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Ordre moral : le magazine "20 ans" désinforme, Sarkozy censure

Dans son numéro de février, Le magazine "20 ans" raconte sans rire qu’en ces temps de Sida, « Même avec un bon préservatif, un bon gel, et une crème spermicide ultradouce, il faut être
suicidaire pour tenter le diable. Bien maligne celle qui peut repérer le fou, l’inconscient et le
naïf total, susceptible d’être porteur sans même le savoir. »

Bref, ils sont partout (les séropositifs fous, inconscients, naïfs, voire criminels), et le préservatif n’y fait rien ! La seule voie restant aux jeunes en matière de sexualité étant, bien sûr, l’abstinence. D’où le titre du torchon : "13 bonnes raisons de ne pas coucher". On croirait lire du Jean-Paul II ! Décidément, lire "20 ans", ça rend sourd...

Juste courroux des associations qui combattent l’homophobie et prônent le prévention contre le sida : Act Up Paris occupe les locaux du magazine le 18 avril (voir son communiqué ci-dessous) et le groupe des "Panthères roses" distribue des préservatifs et un tract (voir ci-dessous) qui prône la prévention, devant quatre lycées parisiens : Henri IV, Charlemagne, Jean Lurçat et Rabelais.

C’est justement lors de leur action de vendredi 25 devant le lycée Rabelais que les "panthères roses" ont été interpelées par les fonctionnaires de M. Sarkozy puis interrogées pendant quatre heures pour "corruption de mineurs".

Décidément, l’ordre moral fait son grand "come back". Le message est clair pour les jeunes : on ne fume plus de pétards (confiscation du scooter !) et on ne baise plus (pose d’une "ceinture de chasteté psychologique"). Baissez les yeux, ne vous bourrez pas trop longtemps la tête dans les écoles, exercez sans protester des emplois précaires jusqu’à soixante-dix ans. Le plaisir est au bout du chemin ! Au paradis !




Le communiqué d’ActUp Paris


« 20 ans » stigmatise les séropos

publié le 18 avril 2003

Aujourd’hui, une quinzaine de militants d’Act Up-Paris ont zappé les locaux du magazine 20 ans. En 3 mois, le magazine 20 Ans s’est illustré par des propos haineux envers les séropositifs et les homosexuels. Il a véhiculé des idées erronées sur la prévention auprès d’un public particulièrement mal informé sur le VIH.

Complice du sida

« Franchement, même avec un bon préservatif, un bon gel, et une crème spermicide ultradouce, il faut être suicidaire pour tenter le diable. Bien maligne celle qui peut repérer le fou, l’inconscient et le naïf total, susceptible d’être porteur sans même le savoir... ». 20 ans, février 2003.

Le magazine remet en cause la fiabilité du matériel de prévention, estime qu’il est « suicidaire » de coucher avec un séropositif et regrette qu’on ne puise pas « repérer » les personnes atteintes. Les malades sont traités de « fous » ou d’« inconscients ». Contactée par Act Up-Paris dès février dernier, Isabelle Chazot, rédactrice en chef, a refusé de publier des excuses aux personnes atteintes par le VIH et une mise au point sur la prévention, le dépistage et les traitements d’urgence.

Homophobe et sexiste

Le numéro d’avril 2003 contient une interview d’Alain Soral. Celui-ci tient des propos homophobes et sexistes (« la communauté des gays se fonde sur le refus de comprendre et côtoyer l’"autre" radical qu’est la femme et dont la réunion produit l’humanité », « les filles, elles, peuvent s’en sortir par l’échange sexuel »). Le magazine relaie avec complaisance ses propos et assure la promotion du dernier livre de l’écrivain. En février 2003, déjà , 20 ans avait publié un article affligeant sur les homosexuels.

Un lectorat exposé à l’épidémie

20 ans touche plus de 900 000 personnes, majoritairement un lectorat jeune, féminin. Ce public fait partie des personnes les plus exposées au VIH et les moins bien informées sur la sexualité en général. Par exemple, parmi les nouveaux cas de sida recensés en 2000 chez les 15-29 ans, 52 % étaient des femmes.

A toutes ces personnes, Isabelle Chazot affirme que les outils de prévention sont inutiles et qu’il faut stigmatiser les séropositifs. Elle assume des propos homophobes et sexistes.

Ce genre de discours n’a, depuis 10 ans, jamais été diffusé dans un média grand public, en dehors de la presse d’extrême-droite. Isabelle Chazot ne partage sans doute pas les mêmes combats que Le Pen, mais elle les relaie avec beaucoup d’enthousiasme.

Nous demandons à 20 ans de publier des excuses auprès des séropositifs, ainsi qu’une mise au point sur la prévention du VIH, le dépistage et les traitements d’urgence.


Le communiqué des Panthères roses

LA "MORALE" LUTTE CONTRE LA PRÉVENTION

Sept Panthères roses ont été interpellées ce matin vers 8h15 par la brigade des mineurs, alors
qu’elles s’apprêtaient à distribuer des préservatifs devant le lycée Rabelais (18ème
arrondissement).

Trois fourgons et quatre heures d’interrogatoire plus tard (au commissariat de la Goutte d’Or), les
militantEs, apprènent, stupéfaitEs, de la trentaine de policiers mobilisés le motif de
l’interpellation : "corruption de mineurs" !
Faire de la prévention en appelant les choses par leur nom (cf. tract ci-dessous) corromprait donc
la jeunesse ???

Panthères interpellées, panthères consternées :
Qu’une position moraliste entrave encore aujourd’hui une action d’information et de prévention est
insupportable.
Non seulement les pouvoirs publics n’assument pas leur mission de prévention, mais ils préfèrent
apparemment la désinformation du magazine 20 ans à l’information responsabilisante.

C’était le quatrième jour que les Panthères roses distribuaient des capotes, du gel et des
préservatifs féminins devant des lycées parisiens (Henri IV mardi, Charlemagne mercredi, Jean Lurçat
jeudi), accompagnés du tract incriminé.

Les Panthères roses.
Résolument énervéEs par L’ORDRE MORAL !


Le tract distribué par les Panthères roses devant leq lycées parisiens

ABSTENEZ-VOUS DE LIRE 20 ANS, PAS DE BAISER !

Le magazine 20 ans (édition de février, p.122) développe "13 bonnes raisons de ne pas coucher",
parmi lesquelles "il est peut-être malade", qui explique qu’en ces temps de Sida et MST :
« Même avec un bon préservatif, un bon gel, et une crème spermicide ultradouce, il faut être
suicidaire pour tenter le diable. Bien maligne celle qui peut repérer le fou, l’inconscient et le
naïf total, susceptible d’être porteur sans même le savoir. »

La rédaction de 20 ans ne sait-elle pas mettre de capotes ?

Si vous lisez ces magazines qui vous prennent pour des idiotEs, vous devez être désespérées !
Oubliez tout, on recommence :

Sida et autres MST sont une réalité.
Ca ne se lit pas sur le visage.
Ca n’arrive pas qu’aux autres.
Mais ce n’est pas une raison pour paniquer,
ni pour bouder le sexe !

Léchez-vous, sucez-vous, pénétrez-vous, enculez-vous, .
Entre filles, entre garçons, entre filles et garçons.
Avec des séronegs, avec des séropos. Et avec du latex !

A chaque jeu son jouet : capote (avec du gel à base d’eau), fémidon (préservatif féminin), digue
dentaire (pour lécher cul et chatte), etc.

Si vous vous posez des questions sur la prévention, les MST ou les sexualités, appelez Sida Info
Service (0800 840 800, appel confidentiel et gratuit 24/24) ou la Ligne Azur (0810 20 30 40), jetez
votre 20 ans et envoyez-leur* vos plus vives protestations !

* 20 ans, 1 rue du Colonel Pierre Avia 75503 Paris Cedex 15,
01 46 48 48 48, redaction-20ans@excelsior.fr

Avec le soutien d’Act Up-Paris et Aides-Ile de France.

Le site d’ActUp Paris

Le site des Panthères roses

COMMENTAIRES  

28/04/2003 14:13 par José

Que faut-il craindre le plus entre l’ordre moral et le désordre immoral ?

Nous sommes beaucoup à ne vouloir subir ni les contraintes de l’un ni les celles de l’autre.

Entre les actions des totalitaires et celle des libertaires qui ont en commun de vouloir imposer leur manière de penser, il doit y avoir de l’espace pour une liberté respectueuse de chacun.

Il est heureux que dans une société démocratique les plus faibles, en particulier les jeunes, soient protégés des délires d’une association militante débridée.

On ne comprendrait pas que la police n’intervienne pas si une association fascisante venait faire la promotion de l’homophobie à la sortie des lycées. De même elle doit intervenir pour limiter les délires d’une association regroupant des ayatollahs de l’immoralité.

29/04/2003 18:43 par Fred

Les Panthères roses ne sont pas des ayatollahs... Les outrances de vocabulaire sont toujours énervantes et vident les mots de leur sens...
La seule chose "immorale" (en cherchant bien) c’est peut-être le vocabulaire employé par les panthères roses pour dire "faire l’amour avec des capotes protège du sida" et "les séropo ne sont pas des gens à exclure".

je trouve bien plus immoral l’utilisation de gros mots comme "ayatollah", surtout employé à tort et à travers, que les mots" bite, chatte, baiser, sucer, enculer, couilles".

02/05/2003 18:13 par José

Pourquoi vouloir imposer sa manière de penser et de l’imposer à tous, y compris aux plus faibles surtout parmi les jeunes.
Il est immoral de prendre le risque de perturber quelqu’un ; On peut salir des âmes et même faire mal à des personnes sensibles avec des mots.
Le terme d’ayatollah est tout à fait adapté (dans l’esprit) pour qualifier des personnes qui cherchent avec leurs propos les plus radicaux à imposer leurs idées sans respecter celles des autres.
En clair on a le droit (le devoir ?) de penser ses idées et de les partager dans un forum destiné à un public averti (donc majeur).
En aucun cas on n’a le droit d’imposer à des mineurs un vocabulaire faisant explicitement référence à des pratiques dont la moralité est DISCUTABLE (au sens propre comme au sens figuré).
Si l’on ne pouvait discuter de la moralité de ces pratiques ce serait la tyrannie. Tant qu’on peut il faut demander à ce que ces pratiques ne soient pas présentées comme normales (au sens de la norme qui fait référence).

13/03/2006 22:49 par Anonyme

Ouais, je vois pas en quoi le vocabulaire parangon de la société de consomation )que nous sommes) des panthère roses choque les gens.

La société est pleine de couilles de bites de chattes bien que cele vous choque : alors que vous réagissez pour des mots qui vous choquent (pourtant moi il me semble que la provocation n’est pas gratuite et qu’elle tente vraiment de faire passer un message cohérent), pourquoi personne ne réagit aux images sexuelles qui bombardent la société.

Franchement le mot bite qu’est ce que c a côté de ces images de cul de seins que je suis obliger de contempler tous les jours en prenant le bus et de partout dans la ville (ex la bimbo aux gros nichons de Lavazza). La vulgarité visuelle (pub sloggy) est partout

Faut arréter d’être hypocrites : la pub le porno instrumentalisent le corps a des seules fins pécuniaires, les panthères roses provoquent (comme la pub)a des fins militantes, un message passe.

Aprés je comprends les réactions de ceux qui défendent 20 ans : on vous oblige a coucher avec personne soyez tranquille !
Mais je comprends encore plus la réaction de ces association meme si je ne cautionne pas forcément leur mode opératoire couillu qui me fait un peu trop penser parfois aux manifs d’agriculteurs dans leurs mauvais jours.
Je me met a la place de qqun qui a été infecté par le virus : c’est déjà pas assez dur de lutter contre la maladie, aprés faudrait accepter d’être traité comme des pestiférés ? Comme ces lépreux a qui on obligeait de porter un clochette afin que le monde des sains de corps fuient a leur approche ?

Ce que 20 ans a surement écrit dans un accés d’inconscience se termine en vraie empoignade.
Mais il n’empeche que les rédacteurs de ce magazine devraient réaliser que lorsqu on parle de sida, le sujet n’est pas léger.

17/12/2006 07:04 par noble cause

morale de l’histoire
quand on va aux urnes
on réflechit bien avant de poser
son papier dans la boite/
A voter !!!!!!!!!!!!!!!!!

27/12/2004 23:34 par karen

je ne vois pas ou est le mal je lis le magazine 20ans depuis 3 ans maintenant et je trouve que c’est un magazine très interessant . bin oui pourquoi ne pas s’abstenir ? pourquoi le mot d’odrdre des jeunes d’aujourd’hui est : éclate toi ! " et pourquoi une tel banalisation de l’acte sexuel ? pourquoi les jeunes n’arreteraient ils pas de séclater et coucher nimporte comment et avec niporte qui franchement je trouve ca nul

07/07/2005 14:37 par Anonyme

Comment peut-on être stupide au point de ne pas voir le magazine "20 ans" est entièrement au second degré ?! Rendez-vous à la rubrique "horoscope, et vous verrez ! Ils ne prônent pas du tout l’abstinence, apprenez à lire !!
Et puis pourquoi voulez-vous retirer aux gens le droit de ne pas coucher avec un séropositif ?! C’est une tyrannie honteuse que vous cherchez à établir ! Les séronégatifs peuvent choisir sans qu’on leur foute des procès qd même, il ne s’agit pas de discrimination ! La démocratie n’est pas la tyrannie des minorités : chacun est libre ...

29/11/2005 19:47 par Anonyme

C’est une blague ou quoi ? "les seropositifs n’ont plus le droit de baiser ?" Quel egoîsme forcené ! Quel mépris de la vie d’autrui ! C’est bien cela dont il s’agit, et pas -comme certains semblent le penser- d’un ’bon moment’ a deux sans répercussion ! Je peux comprendre qu’en étant malade on ait tout autant besoin d’amour -ou de sexe hein c est surtout ca apparemment qui est réclamé - qu’en ne l etant pas mais faudrait quand meme rapeller que c’est toute la vie de l autre qui est en jeu.
Alors je sais pas pour vous mais n’importe qui y reflechirait a deux fois. Et c est normal. Parce que si les malades ne l’etaient pas, eux aussi y reflechiraient a deux fois alors qu’on arrete cette hypocrisie.

26/02/2007 17:03 par Anonyme

Je suis bien d’accord avec le fait de savoir avec qui (ou quoi) on couche ! Ma réaction parvient de loin, et en retard, puisque je suis au Québec et que mon magazine me parvient toujours plus tard. Excusez-moi, mais ici le débat ne va pas si loin. On ne se fait accuser de rien si l’on désire préserver sa vie. Ce serait légitime pour les séropos de vouloir conserver l’anonymat ? Des accidents, il y en a partout et tout le temps, aucun moyen n’est infallible. De toutes façons, moi je ne coucherais pas avec quelqu’un que je ne connais pas bien, mais ceux qui le font ont le droit de savoir s’ils courent un risque, non ?

27/08/2006 15:31 par Anonyme

La réaction des gens de cette rubrique est choquante !!! les panthères rose ne nous arcellent pas pour coucher avec avec des séropositifs mais essayent de casser les tabous et les intolérances de la société !

20 ans est le maillon d’une chaine qui entretient les intolérances et les préjugés ; même tourné au second degrés !!! je ne suis pas séropositive et encore hier je lisais 20 ans, mais il faut être objectif et reconnaître que le magazine "de la modernité" a du mal à circuler les valeurs de la République telles que

LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE...

21/04/2007 13:25 par Anonyme

Cette controverse à propos du magazine "20 ans" soulève un problème bien connu des humoristes : peut-on rire de tout ? Je suis lectrice occasionnelle de ce magazine, et je peux confirmer que la majorité des articles publiés ont pour but premier de faire rire, plutôt que d’informer. Je n’ai pas lu le texte incriminé, mais il y a fort à parier que c’est aussi le cas.

A-t-on le droit, au nom de l’humour, de stigmatiser séropositifs, homosexuels, belges, blondes ? De caricaturer Mahomet ? C’est à chacun de trouver sa propre limite entre humour et offense, et ce qui fait rire certains vexe les autres.

En ce qui concerne "20 ans", il me semble que certaines limites étaient régulièrement franchies, mais jamais assez pour pouvoir réellement taxer les rédacteurs/trices de discrimination. Il est donc difficile de savoir si leur attention était ou non de stigmatiser.

Cependant, quand bien même ce ne serait pas le cas, je comprend qu’on puisse s’en offenser, ce qui entraine des réaction violentes, etc... Je pense que défendre la liberté de la presse dans ce cas ne se justifiait pas vraiment ; cela n’aurait rien coûté au magazine de s’excuser au près des personnes blessées, tout en précisant que ce n’était pas son intention.

Pour ce qui est de l’action des panthères roses, je suis assez choquée qu’on puisse les arrêter pour des motifs touchant à l’immoralité. La liberation sexuelle aurait du nous garantir la liberté de nos moeurs intimes, du moment qu’elles ne nuisent ni à la liberté, ni à la sécurité de notre consentant partenaire.

Par contre, je trouve que le tract va un peu loin. Le lycée est un lieu dont le but premier n’est pas d’avoir des relation sexuelles mais d’acquérir des connaissances et, de plus, statistiquement une majorité de lycéens n’a pas de vie sexuelle. Je ne leur reproche pas d’avoir choisi ce lieu pour distribuer conseils et préservatifs (où ailleurs ?), mais la vulgarité de bon matin était-elle réellement nécessaire ?

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