Le New York Post : presse de caniveau ?

Il s’agit du plus ancien quotidien des États-Unis. Il fut fondé en 1801. Il défendit l’abolition de l’esclavage et fut proche de l’Association Nationale pour le Progrès des Gens de Couleur (NAACP).

En 1933, le journal passa au format tabloïd. Le magnat australien Rupert Murdoch l’acheta en 1977 et en fit un organe nettement marqué à droite. Il fut obligé de le revendre pour se conformer à la loi limitant l’achat de médias pour des étrangers. Le Post passa alors entre les mains de trois propriétaires juifs : un magnat de l’immobilier qui fit faillite, un financier convaincu de fraude et, pour deux semaines seulement, un promoteur immobilier totalement farfelu. Après que Murdoch eut obtenu la nationalité étatsunienne, le journal fut racheté en 1988 par l’une de ses sociétés. Murdoch en fit un quotidien populiste d’extrême droite.

Lorsque DSK tomba dans les rets de la police new-yorkaise, le Post l’affubla du surnom infamant "The Perv" (le pervers), en pleine première page.

Comme il est désormais établi que la présumée victime de DSK a menti, le journal s’acharne désormais sur elle et affirme qu’elle est une prostituée de haut vol.

Le Post sait que la mémoire de ses lecteurs est limitée, mais pas nulle. Afin de ne pas perdre complètement la face, il continue à s’en prendre à DSK. Le 2 juillet 2011, il titrait en première page sur l’ancien directeur du FMI : "The filthy froggy is still a wart hog" . Ce qu’on peut traduire par "L’obscène Frenchie de mes deux est toujours un phacochère" . Nous sommes au niveau des pires crapuleries polémistes antisémites de la presse française des années trente quand elle s’en prenait à la " juiverie " .

Marshall McLuhan l’expliquait il y a soixante ans : le medium EST le message. En d’autres termes, le sens est dans la forme, pas dans le fond. La presse à grand tirage est passée de formules du genre "Le Perv", "l’argent sordide" ("sleazy money"), "les politiciens véreux" ("dirty pol") à "Le Libéré" ("The Freed"). Ce qui ne change rien à rien. Ce qui ne contribue pas à éclairer les lecteurs.

Le New York Post tire à 700000 exemplaires. Ce n’est pas énorme, mais cela n’en fait pas une feuille confidentielle. Sommes-nous dans la presse de caniveau ? Je répondrai candidement par la négative. Nous sommes dans la presse, tout simplement. Des New York Post, aux États-Unis, il y en a des dizaines. Il en existe des centaines de par le monde. La tendance de la grande presse est de glisser sur cette pente : le cul, le sensationnel, la caricature, la simplification à outrance, le réflexe conditionné.

Pauvres de nous !

A l’occasion de cette affaire (vraiment sleazy), un vieux tic m’a repris : ma très grand méfiance vis-à -vis du système juridique étatsunien. Un système capable de juger un O.J. Simpson innocent ET coupable d’assassinats particulièrement barbares, je crois que les bactéries en parleront entre elles quand elles seront les derniers organismes survivants de notre planète. Une justice capable d’exécuter de pauvres types (innocents ou coupables) après les avoir laissé mariner dans le couloir de la mort pendant quinze ans mérite notre circonspection. Une justice où les procureurs n’ont pas besoin de vraies preuves pour poursuivre. Enfin, une justice où les moteurs principaux sont la politique et l’argent doit bien sûr nous inciter à une certaine méfiance.

Le procureur était Cyrus Vance Junior. Étonnant comme les familles patriciennes d’outre-Atlantique, après avoir flanqué une bonne raclée aux colons anglais, ont réintroduit la symbolique de la monarchie : Paul Getty III, John Rockefeller II, Richard Nixon XVIII (mauvais exemple). Cyrus (pas de sa faute si son père lui avait donné son propre prénom, celui d’un empereur perse) s’est donc dit qu’il avait accroché un gros gibier à son tableau de chasse. Ce fils d’une grande famille protestante a pensé qu’en se montrant intraitable vis-à -vis de DSK il plairait à des électeurs qui trouvent normal que ceux à qui dieu a offert l’argent et le pouvoir doivent s’en montrer dignes.

Bernard GENSANE
http://bernard-gensane.over-blog.com/

COMMENTAIRES  

05/07/2011 00:59 par Yo

Quand on voit ce qu’est devenu la NAACP qui défend le droit du noir à écraser libéralement son prochain comme tout le monde, et dont le congrès annuel n’est autre qu’un rassemblement de grosses entreprises qui font du Black Washing et dans lequel tout discours un peu révolutionnaire est écarté d’office, la dérive du New York Post est minime à côté.

Enfin d’ailleurs la NAACP n’a jamais été très révolutionnaire, elle était juste à sa place dans l’air du temps, d’où les nombreux conflits d’idées avec l’UNIA de Marcus Garvey, puis avec tous les autres mouvements afro américains un tant soi peu révolutionnaires qui sont nés par la suite (Black Panthers, MOVE et autres).

05/07/2011 10:20 par Monsieur B.

Sacré Murdoch ! Il transforme en m... tout ce qu’il touche...

06/07/2011 02:09 par Anonyme

Vous parlez de simplification à outrance ?? Le pire du pire : ce genre de pub (http://i55.tinypic.com/29e2dzk.jpg) qu’ils glissent entre deux articles de cul (édition du 9 juin 2011 me semble t’ il).

06/07/2011 11:26 par Enbaslabas

Je ne crois pas que la phrase que tu cites "Le Français obscène.." soit antisémite. Il n’est fait aucune allusion à une quelconque judaïté, il n’y a pas de moqueries physiques reliables, de près ou de loin, aux caricatures antisémites les plus connues. Je me permets de souligner parce que tu tombes, il me semble, dans l’amalgame que fait une poignée de fanatiques fascisants et friqués "défenseurs d’Israël", c’est-à -dire assimiler toute critique à de l’antisémitisme, dès lors qu’elle est portée contre un juif ou contre l’Etat juif ou un ami de l’Etat juif, le plus souvent les USA. C’est le discours fallacieux et bellicistes, d’un petit groupe de juifs qui ne représente nullement l’ensemble et encore moins la majorité de la communauté juive française, dont les membres ne peuvent ni de près ni de loin se reconnaître dans les potentats richissimes, puissants et d’extrême-droite qui s’auto-proclament défenseurs d’une communauté, alors que ce sont eux par leur intolérance, leur rhétorique fasciste et leurs privilèges sociaux qui font grandir l’antisémitisme.

Ces amalgames, extrêmement soutenus en France par cette loi infiniment mal faite qu’est la loi Gayssot - qui doit s’en mordre les doigts, normalement - et par les lepénistes honteux de l’autocratique équipe de Sarkozy, sont à dénoncer et à éliminer de tout discours, particulièrement ceux des résistants sincères comme toi, Bernard, il me semble.

L’extrême-droite grande-bourgeoise islamophobe et prolophobe qui s’est emparée du pouvoir en France n’est pas avare de propagande et de provocation. Mais vu la pente forte vers le précipice que suit son chef, on peut être sûr que ces discours manipulatoires s’en iront aux poubelles de l’histoire et très vite. Faisons tout pour les y pousser, et non pas l’inverse.

Ceci dit, tu as as absolument sur ce bas personnage nommé Murdoch et son "journal" dans lequel tout journaliste devrait avoir honte de travailler.

Enfin, sur la justice américaine, il me semble que deux éléments devrait nous interpeller.
Présentée comme un exemple, naturellement, par les patrons de presse français à genoux devant Sarkozy qui n’a rien à refuser aux autorités US, il se trouve qu’elle n’a pas encore abolit la peine de mort.

De plus, c’est la justice la plus dure aux noirs, latinos et pauvres, mis à part les dictatures et les régimes d’apartheid officiel. En 2004, au niveau national, la moitié des détenus étaient des Afro-américains et 25 % des Latinos (Wikipedia). On ne peut espérer que ce soit meilleur en 2011, vu les crises qui n’arrêtent de nous tomber dessus par l’action conjuguée de nos représentants et des patrons de grandes banques.

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