auteur Nadine ROSA-ROSSO

Le kidnapping de Nicolas Maduro, l’assassinat d’Ali Khamenei, une longue tradition coloniale

Nadine ROSA-ROSSO

Le kidnapping de Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores relève d’une longue tradition coloniale : l’élimination par tous les moyens possibles de tout dirigeant qui engage son pays dans la voie de la résistance à la domination impérialiste. La question du droit international ne se pose même pas. Il n’est jamais respecté. Pas plus que celle de la démocratie : que ce dirigeant ait été élu démocratiquement ou pas, s’il n’est pas aux ordres, sa peau ne vaut pas cher. Si on veut vraiment évaluer le degré d’attachement de nos dirigeants à l’État de droit et à la démocratie, mieux vaut s’intéresser à leurs agissements dans leurs prés carrés.

Pour commencer en balayant devant notre porte, la Belgique. Il est aujourd’hui prouvé et documenté que la Belgique est totalement impliquée dans l’assassinat de Patrice Lumumba (oui, il faut toujours « prouver » et « documenter » car généralement le sale boulot est exécuté par des mercenaires locaux, et cela prend toujours un temps fou). En 1961, il était impensable qu’un dirigeant africain, non formé à l’école occidentale, refuse d’obéir et dise tout haut ce que son peuple pense tout bas, et cela face à sa majesté le roi des Belges. Une telle arrogance menaçait des intérêts économiques énormes et prouvait qu’un Africain pouvait gouverner sans la tutelle des colonisateurs. Permettre cela dans un des pays du monde recelant le plus de ressources naturelles indispensables au développement des multinationales occidentales était proprement intolérable. L’élimination d’un dirigeant nationaliste démocratiquement élu ouvre la porte à la mise en place d’un dictateur, généralement le (…)
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Remember the sky : le ciel bleu du 11 septembre…

Luk VERVAET, Nadine ROSA-ROSSO

Nos pays ont érigé la victimisation en nouvelle culture occidentale. Après la conquête du monde pour le christianiser, puis pour lui apporter la civilisation et enfin la démocratie et les droits humains, par le massacre des populations et le vol de leurs richesses, voici venue l’heure de nous présenter comme victimes. Victimes du terrorisme barbare. Victimes des attentats horribles qui ont bouleversé et « changé la face du monde pour toujours », peut-on lire sur presque tous les médias, sans provoquer le moindre froncement de sourcils.

Si l’on veut s’attaquer au bilan du monde, ne serait-ce pas plutôt l’effondrement du camp socialiste en 1989, suivi immédiatement par les guerres sans fin contre les pays musulmans, à commencer par la première guerre du Golfe en 1991, qui sont le vrai tournant historique ? Le jour même des attentats du 11 septembre, nous avions lancé un appel « à empêcher le gouvernement américain et les gouvernements alliés d’utiliser ces attaques comme prétexte pour attaquer des pays qui n'ont rien à voir avec ce terrorisme, mais qui ont été en désaccord avec le gouvernement américain en raison de leurs politiques indépendantes, ou de renforcer les mesures anti-démocratiques aux États-Unis et ailleurs. Une telle réaction ne ferait qu'accroître les dangers de la guerre et du fascisme » . (1) Malgré les manifestations de masse contre la guerre qui se sont étendues au monde en entier, elle a bel et bien eu lieu et ne s’est jamais arrêtée. Depuis cette date-là, on décompte en effet « entre (…)

La visite du pape en Irak, ou la mémoire défaillante de François

Nadine ROSA-ROSSO

Le pape François, lors de sa visite en Irak, s’est employé à dénoncer la situation dans le pays et a fait appel à la cessation des violences et à l’unité des différentes confessions. Soit. Qui ne le souhaiterait pas ? Le problème est qu’il a réduit la question des violences et des intolérances à la question du terrorisme. La plupart des journalistes lui ont allègrement emboîté le pas.

Mais personne ne s’est souvenu des paroles d’un autre pape, pas spécialement connu pour son progressisme mais plutôt pour sa part active dans le combat anticommuniste, le pape polonais Jean-Paul II , qui déclarait à l’occasion de Noël, en 1990 : « Que les responsables en soient convaincus, la guerre est une aventure sans retour ! ». Jean-Paul II a dénoncé, lui, la guerre qui se préparait contre l’Irak, et alors que le premier déluge de bombes s’abattait sur Bagdad, le 17 janvier 1991, « dans son discours depuis le Vatican, Jean-Paul II dénonce avec force que « la loi des plus forts soit brutalement imposée aux plus faibles ». « Les vrais amis de la paix savent que l'heure est plus que jamais au dialogue, à la négociation, à la prééminence de la loi internationale. Oui, la paix est encore possible ; la guerre serait le déclin de l'humanité tout entière » plaide encore le Souverain pontife » . Je n’ai pas vraiment l’habitude de me référer à l’organe de presse du Vatican, mais il (…)

17 janvier 2021 : 60 ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, 30 ans après la première guerre du Golfe

Nadine ROSA-ROSSO

Trente ans, soixante ans… Ces dates peuvent sembler lointaines, des événements du siècle passé. En particulier pour les jeunes générations, nées au vingt-et-unième siècle et confinées aujourd’hui pour la première fois de leur jeune existence. Et pourtant, ces événements marquent profondément notre présent.

17 janvier 1961 : assassinat de Patrice Lumumba L’assassinat de Patrice Lumumba le 17 janvier 1961, et ceux, à la même époque, de nombreux autres dirigeants africains intègres qui luttaient pour l’indépendance et la reconstruction de leur nation, ont modifié fondamentalement les possibilités d’avenir de ce continent. Pas moins de vingt-deux présidents africains en poste ont été assassinés [1], sur ordre ou avec la complicité des métropoles européennes et américaines, pour non-servilité aux puissances coloniales. La liquidation de générations entières de dirigeants anticoloniaux n’a pas seulement eu des conséquences dramatiques pour l’Afrique, mais aussi sur la persistance des mentalités coloniales chez nous. Il est facile d’inculquer largement l’idée que l’Afrique n’a pas été capable de gérer son indépendance après avoir commandité et réalisé l’assassinat de toutes celles et tous ceux qui représentaient l’alternative anticoloniale pour tout un continent. Dans notre pays, (…)
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Rosa Luxemburg, femme révolutionnaire, debout contre la guerre et l’impérialisme, assassinée il y a juste cent ans

Nadine ROSA-ROSSO
Il y a exactement cent ans, le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg était assassinée, avec la complaisance des sociaux-démocrates allemands, qui l'avaient exclue du Parti social-démocrate en janvier 1917, avec tous les membres du parti opposés au vote des crédits de guerre. Son corps est jeté dans une rivière. Karl Liebknecht, premier député allemand qui a voté contre les crédits de guerre, contre les ordres de son parti, est assassiné le même jour qu'elle. Elle venait de passer plusieurs années en prison, condamnée pour "trahison" parce qu'elle s'est opposée à la boucherie inter-impérialiste à venir. Tout au long de sa vie, Rosa est restée une révolutionnaire intransigeante, dénonçant sans relâche la guerre à venir. Cela lui vaudra d'être inculpée d'" incitation publique à la désobéissance". Au lendemain de la guerre, elle soutient les mouvements révolutionnaires partout en Europe, et en Allemagne où elle a choisi de militer. Dans toute l'Europe, les ouvriers et paysans revenant du (…)