Auteur EVARISTE (Respublica)

Ukraine : de la guerre en Europe à la guerre européenne

EVARISTE (Respublica)

Signe des temps, la semaine dernière, « l’Horloge de l’apocalypse » a marqué une nouvelle heure : 23 h 58 mn 30 sec, soit 90 secondes avant minuit… qui marque « la fin du monde » ! Bien sûr, c’est une vue de l’esprit, un symbole créé en 1945 par Albert Einstein et certains des principaux savants du programme Manhattan qui produisit les bombes d’Hiroshima et Nagasaki. Cette horloge spectaculaire existe tout simplement pour alerter l’humanité sur les dangers de guerre nucléaire.

Or cette année, le comité d’experts, comprenant treize prix Nobel, considère que la situation est plus grave que jamais, particulièrement du fait de la guerre en Europe. « Nous vivons à une époque de danger sans précédent, et l’horloge de l’apocalypse représente cette réalité », a expliqué Rachel Bronson, présidente du Bulletin of the Atomic Scientists. Avancer l’horaire « est une décision que nos experts ne prennent pas à la légère. Le gouvernement américain, ses alliés de l’Otan et l’Ukraine ont à leur disposition une multitude de canaux de dialogue ; nous exhortons les dirigeants à faire leur maximum pour les examiner tous afin de reculer l’horloge », a-t-elle ajouté(1). Exceptionnellement, le communiqué de presse du Bulletin a été publié en trois langues, anglaise, ukrainienne et russe. Mais pour le moment, les dirigeants politiques russes, ukrainiens, français, européens ou américains considèrent cette exhortation comme hors de propos. Et que dire des responsables politiques (…)
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Pourquoi devons-nous passer d’une gauche de la gauche à une gauche de gauche ?

Evariste (ReSPUBLICA)

Gauche de gauche : l’expression « gauche de gauche » vient d’une tribune de P. Bourdieu, « Pour une gauche de gauche », publiée dans le Monde du 08/04/1998. Au lendemain d’élections de présidents de région alliés au FN, Bourdieu y fustigeait la gauche de gouvernement (Jospin, Chevènement, Hue, Voynet), menant depuis longtemps « une politique instrumentale et cynique, plus attentive aux intérêts des élus qu’aux problèmes des électeurs » (déjà !), qui déçoit les électeurs de gauche.

Cette expression est reprise encore récemment dans des titres de livres ou d’articles, mais la « gauche de gauche » de Bourdieu n’est pas la nôtre. D’une part, Bourdieu précisera lui-même, dans une interview ultérieure à Télérama (idem), que s’il appelle de ses vœux « une gauche vraiment de gauche », c’est uniquement en tant qu’intellectuel, et que parler de « gauche de la gauche » renvoie à un positionnement politique qui ne le concerne pas. D’autre part, selon lui, une « vraie gauche » doit dépasser « la prétendue fatalité des lois économiques » et s’atteler à « humaniser le monde social », ce qui est bien le projet de ce que nous appelons « gauche de la gauche » ; c’était le nom que s’était donné une liste de l’époque et qui est repris aujourd’hui pour d’autres tentatives de constituer des listes de « gauche pour de vrai », allant de la gauche du PS au NPA en passant par le PG, tentatives qui se heurtent le plus souvent aux stratégies partisanes nationales. Comme nous (…)