Vijay PRASHAD
Bien que la domination mondiale des États-Unis s’effrite et que la Chine apparaisse comme un rival, l’ordre mondial unilatéral reste intact, selon l’historien Vijay Prashad. Dans cette interview réalisée par le journaliste David Goeßmann pour le média Jacobin, il explique pourquoi il considère l’OTAN comme l’organisation la plus dangereuse au monde.
Si l'on observe le débat politique en Allemagne, on pourrait avoir l'impression que l'Occident est encerclé par des ennemis qui veulent le détruire. Mais en dehors de la bulle Washington-Berlin, la tonalité est différente : les États-Unis, qui dominent la politique mondiale depuis au moins l'effondrement de l'Union soviétique, sont eux-mêmes plongés dans une crise profonde et sont de moins en moins capables de maintenir leur domination mondiale. Cela comporte d'un côté le danger de conflits armés de plus en plus nombreux, comme les guerres actuelles en Ukraine ou dans la bande de Gaza, mais aussi la chance d'un monde où il y a de la place pour plusieurs acteurs régionaux et des trajectoires de développement autonomes en dehors du soi-disant consensus de Washington.
Alors que des négociations pour un cessez-le-feu dans la guerre à Gaza reprennent, que l'Iran suspend sa coopération avec l'AIEA et que les pays BRICS-Plus se réunissent au Brésil, l'historien Vijay Prashad analyse les (…)
Vijay PRASHAD, Noam CHOMSKY
Depuis plus de 70 ans, une île située à seulement 200 km des côtes de Floride défie la puissance américaine. En dépit d’un embargo inique et cruel, son peuple est parvenu à bâtir un système éducatif performant et à former des médecins qui parcourent le monde pour venir en aide aux populations les plus vulnérables.
Dans cet ouvrage, l’intellectuel Noam Chomsky, connu pour sa critique virulente de la politique étrangère américaine, et Vijay Prashad, historien et journaliste engagé, retracent l’histoire de Cuba, de sa révolution à nos jours, mettant en lumière la réalité complexe d’une nation souvent calomniée.
Examinant avec nuance et rigueur plusieurs décennies de luttes, marquées par des victoires et des échecs, ils révèlent la place unique de Cuba sur la scène internationale. Malgré l’adversité, l’île demeure un exemple pour les pays du Sud qui cherchent à s’affranchir de la domination occidentale.
Noam Chomsky est professeur émérite au (…)
Vijay PRASHAD
La guerre en Ukraine se poursuit, mais l'appétit pour cette guerre, même en Ukraine, a diminué. L'Europe ne sera pas éternellement le paillasson de la politique américaine, si cela signifie que les besoins européens doivent être subordonnés à ceux des États-Unis. Il n'est pas certain qu'une nouvelle volonté politique puisse se développer en Europe.
LA guerre en Ukraine n'aurait pas dû avoir lieu. Le gouvernement russe a clairement fait savoir, il y a près de vingt ans, qu'il ne tolérerait pas l'expansion de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) vers l'est. En 1990, avant la chute de l'URSS et lorsque les deux parties de l'Allemagne avaient négocié leur unification, il avait été clairement indiqué aux Soviétiques que l'OTAN ne dépasserait pas la frontière orientale de l'Allemagne. Après la chute de l'URSS en 1991, l'OTAN a violé cet accord et a commencé à absorber des États le long de la frontière russe. Cette expansion de l'OTAN vers la Russie, ainsi que la sortie unilatérale des États-Unis des traités de contrôle des armements, sont au cœur de la guerre en Ukraine.
En 2004, deux groupes de pays situés à l'est de l'Allemagne avaient rejoint l'OTAN : le groupe de Visegrád (République tchèque, Hongrie et Pologne) en 1996, puis le groupe de Vilnius (Albanie, Bulgarie, Croatie, Estonie, Lettonie, Lituanie, (…)
Vijay PRASHAD
Lors du sommet de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à Washington, l'attention s'est portée sur l'Ukraine. Dans la Déclaration de Washington, les dirigeants de l'OTAN ont écrit : "L'avenir de l'Ukraine est dans l'OTAN".
L'Ukraine a officiellement demandé à adhérer à l'OTAN en septembre 2022, mais elle s'est vite aperçue que, malgré le large soutien de l'OTAN, plusieurs États membres (comme la Hongrie) n'étaient pas à l'aise avec l'idée d'une escalade du conflit avec la Russie. Dès le sommet de l'OTAN à Bucarest en 2008, les membres ont salué "les aspirations euro-atlantiques de l'Ukraine et de la Géorgie à l'adhésion à l'OTAN. Nous sommes convenus aujourd'hui que ces pays deviendront membres de l'OTAN". Toutefois, le Conseil de l'OTAN a hésité en raison du conflit frontalier avec la Russie. Si l'Ukraine avait été intégrée à la hâte dans l'OTAN et si le conflit frontalier s'était aggravé (comme ce fut le cas), l'OTAN aurait été entraînée dans une guerre directe contre la Russie.
Au cours de la dernière décennie, l'OTAN a renforcé sa présence militaire le long des frontières de la Russie. Lors du sommet de l'OTAN au Pays de Galles (septembre 2014), l'OTAN a mis en œuvre son plan d'action rapide (…)
Vijay PRASHAD
Le 28 juillet, le peuple vénézuélien se rendra aux urnes pour participer à la sixième élection présidentielle depuis l’approbation par les électeurs de la nouvelle Constitution bolivarienne de 1999. Les deux élections précédentes (2013 et 2018) ont été remportées par Nicolás Maduro Moros, le président sortant. Celui-ci brigue un troisième mandat, qui débuterait en 2025 et durerait six ans. Le président actuel est à la tête d’une large alliance de partis de gauche et de partis démocratiques qui se sont unis pour défendre la révolution bolivarienne, en cours depuis près de 25 ans. Depuis la victoire électorale de Hugo Chávez en décembre 1999, le Venezuela a organisé 35 élections en 24 ans, dont un référendum sur la nouvelle Constitution. Le chavisme a perdu deux élections nationales. La transparence du système électoral vénézuélien, à double vérification, électronique et imprimée, a fait dire dès 2012 à Jimmy Carter qu’« en le comparant aux 92 processus électoraux que j’ai observés (…)