Vijay PRASHAD
Chers amis
Je vous adresse mes salutations depuis les locaux de l’Institut Tricontinental de Recherches sociales.
De la famine du Bengale de 1943 à l’élection du gouvernement du Front de gauche en 1977, le mouvement communiste du Bengale occidental, en Inde, a patiemment renforcé son influence auprès des ouvriers, des paysans, des réfugiés, des étudiants et des acteurs culturels. À travers les campagnes pour le pain et la terre, le renforcement du pouvoir syndical, la mobilisation des réfugiés et la résistance à la répression d’État, la gauche a obtenu bien plus que la simple satisfaction de revendications immédiates. Elle a créé des instruments de combat durables, formé des générations d’organisateurs et développé une culture politique commune inscrivant les revendications des différentes couches de la population dans une lutte commune. La victoire dans les urnes en 1977 n’a pas soudainement produit un pouvoir social ; elle a plutôt révélé le pouvoir social qui s’était (…)
Vijay PRASHAD
Le dollar peut sembler être une monnaie neutre, mais il est en réalité une forme de pouvoir impérial qui discipline les économies, finance les guerres et oblige le Sud Global à financer sa propre subordination.
Chères amies, chers amis,
Salutations depuis les bureaux de l'Institut Tricontinental de Recherche Sociale.
Il y a des moments dans l'histoire où un système semble si complet qu'il est difficile d'imaginer sa fin. Lorsque la Grande-Bretagne « dominait les mers », une grande partie du monde considérait que la livre sterling n'était pas simplement une monnaie, mais le langage naturel du commerce lui-même. Depuis le milieu du XXe siècle, les États-Unis parlent du dollar américain de manière très similaire. Écrivant en 1980, au milieu de la crise de l'ordre post-Bretton Woods, l'économiste argentin Raúl Prebisch observait qu'« aux États-Unis régnait l'illusion du dollar tout-puissant ». Cependant, à cette époque, il ne s'agissait pas seulement d'une illusion américaine. Le dollar était déjà devenu la principale monnaie de réserve du monde et la devise dominante du commerce international. Aujourd'hui, cette illusion a commencé, lentement et inégalement, à s'effriter.
Notre dernier (…)
Vijay PRASHAD
Bien que la domination mondiale des États-Unis s’effrite et que la Chine apparaisse comme un rival, l’ordre mondial unilatéral reste intact, selon l’historien Vijay Prashad. Dans cette interview réalisée par le journaliste David Goeßmann pour le média Jacobin, il explique pourquoi il considère l’OTAN comme l’organisation la plus dangereuse au monde.
Si l'on observe le débat politique en Allemagne, on pourrait avoir l'impression que l'Occident est encerclé par des ennemis qui veulent le détruire. Mais en dehors de la bulle Washington-Berlin, la tonalité est différente : les États-Unis, qui dominent la politique mondiale depuis au moins l'effondrement de l'Union soviétique, sont eux-mêmes plongés dans une crise profonde et sont de moins en moins capables de maintenir leur domination mondiale. Cela comporte d'un côté le danger de conflits armés de plus en plus nombreux, comme les guerres actuelles en Ukraine ou dans la bande de Gaza, mais aussi la chance d'un monde où il y a de la place pour plusieurs acteurs régionaux et des trajectoires de développement autonomes en dehors du soi-disant consensus de Washington.
Alors que des négociations pour un cessez-le-feu dans la guerre à Gaza reprennent, que l'Iran suspend sa coopération avec l'AIEA et que les pays BRICS-Plus se réunissent au Brésil, l'historien Vijay Prashad analyse les (…)
Vijay PRASHAD, Noam CHOMSKY
Depuis plus de 70 ans, une île située à seulement 200 km des côtes de Floride défie la puissance américaine. En dépit d’un embargo inique et cruel, son peuple est parvenu à bâtir un système éducatif performant et à former des médecins qui parcourent le monde pour venir en aide aux populations les plus vulnérables.
Dans cet ouvrage, l’intellectuel Noam Chomsky, connu pour sa critique virulente de la politique étrangère américaine, et Vijay Prashad, historien et journaliste engagé, retracent l’histoire de Cuba, de sa révolution à nos jours, mettant en lumière la réalité complexe d’une nation souvent calomniée.
Examinant avec nuance et rigueur plusieurs décennies de luttes, marquées par des victoires et des échecs, ils révèlent la place unique de Cuba sur la scène internationale. Malgré l’adversité, l’île demeure un exemple pour les pays du Sud qui cherchent à s’affranchir de la domination occidentale.
Noam Chomsky est professeur émérite au (…)
Vijay PRASHAD
La guerre en Ukraine se poursuit, mais l'appétit pour cette guerre, même en Ukraine, a diminué. L'Europe ne sera pas éternellement le paillasson de la politique américaine, si cela signifie que les besoins européens doivent être subordonnés à ceux des États-Unis. Il n'est pas certain qu'une nouvelle volonté politique puisse se développer en Europe.
LA guerre en Ukraine n'aurait pas dû avoir lieu. Le gouvernement russe a clairement fait savoir, il y a près de vingt ans, qu'il ne tolérerait pas l'expansion de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) vers l'est. En 1990, avant la chute de l'URSS et lorsque les deux parties de l'Allemagne avaient négocié leur unification, il avait été clairement indiqué aux Soviétiques que l'OTAN ne dépasserait pas la frontière orientale de l'Allemagne. Après la chute de l'URSS en 1991, l'OTAN a violé cet accord et a commencé à absorber des États le long de la frontière russe. Cette expansion de l'OTAN vers la Russie, ainsi que la sortie unilatérale des États-Unis des traités de contrôle des armements, sont au cœur de la guerre en Ukraine.
En 2004, deux groupes de pays situés à l'est de l'Allemagne avaient rejoint l'OTAN : le groupe de Visegrád (République tchèque, Hongrie et Pologne) en 1996, puis le groupe de Vilnius (Albanie, Bulgarie, Croatie, Estonie, Lettonie, Lituanie, (…)