Auteur Boaz Anglade

L’exceptionnalisme Haïtien

Boaz Anglade

Lorsqu’on qualifie Haïti de pays « exceptionnel », c’est rarement dans le sens positif du terme. Une Haïti exceptionnelle fait souvent référence à un endroit étrange et énigmatique où les théories et pratiques applicables à d’autres sociétés échouent de manière inexplicable.

Dans les études littéraires haïtiennes, ce concept porte un nom : « l’exceptionnalisme haïtien », une expression popularisée par le professeur Michel-Rolph Trouillot dans son brillant essai intitulé « The Odd and the Ordinary ». Dans cet essai, datant de 1990, Trouillot souligne qu’Haïti est beaucoup trop souvent représentée comme un pays grotesquement unique, bizarre, erratique, et donc inexplicable. Dans ce même essai, Trouillot se révolte contre l’exceptionnalisme haïtien et encourage les adeptes des études haïtiennes à outrepasser cette idéologie qu’il a d’ailleurs qualifiée de « fiction » [1]. Selon Trouillot, une telle idéologie non seulement occulte la place d’Haïti dans le monde, mais la propulse aussi au-delà du domaine de l’analyse ou de la comparaison. Il voit également en cette idéologie un bouc émissaire qui atténue la responsabilité des puissances occidentales dans la condition d’Haïti, ce qui révèle une forme de musellement de l’histoire [2]. De plus, dans sa forme (…)

Les progrès socio-économiques de l’Équateur sous le gouvernement de Rafael Correa : Quelles leçons pour Haïti ?

Boaz Anglade
Le bilan de Correa En mai 2017, Rafael Correa, alors élu président en 2006, a remis le pouvoir à son vice-président, Lenín Moreno, après dix ans à la tête de l’Équateur. Pendant son règne, Correa a radicalement transformé son pays et l’a mis sur la voie de la stabilisation économique et sociale. Durant cette période, le niveau de vie des citoyens a augmenté, les services publics ont été grandement améliorés, et le paysage équatorien a été transformé grâce à la multiplication d’infrastructures de base. Entre 2007 et 2016, le taux de pauvreté est passé de 37% à moins de 23%, et l’extrême pauvreté de 17% à 9%. Les inégalités sociales, mesurées par l’indice Gini, ont aussi considérablement chuté pendant cette même période [1]. En effet, entre 2006 et 2011, l’économie équatorienne a connu l’une des croissances les plus inclusives au monde ; les revenus des 40% des plus pauvres ont augmenté de près de 8 fois la moyenne nationale [2]. Grâce à l’élan d’espoir qu’a suscité la présidence (…)