La pathologie américaine (War in Context)

Paul Woodward

Matthew Aid, un historien et expert de la NSA, dit : "Je pense que la plupart de ceux d’entre nous qui avons étudié les services secrets étatsuniens au fil des ans assumons tout naturellement qu’il n’y a pas un seul pays à la surface du globe auquel les services secrets étatsuniens ne se soient pas intéressés peu ou prou. Nous sommes obligés de le faire parce que nous sommes une des dernières rares superpuissances mondiales de la planète."

Aid s’étonne, par ailleurs, des réactions de choc et d’indignation des alliés des Etats-Unis qui ne sont pas d’accord pour qu’on les espionne.

Les réactions de choc peuvent en effet être simulées, mais l’indignation, elle, n’est pas feinte, et c’est cette distinction que beaucoup d’Etatsuniens ne saisissent pas.

Une fois de plus, l’exceptionnalisme américain montre sa vilaine tête et une fois de plus, les Américains ne voient pas sa laideur.

Les Etats-Unis doivent espionner leurs alliés. Pourquoi ? Parce que la croyance qui domine dans ce pays - le sentiment américain - est que les intérêts étatsuniens sont fondamentalement différents des intérêts de tous les autres pays de la planète.

C’est une forme de folie, mais la folie est difficile à reconnaître quand elle est partagée par tous. Quand à peu près tout le monde est virtuellement atteint du même délire, alors ce délire devient la norme.

Pour justifier de manière crédible le fait d’avoir mis sur écoutes le téléphone de la Chancelière allemande, Angela Merkel, ou celui de n’importe quel allié proche, il faudrait pouvoir montrer que les avantages d’une telle démarche sont supérieurs aux éventuels inconvénients. Mais en fait, les avantages sont minimes pour ne pas dire inexistants et les conséquences pourraient se révéler désastreuses.

L’argument que "tout le monde le fait" ne justifie rien. Qui écoute le portable du président Obama ?

Supposons que la France parvenienne à le faire. Quelle serait la réaction des Etats-Unis ? Pas de problème, tout le monde le fait. Je ne crois pas.

Mais revenons à l’idée que la crise diplomatique dans laquelle les Etats-Unis se débattent aujourd’hui est symptomatique de la maladie étatsunienne : le symptôme qui est à la base de tout ça et qui se manifeste de mille manières, consiste à croire que "parce que nous sommes Américains" constitue une explication rationnelle et cohérente de tout ce que nous faisons.

L’idée que les Américains sont en quelque sorte intrinsèquement différents de tous les autres peuples ne repose sur rien mais elle n’en est pas moins à la base de tout ce que font les Etats-Unis.

Dans un article publié dans USA Today, Lisa Monaco, l’assistante du président Obama pour la Sécurité Intérieure et le Contre-terrorisme, note que l’Administration est en train de revoir les capacités de surveillance des Etats-Unis, y compris le respect dû aux partenaires étrangers. "Nous voulons nous assurer que nous rassemblons des données parce que nous en avons besoin et pas simplement parce que nous en avons la capacité."

The New York Times rapporte que les écoutes du téléphone de Merkel ont commencé il y a dix ans mais que Obama l’a ignoré pendant toute la durée de son premier mandat de cinq ans.

Selon le même article : "La réaction [de l’Europe] a provoqué un débat à Washington qui se demande s’il ne serait pas temps de mettre des freins à la NSA dont les capacités se sont développées plus vite que son jugement comme l’a laissé entendre Obama."

La réaction de l’Allemagne rapportée dans les médias est nettement moins ambiguë :

Quand Berlin a découvert que le portable de Mme Merkel avait peut-être été mis sur écoutes par les services secrets étatsuniens, sa colère a été si grande que l’Allemand, Elmar Brok, président du comité des Affaires Etrangères du Parlement Européen et pilier des échanges transatlantiques depuis 1984, a dit, vendredi, que les services de sécurité américains étaient devenus un sinistre "état dans l’état".

Dire que le problème provient de ce que les capacités technologiques se sont développées plus vite que le jugement, est l’échappatoire habituel de Washington. Les officiels sont décrits comme des hommes qui tentent désespérément de se maintenir au niveau des avancées technologiques. Tout le monde est innocent. La technologie ne cesse de progresser et les frêles humains luttent pour ne pas se laisser dépasser.

Mais le vrai problème n’est pas technique ; il est politique.

En effet, le fait que la NSA puisse espionner la Chancelière allemande sans que le président des Etats-Unis soit au courant montre que la NSA est devenue un organisme voyou.

La question n’est pas la crédibilité des dénégations ; la question c’est l’ignorance inexcusable et le manque de contrôle.

L’ultime ironie c’est que le "besoin" américain d’espionner le monde est un sous-produit de son manque de curiosité pour le reste du monde. Les Américains craignent ce qu’ils ne comprennent pas.

Un monde que les Etatsuniens connaîtraient mieux, dans lequel ils s’engageraient davantage et qui du coup cesserait de paraître aussi différent, serait un monde moins effrayant. Ce ne serait plus un monde dont lest Etats-Unis ressentiraient le besoin de se tenir à l’écart.

Paul Woodward

Traduction : Dominique Muselet

Pour compléter cet article voir la passionnante analyse de Philippe Grasset : http://www.dedefensa.org/article-notes_sur_les_pathologies_de_la_modernit__28_10_2013.html

 http://warincontext.org/2013/10/26/the-american-pathology/

COMMENTAIRES  

30/10/2013 18:04 par triaire

Cet article fait froid dans le dos , il laisse entendre que cet Empire déclinant est habité par des anormaux...
Mais ces gens sont armés et très dangereux .
Je pense que l’Europe, si elle n’était pas couchée, devrait interrompre tout conciliabule sur le traité transatlantique .
Ce sont tous des furieux .

31/10/2013 05:51 par le fou d'ubu

Ce pays locomotive du désordre, va bientôt connaitre ses 10 plaies d’Égypte...D’ailleurs sa population est prête, bien préparée qu’elle est par Hollywood, et ce depuis plusieurs décennies...Quand à l’Europe ! Elle n’est que wagons verrouillés par les traités...Soit il nous faudra désobéir. Soit nous coulerons avec l’empire...Mais de toutes façons, le temps va se durcir...Israël va rester seul autour d’un monde musulman complètement déstabilisé par "leur cher Allié" et surtout revanchard. C’est la dernière partie du plan sioniste. Leur "politique" philo-sémite à un but final anti-sémite...Cela ressemble étrangement à la technique jésuite de l’infiltration...

Le fou d’ubu

31/10/2013 16:00 par Dominique

L’Europe n’a rien à envier aux USA dans la démagogie et la psychopathie. Il ne faut pas oublier que c’est l’Europe qui s’est lancée à la conquête du monde pendant les colonisations et qui y a commis les atrocités que les USA commettent aujourd’hui, d’ailleurs avec le concours actif de l’OTAN, et donc de l’Europe. Dans ce contexte, les USA ne sont que l’élève qui a dépassé le maître.

Obama, Merkel ou le Normal 1er défendent tous les mêmes intérêts quand ils vont guerroyer en Afghanistan, en Libye ou au Mali, ou quand en Europe ils ignorent la volonté populaire sur Maastricht 2 et veulent maintenant signer le traité transatlantique. Il n’y en a donc pas un pour rattraper les autres, et le devoir de quiconque à compris cela est de résister. Peu importe comment, mais si tout le monde fait de la résistance dans son domaine, cela va réellement leur compliquer la vie. Le système fonctionne parce que la majorité des gens collaborent avec, le jour où la majorité des gens feront de la résistance, ses jours seront comptés.

Quand au sionisme israélien, il s’agit d’un épiphénomène de la politique des grandes puissances qui ne peut exister que parce, de Hitler, Churchill et Staline à Obama, Mekel et Normal 1er, elles le soutiennent. Le jour où les grandes puissances auront d’autres chats à fouetter, le problème israélien se résoudra tout seul, soit par l’abandon de la politique sioniste d’Israël et la réunification de tous les habitants de la Palestine, soit, comme avec l’occupation des templiers, par le rejet des sionistes à la mer. De plus, dire que les arabes sont revanchards est totalement faux pour au moins deux raisons. 1) Ils n’ont jamais invité les sionistes et ils ne sont pour rien dans les crimes commis en Europe par le passé contre les juifs. 2) Le projet sioniste tient en 3 mots tels qu’ils les ont eux-même écrit dans le texte d’Ankara qu’ils ont fait parvenir au 3ème Reich en 1941 : un état totalitaire hébraïque. Les arabes ont donc de bonnes raisons de ne pas vouloir de gens qu’ils n’ont jamais invité et dont le seul projet d’avenir est de leur voler leurs terres pour y former un état totalitaire et raciste.

Dans toutes ses considérations il ne faut pas oublier non plus l’enjeu global qu’est notre environnement, le seul que nous ayons. Notre société est en train de réduire à néant les conditions nécessaires à la vie supérieure sur cette planète. C’est le sen du rapport du GIEC, et au lieu, comme certains, de critiquer les scientifiques, nous ferions mieux de rejoindre ceux d’entre eux, de plus en plus nombreux, qui font de la résistance : La résistance populaire, facteur géophysique de la crise d’effondrement

31/10/2013 16:56 par le fou d'ubu

@ Dominique
Bonjour,
Le "monde musulman revanchard" dont je parle est celui mis en place sur le terrain par la cellule secrète de l’Otan ( al (cia) da) en Egypte, Tunisie, Lybie, Syrie, Soudan, Mali etc...Des groupes armés de nombreux pays sont recrutés pour un "jihad"...Ils passent d’un pays à l’autre pour déstabiliser toute la zone...Certains croient même déjà combattre contre l’état hébreux...Sinon d’accord avec vous sur l’analyse de nos propres psychopathes et le fait que l’Amérique, n’est qu’une excroissance métastasée de notre vieille Europe...En poussant plus l’analyse, le cœur du pouvoir financier (donc mondial) se trouve à la City de Londres et non à Wall Street...Les Usa ne sont que leur poste avancé...
Mais au fait, résister à une idéologie, c’est faire quoi si ce n’est proposer d’autres idées ?...

Le fou d’ubu

31/10/2013 19:40 par Dominique

Notre système est caractérisé par une démocratie qui vient d’en haut, comme les bombes. Ce qui fait que proposer d’autres idées et bien, mais il faut aussi se battre pour les faire accepter. Et là, il n’y a pas 36 solutions, il faut se bouger, militer, participer aux manifs voir en organiser, etc. Comme l’article sur defensa le dit très bien, « Il nous apparaît évident que cet article, qui introduit une dimension nouvelle en objectivant la nécessité de la révolte (de la résistance), quasiment comme un fait scientifique incontestable, doit être lu dans toute sa globalité potentielle. Activiste comme on la connaît, et sans doute aussi est-ce le cas de Werner, Klein cite comme mouvements de résistance des cas classiques de révoltes ou de résistance populaires (Occupy Wall Street). Nous devons aller plus loin que cela, en suivant rigoureusement la même logique. Il s’agit d’attaquer, d’attaquer sans cesse pour gripper le Système, fausser son fonctionnement et accélérer son inéluctable dynamique autodestructrice, donc introduire le désordre en son cœur, par tous les moyens possibles. Tous les actes, tous les événements, dans tous les domaines, selon toutes les formes qu’ils peuvent prendre, sont comptables de ce devoir fondamental, qui est nommé “résistance”. »

01/11/2013 14:49 par Lionel

@Dominique,
Nous n’avons pas eu la même lecture de ce texte de Dedefensa, j’y comprends que la réalité scientifique de l’évolution des résistances ( Résistances plurielles ) est la tendance à la radicalisation des positions qui ne sont plus idéologiques mais des réalités de terrain.
Finies les manifestations ou les grèves ou autres mouvements "réformistes", de plus en plus de gens osent mettre en cause plus directement le système ( donc la capitalisme sous toutes ses formes et adaptations pseudo-démocratiques ou carrément anti-démocratiques ) pour parvenir ( je dirai "enfin"... ) à la seule conclusion possible qui est la destruction du système capitaliste dans le moindre de ses fondements.
Plus d’adaptation, il est temps ( ou déjà très tard ) de libérer nos imaginaires pour penser une autre forme de société et ce nouvel élan ne prévoit aucune coopération des peuples à un quelconque aménagement mais l’insertion constante de millions de grains de sable qui ralentissent inexorablement les rouages.
Peu importe aux initiateurs d’être en marge puisque de toutes façons ce système se charge d’isoler les personnes en les individualisant, pas de mouvement de masses mais de multiples actions de résistances de terrain.
Qui va s’installer paysan, qui va ne plus utiliser sa carte de crédit, qui va aller au boulot à vélo, qui va oser profiter d’une période de chômage pour enfin vivre un peu autrement...

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