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Un appel à la prudence de Russie (The New York Times)

Vladimir V. Poutine

Les récents événements autours de la Syrie m’ont invité à parler directement au peuple américain et à ses dirigeants politiques. Il est important de le faire au moment d’une communication insuffisante entre nos sociétés.

Les relations entre nous sont passées par différentes étapes. Nous étions les uns contre les autres pendant la guerre froide. Mais nous avons aussi été des alliés un temps, et avons vaincu les nazis ensemble. L’organisation internationale universelle - l’Organisation des Nations Unies - a ensuite été mise en place pour empêcher qu’une telle dévastation ne se reproduise jamais.

Les fondateurs de l’Organisation des Nations Unies ont compris que les décisions concernant la guerre et la paix devraient ne se prendre que par consensus, et avec le consentement de l’Amérique le droit de veto par les membres permanents du Conseil de sécurité a été inscrit dans la Charte des Nations Unies. La profonde sagesse de ceci a maintenu la stabilité des relations internationales pendant des décennies.

Personne ne veut que l’Organisation des Nations Unies subisse le sort de la Société des Nations, qui s’est effondré parce qu’il lui manquait une véritable influence. C’est possible si des pays influents contournent les Nations Unies et entreprennent une action militaire sans l’autorisation du Conseil de sécurité.

La frappe potentielle des États-Unis contre la Syrie, malgré la forte opposition de nombreux pays et les principaux responsables politiques et religieux, y compris le Pape, se traduira par plus de victimes innocentes et une escalade, propageant potentiellement le conflit au-delà des frontières de la Syrie. Une frappe augmentera la violence et déclenchera une nouvelle vague de terrorisme. Elle pourrait saper les efforts multilatéraux visant à résoudre le problème nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien et déstabiliser davantage le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Elle pourrait rendre l’ensemble du système du droit et de l’ordre international hors d’équilibre.

La Syrie n’est pas témoin d’une bataille pour la démocratie, mais d’un conflit armé entre le gouvernement et l’opposition dans un pays multi religieux. Il y a peu de champions de la démocratie en Syrie. Mais il y a plus qu’assez de combattants d’al-Qaïda et d’extrémistes de tous bords qui luttent contre le gouvernement. Le Département d’Etat des Etats-Unis a déjà désigné al-Nusra et l’Etat islamique d’Irak et du Levant, combattant avec l’opposition, comme des organisations terroristes. Ce conflit interne, alimenté par des armes étrangères fournies à l’opposition, est l’un des plus sanglants dans le monde.

Des mercenaires de pays arabes luttent là-bas, et des centaines d’activistes en provenance des pays occidentaux et même de Russie, sont pour nous une source de profonde inquiétude. Ne pourraient-ils pas retourner dans nos pays avec l’expérience acquise en Syrie ? Après tout, après les combats en Libye, les extrémistes sont passés au Mali. Cela nous menace tous.

Dès le début, la Russie a prôné un dialogue pacifique permettant aux Syriens d’élaborer un plan de compromis pour leur propre avenir. Nous ne protégeons pas le gouvernement syrien, mais le droit international. Nous devons utiliser le Conseil de sécurité des Nations Unies et croire que la préservation de la loi et de l’ordre dans le monde complexe et turbulent d’aujourd’hui est l’une des rares façons d’empêcher les relations internationales de sombrer dans le chaos. La loi est toujours la loi, et nous devons la suivre que nous le voulions ou non. Selon le droit international actuel, la force n’est autorisée qu’en cas de légitime défense ou par la décision du Conseil de sécurité. Tout le reste est inacceptable en vertu de la Charte des Nations Unies et constituerait un acte d’agression.

Personne ne doute que du gaz toxique ait été utilisé en Syrie. Mais il y a tout lieu de croire qu’il a été utilisé non pas par l’armée syrienne, mais par les forces de l’opposition, afin de provoquer l’intervention de leurs puissants protecteurs étrangers, qui seraient du côté des fondamentalistes. Les rapports indiquant que des activistes se préparent une nouvelle attaque - cette fois contre Israël - ne peuvent pas être ignorés.

Il est alarmant de constater que l’intervention militaire dans des conflits internes de pays étrangers est devenue monnaie courante aux États-Unis. Est-ce dans l’intérêt à long terme de l’Amérique ? J’en doute. Des millions de personnes dans le monde voient de plus en plus l’Amérique non pas comme un modèle de démocratie, mais aussi comme s’appuyant uniquement sur la force brute, bricolant des coalitions réunies sous le slogan "vous êtes avec nous ou contre nous".

Mais la force s’est révélée inefficace et inutile. L’Afghanistan chancelle, et personne ne peut dire ce qui se passera après que les forces internationales se seront retirées. La Libye est divisée en tribus et en clans. En Irak, la guerre civile se poursuit, avec des dizaines de morts chaque jour. Aux États-Unis, nombre d’entre vous établissent une analogie entre l’Irak et la Syrie, et se demandent pourquoi leur gouvernement voudrait répéter les erreurs récentes.

Peu importe à quel point les frappes seront ciblées ou à quel point les armes seront sophistiquées, des victimes civiles sont inévitables, y compris des personnes âgées et des enfants, que les frappes sont censées protéger.

Le monde réagit en demandant : si vous ne pouvez pas compter sur le droit international, alors vous devez trouver d’autres façons d’assurer votre sécurité. Ainsi, un nombre croissant de pays cherchent à acquérir des armes de destruction massive. Ce qui est logique : si vous avez l’arme nucléaire, personne ne va vous toucher. Nous sommes partis en parlant de la nécessité de renforcer la non-prolifération, alors qu’en réalité cela l’érode.

Nous devons cesser d’utiliser le langage de la force et reprendre le chemin du règlement diplomatique et politique civilisé.

Une nouvelle possibilité d’éviter une action militaire a émergé dans les derniers jours. Les Etats-Unis, la Russie et tous les membres de la communauté internationale doivent tirer parti de la volonté du gouvernement syrien de mettre son arsenal chimique sous contrôle international pour sa destruction ultérieure. A en juger par les déclarations du président Obama, les Etats- Unis voient cela comme une alternative à l’action militaire.

Je me réjouis de l’intérêt du président à poursuivre le dialogue avec la Russie sur la Syrie. Nous devons travailler ensemble pour maintenir cet espoir vivant, comme convenu lors de la réunion du G8 à Lough Erne en Irlande du Nord en juin, et réorienter le débat vers des négociations.

Si nous pouvons éviter la force contre la Syrie, cela permettra d’améliorer l’atmosphère dans les affaires internationales et de renforcer la confiance mutuelle. Ce sera notre réussite commune et ouvrira la porte à une coopération sur d’autres questions cruciales.

Ma relation professionnelle et personnelle avec le président Obama est marquée par une confiance croissante. J’apprécie cela. J’ai étudié attentivement son discours à la nation de mardi. Et je serais plutôt en désaccord avec une affirmation qu’il a faite sur l’exceptionnalisme américain, affirmant que la politique des États-Unis est "ce qui rend l’Amérique différente. C’est ce qui nous rend exceptionnels." Il est extrêmement dangereux d’encourager les gens à se considérer comme exceptionnels, quelle que soit la motivation. Il y a de grands pays et de petits pays, riches et pauvres, ceux qui ont de longues traditions démocratiques et ceux à qui il reste encore à trouver leur chemin vers la démocratie. Leurs politiques diffèrent aussi. Nous sommes tous différents, mais quand nous demandons la bénédiction du Seigneur, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux.

Vladimir V. Poutine,
Président de la Russie

Le 11 septembre 2013.

Source : A Plea for Caution From Russia

 http://www.nytimes.com/2013/09/12/opinion/putin-plea-for-caution-from-russia-on-syria.html?pagewanted=print

COMMENTAIRES  

12/09/2013 16:28 par AG

Excellente initiative de LGS que d’avoir traduit et publié ce texte ! Mais pourquoi ne pas avoir mis l’illustration originale ?

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Source

L’interview fleuve de Bachar al-Assad par Charlie Rose cela aurait bien aussi, mais ça représente un sacré boulot de traduction... (le régime syrien est en dessous de tout en matière de communication, il a des interprètes nom d’un chien, pour quoi les paie-t-il, pour faire des batailles navales ?)

12/09/2013 18:16 par Marcel Séjour

En lisant ce texte je pense à Nicolas Sarkozy et à son beau discours de Toulon, où tout a été dit et bien dit avant que rien ne soit fait. Poutine est tout sauf une oie blanche mais en ce moment c’est lui qui a la main.
Ceci dit, ne plus jamais se passer de l’ONU est certes une bonne chose mais appliquer ses résolutions en serait une meilleure encore.

12/09/2013 20:33 par triaire

L’ONU est-elle crédible ? Aucune de ses résolutions n’ont été appliquées par l’état d’Israèl...Les USA attaquent qui ils veulent et se fichent absolument de l’ONU .
Sinon, Poutine semble etre le moins fou du moment .

12/09/2013 21:09 par Dwaabala

Merci à LGS pour cette publication.

12/09/2013 21:12 par legrandsoir

merci au traducteur (anonyme)

12/09/2013 21:59 par sisi flib

La sagesse exige qu’on lit et relit ce comentaire de M.Poutine plusieurs fois et que l’on se repete .

13/09/2013 07:20 par Jean-Marie Défossé

Si personnellement j’approuve en grande partie les déclarations de Vladimir Poutine sur le dossier syrien ; par contre , il m’est impossible de cautionner sa dernière phrase , on ne peut plus PROSELYTE et TENDANCIEUSE !
Je cite :<< Nous sommes tous différents , mais quand nous demandons la bénédiction du Seigneur , nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux >>

Dernière phrase prosélyte et tendancieuse ( si celle-ci s’avère exacte) , car augurant d’une ingérence inacceptable de la religion sur le plus haut niveau de la scène politique russe ... et internationale , et donc comme par le passé , d’une ingérence au fil du temps se traduisant inexorablement , avec l’aide des oligarchies monarchiques et aristocratiques de cette planète , par une véritable et dangereuse mainmise et instrumentalisation des masses populaires ! Sans compter qu’une telle résurgence des pouvoirs religieux et de leurs pseudo-valeurs spirituelles , feraient dans le meilleur des cas , abstraction totale et certaine des courants de pensées différents , voire , tenteraient comme par le passé de convaincre par la menace et par la force "les brebis égarées" du "blanc"chemin de l’OBSCURANTISME !

Je n’ai rien contre la croyance (et elle doit être respectée par tous et en tout premier lieu par ceux qui prétendent la représenter) , ... si cette croyance reste une conviction personnelle et intime et non pas un moyen d’instrumentalisation des masses au profit de minorités oligarchiques .

Même si cette résurgence des religions sur le plan international se dissimule très bien derrière des prétextes d’abus de pouvoirs impérialistes , économiques , énergétiques , environnementaux ...etc... cette résurgence TRES MALSAINE en ce début de 21ème siècle est la source-même de TOUS les conflits actuels sur cette planète ! Conflits actuels ... et passés !

De COMBIEN DE MORTS ces oligarchies "religieuses (toutes confessions confondues) sont-elles RESPONSABLES depuis des siècles ? Que deviens dans ce cas le précepte de morale : TU NE TUERAS POINT !!! Une vulgaire billevesée !

13/09/2013 10:35 par legrandsoir

Nous sommes tous différents , mais quand nous demandons la bénédiction du Seigneur , nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux

Moi, je lis ça comme une pique exaspérée vers les insupportables bondieuseries d’Obama et des dirigeants US.

13/09/2013 11:33 par Jean-Marie Défossé

@ Le Grand Soir
Malheureusement et pour s’en convaincre , il suffit d’aller faire un tour sur certains sites russes (Ria-Novosti entre autres) pour s’apercevoir rapidement que certains sujets et en particulier ceux touchant à la religion sont interdits de commentaires ... par une simple et injuste censure !

Faut-il comme ces sites russes et au détriment futur du peuple russe , fermer les yeux , les oreilles et la bouche et laisser faire des évidences de plus en plus flagrantes ?

Pour son crédit , la Russie n’est pas le seul pays touché par ce phénomène de "résurrection" de l’épée et du goupillon !

13/09/2013 11:58 par legrandsoir

certains sujets (...) sont interdits de commentaires ... par une simple et injuste censure !

L’interdiction de commentaires n’a strictement rien à voir avec la censure. Si le site n’offrait aucune possibilité de commenter, vous ne l’auriez même pas relevé. On peut donc retourner la phrase "certains sujets sont ouverts aux commentaires, par une simple et bonne volonté de dialogue".

Nous supprimons des commentaires tous les jours. Ce n’est pas de la "censure", c’est du ménage. Et certains sujets attirent les trolls en tous genres. Vous savez, ceux qui détournent (volontairement ou pas) le forum du sujet principal. Comme dans le cas présent, par exemple.

13/09/2013 12:29 par Quidam

Le pouvoir russe post-soviétique n’a pour le moins pas souvent pas brillé par sa clairvoyance ni son sens de l’équité - y compris en matière d’affaires étrangères, voir le calvaire du peuple palestinien par exemple - mais force est de constater que sur ce point ils sont du bon côté de l’histoire, de la justice & du droit.

Le deux poids deux mesures dans ce drame de la Syrie est insupportable & intolérable, va-t-on incriminer les monarchies obscurantistes du Golfe persique & de la Péninsule arabique pour nourrir ouvertement un conflit chez leur voisin syrien en inondant la Syrie d’armes, de pétrodollars & de mercenaires djihadistes qui y sème la barbarie, la terreur & le chaos ?

Va-t-on incriminer l’Occident qui se livre de facto depuis 2 ans 1/2 à une guerre d’attrition médiatique & économique contre la Syrie & ne cesse de la menacer & lui nuire par des ingérences éhontées & ce au grand jour ?

Va-t-on incriminer l’entité sioniste qui bafoue toutes les règles du droit international depuis plus de 60 ans, extermine à petit feu les autochtones, les martyrise honteusement, & possède au vu & au su du monde entier les pires stocks d’armes de destruction massive dont elle n’hésite pas à se servir régulièrement pour certaines d’entre elles ?

13/09/2013 14:28 par Dominique

Le problème de l’ONU est que les grandes puissances qui siègent au conseil de sécurité forment de fait un exécutif qui se croit au-dessus des décisions du législatif qu’est l’assemblée générale. Le conseil de sécurité ne devrait être que l’exécutif des décisions prisent par l’assemblée générale. Le problème est que les grandes puissances ne l’accepteront jamais, pas plus la Russie que les USA.

Poutine parle avec raison qu’il est dangereux de faire croire qu’un pays serait plus exceptionnel qu’un autre. Il enchaîne sur les pays petits et grands, riches et pauvres, mais il ne dit pas un mot du fait qu’il y a un gang de grandes puissances qui a le monopole des sièges permanents au conseil de sécurité, et que de toute façon le mandat du conseil de sécurité outrepasse celui de simple exécutif des décisions de l’assemblée générale.

Ce qui nous ramène à l’antiquité, cette époque ou un gang de guerriers a pris le pouvoir sur la société. Nous en sommes toujours là aujourd’hui, et ces gens-là doivent comprendre que dans un système où la démocratie n’est pas, comme dans la Grèce antique, réservée à la petite minorité de citoyens non esclaves, mais l’apanage de tous et de chacun quel que soit son rang dans la société, et bien ces gens-là doivent comprendre qu’ils doivent se soumettre aux décisions de la majorité.

Or, à l’ONU, la majorité n’est pas représentée par le conseil de sécurité, mais par l’assemblée générale. De même que dans un pays, la majorité n’est pas le gouvernement mais le peuple. Quand je vois un pays comme la France, qui a une grande tradition démocratique, et aussi une autre tradition colonisatrice, et que je vois son gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite, mépriser la volonté populaire sur le nouveau traité européen, je ne me fait pas d’illusion. En France comme à l’ONU, ce sont les fous de guerre qui sont au pouvoir.

Et dans cette galère, le moins fou est certainement Poutine. Il ne faut pas oublier qu’il a commencer par débarrasser la Russie d’une bonne partie de la corruption qui la gangrenait depuis l’après perestroïka,

Quand à son couplet sur Dieu, c’est certainement une pique à Obama, lequel comme tous ses prédécesseurs, ne prend jamais la parole sans en référer à dieu. C’est certainement aussi une manoeuvre électoraliste dans un monde dans lequel la majorité des gens sont croyants. C’est un fait têtu, et ce n’est pas en leur disant que dieu n’existe pas que l’on s’en fait des amis. Tout au plus pouvons-nous, comme Garaudy le remarque très bien (il n’a pas écrit que des conneries), inviter les croyant à se demander si l’idéal d’amour de leur foi, et de manière générale les valeurs qu’ils donnent à leur foi, correspondent aux valeurs de leurs religions.

Et c’est là que cela devient intéressant. Garaudy fait une assez bonne critique des religions et de leurs dogmes, mais il s’arrête à mi-chemin. S’il relève le fait que les dogmes de base des religions sont à l’origine de la coupure de l’homme et de la nature, ainsi que de la séparation de l’esprit et de la chair, il ne remarque pas suffisamment à quel point c’est une élément fondamental de la pensée humaine contemporaine. Ceci même s’il remarque que la séparation de l’homme et de la nature s’est aggravée par deux fois depuis l’apparition de ces dogmes lors de l’antiquité. Je rajouterais qu’elle est même encore en train de s’aggraver avec la fascination pour les nouvelles technologies qui devraient résoudre tous nos problèmes alors qu’elles ne font que rajouter de nouvelles sources de pollution aux anciennes, que la majorité des habitants de la planète n’y a pas accès, et que le monde virtuel n’est qu’un succédané de la vrai vie.

Les religions organisées sont apparues en même temps que les peuples de guerriers. Ce n’est pas un hasard car pour pouvoir exploiter son semblable, il est nécessaire, dans toutes les formes de sociétés, de le rabaisser au préalable à un rang inférieur. Les religions organisées ont toutes des dogmes de base qui attribuent aux choses des qualités superstitieuses, bien, mal, yin, yang, ..., ce qui permet d’établir deux hiérarchies, la première entre les dieux, les hommes et le reste de la création, la deuxième entre les hommes, certains se retrouvant plus proches des dieux que les autres. Ces dogmes servent donc de justification morale à toutes les formes d’exploitation, que ce soit l’exploitation de l’homme par l’homme, ou celle de la nature par l’homme.

Les sociétés d’avant l’antiquité, il en reste quelques-une dans ce qui reste des forêts humides, ont des modes de vie qui contribuent à augmenter la bio-diversité de leur environnement. Les peuples apparus depuis l’antiquité ont des modes de vie qui appauvrissent la bio-diversité de leur environnement. Notre mode de vie est le pire de tous, et comme par hasard c’est aussi celui qui a inventé le plus de moyens pour tuer. Les deux problèmes sont indissociables l’un de l’autre, et comme le montrent les dogmes des religions, ce qui rend possible l’exploitation de l’homme par l’homme est l’exploitation de la nature par l’homme,

Les indiens ne dirent pas autre chose aux colons puritains qui les massacraient et qui massacraient les bisons :
« Un être humain qui ne respecte pas son environnement est incapable de respecter ses semblables, »

Marx le dit aussi :
« Le rapport borné de l’homme avec la nature conditionne les rapports bornés des hommes entre eux. »

Wilhelm Reich rajoute une couche :
"Il faut cesser d’adorer des dieux personnels pour adorer la nature en essayant de la comprendre." (de mémoire)

Quand aux anthropologues par la bois de Philippe Descola (de mémoire) :
« Le rapport de l’homme avec la nature conditionne toute l’ontologie d’une société. ... L’ontologie d’une société n’est pas une théorie car c’est non seulement sa représentation du monde mais inclus aussi son mode de vie. ... Il y a autant de formes de rapports de l’homme avec la nature que de formes de société. »

Cela implique que la seule façon de provoquer un changement réel n’est pas de ne s’en prendre qu’à l’économie, mais de s’en prendre à la cause de toutes les causes en changeant notre rapport avec la nature. Cela implique que la satisfaction des besoins humains chers autant au capitalisme qu’au communisme doit être subordonné à la satisfaction des besoins de notre environnement.

Cela implique de faire table rase sur ces dogmes superstitieux et de les remplacer par un concept scientifique : le respect de la Terre, notre seule source de vie qui nous donne l’air, l’eau, notre nourriture et toutes sortes de matériaux pour nous habiller, nous loger et travailler. Comme c’est le rapport de l’homme avec la nature est ce qui conditionne tous les autres rapports humains, et donc notre mouvement historique, les autres formes de rapports humains s’en trouveront profondément modifiés.

En d’autres termes, le respect de la nature est la forme fondamentale de respect, celle qui conditionne les autres formes de respect.

Ceci implique aussi que tout discours politique qui ne tienne pas compte de ce fait têtu n’est que du vent. Au point où en sont les choses sur le plan environnemental sur cette planète, la guerre en Syrie n’est qu’une priorité de second ordre car il ne s’agit que de la survie de quelques millions d’individus, alors que notre mode de vie est en train de conduire toutes les formes de vie supérieure de la planète, humains comme non humains, au suicide collectif. Voilà l’ampleur du désastre : la disparition massive d’espèces animales et végétales la plus rapide de l’histoire de la Terre a déjà commencé, ceci sur terre comme dans les mers et les océans. Et nous sommes le sommet de la chaîne alimentaire...

L’écosocialisme et des initiatives comme la Charte des peuples de la Terre sont notre dernière chance de pouvoir changer les choses, et pour une fois ce changement a une chance d’être réel car il s’en prend à la cause première, notre rapport avec la nature. N’en déplaisent aux capitalistes, il faudra aussi passer par la décroissance. L’alternative d’aujourd’hui n’est plus barbarie ou socialisme, c’est continuer la course au suicide collectif de la planète ou essayer de sauver notre peau tout en restaurant l’ordre naturel des choses.

Cela pose aussi la question de l’emploi de la technologie, et pas seulement dans le cadre de son obsolescence, mais dans le cadre d’un enrichissement de la biodiversité. Autrement dit, nous sommes condamné à cesser de tuer pour nous mettre à respecter. Et respecter signifie comprendre les choses, à commencer par comprendre la nature et notre place dans la nature, ce qui permettra à chacun de comprendre sa place. Et c’est certainement pas au conseil d’insécurité de l’ONU.

13/09/2013 16:41 par Scalpel

Cher GS,
M’est humblement avis que vous vous êtes mépris sur la remarque de M. Défossé, dans son second message, faite à propos de sites russes, et non pas de celui du GS.
Cela dit, j’ai, tout comme vous, vu dans l’ironique remarque du renard Poutine un savoureux persiflage sur la bondieuserie amerloque.

14/09/2013 09:16 par Quidam

Hilarant !

Des congressistes Yankee se sont offusqué de la lettre ouverte du président russe dans la rubrique opinion du New York Times, principalement des neocons mais pas seulement, quelques dits "démocrates" aussi !

Et ce dans des termes grotesques du genre "ce ne sont pas les Russes qui vont nous faire la morale", niveau maternelle 1ère année quoi ... mais bon passons ...

Là où ça devient très drôle, c’est que ce crétin de John McCain a envoyer une réponse à la presse russe et là où ça devient carrément hilarant c’est qu’il ne l’a pas adressée à un média de grande diffusion aux ordre du pouvoir genre RIA Novosti mais ... à la Pravda, le canard du КПРФ le PC russe, une feuille tragiquement ultra confidentielle à l’heure d’aujourd’hui !!!!

Il faudrait instituer un prix Nobel du ridicule & John McCain me semblerait tout indiqué pour figurer sur la listes des favoris avec bien sûr Normal 1er & son préposé aux affaires étrangères, non ?

14/09/2013 14:12 par Leo Lerouge

Non, Mc Cain n’a pas "envoyer " d’article à la Pravda. Il a seulement lancé une boutade disant qu’il allait le faire.
Si vous ne comprenez pas l’anglais, laissez tomber. Vous ne faites que désinformer stupidement.
Voir ici, et (c’est en anglais, donc, pour ceux qui le comprennent).

Alors, "désopilant", "hilarant" "grotesque" ou pas, ça ne fait pas rire grand monde.
En particulier, ceux qui ne lisent pas l’anglais et qui ne peuvent pas chercher l’info eux—mêmes - et que vous trompez.

14/09/2013 15:30 par Quidam

Les Canadiens n’ont - par la force des choses pour certains - pas trop de soucis avec langue de Shakespeare :

John McCain publiera une tribune dans la Pravda - La Presse.ca

"Le sénateur McCain est heureux de saisir leur offre et il va soumettre un article", a confirmé son porte-parole Brian Rogers

14/09/2013 15:49 par Dwaabala

@ Dominique,
Il faut aussi se garder d’idéaliser l’ONU, même dans son Assemblée générale, pour deux raisons au moins.
La première est que le financement de l’organisation dépend largement des Etats-Unis et qu’elle ne peut donc être que timidement indépendante au niveau de son Secrétariat général.
La deuxième est que les Etats-Unis tiennent directement sous leur coupe un grand nombre d’Etats.
Alors dans les circonstances actuelles il est bon que la Chine et la Russie puissent exercer leur droit de veto dans un Conseil de sécuité.
Non, ce qu’il faut réformer sous peine de voir l’ONU réduite au rang de la SDN, c’est que des Etats comme les Etats-Unis et la France ne puissent se permettre ne serait-ce qu’envisager d’agir hors de ses cadres, ce sera déjà un progrès ; et que ses résolutions concernant Israël ne soient pas foulées au pied par les mêmes.

14/09/2013 16:31 par Dédé

Ca serait pas un remake de "l’hôpital qui se fout de la charité" des fois ? J’ai bon ?

14/09/2013 18:14 par Anonyme

Selon Aporrea (en espagnol) :

12 Septembre - Le New York Times a publié hier soir l’article de Poutine sur la Syrie dans lequel il dit, entre autres, qu’il y a des raisons pour penser que ce furent les rebelles et non les forces du gouvernement qui utilisèrent le gaz toxique.

Dans le paragraphe final, Poutine fait référence au discours de Barack Obama sur la Syrie mardi soir et dit son désaccord avec l’affirmation d’Obama selon laquelle les Etats-Unis sont "exceptionnels".

Le président de la commission des relations étrangères, le Sénateur Démocrate Robert (Bob) Menéndez (...) a dit qu’il a lu l’article pendant qu’il était à table. "Cela m’a presque fait vomir" a-t-il dit "Cela me fait mal que quelqu’un qui vient du KGB nous dise ce qui est dans notre intérêt et ce qui ne l’est pas" "Réellement se pose la question de savoir si la proposition russe est si sérieuse que ça."

(...) De son côté, le Sénateur Républicain John McCain a dit sur Twitter que l’article de Putine était une insulte à l’intelligence de chaque habitant des Etats-Unis.

Le Sénateur Républicain James Inhofe a dit dans une émission de MSNBC : "Je ne crois pas Poutine, cela me rend malade d’avoir à m’asseoir pour lire ça"

Jusqu’aux deux Sénateurs Républicains (John Cornyn y Vern Buchanan) qui étaient opposés à une attaque de la Syrie, et qui ont été dérangés par l’article de Poutine. Cornyn a dit sur Twitter : "Poutine fait partie du problème, pas de la solution".

Serait ce parce-qu’il paraît "extrêmement dangereux" à Poutine que qui que ce soit se considère comme exceptionnel ?

14/09/2013 21:01 par Sheynat

14/09/2013 à 15:30, par Quidam

Les Canadiens n’ont - par la force des choses pour certains - pas trop de soucis avec langue de Shakespeare :

- John McCain publiera une tribune dans la Pravda - La Presse.ca

"Le sénateur McCain est heureux de saisir leur offre et il va soumettre un article", a confirmé son porte-parole Brian Rogers

Je ne sais pas si vous vous rendez compte que par cette réponse vous venez de confirmer ce qu’explique Léo Lerouge : qu’il ne l’a pas encore fait mais a dit qu’il allait le faire...

15/09/2013 03:04 par Leo Lerouge

Merci, Sheynat, de cette mise au point.
D’ailleurs, le journal canadien, censé démentir ce que j’ai dit, écrit bien (ce qui n’a pas été relevé, évidemment) :
Le républicain John McCain avait plaisanté lors d’une interview sur la tribune publiée par le président russe, Vladimir Poutine, dans le New York Times jeudi. « J’adorerais avoir une tribune dans la Pravda », a-t-il lancé sur CNN.
Mais c’est qu’il ferait passer les lecteurs et commentateurs pour des imbéciles !

D’autre part, si Mc Cain a parlé de Pravda, c’est probablement que cet illettré ne connaissait que ce journal russe. On verra bien s’il ose écrire dans la Pravda. Et ce qu’il va trouver à y dire.

Ils reprochent à Poutine d’avoir écrit dans le NYT et exprimé son point de vue. Ce n’est pas lui qui s’est publié tout seul, non ?
Donc, si je comprends bien, ils veulent une presse qui ne publie que ce qui va dans leur sens. Des textes à la gloire de l’Amérique et de ses brillants élus, en gros.
Pourtant le NYT leur fait rarement de la peine.
Ce n’est pas ce que Mc Cain et les autres reprochaient à la Pravda, ça, d’être la voix du pouvoir ?
Si Poutine le leur fait remarquer, ils vont encore nous faire une jaunisse.

18/09/2013 09:37 par pilhaouer

"Le Grand Soir" publie ce texte* très important alors que les grands médias se sont contentés de citations !

Et ils stigmatisent la censure en Russie !

* Il existe une traduction légèrement différente sur un autre site, "Ragemag", mais elle est assortie d’une mise en garde assez ridicule.

19/09/2013 14:22 par Leo Lerouge

Bon, finalement, lui aussi, piégé par ses propos inconsidérés, Mc Cain a bien écrit dans la Pravda.
Mais si Poutine se cantonnait à dénoncer globalement la politique guerrière des Etats-Unis, Mc Cain, s’en est pris directement à Poutine.
Ainsi, McCain affirme que le dirigeant russe "soutient un régime syrien qui assassine des dizaines de milliers de gens de son propre peuple pour se maintenir au pouvoir et empêche ainsi les Nations Unies de, ne serait-ce que, condamner les atrocités qu’il commet".

Il déclare ensuite que Poutine et ses associés :

"punissent et emprisonnent leurs opposants politiques. Ils truquent vos élections. Ils contrôlent vos medias. Ils harcèlent, menacent et interdisent les organisations qui défendent votre droit à l’auto-détermination. Pour conserver le pouvoir, ils encouragent la corruption à tous les niveaux dans vos tribunaux et votre économie et terrorise, voire assassinent, les journalistes qui tente de révéler corruption."

Ce constat serait très crédible s’il venait d’un élu au-dessus de tout soupçon.
Parce que :
Les prisons US sont pleines de "dissidents" condamnés à vie. Même les dirigeants pacifiques des mouvements écologiques sont emprisonnés pour avoir manifesté contre la pollution générée par les multinationales prédatrices.
Contrôler les médias ? C’est Mac Cain qui dit ça, quand pratiquement aucune info ne filtre dans les grands médias qui ne soit directement la voix du pouvoir (cf. l’interview d’Al-Assad par le larbin de service) ?
Quant à la corruption, comment appelle-t-on des gens qui dépendent pour être élus des "dons " de lobbys ultra-puissants qui imposent, de fait, la politique à tous les niveaux et sont les bénéficiaires des fonds publics ?
Quant aux journalistes aux US, il est vrai qu’ils ne les assassinent pas ouvertement : ceux qui sont prêts à toutes les compromissions sont largement récompensés en sonnantes et trébuchantes. Et les autres sont marginalisés et interdits d’accès au grand public (cela est valable pour d’autres pays occidentaux, évidemment, dont la France). Quand ils ne sont pas carrément piégés dans un fait divers monté de toutes pièces.
Donc, ce qu’on constate, c’est que Poutine et les autres dénoncent une politique globale et les USaméricains ne savent répondre que par des accusations ad hominem
C’est, d’ailleurs ce qui se passe en période électorale aux US, où chaque parti dénonce le candidat de l’autre, non pas sur des idées, ou sur un programme, mais sur des considérations subjectives .

19/09/2013 15:43 par Quidam

Quand un élu a été filmé tout récemment jouant au poker avec son smartphone pendant toute la durée d’un débat au Sénat portant sur l’opportunité d’une guerre, se permet de dire aux Russes :

"(...) вы заслуживаете такое правительство, которое верило бы в вас, уважало вас и было бы вам подотчетно. (...)"

("vous méritez un gouvernement qui croit en vous, vous respecte et soit responsable envers vous.")

C’est pathétique, les Russes vont se bidonner à lire sa prose du niveau de cour de récréation de début d’école primaire ...

C’est tellement nul que je ne suis même pas sûr qu’il convienne de le relever ...

19/09/2013 20:20 par Dédé

Ce gros con au lieu de la fermer, n’a rien trouvé de mieux à faire que de dire qu’il avait perdu ! C’est dire le QI du bestiau !

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