Obama et le nom des femmes

N’étant pas un spécialiste des États-Unis, je ne sais trop où se situe le curseur droite/gauche, et donc si Obama est, pour ce pays, un homme de gauche. En revanche, et même s’il n’écrit pas lui-même ses allocutions, même s’il ne choisit pas toujours forcément les mots qu’il prononce en public, le discours de ses discours est, comme pour tout un chacun, révélateur de sa personnalité profonde.

Lors de son discours sur l’état de l’Union, Obama a déclaré :

« Nous savons que notre économie est plus forte quand nos épouses, nos mères et nos filles peuvent vivre leurs vies libérées de toute discrimination sur leur lieu de travail et de la peur des violences domestiques. » (« We know our economy is stronger when our wives, mothers, and daughters can live their lives free from discrimination in the workplace and free from the fear of domestic violence. »)

Il est clair dans cette phrase que les femmes sont « nôtres », les possesseurs étant les hommes, la société. Les femmes ne sont pas des sujets autonomes, mais des épouses, des mères, des filles qui n’existent que par rapport aux hommes. Lorsqu’il évoque « nos épouses », il s’adresse, plus ou moins consciemment, aux hommes, à qui il parle de leurs femmes. Dans son esprit, les femmes sont « femmes de », « filles de », « mères de ».

Une vision patriarcale, paternaliste.

Ne pas nommer l’autre pour ce qu’il est, c’est lui infliger une souffrance.

COMMENTAIRES  

17/02/2013 18:03 par Sheynat

Si ce discours était proposé par une Présidente, de cette manière :

«  Nous savons que notre économie est plus forte quand nos époux, nos pères et nos fils peuvent vivre leurs vies libérées de toute discrimination sur leur lieu de travail et de la peur des violences domestiques. »

L’appropriation, et l’importance de l’autre sexe mis en exergue à partir du moment où il devient «  sien » ressortirait de manière très étrange. Alors que tel qu’il a été prononcé, c’est si habituel qu’on le remarque à peine.
Ceci dit, l’étrangeté viendrait aussi du fait qu’on sait que la domination est masculine et que ce sont surtout les femmes qui souffrent de violences domestiques etc...

D’un autre côté, dans des discours pacifistes, j’ai déjà cru entendre des choses du style : «  ces soldats que vous envoyez tuer et se faire tuer à la guerre sous des prétextes humanitaires alors qu’il s’agit d’enjeux économiques pour enrichir les puissances financières, ce sont vos fils ; dites «  non » : n’envoyez pas vos enfants à la guerre. »
C’est une manière de sortir un sujet de son rôle d’objet indéterminé et lointain d’exploitation en le rendant plus proche, palpable, et donc digne d’intérêt, d’humanité, et de justice.
Une façon de rapprocher ce qui est placé en sphère publique, tellement... commune, dans la sphère intime, singulière.

Or, il me semble que dans l’idéal, nous ne devrions pas avoir besoin qu’on nous rappelle que les êtres qui sont victimes de discriminations, ce ne sont pas des entités définies et identifiées définitivement en fonction des ségrégations qui les stigmatisent, ou des objets non identifiés, mais une diversité d’individus qui peuvent faire partie de nos proches, au potentiel infini, qu’ils peuvent être nous : ceci afin que nous ayons conscience qu’ils devraient être autant dignes d’intérêt que l’intérêt que nous portons à notre propre personne ou aux membres de notre famille.

Cependant ce n’est pas souvent le cas : «  Le communautariste, c’est toujours l’autre » (Louis-Georges Tin).

J’en conclu qu’il y aurait plusieurs sortes d’identification : celles qui éloignent, rejettent (qui est la démarche des identitaires et de leurs sympathisants anti-communautaristes, la clique des meilleurs des mondes), celles qui rapprochent (démarche paternaliste ou maternaliste*).

J’imagine qu’il doit exister aussi celles qui placent au même plan, horizontal, sans référence centrale, qui rendraient ainsi, un individu éloigné, aussi proche qu’un individu à proximité, quelles que soient ses différences.

*... tiens, ce terme n’existe pas ?

Sheynat

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