Auteur Olivier Favier

Est-ce ainsi que les hommes changent ?

Olivier Favier

On peut sourire des symboles, et leur préférer, à juste titre, l’aspect concret d’une politique. Pour autant, on s’en souvient, la journée d’investiture du premier septennat de François Mitterrand -avec tout le mal qu’on est en droit de penser du personnage et de sa froide ambition- avait été marquée par une visite au Panthéon, rhétorique et régalienne jusqu’à l’obscènité, mais dirigée pour le moins vers des dépouilles respectables : celle de Jean Jaurès et celle de Jean Moulin.

Le parcours de Jean Jaurès n'a pas été sans tache, on le sait, et l'on trouvera ici ou là tel article de jeunesse fortement teinté d'antisémitisme, qu'un soutien sans faille au capitaine Alfred Dreyfus, comme la défense précoce du peuple arménien, sauront faire pardonner. Plus qu'une image sainte, Jean Jaurès demeure l'exemple d'un homme, comme d'autres figures socialistes de sa génération, dont la conscience et le courage ont grandi avec les années, tout comme la force de conviction. Le Jaurès qu'il nous reste est celui des mineurs de Carmaux, et plus encore l'infatigable pourfendeur de la loi des 3 ans, assassiné le 31 juillet 1914. Sa mort, on le sait, fut la dernière étape vers quatre années et demi de folie meurtrière, suivies de décennies de haine et de ressentiment. Je n'ai pas le goût du tragique, mais la fin de Jean Jaurès, comme celle de Rosa Luxembourg, n'auront jamais laissé de m'émouvoir. De Jean Moulin, radical-socialiste, on ne saurait trouver dans son parcours un (…)
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Immigration et vote Front national en avril 2012 : un peu de démographie.

Olivier Favier

Différentes analyses ont cherché à l’aide de sondages ou d’enquêtes à « cerner » l’électorat du Front national, qui a rassemblé 17,9% des suffrages exprimés au premier tour des élections présidentielles en France, le 22 avril 2012. Un article, par exemple, paru dans le Hufftington post, plutôt bien fait, donne quelques éléments intéressants.

Ce sont ceux qu'on retrouve un peu partout ailleurs : l'électorat de l'extrême-droite est plus masculin que féminin, il est plus important chez les artisans-commerçants et les ouvriers, il est très légèrement moins riche que la moyenne nationale. Il est surtout moins diplômé. Sa préoccupation majeure est l'immigration : pour 62% de ses électeurs contre 24% toutes tendances confondues (source : IPSOS). Que l'électorat du Front national soit nationaliste et même ethniciste, c'est là une évidence, qui est le coeur du problème. En revanche, il est une donnée qui est quasi-absente des articles de ces derniers jours, c'est le lien entre le vote pour le Front national et l'immigration réelle. A ma connaissance, seule Judith Bernard du site Arrêt sur images a substitué une « France qui fantasme » à cette « France qui souffre », identifiée par les politiques et les médias. Je vous laisse juge de l'effet pervers de cette dernière définition, étant bien entendu que la France qui vote autre (…)

Au regard des hommes libres, pour saluer Pierrot Men (On ne dormira jamais).

Olivier Favier

Article publié à l’occasion de l’exposition au Cloître des Billettes
24, rue des Archives - 75004 PARIS du 29 avril au 27 mai 2012.
Exposition pensée et écrite par RAHARIMANANA / Photographe : PIERROT MEN
Conception, Production & Diffusion : ZERANE CONFLUENCE ARTISTIQUE

Je ne veux pas parler de mémoire. Il ne s'agit pas de se battre pour un peu de soleil ou d'ombre, pour quelques mètres de plus ou de moins depuis l'entrée du grand cimetière, que les enfants de demain traverseront dans l'incompréhension ou l'ennui. Je veux parler d'Histoire, de celle où semble-t-il, n'en déplaise à notre petit président, la France en son entier n'est pas toujours entrée. Histoire commune dont les fils tissent ici la gène ou la dénégation -de ceux-là même qui auraient bien raison de s'en sentir coupables- là -bas s'accrochent aux voix désormais vieillissantes de qui a résisté. Une Histoire qui commence dans le lointain dix-neuvième siècle, si lointain que toute trace a désormais disparu d'une guerre de conquête sanglante, comme l'ont été la mise à feu et à sang de l'Algérie, de la Cochinchine, du Rif et du Sahel. Avez-vous remarqué, par exemple, que dans le grand réveil mémoriel, et salutaire cela va sans dire, qui a accompagné le cinquantenaire des indépendances et (…)

Italie : quand la dictature est à nos portes.

Olivier FAVIER
Un rapide balayage de la presse francophone suffirait à nous l'apprendre. La situation politique italienne est devenue plus qu'inquiétante -elle l'est déjà depuis plusieurs années. Les mouvements sociaux de ces dernières semaines, qui ont vu défiler plusieurs centaines de milliers de personnes, disent pourtant combien la résistance est potentiellement forte, dans un pays où les agressions et les crimes racistes se sont multipliés depuis septembre , où les déclarations officielles se suivent pour réhabiliter le fascisme . Pour autant, devant une gauche désorganisée ou qui a renoncé à dire son nom , face à un monde syndical très largement impuissant, la péninsule se retrouve une fois de plus confrontée au risque de rebellions autonomes, fragiles et manipulables, promptes à faire le jeu d'un pouvoir qui sait jouer sur les peurs. Dans un tel contexte, qui pourrait bien servir de modèle à la France -dont les évolutions récentes ressemblent sous de nombreux aspects aux premières années (…)