Guy CHAPOUILLIE
Dans un tableau du peintre palestinien El Alaj, une jeune femme enceinte est assise sur un âne, petit animal insécable de l’identité de ce peuple. Son ventre est un soleil rouge rayonnant qui annonce les promesses humanistes de la naissance inéluctable d’une Palestine libre pour un peuple digne de décider enfin de son destin. Leila Shahid est l’incarnation de cette image et dès le premier jour de notre rencontre, au milieu des années 70, je l’ai su.
Elle parlait droit dans les yeux de toute personne, d'une voix unique, chaude, pénétrante, avec une articulation frappante comme un éclair déchirant qui fait voir l'horizon. Des mots justes,sans injures, des réparties redoutables et redoutées, faisaient vibrer les micros comme personne d'autre pour rendre compte d'un regard soucieux de complexité mais surtout de justice tout en largeur, en longueur et en profondeur.
Mais qu'y avait-il donc dans sa voix ? D'emblée, éloigné d'elle, je l'entends et sans distinguer un seul mot, je trouve dans sa voix je ne sais quoi de languissant et de tendresse qui me procure une singulière émotion, un accent affectueux, paisible et serein qui me recharge, je me rapproche et le dire devient une autre mélodie claire et précise où elle parle du livre de sa maman qui lui sert toujours de socle racinien. Elle donne de la voix avec une force de la bouche rare où les mots et le souffle sont étroitement entrelacés. Elle articule et roule les r à la (…)
Guy CHAPOUILLIE
"Arrêtez de me dire ce que doit être la Palestine, je ne sais pas, mais j’espère qu’elle sera plutôt laïque, démocratique et pourquoi pas alcoolique". (Un représentant de la Palestine au colloque oecuménique de Celle-sur-Belle dans les Deux Sèvres en 1973).
Il était une fois un joli village abreuvé par les eaux vives du Lot que certains habitants avaient décidé d’ouvrir au monde par l’organisation d’un festival baptisé Hayati qui évoque à sa manière la vie, la dynamique du vivant. Quoi de plus doux, de plus affectueux pour appeler à la solidarité du peuple palestinien.
Aussi, lorsque les organisateurs m'ont proposé d'y projeter L'Olivier un film que j'ai coréalisé en 1975, j'ai dit oui, sans aucune hésitation parce que je pense qu'il est devenu un chaînon utile pour aborder l'histoire tragique de ce peuple. Le processus ne se donnant aucune limite, nous avons filmé en Europe, au Liban, en Syrie, à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie et sur tout le territoire israélien. Cela fut tout simplement un chemin de rencontres et par conséquent de découvertes, de mise à jour de notre connaissance au point de voir ce film devenir une succession de questions qui nous a conduit à choisir comme sous-titre : Qui sont les Palestiniens ?
Il faut bien l'avouer, l'image médiatique des Palestiniens n'avait pas, à ce moment là, les traits d'un peuple réel que le processus de réalisation nous aura permis de tracer, imparfait certes, mais au cœur du vivant. Il a eu le mérite de saisir des visages et des voix qui sont autant de preuves de la légitimité d'une population (…)
Guy CHAPOUILLIE
Cannes est partout, il n’y a de propos et de lumières que pour le festival. Seul le Président Macron ne le savait pas qui prenait la parole sur TF1 au moment où se déroulait une cérémonie d’ouverture qui lui tournait le dos. Moi, pendant ce temps, j’avais un peu plus de chance car j’étais dans une forêt profonde auprès d’une famille qui pratique et transmet, de génération en génération, les secrets du feu. En réalité j’étais dans une salle qui projetait le film "Un pays en flamme", suffoqué par les formes d’une myriade de feux et intrigué par la manière d’une réalisatrice dont la liberté et la beauté du regard m’ont bouleversé.
J'ai alors pensé à MaÏakovski pour qui le cinéma était « presque un moyen de comprendre le monde. Le cinéma pourvoyeur de mouvement. Le cinéma semeur d'idées. Mais le cinéma est malade : le capitalisme a recouvert ses yeux d'or ». Je ne dirais pas que le festival de Cannes perpétue ce détournement, je me contenterais de dire que le cinéma est une globalité qui n'appartient à personne, surtout pas à ceux qui s'en servent abusivement. Ici, c'est une autre histoire, c'est un autre geste artistique où le film se déploie sur le long, le large et la profondeur d'une séquence de vie au croisement de la mort du cochon et des gestes de personnes tout à leur désir d'embraser le paysage de nuit avec de singulières clartés qu'il faudra savoir saisir avant qu'elles ne s'effacent. C'est un enchaînement de jeux de feux qui rend un hommage appuyé aux femmes et aux hommes qui ont su fixer et garder le feu plaisant et nourricier.
A l'écran, sur fond d'une nuit étoilée qui brille de mille et un (…)
Guy CHAPOUILLIE
C’est l’enfer à Gaza et je me sens à l’heure où l’homme fuit le jour artificiel des médias en folie qui me visent sans sommation avec des phrases qui font frémir comme celle de Pascal Perri, « il y a un antisémitisme couscous » (31 octobre sur LCI) relayé par un chapelet de communiqués de guerre israéliens destiné à faire peur, à terroriser. Et gare à vous si vous ne suivez pas la ligne otanisée qui attise ignominieusement le feu qui consume Gaza.
C'est dans ce concert qui joue la défaite de la pensée, que Gérald Darmanin saisit la justice contre les propos de la parlementaire Danièle Obono sur le Hamas sans rien dire lorsque le chanteur Enrico Macias déclare sur CNEW, à propos de ceux qui manifestent leur soutien aux palestiniens, « qu'il faut les dégommer »... « même physiquement » ajoutera-t-il devant la réaction d'un journaliste interloqué : voici un appel au meurtre contraire à toutes les valeurs qui fondent notre République où le deux poids-deux mesures n'a pas sa place.
Le 31 juillet 1914, juste avant son assassinat, Jean Jaurès sentait la guerre et pensait que le plus grand danger du moment était dans l’énervement qui gagne, dans l’inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l’incertitude aiguë, de l’anxiété prolongée. Relisons-le bien, car quelque chose d'approchant nous met en danger de perdre la raison et de refouler notre aptitude à comprendre et à critiquer.
Suis-je (…)
Guy CHAPOUILLIE
A l’heure où l’agriculture industrielle assèche et empoisonne au croisement des effets climatiques qui s’intensifient et s’accélèrent, il semble manifeste que le gouvernement français est déterminé à agir de façon minima ou bien pas du tout, et même de manière plutôt favorable à cette descente aux enfers. Sans jamais avoir participé à une de leurs actions, je reconnais que Les soulèvements de la terre ont joué un rôle déterminant dans la mobilisation contre tout projet contraire à la santé de la terre et par conséquent à celle des femmes et des hommes.
Je ne sais si le projet de méga-bassine à Sainte-Soline est insensé voir funeste, mais ce que je sais, c'est que le moment est bien venu de s'interroger démocratiquement sur son utilité, car l'eau finira sans tarder par nous manquer. Alors, il est urgent de ne pas oublier que l'eau est un bien commun nécessaire à la vie tout court et que, par conséquent, son partage est bien l'affaire de tous et non pas seulement l'affaire d'un modèle agricole qui n'a d'autre issue que la dévastation. Que fait le Président Macron pour endiguer l'usage des pesticides et l'arrosage sans limite que réclame ce modèle ? Il temporise. Que fait ou plutôt que dit le Président de la FNSEA face à notre empoisonnement par pesticides ? Il dit tout simplement qu'il s'agit là de médicaments pour les plantes. Ces choix me donnent le frisson de la peur. Elle est bien là la violence, dans la défense de façons culturales qui tuent au motif de nourrir. En réalité, la raison de nourrir les autres a été largement (…)