 01:29 par Bruno

COUP DE FORCE POLITIQUE DE LREM - MUNICIPALES 2020

Alerte !

- Tentative de coup de force politique de la part de LREM pour les élections municipales de 2020 !

LREM veut nous voler l’élection municipale de 2020 en interdisant sur la quasi totalité du territoire national, la mention des partis politiques sur les bulletins électoraux :

Par un tour de passe-passe grossier et anticonstitutionnel, LREM, via le Ministère de l’Intérieur et Christophe Castaner vient d’interdire toute mention politique sur les bulletins électoraux dans les communes de moins de 9000 habitants ! La circulaire envoyée aux préfectures ordonne de veiller à ce que les étiquettes politiques n’apparaissent plus sur les bulletins électoraux dans les communes de moins de 9 000 habitants lors des prochaines élections municipales de 2020 ainsi que dans les communes chefs-lieux d’arrondissement, quelle que soit leur population.

Actuellement, de combien est le nombre de communes françaises qui ont moins de 5 000 h ?
Réponse : 34 672 communes = 94,5 % du territoire national !

Ajoutons à ce chiffre les communes françaises qui ont moins de 9000 habitants et nous comprendrons rapidement de quoi retourne le coup d’État électoral qui se prépare dans notre dos. En excluant les communes de moins de 9 000 habitants, le ministère exclut de nuance politique près de 97 % des communes françaises soit 33 869 communes sur 35 099 !

Faute de trouver des candidats en nombre suffisant, LREM veut dissimuler sa propre incapacité à se faire représenter là où il le souhaiterait et cacher aux yeux des électrices et des électeurs les alliances suspectes que ce parti a déjà passé localement avec d’autres forces politiques.

Le parti présidentiel via LREM espère ainsi - par la dissimulation et l’invisibilité du bulletin de vote - usurper son pouvoir et gruger l’électrice et l’électeur. Que ne ferait-il pas pour échapper à la sanction électorale que le peuple français s’apprête à lui infliger ?

Le diktat gouvernemental qui interdit la mention de l’attribution d’une couleur politique sur les bulletins électoraux pour les candidats des petites communes est un coup porté à la liberté électorale d’opinion et une atteinte directe à la démocratie.

Ne laissons pas faire cette infamie gouvernementale attentatoire aux libertés fondamentales. Ne laissons pas passer l’entourloupe insane de l’autocrate Emmanuel Macron. Ne nous laissons pas éborgner une nouvelle fois par les ennemis de la démocratie.

*********

06/01/2020 19:32 par SONCINI

Au point où nous en sommes de ce système ne faut-il pas envisager partout où il y a des manifestations de masse de pousser à l’insurrection. Quoi d’autre à attendre encore des élections et des manipulations...faisons tomber la statue du commandeur et cette saleté de constitution de 58.

07/01/2020 00:22 par Bruno

@Soncini

Un livre à lire :

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