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Pouvoir du Mensonge, Mensonges du Pouvoir

« Plus le mensonge est gros, plus il passe » Cette citation attribuée au docteur Goebbels, expert en la matière, a aujourd’hui gardé toute sa pertinence. Nous vivons, politiquement, en permanence dans le mensonge… et le pouvoir se gagne et se perpétue par le mensonge.

Autrefois dissimulé et difficile à déceler et dénoncer (encore que !), les moyens de communication modernes rendent la mystification plus difficile à dissimuler, permettant ainsi de démasquer les ruses du pouvoir, même, et surtout, s’il se dit « démocratique ».

PROMESSES ET MENSONGES

Aujourd’hui, la base de toute conquête « démocratique » du pouvoir est constituée non pas par des idées, des programmes, encore moins d’éthique, mais simplement des promesses et des flatteries. Il ne s’agit plus comme dans les systèmes absolutistes ou totalitaires de contraindre et de violenter, mais de faire adhérer…. De convaincre que l’on vit en « démocratie ».

L’objectif est de faire croire à des promesses à une multitude ayant des intérêts divergents - ou du moins présentés comme tels - une connaissance limitée des enjeux - du moins de la manière dont ils sont présentés - de la manipuler par l’ « information »,… et dont on sait qu’elle n’aura plus aucun pouvoir une fois passées les élections.

Ainsi les mensonges - pas jolis - sont remplacés par des promesses non tenues - ce qui apparemment est moins grave. Ainsi, la preuve de l’ « honnêteté » n’est pas à faire par les politiciens mais par celles et ceux qui les ont élus. La morale est sauve et le pouvoir assuré,… mieux, légitimé. Le peuple ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Le pouvoir ne peut pas être « irresponsable » puisque émanant du peuple ( ?).

« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », autre aphorisme, cette fois d’un ministre de l’intérieur français, repris de justice, et toujours parlementaire ( ?)… montre la bassesse des « hommes de pouvoir » qui ne reculent devant aucune vilenie pour exposer impunément leur cynisme repeint aux couleurs de la République.

POURQUOI LES POLITICIENS SONT PRETS A TOUT POUR LE POUVOIR ?

Le dévouement pour le bien public, avec trémolos dans la voix… c’est pour les naïfs.

Qui peut croire que c’est dans un but totalement désintéressé que s’engagent en politique celles et ceux qui sollicitent nos suffrages… c’est d’ailleurs ce qu’ils déclarent sans rire. Quand on sait les privilèges dont ils profitent et toute la hargne qu’ils mettent pour les conserver on ne peut que douter.

Les discours, écrits - quand il y en a, ce qui est rare- ne dénotent aucune profondeur d’analyse, aucune originalité d’idée, aucune pertinence… Ils ne font que ressasser ce que les électeurs veulent entendre dire, même si cela est absurde, voire scandaleux. Des exemples ?...

Ce qui intéresse les politiciens ce sont deux choses étroitement liées : accéder au pouvoir et le garder. En aucun cas, et aujourd’hui nous en avons tous les jours la démonstration, ils ne sont pas capables de régler les problèmes de la société… ils n’en ont d’ailleurs aucunement l’intention… Ils ne sont même pas là pour ça !

L’accès au pouvoir c’est l’assurance de la reconnaissance, de la richesse et de l’impunité,… autrement dit l’accès à une place meublée de privilèges exorbitants au regard du reste de la population. La place au pouvoir est une rente - souvent à vie - de situation…. Transmissible, si possible, par filiation (des exemples ?)….

Les ambitions, les soumissions, les trahisons, les compromissions tiennent lieu de débat politique, l’expression des ego remplacent les convictions, la séduction à l’égard de l’électeur, transforme le citoyen en jury de concours de beauté ou en arbitre de match.

Toutes les techniques de la communication, de la manipulation, de la séduction sont mises en oeuvre dans un seul but : plaire pour se faire élire.

L’image a remplacé la pensée. Le discours n’est plus l’expression de celle-ci, mais un ramassis de lieux communs, d’aphorismes, de formules prédigérées - souvent par des « spécialistes de la communication », autrement dit des fabricants de « poupées Barbie de la politique », des « vendeurs de rêves » - issus de la distillation méthodique du conscient et surtout de l’inconscient collectif.

« Les Français pensent que… » résume ce qui doit être.

Tous les politiciens, quelle que soit leur couleur pensent que - ou feignent de penser que - « tous les Français pensent comme eux ».

MENSONGES ET VÉRITÉS

Le discours politique n’a aucun sens au regard de ce qui est, de ce qui devrait être ou pourrait être. La vérité des faits, des situations, ayant perdu tout sens, le mensonge a lui aussi perdu son sens… ceci porte un nom, plus acceptable : les promesses.

Elles sont au carrefour du mensonge et de la vérité.

Elles permettent d’utiliser impunément l’un en évitant d’évoquer l’autre.

A ce jeu pervers, le citoyen est piégé,… il n’a plus le choix. Il ne peut ni dénoncer le mensonge, ni exiger la vérité.

La promesse le lit à un espoir dont l’incarnation est le politicien. Refuser, dénoncer ce dernier c’est briser l’espoir, en fait le miroir déformant qui lit le citoyen à sa propre impuissance politique.

« On n’a pas le choix », « Il faut bien quelqu’un » , « On doit avoir confiance », « Il/elle parait énergique ! », « Il/elle présente bien ! » « On verra bien… ! » etc….

Tous ces aphorismes ne sont que l’expression de la démission citoyenne devant le vide sidéral du discours politicien…

La « conscience » citoyenne en est réduite au geste mécanique et réflexe - largement appuyé par la propagande civique : mettre un bulletin dans une urne.

Ce geste n’est que l’expression individuelle d’un « désir » et d’un soit disant « devoir » publiquement, paradoxalement, inavouable (il est secret,… dans l’isoloir), voire d’un phantasme et la plupart du temps d’un conditionnement… En aucun cas il n’est aujourd’hui l’expression d’un projet collectif concret. Préfabriqué, prédigéré, préemballé par les « promoteurs de pouvoir » que sont les partis, il n’appartient même plus à celui qui le fait.

Ce geste, à l’image du « geste auguste du semeur » est porté d’autant plus au pinacle par la classe politique qu’il est dépourvu de tout sens à portée réellement politique. Il ne fait finalement que départager des « concurrents » aux mêmes programmes et mêmes objectifs : gérer le système et faire que rien ne change.

Paradoxalement, du moins aux yeux des naïfs, le refus de ce geste est donc le seul geste politique qui ait un sens :

-  il exprime le refus de tout un mécanisme mystificateur qui donne l’illusion de la démocratie ;
-  il refuse de donner une légitimité à des individus décalés de la réalité sociale qui voient là un moyen de réussite sociale, voire de reconnaissance narcissique (des noms ?).

LE POUVOIR POUR QUI ? POUR QUOI ?

Poser simplement et uniquement en ces termes, c’est tomber dans le piège dans lequel nous sommes aujourd’hui. On confie le pouvoir, de fait sans garantie, ni des résultats, ni du respect des règles, à une personne ou un groupe de personnes qui s’autoproclame « digne du pouvoir ».

Mais répliquera-t-on, le processus électoral est une garantie qui permet la sanction de l’élu… Or, la pratique montre que ce n’est pas du tout le cas. Par le simple jeu du verrouillage du système électoral par les partis, les promesses, les doubles discours, de la monopolisation de la parole, du clientélisme,… l’alternance (et non l’alternative) permet au système de « retomber systématiquement sur ses pieds ». En fait, sur le fond, rien ne change !

Posé simplement sous cette forme,… ce que font les élections, c’est faire de celui-ci une sphère étrangère à la société et donc l’isoler de ce qui fait le quotidien, l’immédiat quotidien, du plus grand nombre.

Le pouvoir se résume donc à occuper un espace politique, économique, administratif qui assure la pérennité du système dans son ensemble…. L’extrême droite qui se donne des allures de critique - comme ça a été toujours le cas dans les décennies précédentes - par rapport à lui n’a qu’un objectif : s’y intégrer.

L’accession au pouvoir change d’ailleurs radicalement celle ou celui qui y parvient. Il y a avant l’élection et après l’élection,… il y a le candidat et l’élu. Tout est possible avant, presque rien après,… ou si se réalisent les promesses,… au fil du temps elles s’effilochent et disparaissent … Il suffit de voir l’évolution/régression de tous les acquis sociaux depuis plus d’un demi siècle.

Le modèle standard du fonctionnement démocratique a aujourd’hui, et depuis longtemps, atteint ses limites. Contribuer à son fonctionnement c’est prolonger artificiellement son existence ce qui nous conduit à la catastrophe (voir le cas de la Grèce) car non seulement il entretient et légitime une classe politique parasite, mais est aussi incapable de répondre aux besoins et aspirations du plus grand nombre.

Février 2012 Patrick MIGNARD

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