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Parti Pour La Décroissance :

La Décroissance, un projet sociétal bien trop souvent victime de préjugés

DIVERS

Encore une fois, la Décroissance a été victime d’un jugement hâtif et réducteur à travers l’article « La décroissance, une théorie économique bien trop sage. » diffusé sur Le Grand Soir.

Nous souhaitons rétablir quelques vérités et lever certains malentendus qui continuent de nuire à l’émergence de nos idées.

D’abord, il ne faut pas confondre la simplicité volontaire et la Décroissance. Tout en étant liées, ces deux notions ne doivent pas être confondues. La Décroissance porte un projet politique qui se construit petit à petit et collectivement. Tandis que la simplicité volontaire se vit au niveau individuel, tout en pouvant s’insérer dans les alternatives concrètes. Le point commun est ici. Ce nouveau paradigme qu’est la Décroissance se nourrit de toutes ces expérimentations mais ne se réduit pas qu’à cela.

En outre, la Décroissance ne peut pas être ramenée à la seule idée de se restreindre et de frustrer les désirs de chacun. Au contraire, elle est avant tout un questionnement personnel dont le but est d’apporter une réponse collective à la crise multidimensionnelle (énergétique, environnementale, sociale, économique, culturelle et politique) qui nous touche.

- Le bonheur est-il dans la consommation, le toujours plus et l’individualisme ?

- Devons-nous continuer à travailler pour gagner de l’argent pour nous « offrir » un bonheur artificiel qui ne sera atteint que fugitivement, dans un monde où la publicité rythme nos vies et nos désirs ?

D’ailleurs, le mode de vie véhiculé par le capitalisme est voué à l’échec, d’abord par l’excès de consommation des matières premières nécessaires au productivisme, et ensuite par les pollutions générées. Nier les limites et la finitude de notre planète relève d’une tromperie et d’un angélisme démoniaque. Non, la nature n’est pas infinie. Nous conseillons la lecture de ces quelques ouvrages pour en témoigner [1]. L’échec social et culturel du système croissanciste est également patent, au regard de la misère galopante, même dans les pays dits développés.

Ensuite, nous sommes accusés d’obscurantisme car nous serions de fervents opposants aux progrès. Encore une fois, il s’agit d’une énième caricature. Nous ne sommes ni « contre » le progrès, ni aveuglement « pour ». Nous estimons que le principe de précaution doit être appliqué, et que la recherche doit être privilégiée. Cependant, il faut avoir le courage de poser la question : faire de la recherche, soit, mais dans quel but ? C’est pour cela que nous prônons une refonte de notre système démocratique pour qu’il le devienne réellement, pour que le monde scientifique soit indépendant et autonome vis-à -vis des pouvoirs économiques.

De plus, il ne faut pas amalgamer « une réflexion sur l’usage du progrès » et « être contre ce progrès ». Ainsi, nous ne sommes pas fondamentalement contre l’outil qu’est la télévision ; nous nous élevons simplement contre son mésusage qui conduit à nous infantiliser, à changer de téléviseurs tous les 3 ans, à être au service de la pensée croissanciste et consumériste dominante, et à croire que la vie de famille et notre habitat doit être conçue autour d’elle. De la même façon, nous ne sommes pas contre l’automobile comme moyen de transport, mais nous nous opposons à la civilisation et à l’idéologie automobile [2]. Nous serions favorable à un usage pondéré et réfléchi de l’automobile, mais cela est rendu impossible par son implication dans le système capitaliste. Elle en est devenue un élément indispensable pour l’organiser et le faire prospérer, malgré les nuisances que son usage à outrance induit, et en est, de ce fait, une victime.

Voilà , la Décroissance s’oppose au capitalisme, au productivisme, au consumérisme qui ont, au final, échoué. Il nous faut donc sortir de la ornière, et si la Décroissance est un chemin vers une autre société, elle est aussi une invitation à discuter de notre avenir, et un sourire, car la Décroissance, c’est également la convivialité et le vivre ensemble.
Rendre la Décroissance désirable est notre but, sortir de la caricature également.

Parti Pour La Décroissance
http://www.partipourladecroissance.net

http://www.partipourladecroissance.net/?p=4711

Notes

Parti Pour La Décroissance

[1] Objection (de croissance), votre honneur !

« Le temps de la Décroissance » de S. Latouche & D. Harpagès

« La décroissance est-elle souhaitable ? » entretien avec Stéphane Lavignotte

« Pour que ça se passe au mieux, sortez du capitalisme »

Paul Ariès : « Décroissance ou barbarie »

Serge Latouche : « Le pari de la Décroissance »

Richard Heinberg - Pétrole, la fête est finie

[2] Voir « Stop à la Voiture » sur le site www.partipourladecroissance.net

Et aussi quelques films :

Simplicite volontaire et Décroissance

A crude awakening - Oil crash

Hommage à Nicholas Georgescu-Roegen

COMMENTAIRES  

06/08/2010 10:56 par Mengneau Michel

Effectivement l’article cité m’avait paru aussi quelque peu réducteur, c’est pour quoi j’ai proposé à la lecture l’article "Décroissance, vous avez dit décroissance ?" qui est déjà ancien. Nous sommes donc sur la même longueur d’onde, et c’est bien d’avoir ouvert le débat d’une autre façon, surtout autour d’une réflexion de fond...

Pour ceux qui verraient dans la décroissance qu’une façon de vivre, il est bon de rappeler que l’obejection de croissance est avant tout anti-capitaliste, mais surtout anti-productiviste. Elle ne serait donc se satisfaire d’une quelconque sociale démocratie qui ne remettrait pas fondamentalement en question ces valeurs. C’est probablement là qu’est la différence avec ceux qui fantasmeraient sur la notion de capitaliste humain, ce qui est une allégorie dès plus compléte, et qui dans cette optique proposerait une autre croissance, un peu à la mode de la métamorphose d’Edgard Morin.

On sait que sans remettre profondément en question le capitalisme c’est autour de ces thèmes que réfléchissent une gauche frileuse, voire aussi chez certains altermondialistes dont quelques uns d’ATTAC, c’est à mon avis une profonde erreur car seul la radicalité d’une opposition au capitalisme sera le solution.

06/08/2010 12:11 par Brice

Le terme Décroissance donne une image plutôt négative des idées qu’elle défend. Ne devriez-vous pas trouver un nom plus approprié pour attiré l’attention de plus de monde sur ces concepts ?

07/08/2010 14:38 par Décroyant

"Insérer la simplicité volontaire dans les alternatives concrètes", n’est-ce pas aussi un préjugé de quelqu’un qui ne pratique ni l’une ni l’autre ?

Maintenant, si cette "formule" veut juste dire que la simplicité volontaire est individuelle alors que les alternatives concrètes sont collectives, quelle découverte ! Un collectif est en effet composé d’individus !

Et puis le vocabulaire du "rétablir quelques vérités" rappelle trop le catéchisme : il y aurait ceux qui savent les vérités et ceux à qui il faudrait les rappeler.

Les décroissants devraient-ils se méfier aussi de leurs propres préjugés ?

08/08/2010 11:36 par Danvhv

Même si le sujet est d’une complexité telle, qu’il ne peut être solutionné à travers un article de quelques lignes, je vous suis gré de cette mise au point, suite à l’article précité de C. Irri qui m’avait déjà fait réagir, pcq justement, il tendait à faire croire qu’il "suffisait de..." pour renverser le cours des choses et les pratiques de chacun. Comme si cela était aussi simple !...

Cette option sociétale de la décroissance, ou de la poursuite de la croissance actuelle, ou de son glissement par une croissance verte ne se décide pas comme ça, à la suite de la lecture d’un article plus ou moins bien ficelé. C’est un sujet éminemment sensible dont les conséquences et les options doivent être sérieusement impactées en ayant au préalable réuni quantité de données avant de savoir vers lesquelles s’orienter.

L’un des exemples le plus parlant de cette complexité s’est illustré ces derniers mois, avec les bonus accordés pour le remplacement des véhicules anciens, par des véhicules neufs moins polluants et plus économes en termes de consommation. Si dans un premier temps, l’on a pu se réjouir de l’engouement suscité par une telle mesure pcq soutenant la croissance d’un secteur directement touché par la crise, et meilleur pour "la planète" pcq moins polluant, le revers en est que finalement au lieu d’avoir moins de voitures sur les routes, ce qui aurait été un réel coup de frein à la croissance ainsi qu’à la pollution planétaire, il y en a tout autant, sinon plus !... Résultat, à long terme, de telles mesures ne sont p-ê pas aussi intéressantes qu’annoncées, avec les cocorico habituels de ceux qui en sont responsables !

08/08/2010 20:18 par Serge Grenier

Toutes les bébelles et les gugusses que les capitalistes essaient de me vendre ne m’intéressent pas, alors par le fait même, je suis dans le camp de la décroissance et de la simplicité volontaire. Ce n’est pas que j’ai choisi la décroissance et que cela frustre mes envies. C’est le contraire, je n’ai pas envie de leurs cossins, donc j’en achète pas, donc il y a décroissance.

Je suis d’accord avec l’idée de gratuité et je suis même prêt à le vivre dès maintenant, mais je suis né au moins mille ans trop tôt car le reste du monde n’est pas prêt pour ça.

D’autre part, l’univers est peut-être infini, mais la planète Terre ne l’est certainement pas. On en a fait le tour et s’il reste quelques découvertes à faire, on est loin du compte pour en arriver à parler d’infini.

Finalement, je pense que la plupart des problèmes sont causés par une très petite minorité de personnes (la plupart d’entre elles étant des vieux qui ne courent pas vite). Au lieu de faire de grandes théories sur les systèmes, on devrait tout simplement leur régler leur cas ou en tout cas les empêcher de nuire. Et ensuite nous pourrons vivre en paix dans quel que soit le système en vigueur dans la région où on habite. Car en fin de compte, le problème ne vient pas des systèmes mais de certaines personnes qui en abusent.

09/08/2010 13:46 par Anonyme

@Serge G.

N’est-ce pas un peu simpliste de faire porter le chapeau à quelques-uns, aussi puissants et détestables soient-ils ? Surtout, c’est risquer de ne pas comprendre les causes systémiques et alors de ne s’attaquer qu’aux symptômes ?

@Divers

Parmi ces causes systémiques, il y a l’organisation même du politique qui reste "confiée" à des "partis".

D’ailleurs, plutôt qu’un Parti Pour La Décroissance, "Divers" ne ferait-il pas mieux de commencer par la Décroissance des Partis ? Le sien ?

Un "parti pour la décroissance", n’est-ce pas un "oxymore", comme "développement durable" ?

09/08/2010 18:52 par Fethi GHARBI

Ce qui me semble contradictoire dans cet article c’est l’opposition établie entre croissance et progrès . On oublie que la notion de progrès n’est en fait qu’une projection messianique sécularisée d’un "au-delà " qui chante avec son cortège de préjugés racistes et eurocentristes. C’est au nom de ce même progrès que l’occident aussi bien capitaliste que communiste s’est lancé dans une frénésie productiviste au profit d’une classe dominante.

Je crois qu’avant de parler de décroissance, il est nécessaire de remettre en cause l’idée de progrès instituée par la "modernité" depuis la renaissance européenne.

11/08/2010 16:20 par C. Loty MALEBRANCHE

Le progrès et ses conquêtes scientifiques, techniques, technologiques sont excellents ; ce sont ses modalités avec leurs coûts humains, sociaux, écologiques qu’il faille radicalement changer. Car quand même, ce que nous faisons ici : pouvoir communiquer par le web en temps quasi réel, est une face du formidable progrès qui, en soi, est carrément enchanteur.

C’est le mésusage inhumain et écocide - pour le profit, la mégalomanie et l’accumulation - des instruments que le progrès met à la portée de l’homme, qui est la catastrophe.

14/08/2010 16:10 par norodon

il ne peut pas y avoir de changements dans les rapports de productions et des forces productives sans passez par une etape sociale violente.rever d’une hypothétique decroissance avec le consentement des classes politiques et du patronats bourgeois et meme criminel, c’est faire des labours en ocean.......En plus ce qui est scientifiquement prouvé et etablit,c’est que l’umanité doit connaitre pour sa survie une epoque ""communiste"" faute de quoi le systeme liberal inhumain et contre nature piloté par une poignée de fous furieux nous renvera vers l’age des tenébres ??.En effet l’avenement de l’etape sociale communiste necessaire puisque inscrite dans la logique du developpement historique et dialectique des forces productives et pour l’instant obstrué et empeché d’eclore par des forces retrogrades,
constituaient par le systeme monetaire et financier international et les classes sociales superieurs qui le representent.je ne vois pas pourquoi vous n’appellez pas un chat par son nom ??, c’est a l’aide de la planification imperative que l’on maitrise la production et que l’on identifie les besoins sociaux et ainsi que d’etablir des projets infrastructurels ambitieux ayant un caractere international.la liberté de faire des partis politiques avec un peu de nuances par rapport aux partis traditionels qui sont tous de droite y compris le PCF fausse la grille de lecture des réalités, et disperse la volonté de combattre le capitalisme et son apogé imperialiste.il y a des classes au pouvoir qui tirent beaucoup de
profits et d’ avantages de cette confusion ideologique savement
entretenue.

16/08/2010 22:24 par Decroyant

@Norodon

Vous croyez vraiment à ce que vous écrivez ? Sans vous demander un seul instant si cette croyance aveugle dans le "scientifiquement prouvé" était précisément l’un des traits les plus détestables du capitalisme ?

Comment pouvez-vous à ce point être aveugle aux réalités ?

La réalité, c’est que le socialisme réellement existant, n’était qu’un capitalisme collectiviste : les deux n’étaient que des "productivismes" !

Au coeur du productivisme, il y a toujours toute une floppée de mythes : pour la science, pour la "vérité" (la pravda)...

La décroissance, c’est la décroissance des croyances ! Au travail, camarade !

16/08/2010 22:49 par legrandsoir

Juan Manuel Blanco, économiste cubain, dans le livre "Talking about revolution" (non traduit) avait - il y a bien longtemps - donné une explication sur l’effondrement de l’URSS. Il disait que les deux systèmes (soviétique et capitaliste) s’appuyaient sur la consommation de biens matériels. Selon lui, même si un était plus juste que l’autre, il n’en demeure pas moins qu’ils étaient tous les deux, au fond, des sociétés de consommation. Il conclut en disant "qu’entre deux sociétés de consommation, c’est la plus efficace qui a gagné".

(Il ne faisait pas l’apologie de la société de consommation, évidemment.)

17/08/2010 16:37 par norodon

pour repondre un peu a toutes ces sorties et si on suit votre raisonnement on peut aboutir a la conclusion que le systeme
capitaliste serait mélleur que le systeme socialiste.???? la sociéte humaine a commencée par le stade primitif, ont suivis apres les stades esclavagiste, féodal ,et maintenant le capitalisme. Ceux çi ont connu des periodes qui s’etalent sur plusieurs siécles.Or,le socialisme n’a connu que 70 ans de developpement, en plus perturbé par deux guerres mondiales, en plus les sacrifices humains et economiques des Russes pour sauver l’humanité du fascisme et, grace a des gens comme vous,il a disparu pour etre remplacer par un systeme de la debrouille et de la magouille et du plus fort, qui semble etre a votre gout puisque vous pouvez faire des partis politiques bidon,juste pour vous amusez. sans rancune

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