Un autre mode de production est possible

La dernière trouvaille du conférencier des « Solidarités », un habitué de ces messes et festivals convivial de la société civile (sic), s’appelle étrangement l’« économie extractive », larcin théorique commis à l’encontre d’un universitaire de renom faisant recette dans ces cercles rocambolesques ; concept qu’il a probablement extrait de la somme d’« économie discursive et contemplative » de François d’Assise.

Produire pour se reproduire – le « Mode de production »

Récemment j’ai participé au « Festival des Solidarités » [www.facebook.com/journal.alternatives]. Il est convenu, depuis que le système d’économie politique impérialiste dérape et s’enfonce inexorablement dans une crise systémique, de montrer du doigt les causes de cette déconfiture économique, politique et écologique. Quand on pointe ainsi du doigt les causes profondes de cet effondrement les activistes écologistes regardent le doigt et conviennent qu’il représente effectivement les motifs plausibles de la surexploitation de la Terre-mère-nourricière par le travail ouvrier.

La dernière trouvaille du conférencier des « Solidarités », un habitué de ces messes et festivals convivial de la société civile (sic), s’appelle étrangement l’« économie extractive », larcin théorique commis à l’encontre d’un universitaire de renom faisant recette dans ces cercles rocambolesques ; concept qu’il a probablement extrait de la somme d’« économie discursive et contemplative » de François d’Assise.

Il y a plus d’un siècle que la communauté scientifique sait que la nature a développé, notamment à travers les communautés humaines structurées, différentes stratégies pour assurer sa reproduction élargie. Historiquement, chaque période de la courte existence des sociétés humaines a vu naître un mode de développement dominant qui, peu performant en débutant, laissait une faible empreinte écologique ; puis, devenu hégémonique, ce mode de développement accentuait dangereusement son empreinte écologique jusqu’à ce que des contradictions internes à ce système de production et d’échanges l’amènent à disparaître et à être remplacé par un autre plus performant. À titre d’exemple, il aura fallu des siècles pour que la mince couche de terre arable recouvrant la péninsule italienne se régénère suite à la surexploitation et au lessivage des terres agraires sur les latifundia esclavagistes romains (Ve s. ap. JC.).

En d’autres termes, l’être humain dans son processus social de reproduction élargie a imaginé des solutions efficaces pour se nourrir, se vêtir, se loger, se déplacer, se soigner, s’éduquer, s’amuser et se cultiver et surtout se reproduire (Femme(s) + Homme(s) = Enfants. L’ensemble constituant le noyau familial de base). Si l’homo sapiens en tant qu’être sociable et social n’avait pas conçu des solutions ingénieuses et durables, il serait disparu en tant qu’espèce animale extrayant et transformant les ressources rares de la biosphère planétaire.

Ces solutions sociales aux impératifs de survie et de reproduction élargie sur une planète aux ressources finies s’appellent un « Mode de production ». Historiquement, il y eut le mode de production Primitif (chasseur-cueilleur sans classe sociale) ; le mode de production Esclavagiste-antique ; le mode de production du Servage-féodal ; le mode de production Salarié-capitaliste et le mode de production Socialiste (aujourd’hui disparu, mais il renaîtra de ses cendres soyez sans crainte).

Un « Mode de production » est un système global et complexe d’extraction et de transformation des ressources rares de la nature, y compris des énergies fossiles non-renouvelables ; de distribution et d’échange des biens et des services produits ; de renouvellement des moyens de production et d’exploitation des forces productives ; et enfin, d’appropriation-accumulation des richesses sociales produites, visant à assurer la reproduction élargie du système de production dans son ensemble.

S’administrer et s’organiser – les Rapports sociaux de production

Un mode social de production implique nécessairement le développement concomitant de « Rapports de production » concordants avec les forces productives mise en œuvre. Autrement dit, les communautés humaines, pour produire et se reproduire sur cette Terre de misère, se sont organisées en classes sociales et se sont dotées de superstructures organisationnelles pour régir chacun des modes de production, extraire et utiliser les ressources de la biosphère et les transformer en biens et en services pour le bénéfice de la communauté.

La compréhension des « Rapports sociaux de production » sera indispensable quand nous aborderons le problème de la destruction des écosystèmes et de la pollution de la biosphère. Les rapports de production sociaux sont les relations que les humains entretiennent entre eux dans le cours du processus de production-reproduction élargie des forces productives, des moyens de production et des biens et services requis pour la survie de l’espèce. Ainsi, un humain devient ferblantier, menuisier, soudeur, camionneur et l’autre deviendra fossoyeur, marchand, enseignant, banquier, directeur ; alors qu’un troisième sera fonctionnaire, policier, juge ou député. Chacun gagne sa vie à la sueur de son front ou de celui de ses compagnons.

Ce sont ces rapports sociaux de production – cette structure organisationnelle et sociale fondée sur le système de propriété, et de transmission de ces propriétés d’une génération à une autre (héritage), qui fonde le droit, le pouvoir (militaire) et la puissance sociale que confère la propriété privée de la richesse et détermine en dernier ressort l’empreinte écologique qu’auront les activités humaines – si celle-ci sera négligée, atténuée, compensée, contrée ou accentuée.

Le « modèle » de capitalisme brésilien

Démonstration. Une multinationale privée productrice de bois d’œuvre a obtenu par prévarication des fonctionnaires et des politiciens brésiliens des droits de coupe sur une immense étendue de forêt amazonienne. Cette entreprise privée possède une usine de sciage dans la région de Manaus au cœur de l’Amazonie. Habituellement, un député, un sénateur ou un ministre du Parti « socialiste » des Travailleurs du Brésil est actionnaire de cette multinationale impérialiste. Cette entreprise n’a pas pour vocation de préserver la nature mais elle a pour plan d’affaires de couper du bois, de le scier et de le vendre à une manufacture de meubles, tout cela au plus bas coût qui soit (salaires et charges sociales minimisées) de façon à maximiser les profits de cette compagnie cotée à la bourse de Sao Paulo pour le plus grand bénéfice des actionnaires de cette multinationale prospère.

Les bucherons en forêt, les ouvriers en scierie, les camionneurs et les administrateurs de cette entreprise privée ne sont que des rouages sans pouvoir dans l’ensemble de ce processus de production – non pas de production de bois d’œuvre comme vous pourriez le penser, mais en réalité, cette firme produit des profits et fonctionne indépendamment des hommes impliqués dans ses activités (changez le personnel et le processus restera le même). En effet, en « Mode de production » capitaliste, la finalité de la production des biens et des services n’est pas de satisfaire les besoins humains. La finalité du système de production capitaliste est de se reproduire et, pour y parvenir, ce « Mode de production » s’assure qu’il y aura production de plus-value qui sera expropriée pour partie sous forme de profits-dividendes que les actionnaires encaisseront assurant ainsi la capitalisation et la reproduction élargie du système d’économie capitaliste.

Qu’une entreprise forestière ne se plie pas à cette loi d’airain pour des raisons environnementales et par souci de préserver la forêt équatoriale en perdition, et cette entreprise sera bientôt elle-même en perdition. Elle congédiera sa main-d’œuvre et déposera son bilan, qu’une entreprise concurrente, plus ardente, achètera afin de gober ses droits de coupe et poursuivre l’exploitation abusive de la ressource accumulant d’immenses profits pour assurer sa reproduction élargie. Ainsi va la vie des compagnies sous l’écologie impérialiste.

L’abcès n’est pas l’individu mais le rapport de production entre les individus

Aucun capitaliste ne détruit l’environnement ni ne surexploite les ressources de la biosphère pour le plaisir sadique de détruire et de déplaire, ni ne pollue l’atmosphère pour satisfaire un penchant pervers. Ce capitaliste sait mieux que quiconque que la destruction de la biosphère entraînera un jour des coûts exorbitants qui se répercuteront sur les profits de sa compagnie (éloignement des zones d’exploitation, fermetures d’usines, déperdition de la ressource, coût d’extraction prohibitif), mais aucun capitaliste ne peut s’y attarder pour le moment puisque son concurrent est à l’affut – tout comme son banquier-créancier, et ses actionnaires stipendiés qui faute de rentabilité élevée auront tôt fait de retirer leur investissement et de déplacer leurs capitaux vers des concurrents plus performants. Et si le Conseil d’administration de cette multinationale ne se résout pas à cette surexploitation, le taux de profit affiché par leur entreprise s’affaissera inexorablement jusqu’à ce qu’une multinationale chinoise, indienne ou brésilienne s’empare du marché et assure la surexploitation de la biosphère de la Terre toute entière.

Par exemple, pour produire quelques litres d’éthanol il faut détruire des mètres carrés de canopée et il faut affamer (tuer violemment) des dizaines de brésiliens Sans-terre de la ville de Porto Alegre, la Mecque brésilienne, où les verts-écolos aiment retourner en pèlerinage annuel ameuter les communautés outrées d’écolo-citoyens-démocratiques et pacifistes.

Le gaspillage-marchand

Si une marchandise ne trouve pas preneur, et ne permet pas de réaliser la plus-value-profit, l’entreprise privée ou d’État préfèrera la brûler, la détruire ou la laisser pourrir plutôt que de la donner ou de la vendre à prix trop coupé ce qui entrainerait l’effondrement du marché et réduirait la rentabilité de l’industrie et de l’économie toute entière. Dans le monde un tiers des denrées alimentaires sont ainsi jetées et javellisées chaque année pour ce satanique motif. http://www.les7duquebec.com/7-de-garde-2/plutot-jeter-la-nourriture-que-la-donner/.

La commercialisation et la consommation des marchandises sont des étapes cruciales du cycle de reproduction élargie du capital. L’arrêt de la consommation signifie l’arrêt des profits et donc la fin de la reproduction élargie et la disparition du mode de production capitaliste industriel-financiarisé (impérialiste). Warren Buffet, ce milliardaire de « gauche » le disait récemment : pour sauver le capitalisme il faut relancer la consommation. Peu importe ce que vous consommez l’important est d’acheter et de consommer, disait-il…Mais avec quel argent ?

Les Verts-éco-socialistes réactionnaires

Et voici le naturiste – l’écologiste en képi-treillis – le David Suzuki de l’éco-socialisme, dénonçant le mode de production de l’« économie extractive » (sic) ; voilà que le Nicolas Hulot éco-Vert en colère s’avance sur la scène du Festival des festivités irresponsables, déversant ses rodomontades sur cette dame sidérée assise en première rangée recopiant soigneusement leurs billevesées.

L’acteur pointe la dame d’un doigt accusateur et aboie : « Je vous ai vue là-bas jeter par terre ce sachet pollueur et destructeur de la couche d’ozone. Négligence criminelle qui m’a tant chagriné et qui vous sera difficilement pardonnée. Chacun doit changer sa mentalité, enchaîne-t-il, et transformer son quotidien afin de composter, recycler, éco-épargner. Faites un don à notre ONG, ou mieux encore, achetez les actions écoresponsables de notre société multinationale et cessez de consommer d’autre « liquidité » que l’eau embouteillée certifiée recyclée de source naturelle. La simplicité volontaire (vous connaissez ?) est une priorité, sinon la Terre entière sera saccagée ».

La dame est terrifiée et l’ouvrier atterré, assis à ses côtés, s’est éloigné pour ne pas être contaminé – lui qui ne possède en or que ses nuits blanches et sa force de travail à vendre sur ordonnance. Dans l’assistance pétrifiée les enfants et les mamans se tiennent coi, toutes ces gens sans pouvoir d’achat, sans argent pour la consommation, et sans propriété privée (ou si peu) – sans capital et sans épargnes – tous démunis, sont pourtant ébaubis, ils sont accusés de trop consommer, de trop circuler, de trop copuler, de trop chauffer, de trop manger, de trop s’habiller, de trop s’amuser, de trop travailler, de trop s’attarder dans les bras de Morphée, alors que leur quotidien n’est qu’une suite sans fin de luttes de résistance pour conserver leur emploi précarisé ; de batailles pour vendre leur force de travail à un salaire suffisant pour retourner se faire exploiter encore une journée ; de manifestations pour conserver les services de santé privatisés ou liquidés ; de contestations pour défendre l’accessibilité aux études supérieures et pour lutter contre la dilapidation des fonds publics stipendiés ; de guerres de classe contre les hausses de tarifs des services publics et contre la liquidation des sociétés d’État et pour opposer la destruction des terres domaniales, des parcs et des espaces verts… Ah le mal que l’on peut leur faire à tous ces gens biens ordinaires.

Si les Verts-les écologistes, les-simplistes-volontaristes, les-miséreux-involontaires et les-éco-irresponsables veulent éradiquer la pollution et le mode d’extraction, de transformation, de distribution et de consommation des biens et des services, ils doivent abolir le mode d’exploitation de l’homme et de la nature par l’homme capitaliste avide en quête de profits toujours insuffisants. Ils devraient foutre la paix à leurs invités – cesser de culpabiliser le « bobo-écolo » pour avoir égarer un papier et lui désigner l’ennemi de classe – celui qui possède tout et se fout de la biosphère – celui qui administre la bourse et la banque, et qui gère les usines polluantes et gouverne l’État des riches – celui qu’aucun bulletin de vote au monde ne fera obvier de son dessein d’austérité pour les ouvriers et de profits amplifiés pour sa société privé. Sa maxime est d’engranger les profits au prix de sa patrie et de ses amis, de l’environnement et de tous ces gens afin d’assurer la reproduction élargie du système dont il n’est qu’un exécutant obéissant car le système d’exploitation de l’homme et de la Terre par l’impérialisme fonctionne selon des lois implacables dont la variable "parcimonie" ne fait pas partie.

Un mode de développement planifié est possible

C’est le mode de production capitaliste-impérialiste, son mode de propriété privée des moyens de production et d’échange mue par la loi du profit maximum à monnayer, engranger et faire fructifier le capital financier sur les marchés boursiers, que vous devez abolir si vous souhaitez contrecarrer les néfastes conséquences écologiques et environnementales sur le biotope de ce mode de production-reproduction élargie destructeur qui a fait son temps et ne peut être « réformé », ne vous en déplaise apologistes de l’« éco-socialisme contre l’économie-extractive » (sic).

Tant que l’économie politique sera régie par les lois de la plus-value spoliée, du profit accaparé, et du travail salarié exploité, les périodes de surproduction de services et de marchandises succèderont aux périodes de récession et de destruction de la production, entrecoupées de périodes d’expansion, de crises monétaires spéculatives et inflationnistes, interrompues de périodes de tribulations financières, bancaires et boursières cacophoniques et chaotiques...et le tout recommence inexorablement.

Comme les riches capitalistes au pouvoir ne voudront jamais céder leur place aux commandes de ce bateau ivre, il faudra d’abord renverser leur mode de production moribond afin d’instruire un grand procès contre ces criminels de l’environnement, du biotope et des indigents et instituer sur les cendres de ce rafiot à la dérive un système de production planifiée qui réponde aux lois du développement socialiste : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins », sans propriété privé, aucune, des moyens de production et d’échanges, mettant définitivement fin au gaspillage des ressources et à la dégradation de la biosphère qui ne doit plus être mise aux enchères des rendements décroissants. Voilà tout un chantier pour le mouvement ouvrier révolutionnaire.

Robert Bibeau

 http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

COMMENTAIRES  

19/07/2013 07:50 par Dominique

Excellent article, merci !

« un sénateur ou un ministre du Parti « socialiste » des Travailleurs du Brésil est actionnaire de cette multinationale impérialiste » C’est tout à fait la Suisse, le cerveau du monstre comme l’appelait le Che.

Sur le socialisme brésilien, nous pouvons même rajouter que ce que 500 de colonisation n’a pas réussi à faire, ce que la droite n’a pas réussi à faire, à savoir exterminer le peuple Guarani, les socialistes sont en train de le faire. Ce qui me rappelle de façon insoutenable qu’Hitler aussi se disait socialiste.

Le procédé est fort simple. On prend une multinationale, le géant américain de l’alimentaire Bunge, lequel s’approvisionne à partir de canne à sucre cultivée sur la terre ancestrale du peuple Guarani au Brésil. La société achète la récolte des agriculteurs qui ont développé de vastes plantations sur les terres où les forêts du Guarani se dressaient autrefois. Les Indiens, après avoir été expulsés de leur terre, vivent maintenant dans des conditions épouvantables. Au lieu de les défendre, l’État a fait construire une autoroute sur leurs terres pour que les fermiers établis de façon illégale sur ces terres qu’ils ont volées par la force puissent écouler facilement leur production. Les Guaranis vivent sous des bâches en plastique le long de cette autoroute.

Dans les 500 dernières années, pratiquement toutes les terres des Guarani du Mato Grosso do Sul leur ont été enlevée.

Des vagues de déforestation ont transformé la patrie Guarani autrefois fertile en un vaste réseau de fermes d’élevage et de plantations de canne à sucre pour le marché des biocarburants du Brésil.

Beaucoup de Guaranis ont été parqués dans de petites réserves, qui sont maintenant surpeuplées de façon chronique. Dans la réserve de Dourados, par exemple, 12.000 Indiens vivent sur ​​un peu plus de 3000 hectares.

La destruction de la forêt a signifié que la chasse et la pêche ne sont plus possibles, et il y a à peine assez de terres à leur disposition pour planter des cultures. La malnutrition est un problème grave et, depuis 2005, au moins 53 enfants guaranis sont morts de faim.

La réponse de ce peuple profondément spirituel au manque chronique de terre a été une épidémie de suicide unique en Amérique du Sud. Depuis 1986, plus de 517 Guarani se sont suicidés, le plus jeune âgé de seulement neuf ans.

Leur situation n’a fait qu’empirer depuis que les "socialistes" sont au pouvoir au Brésil. Les socialistes brésiliens ne font ainsi que prouver au monde entier qu’ils ne sont pas meilleurs que leurs homologues européens.

Quand à Survival, leur combat est pathétique. Ils identifient bien les racines du problème, à savoir l’exploitation des terres des Guarani par une multinationale sans scrupules et la corruption du gouvernement, mais ils sont incapables de faire le lien entre les deux et d’en tirer la conclusion qui s’impose : à moins de s’unir pour abattre le capitalisme, les Guaranis sont condamnés.

19/07/2013 12:28 par Berenice

"chasseur-cueilleur sans classe sociale" oui enfin ils avaient déjà inventé la caste sociale de sexe. Il me semble qu’il y avait une division sexuelle du travail, donc de fait une inégalité avec des tabous et les éternelles et diverses interdictions faîtes aux femmes de faire certaines choses.

Juste pour préciser que ces sociétés "sans classe sociale" n’étaient pas égalitaire pour autant. Il me semble que c’est important.

19/07/2013 18:24 par Quidam

Berenice

"(...) Il me semble qu’il y avait une division sexuelle du travail, donc de fait une inégalité avec des tabous et les éternelles et diverses interdictions faîtes aux femmes de faire certaines choses. (...)"

Ce serait amusant que alliez tenir ce genre de discours à des femmes des dernières peuplades primitives de la forêt amazonienne, je suis certain que ça les amuserait beaucoup que vous alliez leur suggérer d’aller affronter les panthères & autres bestiaux sympathiques à la place de leurs hommes pour ramener du gibier au campement plutôt que ce qu’elles font le plus naturellement du monde depuis une centaine de millions d’années, je ne doute pas que vous feriez un tabac, c’est clair ! ;-)

20/07/2013 13:50 par Dominique

Les propos de Bérénice sont d’autant plus amusants que les peuples de la forêt ont un rapport avec la nature, c’est à dire une vision du monde, totalement différente de la nôtre. Comme le remarque très justement un certain Karl Marx, le comportement borné des hommes avec la nature conditionne le comportement borné des hommes entre eux. Ceci a été confirmé au 20e siècle par les travaux scientifiques des anthropologues, comme par exemple ceux de Philippe Descola, qui considèrent que le rapport de l’homme avec la nature conditionne tous les autres rapports humains, et par conséquent aussi le mouvement historique, et qu’il y a autant de formes de société humaine que de forme du rapport de l’homme avec la nature.

Ils considèrent aussi qu’il est impossible de se placer du point de vue d’une ontologie (vision du monde au sens large qui inclut le mode de vie) pour parler d’une autre ontologie. Le faire est au mieux de l’ethnocentrisme, au pire du colonialisme - comme nous pouvons le voir avec les siomunistes des kibboutz anarcho-communistes qui servirent dés 1909 d’avant-garde à la colonisation de la Palestine et qui aujourd’hui encore fournissent toujours une partie très importante des gradés de Tsahal. Or c’est bien ce que font les marxistes qui nient l’existence des peuples et de leurs luttes.

L’internationalisation de la révolution ne se fera pas par l’imposition d’une dogma communiste unique, mais au contraire par la multiplication des luttes sociales locales, leur reconnaissance, et leur union dans un processus commun de libération.

L’union fait la force, et le seul moyen pour réaliser cette union est de respecter les autres et leurs luttes. Il ne s’agit pas de dire que la fin justifie les moyens et que tous les moyens sont bons, mais simplement de faire la différence entre ce que je pense et qui ne regarde que moi, ce que pensent les autres et qui ne regarde qu’eux, et les buts communs que nous pouvons avoir ainsi que les actions que nous pouvons mener en commun.

Une autre erreur des siomunistes et de considérer, à l’instar de Plekhanov, que le rapport bornés des hommes avec la nature que dénonce Marx ne peut être qu’une lutte. Ainsi, ils ne font qu’introduire dans le marxisme une copie du dogme biblique du conflit du bien et du mal, et ils transforment le communisme en un fétichisme de la lutte. La lutte devient ainsi un but en soi, ce qui leur permet de justifier que le but du communisme est de permettre à l’homme de jouir égoïstement de la nature.

Ce faisant, ils font une erreur fondamentale, ils croient qu’en basant leur idéologie sur la lutte de tous contre la nature, le saint-esprit du communisme leur permettra de devenir vertueux et de se mettre à respecter la nature et à se respecter les uns les autres.

Marx dit exactement le contraire, pour changer les rapports humains, il faut changer le rapport de l’homme avec la nature. Les anthropologues, en démontrant qu’il y a autant de formes de société que de forme de rapport de l’homme avec la nature ont démontré, même si la plupart d’entre eux ne sont pas marxistes, que Marx a raison et que Plekhanov a tord.

De plus, il faut bien voir que le marxisme est une théorie matérialiste, et qu’en tant que telle, et même si son but est de la faire voler en éclat, il s’inscrit dans le cadre de l’ontologie occidentale moderne. Le marxisme est excellent pour trouver et décrire les tares de notre société capitaliste, mais sa principale faiblesse et qu’il est incapable de nous décrie ce que la société communiste sera. Il est également inadapté pour trouver et décrire les tares de sociétés comme celles des indiens de la forêt. La raison en est simple : comme c’est notre rapport avec la nature qui conditionne les rapports humains, une société communiste réalisée implique un autre rapport avec la nature, et par conséquent une autre ontologie.

La forêt, pour les peuples qui l’habitent, est plus qu’un outil de travail, c’est leur seule source de vie. Cela implique que leur rapport avec la nature n’est basé ni sur l’exploitation capitaliste, ni sur la lutte siomuniste, mais sur le respect. Bien sur, ces sociétés ne sont pas homogènes et la forme de ce respect peut varier, tout comme la forme de capitalisme peut varier d’un État à un autre.

Il n’en demeure pas moins que pour nous, se représenter de façon correcte le mode de vie des peuples de la forêt est un véritable challenge car tout y est différent. Un changement aussi radical que de passer d’une ontologie du respect de la nature à une ontologie de l’exploitation de la nature ou, ce qui revient au même, de la lutte contre la nature, représente un changement dans tous les domaines :

la cosmologie est différente, les religions et les valeurs qu’elles véhiculent sont différentes, les mythes et les héros sont différents, les formes de mariage et d’inceste sont différentes, les structures politiques sont différentes, tout est différent.

Par exemple, pour certains peuples premiers, la terre est l’endroit où des morceaux de notre esprit, des morceaux d’âmes, vont se réfugier pour y trouver la paix après les événements traumatiques de notre vie. De plus, le temps n’est pas linéaire pour ces gens, mais discontinus. (La physique quantique ne dit pas autre chose.) Pour ces peuples, notre esprit peut utiliser ces discontinuités du temps pour voyager dans le monde des morceaux d’âme perdus et les récupérer. Ceci leur permet de soigner le corps en soignant l’esprit, et a aussi comme conséquence qu’une notion évidente pour nous, celle de l’enfer de nos religions, est totalement incompréhensible pour eux.

Ces différences profondes de point de vue n’empêche pas que leur combat pour récupérer - pendant qu’il en reste encore quelque chose ! - ce qui reste de leur source de vie et de leur outil de travail mérite le respect et mérite d’être soutenu. Il mérite d’autant plus d’être soutenu que ces peuples nous montrent qu’il est possible, même avec des moyens technologiques rudimentaires, de développer ce que nous sommes incapables de faire : une société durable.

Là aussi, la raison en est simple : pour être durable, une forme de société doit être basée sur le respect de la nature.

Tout cela implique que le communisme doit subordonner la satisfaction des besoins humains à la satisfaction des besoins de la nature.

En d’autres termes, il faut cesser d’adorer des idoles, des dieux ou des maitres à penser, et adorer la nature en essayant simplement de la comprendre. Déjà rien que ça, essayer de comprendre la nature, ce sera un bon début pour construire une société durable dans laquelle le respect aura remplacé l’exploitation de la nature et de tous par tous ainsi que la lutte de tous contre tous et la nature !

21/07/2013 09:56 par Dwaabala

Une belle et juste réflexion ; c’est-à-dire un commentaire théorique de Foule sentimentale de Alain Souchon.

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