auteur Jacques-François BONALDI

Le chef de la CIA s’invite à Cuba !

Jacques-François BONALDI
Décidément, on n’a pas le temps de s’ennuyer à Cuba ! Alors que le pays est en train de vivre, depuis ce matin (14 mai), 06 h 04, une nouvelle déconnexion du Système électrique national (SEN), cette fois-ci depuis la province de Ciego de Avila jusqu’à celle de Guantánamo, à l’extrémité est de l’ile, comme si le sort voulait confirmer – ironiquement – les informations fournies hier en conférence de presse par le ministre de l’Energie et des Mines), à savoir que les effets des 100 000 tonnes de pétrole apportées par le navire russe sont bel et bien révolus, et que l’île se retrouve à nouveau, pour ainsi dire, Gros-Jean comme devant en matière de production d’électricité, autrement dit ans la mouise, voilà que tombe, vers cinq heures de l’après-midi, une « information du Gouvernement révolutionnaire » (selon le libellé des grands occasions) d’une tout autre teneur : le chef de la CIA a demandé à être reçu par les autorités cubaines ! Pour une première, c’est une première ! Je ne sache (…)

Entre menaces et mauvais signes, la Révolution cubaine poursuit sa route

Jacques-François BONALDI
ENTRE MENACES ET MAUVAIS SIGNES, CUBA POURSUIT SA ROUTE La quinzaine dernière a été marquée à Cuba par une série de faits et d’évènements, tous plus symboliques et emblématiques les uns que les autres. Et tous centrés, ou presque, autour du soixante-cinquième anniversaire de l’invasion de la baie des Cochons (comme on dit à l’étranger) et de la victoire-éclair de Playa Girón (comme on dit ici, ou encore plus simplement : Girón). À savoir 15-19 avril 1961. L’ « encerclement énergétique » Tout d’abord, depuis le dimanche 19, le début de la distribution dans tout le pays des différents produits raffinés à Cienfuegos à partir des cent mille tonnes de pétrole que le pétrolier russe Anatoly Kolodkin a apportées à Cuba, la première livraison depuis décembre 2025, sous forme de donation à titre humanitaire, ce qui a permis aux deux semi-alliés et adversaires, la Russie et les Etats-Unis, de tirer honorablement leur épingle du jeu, chacun pouvant revendiquer une sorte de victoire : la (…)

Miguel Díaz-Canel à NBCNews : Nous sommes un État souverain et libre. Nous ne nous soumettons à aucune visée de l’administration étasunienne !

Jacques-François BONALDI

Décidément, ça se presse au portillon cubain dans les médias étasuniens ! Une nouvelle interview, cette fois-ci de NBCNews, du président Diaz-Canel. Et on a fait donner la grosse artillerie dans ce cas. La suivant à la télévision (dimanche, à deux reprises), j’ai été frappé, comme bien d’autres, par le ton agressif, voire hargneux, de la journaliste, Kristen Welker, et par sa tentative de prendre de haut son interlocuteur. Je suis donc allé voir sur Internet qui était cette dame. Et j’ai tout compris ! D’abord, c’est quelqu’un qui a du poids, du prestige, dans la profession et dans le milieu, mais surtout elle est la correspondante de NBCNews à la Maison-Blanche ! Et la liste des questions vient tout droit de là. On constatera aisément que celles-ci sont entièrement ciblées sur les intérêts de la Maison-Blanche et de l’administration Trump. La journaliste n’aborde aucun autre point. De toute évidence, on lui a demandé de ramener des éclaircissements sur la position de la Révolution cubaine face aux Etats-Unis et à un éventuel dialogue avec Washington. On a droit en tout cas au style d’interview punching-ball qu’affectionne la presse étasunienne ! Le rôle de l’intervieweur n’est pas d’engager le dialogue avec l’interviewé, mais de le désarçonner, de le harceler pour lui faire perdre ses assises et en tirer des choses qu’on le soupçonne qu’il dissimule. Le style challenge, quoi, un mot devenu envahissant qui est pour moi celui qui caractérise le mieux la société, ou la « culture » des États-Unis : la vie est un combat permanent ; l’autre est un adversaire, voire un ennemi, à écarter pour se faire sa place au soleil ; il faut surnager et vaincre, advienne que pourra… Miguel Díaz-Canel, guère habitué pourtant à ce genre de « rapports », s’en sort à mon avis haut-la-main. Ça m’a rappelé l’époque où il n’existait pas de relations diplomatiques entre les deux pays et où, jusqu’en 1977, c’était la Suisse qui représentait les États-Unis à La Havane. Et les journalistes étasuniens devenaient une sorte de fil d’Ariane pour obtenir des précisions auprès de Fidel. Le cas le plus fameux, bien entendu, est celui de Jean Daniel à qui John F. Kennedy avait demandé de s’entretenir avec Fidel et de tâter le terrain au sujet d’une éventuelle ouverture de conversations secrètes entre les deux gouvernements, après le fiasco de Playa Girón et l’épisode tragique de la Crise des Missiles. On se rappellera aussi que c’est alors que Fidel et Jean Daniel s’entretenaient qu’ils apprirent la nouvelle de l’assassinat de Kennedy à Dallas. Mais il y a eu bien d’autres cas d’ « enquêtes » journalistiques de ce genre à partir de questionnaires dont tout le monde savait qu’ils avaient été rédigés au département d’État, voire à la Maison-Blanche. Je pensais que cette coutume était périmée, mais il faut croire que non, puisque les questions un tant soit peu arrogantes que pose Kristen Welker sont trop orientées pour qu’on s’y méprenne. Bonne lecture, donc. Espérons que les réponses solides, argumentées, raisonnées et raisonnables de Miguel Díaz-Canel ouvriront les yeux aux jusqu’au-boutistes de l’administration Trump, du lobby « cubain » au Congrès et des cercles mafieux de Miami… En tout cas, la leçon est claire : ce n’est pas à la Maison-Blanche de décider du sort de la Révolution cubaine ! Jacques-François Bonaldi (La Havane), le 14 avril 2026 (traduction mienne)

Le président cubain Miguel Díaz-Canel Bermúdez a accordé le 12 avril 2026 une interview à NBC News pour sa prestigieuse émission « Meet the Press ». Cet échange avec la journaliste Kristen Welker est la première interview accordée par le chef d'État cubain à une chaîne de télévision américaine. (Versions sténographiques - Présidence de la République) Kristen Welker. - Président Díaz-Canel, bienvenue à Meet the Press. Miguel M. Díaz-Canel. - Merci beaucoup, merci pour cette occasion et merci d'être à Cuba. Kristen Welker. - Merci de nous avoir invités dans votre beau pays, c'est un honneur. Miguel M. Díaz-Canel. - Pour nous, c'est un plaisir que vous soyez ici. Kristen Welker. - Merci, merci beaucoup. J'aimerais commencer par le président Trump. Il a dit qu'il avait des plans pour prendre Cuba d’une façon ou d’une autre. Il a dit : Je crois pouvoir faire ce que je veux de Cuba. Prenez-vous les menaces de Trump au sérieux ? Miguel M. Díaz-Canel. - Beaucoup de (…)

Vaut-il la peine d’acquérir la paix au prix de la soumission ?

Jacques-François BONALDI
Vaut-il la peine d’acquérir la paix au prix de la soumission ? Jacques-François Bonaldi J’ai lu attentivement l’article exhaustif et bien documenté du diplomate écossais, Craig John Murray, sur le Venezuela, du 31 mars, intitulé « The Weight on Delcy Rodríguez » (autrement dit : « Le Fardeau de Delcy Rodríguez » ; https://www.craigmurray.org.uk/archives/2026/03/the-weight-on-delcy-rodriguez/), que Thierry Deronne a traduit et inséré ce même jour dans son blog Venezuelainfos sous le titre de « Que se passe-t-il au Venezuela ? » (https://venezuelainfos.wordpress.com/2026/03/31/que-se-passe-t-il-au-venezuela-par-craig-john-murray/) et que LGS a publié le 8 avril, sous le titre de « Le Poids des responsabilités pour Delcy Rodríguez », selon une nouvelle traduction anonyme (apparemment la même, mais avec des retouches). Mes commentaires, qui ne sont que cela, pas une étude exhaustive, partent des deux premiers textes. Suivant de près la situation vénézuélienne, comme je crois (…)

Rupture du « blocus énergétique » par la Russie, reculade de la Maison-Blanche… ?

Jacques-François BONALDI
Rupture du « blocus énergétique » par la Russie, reculade de la Maison-Blanche... ? Jacques-François Bonaldi Bien entendu, la grande nouvelle du jour, ici, c’est (enfin) l’arrivée « sans encombre » du superpétrolier russe Anatoly Kolodkin, qui est entré en début d’après-midi du dimanche 29 mars dans les eaux territoriales cubaines par l’est de l’île, après être passé au large d’Haïti. Il transporte 730 000 barils de pétrole, l’équivalent de 100 000 tonnes. Cela fait des semaines qu’on l’attend, puisqu’il avait appareillé le 8 mars depuis Primorsk et avait été escorté pour passer le canal de la Manche par un bâtiment de guerre russe. Il devrait accoster à Matanzas dans la journée (lundi). Un de ses « collègues », lui, le Sea Horse, qui venait censément ici, a dévié de sa route et est allé vers Trinité-et-Tobago ou le Venezuela (destination douteuse, puisqu’il s’agit d’un navire russe)... Selon les experts, Cuba a besoin de 100 000 barils de pétrole par jour, dont 40 000 (…)