LewRockwell.com, 17 mars 2006.
(...) La guerre a également déteint sur notre mentalité nationale, notre caractère et notre manière de considérer le monde. Nous ne sommes plus libres en tant que peuple, si tant est que nous l’ayons jamais été (c’était probablement le cas il y a une centaine d’années ou davantage). Nous nous sommes transformés en un peuple peureux, angoissé et égocentrique à l’extrême, terrifié par le monde dans lequel nous vivons et par les gens avec qui nous le partageons. En outre, et c’est là un point essentiel, la guerre nous a rendus serviles, hideux mélange de passivité et d’agressivité, prosternés devant nos supérieurs et cruels envers nos inférieurs, remplis tout ensemble d’impatience et d’ennui. La servilité est la caractéristique individuelle la plus nécessaire à l’État, car elle permet une gestion efficace.
Ce trait de caractère facilite aussi la tâche à l’État qui veut inculquer à ses citoyens l’habitude de la guerre. Parallèlement, l’état de guerre ainsi que sa préparation constante engendrent des hiérarchies autoritaires et davantage de servilité, car l’État a besoin d’hommes et de femmes incapables de réfléchir aux conséquences de leurs actes et peu désireux de le faire. Il a besoin qu’ils soient, d’une part, des tueurs, d’autre part, des citoyens bien tranquilles qui s’acquittent de leur devoir de consommateurs - souvent en même temps. Il a aussi besoin de dirigeants loyaux qui aient foi en l’État, qui fassent leurs les moyens qu’il emploie, qui donnent le genre d’ordres - torture d’individus, annihilation de villes entières - qui seront considérés comme rationnels et raisonnables et seront obéis.
Seuls les états-nations ont la capacité de planifier et d’organiser ce type de guerre, parce qu’ils sont les seuls à pouvoir disposer des ressources nécessaires à une dénaturation et à une dégradation aussi complète de l’être humain. Seul l’état moderne, avec écoles, médias, églises, armées, ministères, lois, réglements, propagande et pression sociale, peut s’infiltrer à l’intérieur de l’à‚me humaine de manière à la changer et à la détruire de l’intérieur.
C’est pour cela que quasiment tous les états totaux créés depuis la fin du XIXe siècle ont toujours fini par nous entraîner dans des guerres de toutes sortes, parce que lorsque l’on traite des individus, des êtres humains - tous des enfants du Dieu vivant - comme de simples ressources à gérer, la guerre s’ensuit inéluctablement. Depuis 1945, chaque génération d’Américains s’est demandé, stupéfaite, comment les Allemands avaient bien pu servir leur gouvernement pendant la période nazie, comment ils avaient bien pu « se contenter d’obéir à des ordres » dont ils savaient certainement qu’ils étaient iniques. Ces questions concernent principalement le massacre des juifs d’Europe, et non la guerre elle-même, ce qui est étrange en soi, si l’on y réfléchit. Mais le fait est qu’il existe une version typiquement américaine de cette excuse, par laquelle les futurs historiens et spécialistes de l’éthique seront sans doute aussi surpris que nous le sommes par la justification invoquée par les Allemands : « ce n’est pas de mon ressort » (5) (...)
(Site fermé, 28 juin 2007.)
OTAN - Le grand jeu des bases militaires en terre européenne, par Manlio Dinucci.
Irak - La « mère de toutes les ambassades », par Stefano Chiarini.
"Colère et désespoir" de l’Amérique, par Philippe Grasset.
L’impérialisme est aussi typiquement américain que l’apple pie, par A. Kent MacDougall.
- Dessin : "U.S.Interventionist Policy" par Latuff.