René HAMM
Fin février 2017, vingt éditeurs (1) avaient initié la campagne « Lire, penser, résister ». Début avril, ils ont soumis une liste de soixante-dix titres (fictions, essais, bandes dessinées…) aux libraires. De nombreuses enseignes participent à cette opération salutaire, destinée à appréhender ce monde qui va mal, à conjurer le défaitisme, le fatalisme, la résignation, le repli sur soi…
Un des ouvrages recensés ci-dessous figure sur la liste. Les cinq autres ne détoneraient nullement. Qu’il s’agisse de parutions relativement récentes ou de rééditions, elles me semblent actuelles, essentielles, indispensables. S’approvisionner chez des professionnel(-le)s indépendant(-e)s va de soi.
● « La grève des électeurs » d’Octave Mirbeau.
Allia, février 2017, 48 pages, 3,10€.
Le pamphlétaire, polémiste et conteur s’étonnait qu’il existât en France « un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, martyr improbable..., qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter... ». Son verdict est implacable : « Plus bête que les bêtes (2), plus moutonnier que les moutons », il « nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des révolutions pour conquérir ce droit ». Aussi enjoint-il de ne point « courir vers les urnes homicides », de boycotter le suffrage universel. Ce papier, que de nos jours aucun rédacteur en chef (…)
René HAMM
Le dernier opus d’Erwin Wagenhofer, dans certaines salles obscures depuis le 21 octobre, ne porte pas sur la nouvelle entité qui chapeaute depuis le 2 octobre le géant de Mountain View (Californie) Google (1). Terminé début 2013, il décrypte « l’attitude qui définit l’éducation » à l’ère où les tenants du néo- ou de l’ultralibéralisme assènent leurs pseudo-« vérités » en ânonnant à cor et à cris l’antienne du « il n’y a pas d’alternative » !... Le long-métrage de cent huit minutes (sous-titre « Fear or love ») clôt la « trilogie de l’épuisement ». Ce vocable synthétise le mieux, selon le réalisateur autrichien, l’état de nos sociétés.
« We feed the world » (sorti en Autriche, le 30 septembre 2005, en France, le 25 avril 2007), basé sur l’essai de Jean Ziegler « L’Empire de la honte » (2), décrivait avec acuité la corrélation entre les gaspillages alimentaires éhontés sous nos latitudes et la famine dont souffrent quelque neuf cent millions d’êtres humains dans les pays du Sud, de même que les énormissimes ravages de l’agriculture industrielle, scandaleusement subventionnée à coup de milliards. Avec « Let’s make money » (sur des écrans hexagonaux le 15 avril 2009), le documentariste cibla les circuits tortueux de la finance internationale, l’opacité des paradis fiscaux, les conséquences, y compris écologiques, pour l’immense majorité des terriens, de la cupidité effrénée des ploutocrates. Lorsque les spectateurs découvrirent le film, la « crise des subprimes » avait provoqué un « krach » que d’aucuns jugèrent au moins aussi dramatique que celui d’octobre 1929.
Existences étriquées
Sur des images d’une (…)
René HAMM
Je ne doute certes pas de la sincérité de toutes celles et ceux qui ont extériorisé, de quelque manière que ce soit, leur effroi, leur tristesse, leur désir de redéfinir le « vivre ensemble », face à la si lâche exécution de dix-sept personnes, les 7, 8 et 9 janvier. Mais je m’insurge contre l’écœurante récupération par de vils politiciens opportunistes qui surfent indécemment sur notre douleur et notre compassion, pour des desseins guère compatibles avec les « valeurs » dont ils se gargarisent.
Fidèle lecteur de Charlie Hebdo, je ressens, bien que n’ayant pas côtoyé les chers défunts, un immense chagrin d’avoir perdu quasiment des amis de longue date.
Pour avoir souvent ri de leurs dessins irrévérencieux et de leurs traits d’esprit teintés d’un anarchisme joyeux, je ne pense pas que Cabu, Charb, Honoré, Tignous eussent apprécié que l’on entonnât « La Marseillaise » en leur honneur. Pour Luz, un des survivants, ses camarades morts « auraient conchié ce genre d’attitude » (1). J’imagine aussi qu’ils railleraient les appels martiaux du Président, du premier ministre, à « l’unité nationale », eux qui détestaient tant le patriotisme et le militarisme.
Le dessinateur susnommé déplore « cet unanimisme utile à Hollande pour ressouder la nation et à Marine Le Pen pour demander la peine de mort ».
Non, nous ne « sommes » pas « tous Charlie », et surtout pas ceux, innombrables (les va-t-en-guerre, les nucléocrates, les réactionnaires de toutes tendances, les exploiteurs, les « (…)
René HAMM
Le titre original du long-métrage d’Alain Gsponer : « Akte Grüninger – Die Geschichte eines Grenzgängers », je le traduirais par « Dossier Grüninger – L’histoire d’un frontalier ». Les producteurs et distributeurs romands ont préféré « Paul Grüninger, le juste ». Lors de sa première, le jeudi 23 janvier 2014, en ouverture des 49èmes Journées cinématographiques de Soleure, le film déclencha un enthousiasme quasi généralisé. La figure centrale de cette fiction (dans les deux sens du terme), diffusée les 31 octobre, 2 et 7 novembre sur Arte, était-elle réellement d’une abnégation et d’une intégrité sans failles, comme le clame la cohorte des laudateurs ? Moi-même, j’ai longtemps attaché foi à la version officielle. Un minimum d’investigations et de recoupements contraint à quelque « révision »…
Le 18 août 1938, le gouvernement de la Confédération helvétique ordonna la fermeture des frontières pour les ressortissant(-e)s autrichien(-ne)s sans visa. Des centaines de personnes, essentiellement en provenance de Vienne, avaient fui le pays après « l’Anschluß » (l’intégration de l’Autriche dans le giron du IIIème Reich) du 12 mars précédent. Le 22 août, le Gauleiter Josef Bürckel institua un bureau central pour l’émigration juive. L’Obersturmbannführer SS Adolf Eichmann fut chargé d’organiser l’expulsion massive. En dix-huit mois, il se targua d’avoir chassé environ cent cinquante mille Juifs. La Suisse, prétendument « neutre », semblait a priori une terre d’accueil ou du moins un pays de transit.
Entorses à la réalité
Parmi les fonctionnaires heurtés par la directive bernoise, le commandant de la police saint-galloise Paul-Ernst Grüninger, pour qui « la légalité ne signifie plus rien lorsqu’il s’agit de survie ». Heinrich Rothmund (Robert Hunger-Bühler), le chef de la (…)
René HAMM
Je m’intéresse bien davantage à l’Europe, entité géographique, riche de ses diversités culturelles et paysagères, qu’au scrutin en vue de la composition du Parlement dont les prérogatives se situent nettement en deçà de celles dévolues généralement à ce type d’assemblée. Je ne commenterai pas en détails les résultats du dimanche 25 mai, mais note que la plupart des listes que les médias qualifient de « petites » s’alignèrent avec des handicaps rédhibitoires (candidat(-e)s non invité(-e)s sur les plateaux de télévision et de radio, faute d’argent, pas de profession de foi, ni de spot de campagne, bulletin de vote à imprimer depuis un site web…). Un déni de « démocratie authentique », symptomatique du fonctionnement opaque des institutions européennes.
« Faut-il faire sauter Bruxelles ? » (1). La question posée dans le titre n’est nullement farfelue. Si François Ruffin préconiserait volontiers d’attenter (du moins symboliquement !) aux organismes gestionnaires de l’U.E., ce qu’il décrit dans son opuscule résolument anticapitaliste a effectivement de quoi donner des envies de réduire en poussière les « blocs de béton armé », surtout le Berlaymont où « travaillent » vingt-huit commissaires et deux mille sept cent cinquante fonctionnaires, répartis dans cent trente mille mètres carrés de bureaux sur seize niveaux. Le fondateur de l’excellent journal Fakir (2) a « enquêté en touriste » dans le quartier d’un kilomètre carré où des « comités confidentiels » et cinquante mille employé(-e)s préparent moult décisions qui impactent (trop souvent négativement !) notre quotidien et notre avenir.
« Dissoudre le peuple ? »
« C’est par les discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, (…)